‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 299 sur 334 · LA LOI ET L'OPINION DE GAUCHE 4SI · texte numérisé non relu

LA LOI ET L'OPINION DE GAUCHE 4SI

-qu'ils éprouvent d'avoir voté pour une pareille loi* ». Son journal écrit encore le 19 mars : « Cette loi n'est pas viable. Elle est née, mais elle est condanmée à mort. Elle est condamnée à mort par l'avenir, précisément parce qu'elle condamne l'avenir à mort. Elle ne sera pas exécutée, parce que, par son exécution, la civilisation, les conquêtes de l'esprit humain, la marche des générations seraient entravées. »

L'optimisme de la gauche n'étonne pas ceux-là même que la loi met en présence d'un danger plus visible et plus proche. h'Espérancey journal protestant, parle comme V Evénement : « Une seule chose nous rassure, c'est que cette loi n'est évidemment pas née viable. Elle est, dans la plupai't de ses dispositions et dans les énormes concessions qu'elle a faites à l'esprit clérical, trop en opposition avec l'état de nos mœurs et l'ensemble même de nos institutions pour qu^elle puisse durer, si tant est qu'on parvienne seulement à la mettre en voie d'exécution* ». Le Semeur — c'est, il est vrai, le journal de Vinet — voit plus clair; il va droit au fait, il discerne le point capital de la loi : « La situation politique et légale de la Société de Jésus en France a été changée par les débats de la loi sur l'enseignement... C'est la liberté de fait, si ce n'est pas la liberté de droit... Le rappel direct ou indirect des jésuites est une victoire du pouvoir ecclésiastique sur le pouvoir laïque^. » Plus tard, pourtant il trouve dans sa foi religieuse autant que dans sa conviction démocratique, des raisons de ne désespérer : « Ne nous attristons pas outre mesure en songeant au régime auquel l'éducation de la jeunesse de notre pays sera soumise dans quelques mois. Concevoir trop de craintes pour l'avenir serait se défier de la Providence et méconnaître cette loi constante qui veut que le progrès ne s'accomplisse qu'à travers de nombreuses oscillations. On pourra reprendre quelques-unes des conquêtes de la Révolution, mais on ne saurait

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