‹ La loi Falloux, 4 janvier 1849-15 mars 1850Chapitre 298 sur 334 · LA LOI ET L'OPINION DE GAUCHE · texte numérisé non relu

LA LOI ET L'OPINION DE GAUCHE

dans un jugement plus médité, plus motivé aussi, le môme journal voyait surtout deux graves inconvénients à la loi. Les fonctionnaires de Tinstruction publique, si complètement placés dans la main du ministre, deviendraient des fonctionnaires politiques, et ainsi, les « variations de la politique » pénétreraient, désormais, dans un domaine qui devrait leur être fermé. D'autre part, le clergé, appelé à une sorte de rôle officiel dans l'enseignement, verrait son autorité plus discutée ; or, elle a besoin de ne pas l'être. Si le Siècle a combattu la loi, c'est qu'il repousse avec horreur cette « alliance adultère de la religion et de la politique ».

[La Liberté de penser^ qui, au cours de la longue élaboration de la loi, l'a combattue sans relâche avec une perspicacité et une hauteur de vues très soutenues, ne s'indigne pas de la victoire attendue de ses adversaires ; elle ne s'en inquiète pas non plus outre mesure. « La religion est compromise, l'Université détruite, la liberté d'enseignement sacrifiée. Pourquoi donc cette loi a-t-elle été faite? Pour resserrer la majorité en cimentant l'alliance des anciens conservateurs et des légitimistes. » 11 est sans doute grave de constater que pour cet unique résultat, « nous jouons au hasard l'éducation de nos enfants et les intérêts moraux de notre pays ». Mais l'avenir ne paraît pas sérieusement compromis. La politique défera la coalition qu'a nouée la politique. « Cette alliance durera un jour. »

La République, avant le vote, a toujours parlé de la loi avec dédain : « C'est un gâchis, un chaos, une Babel, qui, sous prétexte de fusion, réalise la confusion la plus inextricable. L'Assemblée ne pourra pas la voter, ou, si elle la vote, le gouvernement ne pourra pas l'appliquer ; ou s'il tente de l'appliquer, le pays ne la supportera pas'^ ». Aussi le journal enregistre-t-il le résultat acquis par le vote du

i. 27» livraison, t. V, 1850, Tarticle est de Jules Simon ; un peu antérieur au vote définitif. 2. N*> du 15 janvier 1850.

15 mars sans grande émotion, a Au défilé du scrutin, nous entendions dire : ce n'est pas un vote, c'est un enterrement. » Môme sérénité, même indifférence dans les autres journaux qui ont le plus âprement lutté contre la loi Fall'oux*. Ils sont, comme l'Assemblée elle-même pendant la troisième délibération, fatigués, distraits, impatients d'en finir. La cause est entendue. La défaite de l'esprit laïque est complète; elle n'est pas définitive. Sa revanche est prochaine. Les jours du gouvernement de la droite sont comptés. Pourquoi regarder du côté d'Une assemblée réactionnaire? Voyez plutôt la nation : elle est avec la gauche. Le suffrage universel parle en ce moment même ; et c'est une diversion significative. Paris, le 10 mars, a élu trois représentants de -gauche, Carnot, Vidal et de Flotte, contre les conservateurs coalisés. Voilà la réponse de l'opinion à l'Assemblée. La gauche est tout à la joie, à Tespérance*. Qu'importe le vote de députés aveugles et apeurés ! « Courage ! écrit ï Evénement. Continuez à commettre, par peur, les actes les plus imprudents î Suicidez- vous par crainte de la mort ! Accomplissez, le jour où le peuple exerce sa souveraineté et montre sa sagesse, cette inconséquence de décréter et sa faiblesse et son ignorance!... Le jour où l'homme montre sa liberté et sa toute-puissance, allez, pour la lui enlever, vous embusquer derrière l'enfant ^ » Victor Hugo, dont il est facile de reconnaître ici la manière, est plus confiant encore les jours qui suivent : « Un certain nombre de membres de la majorité sont venus protester auprès de lui de la douleur

i. La Réforme, un des plus clairvoyants adversaires de la loi, a été saisie le 12 janvier IBîiO, et n'a pas reparu. — La Presse^ oii Gomienin et Girardin ont mené une campagne très vive contre la loi ne fait plus, dans les derniers jours de îé\ rier, que résumer les débats de l'Assemblée sans les apprécier. Après le vote, elle constate seulement, et avec joie, le désaccord du clergé.

2. Le sentiment qu'a la presse de gauche de l'inutilité de ses récriminations explique sans doute son optimisme et son aveuglement. Mais il n'est pas inuiile de noter aussi quelle est. au lendemain du 13 mars, en proie à d'autres préoccupations ; il lui faut parer à un nouveau danger, très prochain, celui que lait prévoir le projet de loi sur la presse.

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