CHAPITRE VII
L4 STATISTIQUE DBS âCOLBS PRIliiAIRBS DB PONT- A-MOUSSON EN PRAIRIAL.— CONCLUSION.
Le 9 thermidor, trois membres du Comité du salut public portent leur tête surl'échafaud. Nous entrons dans un régime nouveau. La loi du 29 frimaire ne survivra pas à celui dont elle avait été l'expression et qui lui communiqua toute sa force.
Dès les premiersjour de Tan III, on parle de la modifier et de nouveaux décrets vont être bientôt rendus (27 brumaire) sur la proposition de Lakanal, absent comme nous l'avons dit de Paris pendant tout le temps de la Terreur, bien qu'il ait soigneusement omis de diro un mot de sa mission à Bergerac, dans Tauto-biographie qu'il a publié plus tard (\). On s'est demandé quelquefois si ces décrets du 29 frimaire avaient été apliqués.Il ne manque pas d'esprits même non prévenus qui pensent que, pendant la Terreur, la France a été plongée dans
(1) Exposé sommaire des travaux de M, Lakanal^ in-8». Paris 1838.
une anarchie inexprimable, qu'il n'y avait plus ni administration, ni magistrature, ni finances. En ce qui concerne l'instruction publique nous avons vu les efforts faits de tous côtés pour l'organisation des écoles. Des documents plus importants encore que ceux que nous avons cités, mis récemment au jour , prouvent que dans certains départements tout au moins, la loi du 29 frimaire fût appliquée dans toutes ses parties, que les instituteurs et les institutrices y furent régulièrement payés d'après le nombre des élèves, que l'organisation de l'enseignement primaire, en un mot, y avait pris un caractère absolument définitif.
La bibliothèque Rapet, acquise par l'Etatpourle Musée pédagogiquede Paris, renferme une collection de pièces manuscrites relatives à l'instruction publique en Lorraine. lien est deuxquiofi'rentune importance spéciale : « c'est la statistique des écoles primaires des districts de Lunéville et de Pont-à-MoussoD, dressée par les administrateurs de ces districts au commencement de prairial. La Revue pédagogique a publié récemment ( 1 )celle de ces pièces qui concerne le district de Pont-à-Mousson. C'est un
(1) N« du 15 mars 1883.
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Etat dressé avec le plus grand soin, donnant par canton le nom des communes avec leur population, le nombre des enfants des deux sexes qui peuvent fréquenter l'école primaire, les noms et prénoms des instituteurs et institutrices dont les communes ont fait choix, enfin leur traitement d'après les bases déterminées par la loi. Mais la colonne d'observations particulièrement est intéressante.
Nous y voyons que beaucoup de ces écoles ont été ouvertes le 15 germinal, d'autres un peu plus tard et jusque dans le milieu de floréal. Toutefois quelques villages n'ont pas encore d'instituteur.
On n'en a pu trouver malgré les démarches faites par les municipalités et par l'administration. Ces communes sont, il est vrai, peu nombreuses, quinze sur quatrevingt huit. Quand la distance et les chemins le permettent, on envoie les enfant à l'école la plus voisine, mais cela n'est pas toujours praticable. Dans une de ces communes, à Vitton ville, un ex-curé constitutionnel donne gratis ses soins à l'instruction des enfants, ce qui veut dire probablement qu'on n'a pas cru pouvoir le nommer instituteur.
Les administrateurs, à coup sûr dévoués et habiles qui composaient alors
le directoire du district de Pont- à- Mousson, font suivre Tétat dont nous parlons, de réflexions d'un caractère général. Us constatent que les instituteurs sont peu instruits, surtout dans les campagiies ; que les certificats de ciTisme et de moralité qu'ils ont pu fournir, ne sauraient suppléer au manque d'instruction; que les anciens maîtres eux-mêmes, « dont Tes- » prit imitatif de celui de leur cupé n'a été » nourri que des erreurs et des préjugés » religieux, » paraissent peu propres à élever la jeunesse dans les principes républicains. Ils penseot au contraire que « plu- » sieurs ex-prêtres très moraux , bons » patriotes, républicains prononcés, ins- » truits et capables, pourraient, si on » les admettait, rendre de grands ser- » vices à rinstruetion au moment où » elle souffre et qu'eux sont oisifs invo- » lontaires. »
Nous nous arrêterons à. ce dernier témoignage, et décisif, que la loi de frimaire ne fut nulle part regardée comme favorable à l'ancien enseignement par les hommes à'égUse. Cependant les directeurs de Pont-4-Mousson ne se dissimulent pas non plus les nombreuses imperfections de la loi. Celles-ci suffiraient k en expliquer au besoin le peu
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LA LOI DU 29 FRIMAIRE. Dl
de durée. Mais si elle était incomplète par beaucoup de côtés, il faut du moins reconnaître qu'elle a marqué dans notre histoire un moment curieux : celui où la nation s'intéresse pour la première fois et tout entière au grave problème de l'instruction publique ; où nous assistons pour la première fois au fonctionnement d'écoles organisées sur le plan d'une éducation gratuite, laïque, obligatoire et patriotique.