DU SYLLOGISME OU RAISONNEMENT
La dernière forme que prennent les jugements idéals en se développant, et que nous avons nommé, apodigti- QUE, comme lorsque nous disons : Cette maison bâtie de telle ou telle manière est belle ou n'est pas belle, cette forme est déjà presque un syllogisme ; car le syllogisme ne fait que mettre au jour ce que le jugement lient caché dans son sein. Nous venons de voir, en effet, que le général, le particulier et Tindividuel, dont la réunion c^^nstitueFessence propre de Tidée, sont implicitement contenus dans le jugement apodictique, tandis qu'ils sont expressément énoncés dans la forme appelée syllogisme qui les exprime ouvertement tous les trois, et qui les tire des formes antérieures appelées notions
o8 LOGIQUE SIBJECTIYE.
Ci jugements, où ils étaient comme ensevelis et cachés sans pouvoir se manifester au dehors. La forme du syllogisme est donc le développement ou le produit de la première forme nommée notion , se combinant avec la seconde appelée jugement. Elle nous offre Pidée devenue identique à la réalité, et parvenue à ce point de son évolution où les différences formelles, qui distinguaient encore les notions et les jugements, s'évanouissent en se rencontrant ou en se corrigeant l'une l'autre.
Or, si nous avons pu dire au précédent chapitre que les choses sont des jugements réalisés, à plus forte raison pouvons-nous dire maintenant qu'elles sont des syllogismes vivants. Car le syllogisme n'est point quelque chose créé par la raison à côté d'autre chose, mais au contraire, toute chose conforme à la raison est un syllogisme. Ainsi, par le même motif que, tour à tour, nous avons eu le droit de dire que l'absolu ou Dieu est une notion, puis un jugement, nous avons à présent celui de dire qu'il est un syllogisme, ou en d^autres termes, le général ou Vuniversel qui, par le moyen du particulier, devient Vindividuel.
Sous la forme primitive de tiotion, l'idée ou la chose actuelle, c'est-à-dire actuellement présente à l'esprit, est UNE. Puis, divisée en ses parties constitutives (de général et d'individuel) sous la forme du jugement^ elle
DES SYLLOGISiMES. 59
revient, sous celle de syllogisme, à son unité ou à sa totalité essentielle.
Nous avons vu précédemment que Tobjet propre de tout jugement est de nous montrer que l'individuel I est le général G ; ce que nous avons ainsi formulé :
Le syllogisme exprime exactement la même chose ; et de là vient que, dans sa conclusion, le sujet se nomme petit-terme ou terme mineur, et le prédicat grand-terme ou terme majeur. Par ces expressions, les logiciens ont pour ainsi dire avoué, malgré eux, ce que nous venons d'exposer. Mais si le syllogisme dit la même chose que le jugement, il ne l'exprime pas de la même manière. Dans le jugement, toute la force de la vérité porte sur la copule est. Le syllogisme affirme d'une manière plus catégorique ou plus expresse, en substituant à la copule est un terme intermédiaire qui en développe ou en exprime pour ainsi dire le contenu. Ce nouveau terme que le syllogisme introduit se nomme moyen-terme, son rôle étant d'unir les extrêmes du syllogisme, en prenant cette forme développée que n'a point la copule est, chargée de remplir le même office dans les jugements.
Cette expression de moyen-lerme semble rappeler.
(iO LOGIQLE SUBJECTIVE.
par son étymologie^ quelque connexion avec. TidJc d'espace, et nous porte à croire quMl y a entre les deux extrêmes, mineure et majeure, sujet et prédicat, un éloigneraent ou une lacune que ce moyen- terme est appelé à remplir. Mais, en réalité, le rapport ou le lien entre les extrêmes est bien plus intime que ce mot de moyen-terme et que cette idée d'espace ne le font supposer. Au début cependant, et dans les premières formes de syllogismes que nous allons étudier, il faut avouer que ce rapport est presque aussi superficiel que l'expriment Pidée d'espace et le mot de moyen-terme. Mais en avançant peu à peu, nous le verrons se rapprocher et devenir de plus en plus intime. Dans les premières formes du syllogisme, le moyen-terme unit pour ainsi dire une chose à une autre, tandis que, dans les dernières formes où nous conduit la force dFalectique, il unit le sujet à lui-même.
Il n'est point dans la nature du syllogisme d'être nécessairement formulé par une trilogie, c'est-à-dire par deux prémisses et une conclusion, ou d'avoir, en d'autres termes, un jugement majeur, exprimant une proposition générale et contenant le terme majeur et le moyen-terme; un jugement mineur, exprimant une proposition particulière et contenant le moyen-terme et le terme mineur; enfin une conclusion qui les em-
brasse toutes les deux, puisqu'elle unit le terrae mineur au terme majeur. En dehors de la logique, toutes les choses subsistantes sont bien , sans aucun doute , des syllogismes réalisés, et elles n'ont pas besoin, pour êtte telles, de nous faire apparaître, au moyen de ces trilogies, leurs membres disjoints, ou de se réaliser sous nos yeux, d'abord comme expression d'un rapport çntre le général et le particulier, ensuite et séparément comme expression d'un autre rapport entre le particulier et l'individuel, et qu'enfin ces deux premières formes fassent naître un troisième rapport contenant seul en luimême le général et Tindividuel.
Mais il est également hors de doute que le syllogisme n'est point, ainsi qu'on le croit d'habitude, un artifice ingénieux de l'esprit, ou comme un pis-aller qui supplée sa faiblesse à défaut d'autre, et tel qu'il pourrait s'en passer si notre entendement était mieux fait. Bien loin de là, c'est au contraire la nature des choses et de la vérité elle-même d'être un syllogisme, c'est-à-dire une unité ou totdité dans laquelle le généralei Vindividuel s'unissent ou se confondent par le moyen du particulier.
Comparée à la forme du jugement, qui est moins complète qu'elle et par conséquent relativement fausse, la forme du syllogisnfe est bonne ou parfaite. En se
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développant, la copule est tlii jugement est devenue le syllogisme. Le vide que ce mot est laissait en quelque sorte entre les extrêmes se trouve rempli par son équivalent ou par son contenu.
Dans la marçbe que la force dialectique nous fera suivre, nous rencontrerons trois formes de syllogismes correspondants à nos trois formes de jugements : le syllogisme qualitatif ou de simple aperception, le syllogisme réfléchi et le syllogisme nécessaire.