‹ La loi du cœur comedie en trois actes, en proseChapitre 62 sur 77 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

nos ordres à l)rou ville I... Mon grand-pere, responsable aux termes de la loi, subissait personnellement les mécomptes d’une gestion, à laquelle n’avaient manqué ni l’activité, ni l’intelligence... mais seulement le bonheur ; et la succession maternelle ne laissait rien à son profit! Le comte Roger d'Orémont, votre père, qui avait pour 30,000 écus contribué à doter son fils Georges, voyait passer à ce même fils, nanti de ses largesses, toute la fortune intacte de la mère. Le fils renonça à la succession qui fut dévolue au père. Ah! ce ne fut pas alors sans rencontrer, comme aujourd'hui, d’assez pénibles luttes dans la famille do celle qui, depuis quatre ans déjà, était ma mère!... Eh bien! toutls ces luttes échouèrent devant votre inébranlable volonté : « Tant que la loi, disiez-vous, « ne m’aura pas lié les mains; tant qu’elle me laissera un mouve- « ment de libre, j’en userai pour agir envers mon père... comme « j’attends du ciel que mon enfant agirait un jour envers moi !... » Eh bien ! ce jour est venu; et je réclame de votre justice le droit de faire ce que vous avez fait... de ne relever dans mes actes que des principes qui ont réglé les vôtres... et de ne pas m’imposer des douleurs que vous n’auriez pas subies!...

d’orkmont.

Cher enfant!....

HORACE

Vous cédez?

D’ORÉMONT.

Impossible.. .

HORACE

Oh!...

D’ORÉMONT, très-ému.

Écoute-moi, et n’exagérons rien! Les événements imprévus ont toujours cet effet sur notre esprit que le premier choc nous inspire un sentiment de mécompte injuste ; car souvent la vie s’en arrange.

HORACE

Au fait oui... c’est vrai!... en y réfléchissant, il y a là de gros avantages!... et puis, une manufacture d’armes... mon Dieu!... c’est presque encore l’armée!... (n passe a gauche, j Forger le fer et l’acier dans le fond d’une usine, ou s’en servir, à la tête d’un beau

LA LOI DU CŒUR

régiment... acclamant, hier, son colonel au fort de la mitraille... et demain, peut-être, le saluant général!... Qu’importe au comte d'Orémont?

d’orémont.

Horace !

h or ace.

Il y a bien quelques autres intéressés... surtout celle qui porte ce beau nom, et qui avait assez sacrifié à sa gloire pour y tenir un peu!... Mais il faut s’incliner ! Monsieur Richaud a dit quatre paroles! iMonsieur Richaud se plaint!... Monsieur Richaud est volé! On ne peut pas!...

l)’o RÉMONT, se levant, avec autorité.

Non! on no peut pas I... Tu es jeune; tu t’inclines devant ce qui est droit, tendre, bon, et tu passes.

HORACE

Oui, comme vous autrefois.

d’orémont.

J’avais ton âge. Au mien, on voit autre chose encore. Notre honneur, moins audacieux, se hérisse de scrupules; et si l’offre, ce matin, était noble à accepter péur Richaud, alors qu’un parent, presque un frère, la lui imposait, au nom de la famille unie et solidaire, entourée de toutes les ardeurs et de toutes les délicatesses du dévouement... elle devient, dans les conditions contraires, inacceptable, odieuse... et les quatre paroles, tu l'as dit, d’un homme que l’on croyait des siens et qui s’est, fait étranger parmi vous... suffisent pour des résolutions qui blessent, je le sais, tes principes et les miens... ta tendresse plus encore... mais que ta fierté comprend, et que ton bon cœur tente en vain de combattre.

HORACE, qui Aperçoit Richaud.

Monsieur Richaud ! (n fait ic mouvement «l’Aller û lui )

D’ORÉMONT, l’arrêtant.

Pas un mot, je te l’ordonne... en ce moment, du moins !

HORACE, se contenant.

Soit, mon père! Mais le jour où vous partez, je ne reste pas ici une minute de plus ! (Entre Richaud.)

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