‹ La loi du cœur comedie en trois actes, en proseChapitre 42 sur 77 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

RICHAUD

Mais votre dot, je vous le répète, est son bien, comme la sienne est le vôtre!... Qu’elle perde à droite ou à gauche, qu’importe? vos fortunes ne sont-elles pas unies, confondues? Tout n’est-il pas* entre vous commun?... car c’est le terme même de la loi, et votre raison, comn\e votre cœur vous le crient plus haut qu'elle!

no R ace.

Oh! n’invoquez, Monsieur, ni ma raison, ni mon cœur! la première a bien de la peine à vous suivre... et le second, je le sens, n’y parviendra jamais!...

RICHAUD, blessf.

J ai lieu de m’en étonner, quand, à tout prendre, ma sollicitude paternelle ne fait que redouter pour ma fdle, et ne veut écarter d’elle... que cet avenir d’embarras et de gêne dont la pensée vous trouble, et vous semble intolérable pour les vôtres! (h s’assied &

droite. J

HORACE

Eh! Monsieur, ce n’est pas la pensée de leur embarras, de leur gêne, de leur pauvreté même qui me causerait le trouble où vousme voyez! Avec leurs cœurs... et le mien, si triste que cela fût, lé regret que j’en aurais ne ressemblerait à rien de ce que j'éprouve... si j’étais, moi aussi, embarrassé, gêné et pauvre comme eux!... Mais, de par vous, eux ruinés, je reste riche, riche de leurs propres dons, voilà la conclusion! Il leur reste le traitement de mon père, avec lequel ils devront monter au cinquième, pendant que, pour faire, à votre manière, honneur aux conventions, je me prélasserai au premier, sous ces lambris dorés de leurs deniers! — Mais vraiment , pour me sentir exposé à ce langage, est-ce à dire que, le jour où je me suis marié, j’ai aliéné ma qualité de fils?... Eh bien! Monsieur, jamais vous ne m’imposerez l’intolérable martyre de mon luxe et de leur misère!...

RICHAUD, vivement.

Qui vous en parle? Et se peut-il que j’aie à me défendre contre une telle pensée ?

HORACE

Eh bien, alors, ce que j'ai fait était forcé?

R i c II a u n.

Non! Vous recueillez chez vous votre père et votre mère; ils partagent votre bien-être; que peut exiger de plus le sentiment filial? Entre cette conduite, qui ne porte pas atteinte aux contrats, et une restitution qui s’opère en les déchirant, il y a une différence !...

Il O R A C. E , avec hauteur.

Et une grande, en effet! — Ah! monsieur Richaud, je crois que nous ferons bien d’en rester là!... Quelques paroles encore, et beaucoup de choses pourront entre nous s’altérer... sinon même se briser... dont la conservation importe, plus qu’une somme d’argent quelconque, à votre propre bonheur et à celui de votre fille... je ne parle pas du mien!

RICHAUD

Ce n’est pas là répondre!...

HORACE

• Pardonnez-moi; car c’est, au contraire, nous replacer l’un et l’autre sur le terrain vrai, pratique, légal, dans les limites précises de nos rôles respectifs, lesquels nous laissent à chacun le soin d’apprécier nos intérêts et de gérer nos affaires conformément à nos idées et à nos droits!... Or, sans être savant docteur, je ne suis pas tellement étranger aux dispositions de notre code et de ces contrats auxquels vous me rappelez, que je ne me sache le chef de la communauté, nanti, à ce titre, du droit un peu... large peutêtre, mais légal, d’en administrer les biens à ma guise, même de les vendre, hypothéquer, aliéner sans le consentement de ma femme. Eh bien, au lieu d’avoir rendu ma dot à mon père ruiné, mettez que je l’aie dilapidée, au jeu... ou ailleurs, et qu’au lieu d’avoir agi en fils, j’aie agi en chenapan... j’aurai usé du magnifique privilège que me confère l’article?...

RICHAUD, se levant.

HORACE

Merci !... — Et on n’aura rien à me dire !...

RICHAUD, s’approchant de lui.

Ces paroles dépitées, fiévreuses, devraient vous prouver à vous-

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