Mémoires posthumes, t. III, p
dans les Mémoires d'un Royaliste, reproduit ce passage, mais il y ajoute un correctif. « M. Barrot se trompe : c'est bien lui, en effet, qui m'a proposé le ministère; mais c'est l'abbé Dupanloup qui me l'a fait accepter*. »
Il vaut la peine d^insister un instant sur ce point. On comprendra mieux la « loi Falloux » et son histoire, lorsque l'on saura, par le menu détail, dans quelles circonstances et, poui" ainsi dire, de quelle manière M. de Falloux est devenu ministre. Il s'est copieusement expliqué lui-même à ce sujet; et, nous avons l'heureuse fortune de posséder, outre le sien, d'autres témoignages précieux.
Une première ouverture lui fut faite, nous dit-il, « dans le$ premiers joxurs de décembre ». 0. Barrot vint lui offrir, de la part du prince Louis-Napoléon, qui se jugeait sûr d'être élu, le portefeuille de l'instruction publique et des cultes. M. de Falloux reçut cette proposition « avec une surprise bien sincère », et il y répondit par un refus. Le même jour, à la séance de l'Assemblée, il chercha le prince, pour le remercier de l'honneur qu'il lui faisait. M. de Falloux raconte, de façon plaisante, cet entretien qui eut lieu dans Tancienne salle de la Chambre des députés. Il faisait un froid intense. Les deux interlocuteurs étaient tète nue. Ils éternuèrent à qui mieux mieux. Comme M. de Falloux mettait en avant les exigences de sa santé, le prince lui aurait répondu : « Si vous êtes eflfrayé du travail de deux ministères, n'en prenez qu'un, et choisissez celui que vous voudrez. — Je suis aussi . incapable d'en occuper un que deux.» Là-dessus, nouveaux éternuements. « Il fait bien froid ici , dit alors Louis-Napoléon en serrant la main de M. de Falloux, mais j'espère que ce n'est pas votre dernier mot* ».
Les amis politiques de M. de Falloux, mis au courant, ne lui épargnèrent ni les reproches, ni les admonestations.