‹ La Loi Falloux et Son Application en Alsace et LorraineChapitre 38 sur 110 · Blum, op. cit., p · texte numérisé non relu

Blum, op. cit., p

mixtes était passé de 442 à 548 dans la Basse-Alsace et de 439 à 709 en Lorraine. Un règlement local du 17 mai 18811, abrogeant l’article 3 du régulatif du 4 janvier 1874, détermina dans le nouvel article 3a les cas où les sexes seraient mêlés : l’école mixte y apparaissait comme un pis aller, c'était un retour aux principes de la loi Falloux ; pour les écoles à 2 classes l’ordre était de préférer à l’avenir 2 classes séparées pour les sexes à une école mixte à 2 classes.

IT. La lutte contre le français

1° Dans le programme de l’école publique.

A.— La principale innovation fut naturellement l’introduction de l’allemand. Le plan d’études du 8 avril 1871 indiquait 7 heures d’allemand, histoire et géographie y comprise, pour 4 heures de français, dans les cours moyens et supérieurs. Dès le 9 juillet 1872 un rescrit abrogeait les dispositions relativement libérales du 8 avril 1871. Le pays était divisé en régions de langue allemande et régions de langue mixte (français et allemand) ; dans les premières l’enseignement devait être donné en allemand ; dans les autres le plan d’études du 8 avril 1871 restait en vigueur. L’enseignement du français pouvait, en outre, être conservé dans les communes dont la population se livrait au commerce ou à l’industrie; ce qui fut accordé à 6 communes dans la Basse-Alsace, 21 dans la Haute-Alsace et 85 dans la Lorraine et leur fut, d’ailleurs, retiré peu à peu durant les années 1878 à 1892.

L’ordonnance d’exécution du 22 juin 1874?, pour le régulatif du 4 janvier, stipulait dans son article 6 : « La langue de l’enseignement est en général l’allemand. Dans les régions de langue française et de langue mixte et dont la délimitation incombe à cet effet au président supérieur, l’enseignement peut, d’après les prescriptions de ce dernier, être donné en langue française dans les classes dont tous les élèves parlent le français comme langue maternelle. Dans les classes des localités de langue fran-

1. Cf. Blum, op. cit., p. 55 et Regula, op. cit., N° 2825, p. 161. 2,2BIUmM,#0p. CIL,, 1:20 1.

çaise et de langue mixte, où une partie des élèves parlent l’allemand et une partie le français comme langue maternelle, le président supérieur fixe la langue de l’enseignement suivant les circonstances. Il est autorisé à réduire le programme normal des écoles où l’enseignement est donné en deux langues ».

B.— Au premier abord ces textes ne paraissent avoir rien d’excessif, mais aussi n’est-ce pas d’après la lettre des textes de lois et des programmes, mais eu égard à l’esprit dans lequel les articles des ordonnances furent appliqués qu'il convient de juger l’effort de germanisation intensive déployé par l’administration.

Ces efforts ne manquèrent pas toujours d’habileté. C’est ainsi que les programmes firent une large part à l’enseignement du chant, en raison de la prédilection des Alsaciens pour les chants populaires : un programme de « Lieders » fut établi pour chaque classe, ils devaient, d’après les auteurs des program mes, développer les sentiments religieux, le sentiment de la nature et, combiné aux deux précédents, l’amour de la patrie, de: la « patrie » allemande naturellement.

D'autre part, en sus de l’enseignement de la langue allemande, un enseignement de l’histoire spécialement « adapté » aux écoles alsaciennes devait servir de moyen de germanisation. Dans ce domaine les pédagogues allemands furent beaucoup moins adroits et touchèrent parfois le ridicule. Le but est clairemet exposé dans le programme du 12 octobre 1872 : «La connaissance de l’histoire du passé devra produire les effets suivants sur le cœur et l’esprit de l’enfant : le respect de la loi et des institutions de l'Etat se développera en eux ; il faudra que l’attachement aux intérêts généraux s’éveille et devienne du patriotisme, que l’amour de la patrie et de la maison régnante croisse et s’affermisse ; les élèves reconnaîtront enfin dans le plus profond de leur âme l’action divine de l’histoire». Celle-ci avait en vérité quelque besoin d’être étayée par une présentation tendancieuse des faits historiques ; il fallait accorder les desseins de la divine Providence avec les intérêts de la patrie allemande. L'entreprise n’allait pas sans quelques heurts violents avec la réalité des faits historiques ; le résultat ne fut pas — il s’en

APPLICATION DE LA LOI FALLOUX DE 1870 À 1918 79 s fallut de beaucoup — celui qu’en attendait l'administration.

L'œuvre principale du gouvernement allemand resta, pour autant, consacrée à l'élimination la plus complète possible de la langue française. L’ordonnance précitée du 22 juin 1874 accordait au président supérieur le droit « de régler la langue de l’enseignement suivant les circonstances », c’est-à-dire à sa guise, et sans être lié par une réglementation trop générale.

D'autre part l’ordonnance du 22 janvier 18741 avait attribué à l’allemand dans les écoles élémentaire à une classe 11 heures par semaine « parier, lire, écrire » pour les divisions inférieures et moyennes, et 9 heures pour la division supérieure. Dans ies écoles à 2 ciasses, c'était le même emploi du temps. Dans les écoles de 3 à 6 classes, 11 heures étaient prévues pour la division inférieure, 9 pour la moyenne et 8 pour la division supérieure.

