‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 28 sur 334 · LES DEUX RAPPORTS DU 4 JANVIER · texte numérisé non relu

LES DEUX RAPPORTS DU 4 JANVIER

rite » ne sont pas et ne doivent pas devenir des écoles, mais il y a tant de points de contact entre l'enseignement primaire et l'assistance ! — Ce grief est à retenir, parmi tous ceux que M. de Falloux dirige contre le projet Carnot. Si Técole primaire est tenue entre la salle d'asile, d'un côté, le patronage de l'autre, une seule et même influence régnera sur l'enfant, l'écolier, le jeune homme, et ce sera l'influence de la religion, l'influence de l'Eglise. Si, au contraire, l'école primaire est isolée, indépendante, l'écolier pourra devenir un ouvrier d'esprit déjà plus ou moins affranchi. Grave péril pour l'qrdre social. Toute une doctrine tient ainsi dans quelques-uns des termes de ce rapport.

Le ministre continue en faisant l'éloge de la Commission chargée par lui d'étudier ces problèmes « redoutables ». Les membres en ont été choisis de manière à contenter l'opinion. Ils ont pour eux « les lumières » et « l'indépendance ». Ils sauront profiter des « travaux importants » déjà faits par l'Assemblée elle-même. Ils auront aussi toutes facilités pour recueillir des documents à l'étranger. Si la Commission veut répondre à l'attente du ministre, elle se préoccupera surtout de rechercher « les moyens pratiques d'enseignement et de surveillance, les méthodes déjà éprouvées... » Il n'est pas jusqu'à ces mots, si simples, qui n'aient eux aussi, un sens particulier et offensif, dans la langue du temps et du sujet.

Les méthodes « éprouvées », ce sont, pour M. de Falloux, les méthodes traditionnelles, en usage dans les écoles des Frères et des Sœurs. Les solutions « pratiques », ce sont celles qui changent le moins possible l'ordre de choses existant, en ce qu'il a de favorable au personnel congréganiste. Par exemple, s'agit-il des grades? Il n'est pas «pratique » d'exiger que des religieuses les conquièrent. Par exemple encore, l'habitude de vivre avec les enfants vaut mieux que le savoir attesté par un diplôme.

Le deuxième rapport vise la liberté d'enseignement. Le ministre rappelle l'article 9 de la Constitution, qui la pro-

clame. Le moment est venu, dit-il, d'exécuter cet article. Mais dans quel esprit ? Dans Tesprit dont le premier rapport est pénétré. Il faut, avant tout, veiller àTéducation. « A la profondeur où la société s'est sentie ébranlée, elle ne peut recouvrer sa sécurité qu'en voyant grandir autour d'elle des générations qui la rassurent. Quelque violents que soient les assauts qu'on lui livre aujourd'hui, son courage et sa force suffisent encore à les repousser. Mais si elle s'endormait imprudemment sur de telles victoires, si elle rentrait de nouveau dans les voies où elle s'était endormie, elle ne ferait que se préparer à elle-même d'infaillibles et d'incalculables revers. Le gouvernement a donc pour mission de déployer sa prévoyance à cet égard, il n'aurait plus le droit de se proclamer le ministère de l'ordre moral, s'il ne sentait pas qu'entre toutes ses obligations, l'éducation du peuple tient incontestablement le premier rang^ »

Ici encore, pour bien comprendre, il faut, sous le vague en partie intentionnel et sous l'élégante généralité des termes, chercher la pensée politique. D'abord, l'appel à la peur. Depuis les journées de juin et même, en remontant plus haut, depuis le IS mai 4848, ce langage a été tenu fréquemment à la tribune de l'Assemblée constituante, et dans la presse. M. de Falloux le reprend à son compte. Il réclame pour la jeunesse française une « éducation » qui soit de nature à former des générations acquises d'avance aux idées d'ordre et de conservation sociale. Quelles sont « les voies» où le pays « s'était endormi? » C'est le régime du monopole universitaire, si l'on veut. Mais c'est aussi la grande espérance démocratique de l'année qui vient de finir. En langage tout simple, M. de Falloux eût dit : « L'Université, la République ne savent faire que des anarchistes et des socialistes. Si nous no voulons pas périr, donnons à l'Eglise la haute main sur l'Université et sur la société ».

