Lecanuet, Montalembert, t. il, p
couvents, et que, d'ailleurs, les « idées du temps » ne leur étaient pas favorables. En revanche, le prince se montrait partisan de la décentralisation, et assurait à son interlocuteur que, s'il était élu, il avait « l'intention formelle » de faire désigner les candidats aux préfectures par les Conseils généraux'. Cet entretien n'était pas décisif. Cependant le choix de Montalembert était arrêté dès lors. Il écrivait le 23 novembre à l'un de ses amis : « Je veux Louis-Napoléon*. » Un instant, il eut lieu d'être inquiet. Louis-Napoléon n'avait pas voté les crédits proposés par le gouvernement pour l'expédition de Rome. Montalembert courut à lui. Louis-Napoléofi « s'excusa, et accepta tout ce qu'on voulut. » Il écrivit au nonce. Il écrivit à V Univers. Il se prononça, dans ces lettres, pour le maintien de la souveraineté temporelle du pape. L'abbé Dupanloup racontait volontiers, plus tard, à ses amis, qu'il était pour quelque chose, et même pour beaucoup, dans la lettre au nonce ^. Montalembert raconte, dans son Journal, qu'il a collaboré à la lettre destinée à VUnive7*s^. A la fin d'octobre, Louis-Napoléon disait « qu'il ne ferait rien de contraire à sa pensée, fût-ce pour obtenir trois raillions de suffrages* ». Au commencement de décembre, il ne savait plus rien refuser à Montalembert et à Dupanloup.
4. Le récit de cet entretien est fait par le P. Lecanuet {loc. cit.), d'après le JowîTia/ de Montalembert, complété par les souvenirs inédits de M. Alexis Chevalier, « recueillis le jour môme de la bouche de Montalembert ».
Le P. Lecanuet cite un fragment du Jouttial de Montalembert, relatif à cet entretien, oii on lit : c Lntrevue avec le prince Louis-Bonaparte. Ses manières et sa conversation me plaisent beaucoup, et je ne conçois pas d'où lui vient sa réputation d'incapacité... Nous nous séparons en nous donnant la main. J'emporte de cette conversation une impression très favorable ».