Enfin, un décret du 16 juillet 1874, remit au président supérieur le soin de fixer le plan d’études des écoles préparatoires à deux années et à une année. Le nombre de postes vacants dans les régions de langue tant allemande que française rendait urgente la formation de maîtres connaissant les deux langues. Le programme comportait donc 5 heures d’allemand et 4 de français par semaine. De même, dans les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices de Haute et Basse-Alsace étaient prescrites 5 heures d’allemand dans les divisions inférieures et moyennes, et 1 dans la division supérieure, 3 heures de français dans chacune des trois divisions ; en Lorraine 7 heures d’allemand pour la division inférieure et moyenne et 6 pour la division supérieure, le français occupant 4 heures la première année et 5 durant les deux dernières.

20 Dans les écoles privées.

A.— La résistance à Flélimination de la langue française fut très vive dans les établissements libres, en particulier dans les pensionnats libres de jeunes filles, dont beaucoup subsistèrent même après la loi du 12 février et l'ordonnance du 10 juillet 1873. « C’étaient » au dire d’un rapport sur l’administration

1, Blum, op. cit., p. 22.

primaire de 1879, « des foyers de culture exclusivement française.. au service des familles qui professaient le culte de la France ».

L'’ordonnance du 5 août 1874 fut destinée à mettre fin à cet état de choses : dans toutes les classes dont les élèves n'avaient pas en majorité 14 ans révolus, l’allemand devait être la langue de l’enseignement, et le français n’être enseigné qu’au moyen de l’allemand, si les élèves comprenaient suffisamment cette dernière langue : dans les autres classes, l’enseignement de l’allemand, de la religion, de l’histoire et de la géographie devait se donner en langue allemande, sauf l’autorisation d’enseigner en français accordée à la condition que 5 heures au minimum fussent consacrées à l’enseignement de l’allemand. Dans les classes d’élèves âgés de moins de 14 ans révolus, des livres de lectures écrits en allemand, devaient être introduits pour toutes les matières d'enseignement. Des mesures de plus en plus restrictives suivirent.

L'usage de la langue française accordé en vertu de la loi du 31 mars 1872, pour les affaires, fut progressivement retiré de 1878 à 1892 ; ce qui amena de violentes protestations : le conseil général de la Basse-Alsace demanda, à l’unanimité, les 15 et 16 novembre 1883 que « l’usage de la langue française fût maintenu ou réintroduit dans les écoles primaires et le nombre des heures d’enseignement du français augmenté dans les écoles normales et les écoles préparatoires »1, Le gouvernement allemand résista à toutes les protestations, même à celles très véhémentes de l’Abbé Winterer à la délégation d’Alsace-Lorraine en 1883 ?.

Toute une série d'ordonnances s’appliquèrent à détruire les foyers particulièrement tenaces de la civilisation française, parmi lesquels les pensionnats libres de jeunes filles figuraient toujours au premier plan. Le nom de l'établissement, le plan d’études, les méthodés, le choix des livres, aux fins d’éviter dans les livres d’origine française des éléments de propagande

1. Cf. P.V., Conseil général Bas-Rhin, Séance du 15 nov. 1883, p. 89-96. 2. Délégation du pays d’Alsace-Lorraine, session 1883-84, P.V. du 31 janvier 1884.

patriotique, tout fut réglementé jusqu'aux plus infimes détails, toujours sous la menace de la fermeture de l’école en cas de nonobservation des règlements.

B. — Le résultat ne se fit pas attendre : en 1885 il y avait encore 70 écoles supérieures privées de jeunes filles en Alsace et en Lorraine, en 1910 il ne restait plus que 29 écoles privées face à 38 écoles supérieures publiques de jeunes filles, soit 44 écoles privées en ajoutant 15 établissements dirigés par des protestants et des laïques. Ce résultat révèle qu’une tendance entièrement contraire aux textes et à l'esprit de la loi Falloux avait surgi et triomphé. Les progrès d’un enseignement libre congréganiste étaient définitivement compromis et arrêtés.

Cet enseignement libre se trouvant être en effet une des places fortes de la langue et de l’idée française en Alsace, devait forcément être un des premiers à se trouver éliminé ou asservi. Tous les établissements privés qui purent subsister furent asservis à une réglementation tellement détaillée qu'ils ne se distinguaient presque plus en rien des établissements publics correspondants, hors l’origine des fonds servant à payer les frais généraux de l'établissement et de son personnel. La distinction établie par la loi Falloux entre écoles publiques et libres ne se justifiait plus en Alsace et en Lorraine ; les textes et plus encore l’application pratique de ces textes l’avait rendue factice.

A la veille de la guerre de 1914 le français était encore enseigné dans les écoles normales, les écoles préparatoires et les écoles moyennes, dans ces dernières à raison de 1 heure par jour. Au total, il n’était autorisé dans toute l’Alsace-Lorraine que dans 382 écoles élémentaires dont 320 en Lorraine sur un ensemble de 2.841 écoles. Dans les communes où la population parlait français, dans une proportion de 20 à 50%, le français était enseigné 5 heures dans les cours inférieurs, 3 dans le cours moyen et 2 dans le cours supérieur. Dans les communes où la population parlait français dans une proportion de plus de 50%, le temps consacré à l’enseignement du français était le même

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que pour la première catégorie, sauf que le cours inférieur avait 7 heures de français. En conséquence l’enseignement du français disparut peu à peu complètement des programmes, la langue française ne fut plus, finalement, que l’apanage de la bourgeoisie qui arrivait à tourner les lois restrictives du gouvernement, soit en envoyant ses enfants dans des écoles en France, soit en organisant des cours plus ou moins clandestins, même pour les élèves des écoles primaires. Ces cours privés avait pris une telle extension qu’en mars 1915! un décret déclarait « désormais interdit de donner des leçons particulières de français aux élèves des écoles élémentaires ».

Section II

Les écoles spéciales dans le cadre de la loi Falloux et les innovations allemandes

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