‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 27 sur 334 · LES PREMIBRS ACTES DE M. DE FALLOUX · texte numérisé non relu

LES PREMIBRS ACTES DE M. DE FALLOUX

I. Les deux rapports aa président de la République. — II. La séance du 4 janvier 1849. — Ili. La position prise par M. de Falloux.

Quinze jours après la formation du ministère, sept jours après la crise qui en avait entraîné le remaniement partiel, le Moniteur * publiait deux rapports adressés au président de la République par le ministre de l'instruction publique et des cultes. Le premier de ces rapports a pour objet la réorganisation de l'enseignement primaire; le second, Torganisation de la liberté d'enseignement. Chacun des deux rapports est suivi d'un arrêté instituant une commission, chargée de préparer un projet de loi distinct. Le même jour, à la séance de l'Assemblée, M. de Falloux, non sans y provoquer une vive émotion, déposait sur le bureau un arrêté du président de la République, portant retrait du projet de décret sur renseignement primaire présenté quelques mois auparavant par Carnot. M. de Falloux, on le voit par la date des deux rapports, n'avait pas, depuis qu'il était ministre^ perdu son temps.

Les rapports du 4 janvier ne sont pas seulement intéressants par le fond : ils le sont aussi par la forme, qui, étu-

diée de près, permet de lire assez avant dans la pensée de l'auteur.

Le ministre de Tinstruction publique a fort à cœur, dit-il dans le premier des deux rapports, d'aider le président de la République à remplir les devoirs <c que l'assentiment populaire vient de lui imposer». En est-il, dans le nombre, un qui soit plus grave que le soin de veiller à « l'éducation » du peuple? Le ministre souligne ce mot. Notre langue, « par un admirable rapprochement, dit indifféremment instruire, ou élever. C'est presque le même mot. Il faut que ce soit la même chose ». Or « l'éducation » se propose de former « l'âme » autant que l'intelligence. Elle doit perfectionner l'intelligence, qui est « le premier instrument du travail, du bien-être matériel, du progrès politique ». Elle doit aussi ne pas laisser « un hameau, un enfant manquer des notions éternellement vraies de la religion et de la morale ». Il apparaît, dès les premières lignes, que la morale et la religion tiendront, dans l'école telle que la veut M. de Falloux, une place prépondérante. Le projet de Carnot sans les sacrifier, visait à étendre les «connaissances' ». Mais M. de Falloux est plus préoccupé « d'élever » que <c d'instruire ». Instruire, c'est, à la rigueur, le fait de la société laïque. Elever, c'est le privilège de l'Eglise. Elle seule, par ses délégués authentiques, est capable de donner « l'éducation ». C'est la pensée môme de M. de Falloux, qui, sans s'exprimer tout entière, perce sous la phraséologie qu'il emploie.

/ Sans doute, un projet de décret sur l'enseignement primaire a été préparé par Carnot. Mais ce projet a soulevé « les plus graves objections ». Il entraîne de grosses dépenses. Il fait trop grande la part de l'Etat, trop restreinte celle de la famille. Il comporte une centralisation excessive. Il ne « coordonne » pas les écoles et les « œuvres » d'apprentis. Ces institutions, « nées du sentiment impérissable de la cha-

\. Voir chapitre m, p. 45 et suivantes.

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