Voir plus loin, p. 23 et
3. Une année de Révolution par le marquis de Normanby, t. II, p. Ji7, trad. française.
dans la coulisse, aux négociations que la « réunion de la rue de Poitiers * » engage avec le général Cavaignac, dès le lendemain de rinsurrectiôn, pour obtenir de lui la formation d'un ministère 'à tendances conservatrices, et notamment Téviction du ministre de Tinstiniction publique, Carnot, mais déçu par l'événement, il tente quelques semaines plus tard, en septembre, de faire payer au chef du pouvoir exécutif son défaut de complaisance pour la réaction, et il met le gouvernement en sérieux péril -. Enfin, lors du débat sur la Constitution, il intervient, dans des conditions qui seront indiquées plus loin, au sujet de la liberté d'enseignement, et il rend, ce jour-là, un service appréciable à Montalembert et au parti catholique. Très petit personnage un an auparavant, M. de Falloux est, dans les derniers mois de Tannée 1848, un représentant fort en vue, et qui parait avoir l'étoffe de l'homme d'État.
Des raisons de politique générale expliquent qu'un catholique militant ait été appelé, dans le premier cabinet de Louis-Napoléon, à diriger l'instruction publique. Des rarsons d'ordre privé expliquent que ce catholique ait été M. de Falloux.
Plusieurs semaines avant Télection présidentielle, il était entendu qu'une loi sur la liberté de l'enseignement serait le prix du concours apporté, après bien des hésitations, par le parti catholique, et une grande portion du clergé, à la candidature de Louis-Napoléon. L'épiscopat et les chefs du
1. Voirie récit de ces négociations dans les Métn. cVun Boy., I. p. 351 et suivantes.
2. Le bruit s'était répandu que des commissaires allaient t^tro envoyés dans les départements pour y réveiller le sentiment républicain. C'est à ce propos que M. deFalIoiix demanda des explications. Dans son récit de la journée parlementaire du 15 septembre, il note que Jules Favre lui glisse dans l'oreille ce compliment « étrange » : o On dit que je suis le plus perfide de l'Assemblée. Mais à vous le pompon! » Mém. d'un Roy., l, p. 362.
parti catholique auraient, tout aussi volontiers, plus volontiers peut-être, lié partie avec le général Cavaignac, si celui-ci avait voulu prendre certains engagements. Cavaignac disposait d'une haute et puissante influence, qui ne demandait qu'à£;jemployer pour lui, celle du P. de Ravignan, de la Société de Jésus. Le P. de Ravignan avait ramené autrefois, aux pratiques religieuses, la mère du général. Très aimée et très écoutée de son fils, elle n'avait pas eu de peine à créer entre lui et le religieux des relations qui, au dire du biographe de celui-ci, furent assez suivies. Cavaignac consultait le P. de Ravignan sur les questions religieuses *. Après la mort de sa mère, Cavaignac devait même devenir le pénitent du célèbre Jésuite^. Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que Ton ait cru pouvoir obtenir de lui des promesses de nature à contenter le parti catholique. Quelles promesses? Dès la fin d'octobre, V Univers s'expliquait avec netteté. Il ne suffit pas, disait-il, que les candidats à la présidence fassent de vagues déclarations. Ce qu'on attend d'eux, c'est un remède au mal qui menace la société. « Le mal est dans l'enseignement funeste auquel la France est condamnée, dans les entraves sans nombre qui arrêtent Feffet des dévouements religieux ; le remède sera dans la liberté d'enseigner... C'est en faveur de cette liberté, que les catholiques apporteront leur suffrage dans le grand scrutin qui va s'ouvrir*. » Une démarche fut tentée auprès de Cavaignac par M. de Corcelles. On lui demandait d'abord le retrait du projet de loi
1. « Des ordonnances partaient souvent du grand hôtel Monaco, pour apporter à la petite cellule de la rue de Sèvres des messages sous le sceau du Pouvoir exécutif. Nous en avons les originaux sous les yeux. C était tantôt la mère, tantôt le fils qui consultait le P. de Ravignan sur des questions d'un haut intérêt pour l'Eglise ». Le P. de Ponlevoy, Vie du il. P. de Ravignan, II, p. 124, 123.
2. Le testament de Mme Cavaignac adjurait le P. de Ravignan de sauver son fils. « Le général, docile à des intentions si chères, donna rendez-vous au religieux, et voulut lui-même faire la lecture des dernières volontés de sa mère; en les lisant, il ne fut pas seul à pleurer ; il promit tout dès lors, et peu de temps après, il alla s'agenouiller aux pieds du confesseur de sa mère »./6n/., Il, p. 127.