Aci, XI
2, « Ce mystère, c'est que les Gentils sont héritiers avec les Juifs et membres du même corps et qu'ils participent à la promesse de Dieu en Jésus-Christ par l'Évangile, dont je suis devenu le ministre» (Eph., m, 6).
il aboutira. Il a soin seulement de faire à chaque moment ce que la Providence lui dit de faire au moment même, rien de moins rien de plus.
Ainsi la volonté de Dieu est qu'il suive les messagers venus à Joppé, il suit les messagers venus à Joppé, il ne doit regarder aucun homme comme souillé ou impur, il ne regarde aucun homme comme comme souillé ou impur et ne fait pas difficulté d'entrer dans la maison d'un incirconcis.
Reconnaissant d'après le récit de Corneille que Dieu ne fait pas acception de personnes, et se complaît sans distinction de race dans tous les sectateurs de la justice, il enseigne aux Gentils la voie du salut qui est la foi en Jésus-Christ. La conclusion normale de tous ces événements doit être le baptême de ceux qui ont cru, c'est à la vue d'un prodige opéré parle Saint-Esprit qu'il se décide à tirer cette conclusion.
En un mot, si l'on compare la conduite de Pierre dans cette affaire avec la conduite de Paul dans la conversion des païens, on peut dire que le premier regarde à chaque moment les signes indicateurs de la volonté divine au lieu que le second marche avec assurance dans la voie où la grâce l'a engagé. Mais tous deux aboutissent au même but.
Dans la discussion avec les judaïsants à son retour à Jérusalem, Pierre agit toujours de la même
manière. 11 ne remonte pas au principe de la justification et du salut, il ne recherche pas si Abraham a été justifié par la foi ou par la Loi, mais simplement il se borne à dire : La volonté de Dieu m'a conduit. Il expose cette volonté avec les différentes manifestations surnaturelles qui l'ont révélée, et conclut : « Qui étais-je, moi, pour pouvoir m'opposer à Dieu ? »
La question de l'admission des Gentils dans l'Église était ainsi résolue et résolue par une intervention surnaturelle. Mais (et il faut le noter au passage) la question de la circoncision n'avait pas été directement abordée. Les Gentils étaient appelés de Dieu quoique incirconcis, il est vrai; mais une fois convertis, ne seraient-ils pas soumis à la circoncision et aux autres observances mosaïques ? Rien de formel et de positif n'avait été explicitement décidé sur ce point. Toutefois la circoncision ne leur avait pas été imposée, et ce fait suffisait à résoudre implicitement la question. Les principes posés contenaient aussi la solution, en germe sans doute, mais en germe prêt à éclore, et l'on trouve à chaque instant dans la bouche de S. Pierre et même dans celle des Juifs convertis des phrases qui ne sont rien moins qu'opposées àla thèse de la nécessité de la circoncision. Telles sont par exemple : « Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étran^-er ou
d'entrer chez lui, mais Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé ou impur
En vérité je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice ^ lui est agréable... Tous les prophètes rendent (de Jésus- Christ) ce témoignage que tout homme qui croit en lui reçoit par son nom la rémission de ses
péchés Dieu leur a donné (aux Gentils) la
pénitence afin qu'ils aient la vie. »
Ainsi les Gentils étaient admis dans l'Église et aucune observance spéciale de la législation juive ne leur était imposée. Le principe de l'indépendance des chrétiens à l'égard de la Loi mosaïque, et de l'inefficacité de cette Loi pour le salut était implicitement contenu dans les déclarations des apôtres et découlait d'une façon indiscutable des vérités admises par tous.
Barnabe et Saul à Antioche et à Jéî'usalem.
La conversion du centurion Corneille ne fut pas un fait isolé, d'autres païens furent amenés, eux aussi, à l'Eglise, et le livre des Actes raconte leur évangélisation en ces termes :
1. II est à remarquer que Piei're emploie le mot de justice pour désigner la rectitude morale en dehors de la loi mosaïque, ce qui est contraire aux usages juifs.
