‹ La loi du cœur comedie en trois actes, en proseChapitre 44 sur 77 · R ACE · texte numérisé non relu

R ACE

Pourquoi? — Ah! tenez, monsieur Richaud, je vous le juFe, il est dans mon éducation, dans mes sentiments, dans mon plus sincère désir, d’avoir pour yous tous les égards imaginables! Mais enfin, vous savez, vous n’ètes pas mon père... et. quanti vous m’attirez, malgré moi, sur un terrain brûlant, je ne suis pas impérieusement tenu par un respect exceptionnel... à me briser le cœur pour y contenir ma vérité!

RICHAUD

Oh! diles-la, mon ami, je ne la redoute pas...

HORACE

Eh bien, puisque vous le voulez, et qu’il n’y a plus ici, n’est-ce pas? ni gendre ni beau-père, mais deux hommes qui se parlent librement...

Parfaitement, allez! [n s’assied au milieui )

HORACE

Eli bien, monsieur Richaud! (Très-ému.) je ne sais pas quelles sont

LA LOI DU CŒUR

vos idées, et vous comprenez que j’ai peu de goût à faire ici du sentiment... (Avec amertume.) Vous ne m’attirez pas sur ce terrain! — Mais moi, j’ai pour mon père et ma mère un culte fervent, profond !... d’abord, parce qu’ils sont la bonté môme!... ensuite, parce que c’est dans mes principes de ne rien respecter au-dessus d’eux!... Je suis élevé là dedans : quand ils sont chez moi, je suis chez eux! — Et me dire de leur y faire une situation subordonnée à mes caprices, pour leur y voir tailler le pain à ma guise, demain au gré de ma femme... et plus tard, de mes enfants; c’est les fa i re descendre, sous mes yeux, du rang où je les tiens!... c’est me manquer !

RICHAUD , ému.

Vous êtes sans pitié pour moi... car vous me placez, n’ést-ce pas? dans cette alternative : ou de paraître insensible à de nobles et touchantes paroles, ou do passer à vous, dans un mouvement de déplorable faiblesse, en abdiquant toute raison et tout devoir!... (Avec force.) Mais je dois vous protéger contre vous-même !... et votre père, s’il était là, serait le premier à comprendre... — Du reste, à quoi bon tant de luttes? Il refusera, j’enduis sûr.

HORACE

Lui?... Et pourquoi donc?...

Le voici !

HORACE

Ciel ! (On voit, pnr la glace sans tain qui surmonte la cheminée, passer le colonel dans le petit salon.)

RICHAUD

Eli bien, qu’il soit juge entre nous.

h o R ACE.

Pas encore!...

RICHAUD

A quoi bon?...

HORACE

Que, du moins, je le prépare à cet événement!

RICHAUD

Vous méconnaissez votre père, qui -est homme à y faire tète... et il

importe... — (Au colonel qui entre par le fond it gauche.) Mon cher COlïltO...

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