L'INCIDENT DE RAVIGNAN
Sans se lasser, Montalembert ramène cet argument. Il fallait ^ ou ne rien faire, ou prendre la mesure des sentiments de l'Assemblée qui doit voter la loi. La majorité de cette Assemblée est conservatrice : elle n'est pas catholique.
Si courageux que fût Montalembert, il eut de pénibles moments à traverser. Il semble même avoir eu, par instants, comme une crise de désespoir, et s'être montré prêt à tout abandonner ^ Il est soutenu, dans cette épreuve, par le P. de Ravignan, par le P. de Rozaven, par Dupanloup, surtout, qui lui écrit « presque chaque jour ^ » les lettres les plus touchantes, qui le ranime, le conàole, lui montre la victoire assurée, et les fruits de la victoire. Dupanloup, lui, paraît n'avoir pas connu le doute, ni l'inquiétude. « Je n'ai jamais eu dans ma vie plus de tranquillité d'âme et de conduite. C'est ici évidemment^ profondément, la cause de Dieu, de l'Eglise, et le salut de ce pauvre pays, autant que possible' ».
L'épisode le plus curieux peut-être, de toute cette agitation est l'aventure dont le P. de Ravignan faillit être victime.
[Il était l'intime ami de Falloux, de Montalembert, de Dupanloup ; il avait tenté de faire l'union des catholiques sur le projet de loi. Son attitude lui valut d'être dénoncé au R. P. général des jésuites, a Sectateur aveugle de M. de Montalembert, de M. de Falloux et surtout de M. l'abbé Dupanloup, il s'était fait le fauteur imprudent d'un projet de loi schismatique ; . . . il compromettait TEglise de France. Les fils de Voltaire s'applaudissaient d'avoir pour auxiliaire un fils de Loyola. On en appelait à la haute et ferme sagesse du général de la compagnie pour ramener à l'ordre un soldat dévoyé. » Ravignan protesta avec émotion : « J'aime tendrement et j'estime profondément MM. de Falloux, de Montalembert et Dupanloup. » Pourtant, il n'était pas un « partisan aveugle du projet de loi » ; s'il n'avait pas cru devoir
i. Voir plus loin le témoignage de M. de Melun.