ACTE PREMIER
MADAME RICHAUD, gahntnt.
Je ne vous les dirai pas!
DROUVILLE.
Vous êtes fîère !
MADAME RICHAUD
C’en est déjà un.
Et qui vous fait si forte?
MADAME RICHAUD
Ah ! ce qui me fait forte, c'est le mot que dit Pauline dans un magnifique chef-d’œuvre : « Je suis chrétienne! » ce qui modifie beaucoup les choses, lesquelles prennent, pour moi, leur mot d'ordre ailleurs qu’en vos contrats. J’apprécie, crovez-le, leurs sages dispositions, et sais gré à la loi humaine de s’associer à la loi divine pour protéger dans le mariage des intérêts que je reconnais respectables, mais respectables en tant seulement qu'ils se subordonnent à -cette loi d’en haut... qui est la mienne! — Mais ce sont là de belles rêveries, n’est-ce pas, qui ne vous feront pas mon prosélyte ?
DROUVILLE.
Ah! c’est qu’en effet, chère madame Richaud, le bonheur, icibaSp ne s’arrange pas seulement de nobles sentiments !
MADAME RICHAUD
Et de quoi s’arrange-t-il donc, cher monsieur Drouville? Où jeter la sonde, dites-moi, pour trouver la source de nos forces et de nos joies?
DROUVILLE.
Là, peut-être, où gît la raison...
MADAME RICHAUD
Grande et belle dame, certes, mais dont le manteau respecté couvre parfois de bien vilaines idoles... et dont la voix ne doit pas étoufrcr celle du voisin!
D ROUVI L LE.
Tout c*ela est fort embarrassant, allez !
LA LOI DU CŒUR
MADAME RICHAUD
Ah! oui, ça doit être fort embarrassant... quand ça n’cst pas tout simple.
DROU VILLE.
En fin de compte, j’entrevois que vous ne voulez pas parler à votre fils, et préférez que ce soit moi ?
MADAME RICHAUD, trts-stfriense.
A vrai dire, oui ; et comprenez-moi bien, Drouville : vous êtes un bon ami... je puis donc vous tout. dire. — Eh bien, c'est avec intention que j’ai résigné cette tâche entre vos mains ; mon fils est le meilleur des êtres... dévoué... tendre môme, qui le sait mieux que moi? Mais ses idées sont moins bonnes, et il se peut qu’à de certaines heures elles dominent ses sentiments; qu’emporté alors par une tendresse paternelle, mal dirigée à mon sens, il conçoive de l’acte de son gendre une impression fâcheuse! II en reviendrait, j’en suis sûre... mais j’aimerais ne pas l’avoir vu!
DROUVILLE, à part.
Allons, il faut l’avertir. — Le voici.