« Ceux qui avaient été dispersés par la persécution survenue à l'occasion d'Etienne allèrent jusqu'en Phénicie, dans l'île de Chypre et à Antioche, n'annonçant la parole à personne si ce n'est aux seuls Juifs. Il y eut cependant parmi eux quelques hommes de Chypre et de Gyrène qui, étant venus à Antioche, s'adressèrent aussi aux Grecs et leur annoncèrent le Seigneur Jésus. Et la main du Seigneur était avec eux et un grand nombre de personnes crurent et se convertirent au Seigneur.
« Le bruit en étant venu aux oreilles des fidèles de l'Eglise de Jérusalem, ils envoyèrent Barnabe jusqu'à Antioche. Lorsqu'il fut arrivé et qu'il eut vu la grâce de Dieu, il s'en réjouit et les exhorta tous à demeurer d'un cœur ferme dans le Seigneur. . . car c'était un homme de Dieu, rempli de l'Esprit- Saint et de foi ; et une foule assez considérable se joignit au Seigneur i. »
Ainsi, les premiers fidèles chassés de Jérusalem par la persécution occasionnée par la mort d'Etienne avaient fait connaître la foi aux Juifs de la dispersion. Quelques-uns de ceux-ci, moins séparés des païens que ne l'étaient les Juifs de Jérusalem, avaient annoncé l'Évangile aux Gentils, et un grand nombre de personnes s'étaient converties
1. Act., XI, 19-24. — Quelle que soit la leçon adoptée au verset 20, ëXXi^vaç ou éXXYivtffTàç, il ne peut être question que de grecs incirconcis par opposition aux Juifs du verset 19.
44 SAIKT PAUL ET LES JUDAISANTS.
au Seigneur. Ces événements se passaient à Antioche où se forma une communauté importante, et les apôtres l'ayant appris y envoyèrent Barnabe. Ils l'y envoyèrent comme leur représentant, ne voulant pas laisser résoudre une question aussi grave que celle de l'admission de nombreux incirconcis dans l'Église, sans la présence d'un délégué de l'autorité centrale. Barnabe approuva ce qui s'était fait et donna lui-même un nouvel élan au mouvement qui se dessinait en faveur des Gentils ; et sans doute parmi la foule assez considérable qui se joignit au Seigneur à la suite de ses prédications, les païens ne furent pas les derniers.
Il faut bien remarquer que, pas plus à Jérusalem qu'à Antioclie, il n'est question des charges à imposer aux fidèles venus de la Gentilité. On ne leur demande pas de devenir Juifs avant d'embrasser la foi de Jésus-Christ, pas plus qu'on ne leur demande de le devenir après leur conversion. Chacun devait donc rester, après le baptême, Juif ou Gentil selon ce qu'il était auparavant.
Ainsi, avant qu'il soit question de S. Paul et de ses prédications, les païens avaient été admis dans l'Église, la porte leur avait été ouverte par Pierre sur les ordres de Dieu lui-même. Puis ce sont des fidèles inconnus entraînés par la seule ardeur de la charité qui accentuent le mouvement. Et leur
zèle reçoit l'approbation de l'autorité ecclésiastique représentée par Barnabe.
C'est à ce moment que ce même Barnabe va chercher Saul et l'amène à Antioche pour travailler, lui aussi, à l'œuvre d'évangélisation.
Saul à cette époque était depuis treize ans déjà un disciple de l'Evangile. D'abord Pharisien zélé, partisan jaloux de la Loi et des traditions paternelles, il avait à ce titre violemment persécuté les fidèles. Mais il avait été converti, en se rendant de Jérusalem à Damas pour continuer son œuvre de persécuteur, et, dit-il, (c aussitôt qu'il plut (à Dieu) de révéler en moi son Fils afin que je l'annonçasse parmi les Gentils, je ne consultai plus dès lors ni la chair ni le sang^ ».
Le texte de S. Paul dit clairement que dès cette époque date non seulement sa conversion, mais aussi sa mission d'apôtre des Gentils. Non seulement cette mission n'a pas une origine humaine, mais Paul ne l'a pas reçue par l'intermédiaire d'un homme : il la tient directement de Dieu, et de Jésus ressuscité qui lui est apparu sur le chemin de Damas ^. C'est bien au moment même de cette apparition que Jésus, sans lui dire clairement encore tout ce qu'il voulait de lui, commença cependant