LOT-ET-GARONNE
(Tome I".)
« Les effets de la loi du 15 mars 1850, quant aux
lettres d'obédience, ont été de décourager les institutrices laïques brevetées. L'affaiblissement des études est généralement avoué) môme dans la partie éclairée du clergé. » (P. 249.)
< Les inspecteurs primaires sont admis, il est vrai,
dans les écoles congréganistes de filles ; mais en fait on élude le contrôle par tous les moyens dont on peut dis^ poser, ne serait-ce qu'en profitant du temps qui s'écoule depuis Ventrée de l'inspecteur dans rétablissement jus'qu'au moment où il est admis dans les classes. > (P. 250.)
« Les dispositions des familles et de l'opinion publique sont ordinairement favorables à l'enseignement congréganiste, quoique l'instruction donnée soit généra^ lement faible, et qu'en particulier les notions les plus élémentaires du calcul et du système métrique soient très négligées.
a Les écoles congréganistes se fournissent elles-mêmes d'ouvrages qui sont particuliers à chaque ordre.
« Sauf les cas, très rares, de plaintes portées par les parents, l'autorité reste dans l'ignorance des moyens disciplinaires employés dans ces écoles.
c Les frères instituteurs communaux, ou ne tiennent pas le registre matricule, ou, s*ils veulent bien le tenir, ils n'y consignent qu'une partie des renseignements, et, dans tous les cas, ils se déclarent dans Timpossibilité de répondre aux questions de statistique.
« L'inspection des pensionnats congréganistes de jeunes filles ne se fait pas, l'ecclésiastique qui en a été chargé par l'cvèque ne voulant pas les visiter. Quant aux pensionnats laïques, il n'a pas été créé de dames inspectrices. » (P. 250.)
LOZERE (Tome IL)
(( Il est honteux que, dans une école de la Lozère,
on ne trouve pas un enfant pour répondre à cette question : « Êtes-vous Anglais ou Russe? » ou bien à celle-ci : « Dans quel pays est le département de la Lozère? » Chez la plupart de ces enfants, la pensée ne va pas au delà du rayon de la pauvre commune qu'ils habitent. » (P. 71.)
w Les lettres d'obédience ne sont que la consécration de l'incapacité et de l'ignorance.
« Les institutrices congréganistes qui sont l'objet de cette espèce de faveur ne l'acceptent pas sans quelques regrets; les plus intelligentes aspirent après le brevet qui leur laisse un peu d'indépendance vis-à-vis des supérieures de leurs communautés. La suppression des lettres d'obédience serait favorablement accueillie par les populations.
DE l'enseignement PRIMAIRE S93
Cette institution n*a fait qu'arrêter un progrès en n'apportant pas de changement sensible à la situation antérieure. Au reste, beaucoup d'institutrices congréganistes qui pourraient se contenter d'une lettre d'obédience se présentent devant les commissions pour obtenir le brevet. » (P. 14.)
« ;.... Dans la Lozère, le département le plus ignorant et le plus arriéré, soumis presque exclusivement à l'influence du clergé, il y aurait autant d'écoles congréganistes que de communes, si celles-ci avaient des ressources suffisantes pour assurer le traitement des frères.
« Cet enseignement a deux avantages : celui d'être établi dans les centres populeux où les élèves sont en nombre, Ôt d'être généralement installé dans un local convenable. Quant à la nature de l'enseignement, rien ne vaut l'instruction et l'éducation à la fois religieuse et libérale, à la fois morale et patriotique, que les enfants des plus pauvres campagnes reçoivent dans l'école laïque de la part d'un honnête père de famille, humble mais digne fonctionnaire du Gouvernement.
« Chez les frères, la salle de classe est aérée, et blanchie, le jardin est spacieux; une fontaine abondante sert à entretenir la propreté dans rétablissement
« L'école du village ne jouit pas de tous ce biens;
elle n'a ni dotation ni fondation; elle n^est parfois qu'une masHre, exposée aux intempéries; mais au moins les caractères, en des mains sûres et dévouées, n'y perdent pas leur vigueur; on n'y cherche pas à les abaisser, respectant dans Tenfant la personne humaine; on ne lui insinue pas tous les jours qu'avant d'être de son pays il appartient tout entier, âme et conscience, à une autorité étrangère qui ne relève nullement de l'autorité nationale du souverain de la France, et il n'a pas constamment sous les yeux l'image de l'obéissance passive et de la servilité.
« Un avantage incontestable de l'enseignement des congrégations est le soin traditionnel qu'elles apportent à l'écriture; mais en compensation la plupart des enfants
qui sortent de leurs écoles ne savent pas lire. On dirait que les instituteurs congréganistes redoutent la lecture. Chez eux, la mémoire est la faculté qu'ils exercent de préférence, mais sans profit, car ils ne s'adressent qu'à la mémoire passive, pleine de mots techniques, sans aucun sens pour ceux qui les retiennent. Encore un autre avantage, mais dont ils se servent mal : c'est celui des adjoints. C'est à la direction de ces derniers, très jeunes et qui débutent, c'est à leur direction souvent brutale, toujours inexpérimentée, qu'ils confient les plus jeunes de leurs élèves, les plus impressionnables. L'enseignement de récole publique laïque, avec ses imperfections, est préférable autant par rapport à l'instruction que par rapport à l'éducation. » (P. 75.)