4. Moniteur du 4 janvier. Il est curieux de noter, au passage, celte expression de « ministère de l'ordre moral ». Elle a été reprise, en 1877, par le duc de Broglie. Elle appartient, on le voit, ^ M. de Falloux.

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Le ministre déclare ensuite que « Torganisation de Tinsiruction publique a soulevé naguère de vives controverses », dont l'ardeur s'explique par l'importance du débat, et <jui auront porté la lumière « sur les faces diverses d'une question nouvelle et infiniment compliquée ». Mais aujourd'hui, « le temps de ces discussions ^ést passé ; le moment de les mettre à profit est venu ». Ici encore, il convient d'appuyer. M. de Falloux veut aboutir. Le débat sur la liberté d'enseignement a duré assez longtemps. Il ne peut se terminer par la victoire complète d'aucun des partis qui y ont figuré. Ou bien, il faut laisser à l'avenir le plus lointain et le plus incertain l'Rbnneur et la responsabilité de la solution, avec les avantages qu'elle comporte ; ou bien, si nous voulons saisir ces avantages, nous, catholiques, nous, hommes d'ordre, nous, conservateurs, le temps est venu de transiger. Tout cela sera dit plus tard plus clairement. Il faut ici deviner entre les lignes, mais l'essentiel y est déjà.

La Commission qui est instituée pour faire passer dans la loi la liberté d'enseignement devra porter son attention sur trois points : 1^ la constitution de l'Université. L'Université ne sera plus seule désormais à enseigner. Elle va connaître « le régime de la concurrence ». Dès lors, il faut qu'elle « s'adapte aux conditions nouvelles qui lui sont faites ». Par exemple, « le titre et les attributions de grand maître ne doivent-ils pas être séparés du titre de ministre de l'instruction publique? » Par exemple, encore, « le conseil, le budget (de l'Université) ne devront-ils pas recevoir des modifications importantes? » — 2^ la détermination « des conditions de moralité et de capacité à imposer aux établissements libres ; » 3° l'organisation de la surveillance dévolue à l'Etat. « A quels intermédiaires vigilants et impartiaux, le gouvernement eonfiera-t-il la mission de tout voir, de tout signaler, sans esprit de corporation, « sans faiblesse? ».

Les trois points signalés par le ministre se tiennent, en effet, logiquement. La substitution du principe de la liberté

à celui du monopole entraîne forcément des modifications dans la constitution de TUniversité. Celles que M. de Falloux indique comme les plus urgentes ne paraissent pas bien redoutables. On verra qu'il s'en produisit à son instigation d'autres, qui le furent davantage. Quant aux conditions de capacité et de moralité, quant à la nature de la surveillance et au choix des personnes qui l'exerceront, la Constitution elle-même imposait la formule dont s'est servi M. de Falloux ^ En indiquant que la surveillance devait être exercée « sans faiblesse », et en rappelant, quelques lignes plus haut, que si l'Université devait se plier à de nouvelles conditions d'existence, il importait néanmoins qu'elle conservât « les éléments de prospérité et de force qu'elle doit à son organisation brillante », M. de Falloux pensait se couvrir, dans une certaine mesure au moins, contre les objections de la gauche. Il aftectait, lui, ministre de l'instruction publique, quelque sollicitude pour le corps et l'institution à la tête desquels il venait d'être placé.

Les dernières lignes du rapport font, brièvement, Téloge des membres appelés à entrer dans la Commission. Ces lignes paraissent avoir pour objet de corroborer l'impression que je viens d'indiquer. « Tous les intérêts comptent, dans cette Commission, des représentants également estimés de l'opinion publique, et YEtat y occvpe d'avance la place qiiil remplira plus tard, dans cette organisation nouvelle. » M. de Falloux entend, sans doute, par là, que les représentants des intérêts de l'Etat, les représentants de l'Université sont en majorité dans la Commission, ou, tout au moins, en nombre suffisant pour offrir toute garantie aux intérêts de l'Etat? Si c'est là ce qu'il veut dire, il ne dit pas les choses telles qu elles sont. II a lui-même, plus tard ^ partagé en trois groupes les membres de la Commission. D'après son propre calcul, l'Université comptait six représentants; les

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