H OR A CK
Généreusement...
RICHAUD
Je comprends, et ne puis qu’honorer, à coup sûr, le sentiment qui vous a tout d’abord inspiré cette pensée ; mais je me vois réellement contraint de vous demander (et je vous prie de ne pas vous blesser de mes paroles!) si un secret scrupule ne vous a pas laissé quelque doute sur votre pleine liberté à en agir ainsi?
Un scrupule...
RICHAUD
Dans le cas contraire, j’aurais d’autant plus le devoir de vous dire... ce dont, j’espère, vous conviendrez tout à l'heure, que vous avez, et dans une mesure grave, dépassé votre droit.
HORACE
Monsieur!
RICHAUD
Soyons calmes! Je sais, je vous le répété, le côté cruel du rôle que je remplis ici ; mais j’y représente la raison, l’équité, la famille...
ACTH DEUXIÈME. 3:»
Il OR AC E.
La famille?...
RICHAUD
Et c’est par où je me sens fort, et sans reproche.
HORACE, «près un effort.
Je n’en doute pas, Monsieur, et je respecte infiniment les motifs qui vous animent; mais ces considérations' mêmes d’équité et de famille sont celles qui ont dirigé 111a conduite; et, en fait de raisons, je vous en opposerai une qui, à mon sens, les domine toutes : Mon père et ma mère, il y a trois ans, se sont généreusement dépouillés pour moi de la moitié de leur fortune. Un événement malheureux les ruine; je leur rends ce que j'ai reçu d’eux : cet acte est, à mes yeux, tellement simple, équitable, forcé, que je n’ai pas même à y faire intervenir ma tendresse! Ma femme l’a compris comme moi , et je dirais que je l’en ai aimée davantage, si cela eût été possible.
R ICI! a un.
Laissons, d’abord, de côté Julie, que sa jeunesse et son amour devaient sur cotte pente entraîner aisément à votre suite...
HORACE
Ce n’est pas à ma suite, mais de son premier mouvement qu’elle a agi ; et ce mouvement, loin d’être surpris à son amour, a été, de sa part, aussi calme que généreux...
RICHAUD
Soit; et je crois volontiers qu’elle a pu, comme vous, perdre.de vue les considérations qui devaient vous arrêter dans votre commun élan, et devront vous en faire revenir.
110 n ACE.
Jamais!...
RICHAUD
Ne vous hâtez pas de conclure, surtout avec cette vivacité; si vous vous sentez fort, la discussion ne doit pas vous effrayer.
IIOR VCIî.
Elle ne m’effraye pas, mais je la sais inutile; elle m’est pénible... et c’est moitié plus qu’il n’en Faut...
3G LA LOI DU CŒUIL
RICHAUD
Elle m’est plus pénible qu’à vous... et vous verrez qu’elle n’est pas inutile! Un seul fait vous absorbe, et c’est là votre erreur, car les devoirs sont multiples dans la vie; nous n’avons pas que les devoirs de fils, nous avons ceux d’époux, ceux de père ; et une minute de réflexion vous aidera à comprendre que dans l’acte qui vous enorgueillit, à bon droit, l’époux et le père sont en défaut : l’époux, parce qu’un mouvement de votre cœur, si généreux qu’il fut, n’avait pas le droit d’anéantir les effets du contrat protecteur des intérêts de ma fille.
HORACE
Monsieur!
RICHAUD
Et le père... parce que l’avenir de vos enfants, des siens, de mes petits-fils, a été établi sur cette double dot! — Maintenant, je le répète, qu'une première émotion, naturelle, légitime, vous ait fait tout d’abord oublier ces vérités, pourtant élémentaires, je le comprends; mais je no reconnaîtrais plus en vous cet esprit d’équité, auquel je fais appel, si vous ne vous disiez pas que je mérite un peif ylus vos égards dans la résistance que j’ai le devoir d’opposer à vos actes, quand, par bonheur, il en est temps encore !
HORACE, se contenant.
Je serais désolé, croyez-le, Monsieur, de vous avoir laissé supposer un instant, par un mouvement peut-être un pou trop vif. que je ne vous y garde pas toute la part d’égards auxquels vous avez tant de titres!...
RICUAUD, lui serrant la main.
J’en suis convaincu... et je ne vous en veux pas!
HORACE
Mais alors, à mon tour, je vous demanderai : Que voulez-vous que je fasse ?
RICHAUD
Mais, mon enfant, je voux que ma fille conserve son bien !
Mais je n’y touche pas! Sa dot est là, intacte; c’est la mienne que j’ai rendue.