CHAPITRE VII
LA COMMISSION EXTRAPARLEMENTAIRE (Suile L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
. La motion Fresneau. — Le rôle de l'Etat dans renseignement. — L'instruction nationale. — H. La défense de Thiers. — Son attitude dans la question de l'enseignement secondaire. — III. Le discours de Dupanloup et les conditions de l'Eglise. — IV. La résistance de Thiers et l'intervention de Cousin. — La question des Jésuites. — La victoire de Dupanloup. — Y. Le projet de la Commission. — VI. Les idées directrices du projet.
La Commission, en abordant les questions d'enseignement secondaire, touchait au point vif et aigu du débat. C'est à propos d'enseignement secondaire que l'on s'est battu sous la monarchie de Juillet. C'est pour obtenir l'abolition du certificat d'études, le droit d'ouvrir largement les petits séminaires, c'est pour faire reconnaître le droit des congrégations à ouvrir des collèges, en France, que Montalembert, depuis 1843, est demeuré sur la brèche et que Tépiscopat l'a soutenu. Dans toutes les polémiques sur le monopole, ce n'est pas l'école primaire, c'est le collège qui a été en cause. Ici devait se jouer la vraie partie. Chose surprenante : elle fut plus difficile à gagner, dans la Commission, que ne Taui'aient pensé M. de Falloux et ses amis. Et cela, parce que Thiers tint, tout à coup, une attitude imprévue. Mais, pour l'enseignement secondaire comme pour l'enseignement primaire, une large discussion générale, forcément un peu vague, devait précéder l'heure où les difficultés seraient serrées de près, oii les solutions .s'indiqueraient.
LA MOTION FRESNEAU. ISg»
C'est un représentant qui ouvre le feu, Fresneau. Il prend à partie * la constitution de l'Université qui, selon lui, ne répond plus à Tétat social et politique du pays. Il demande qu'elle dispai^aisse comme service national. Elle est le véritable obstacle auquel se heurte la liberté d'enseignement. Il faut donner toute latitude aux initiatives privées, en particulier à celle du clergé. Les Facultés doivent cesser de conférer les grades : des jurys spéciaux y pourvoiront. Plus de Conseil inamovible, régissant les hommes et les choses. La solution qui consiste à faire pénétrer dans le Conseil supérieur des membres n'appartenant pas à l'Université constitue un palliatif insuffisant. Il faut, ou bien décentraliser sérieusement, ou bien fortifier le pouvoir responsable, qui est le ministre*. Le système de centralisation sans force réelle et sans responsabilité sérieuse est le pire de tous.
En somme, Fresneau s'en prenait à l'Université ellemême. Il demandait qu'elle disparût. Il allait ainsi bien au delà du point marqué par M. de Falloux, et même, au moins dans ses plus récentes manifestations, j)ar Montalenibert. Il représentait l'extrême droite révolutionnaii'e de la Commission. Et ce fut, d'abord autour de cette question que Ton se battit. L'Université devait-elle, ou non, disparaître? Cousin prit sa défense, avec chaleur, avec éclat. Que d'autres écoles s'ouvrent, à côté des collèges et des lycées, il est le premier à le désirer, pourvu que les maîtres appelés à ces collèges aient fait preuve de capacité et de moralité, et pourvu qu'une inspection sérieusement organisée en assure la surveillance. Cousin abandonne, on le voit, le monopole, mais il maintient ce qu'il nomme lui-même
i. Les notes de Dubois nous apprennent que la premiOre st-ance d'enseignement secondaire est du 28 février.