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La loi militaire

L'une des raisons pour lesquelles Renan s'inquiétait de l'avènement de la démocratie, c'est qu'il la tenait pour incompatible avec l'existence d'une armée qui ne serait pas une sim,ple garde nationale, et incapable, en tout cas, d'un ejfort militaire persistant. Les faits ont répondu. Depuis plus de quarante années que la France est en République, aucun sacinfice n'a été marchandé à la défense nationale ; hommes et argent lui ont été donnés sans compter, parfois sans compter assez. L'armée a été la constante pensée des fondateurs de la République. De nos institutions militaires, imbues de plus d'esprit scientifique, est sorti un corps d'officiers de beaucoup supérieur à ceux des régimes qui se sont succédé depuis les grandes guerres de la Révolution et de l'Empire. Quand il est apparu que, pays à faible natalité, nous ne pouvions garantir notre sécurité contre les accroissements formidables de l'armée allemande que par la prolongation de la durée du service m,ilitaire, la démocratie n'a pas hésité à rétablir le fardeau qu'elle avait allégé quelques années auparavant. L'Allemagne, d'autres encore, ne s'attendaient de notre part qu'à un geste. Nous n'ignorons aucune des imperfections de la loi du y août igi3. Mais, telle qu'elle est,

» Joseph Reinach

cette loi n'en est pas moins un acte, un très grand acte; elle a été une victoire morale ; son premier effet a été de consolider la paix ; tous ceux d'entre nous qui ont apporté leur pierre à l'œuvre commune en garderont une légitime fierté.

On trouvera dans cet ouvrage, avec les discours que j'ai prononcés au cours de la discussion de la loi, un commentaire et des notes qui pourront aider à fixer certains points d'histoire. Des amis, à la vérité indulgents, ont pensé qu'il y aurait quelque utilité à rééditer, à la veille des élections générales, une démonstration qui avait paru assez complète. J'aperçois un intérêt d'avenir à montrer que la défense nationale aurait pu être assurée par une loi qui eût été plus forte et moins dure.

Le principe de la permanence ou de la fixité des effectifs que nous avons, M. de Montebello et moi, fait in^ scrire en tête de la loi, n'implique point par lui-même, comme on l'a dit à tort, la division du contingent en deux portions dont l'une reste sous les drapeaux un peu m.oin8 de temps que l'autre. L'objet de cette règle tutélaire, c'est d'empêcher les effectifs de descendre à des chiffres insuffisants. Pauvreté d'effectifs, c'est insuffisojice d'instruction et de cohésion, donc valeur moindre de l'armée. Mais la règle s'accommode sans difficulté de l'égalité absolue du service. Si la société civile ou, pour parler plus exactement, si les partis politiques ne voient pas d'inconvénient à gaspiller les hommes et l'argent, l'armée ne se plaindra pas d'avoir des effectifs supérieurs à ses besoins largement calculés par ses chefs. Ce qui est exact, c'est que, seule, une loi dominée par le principe de la permanence des effectifs permet de créer une seconde portion du contingent sans que la

solidité de l'armure soit diminuée et, ainsi, d'alléger les charges militaires pour les familles nombreuses et pour les familles pauvres sur qui elles pèsent le plus lourdement.

L'idée directrice de la proposition que f avais déposée avec M. de Montehello, c'était de demander au pays « le nécessaire, tout le nécessaire, mais rien que le nécessaire jd. Il s'agissait donc, en premier lieu, de déterminer, de s'assurer ce le nécessaire » ; et, par conséquent, si manifeste que nous parût l'utilité sociale d'une deuxième portion du contingent, nous la subordonnions à la réalisation des effectifs dont les armements de l'Allemagne imposaient le relèvement. C'est ce que le Gouvernement avait négligé défaire dans son projet. Il incorporait trois classes, mais il renvoyait purement et simplement dans leurs foyers, après deux ans ou trente mois de service, les jeunes gens des familles nombreuses, de quatre enfants et plus. S'étant reportée aux statistiques, la Commission de l'Armée constata que les effectifs d^un très grand nombre de nos unités se seraient trouvés plus faibles que sous le régime de la loi de igo5.

Au contraire, notre contre-projet posait d'abord le principe de la permanence des effectifs. Il fallait éviter d'abord, par-dessus tout, de retomber aux fautes de l'Empire et de son Corps législatif.

Notre contre-projet était très simple. Les effectifs indispensables à toutes les unités ayant été déterminés par le Conseil supérieur de la Guerre dont le Gouvernement, à notre demande, avait provoqué l'avis, nous les m.ajorions, pour parer aux déchets des deux premières années de service, et nous ne retenions de la

Joseph Reinacli

troisième classe que le nombre d'hommes qui perm,ettait de maintenir le niveau au-dessous duquel il serait interdit de descendre.

Le surnombre, libérable après deux ans ou trente mois de service, aurait été d'autant plus important que des dispositions spéciales auraient déterminé un plus grand courant d'engagements volontaires et de rengagements. Nous cherchions notamment à les provoquer par l'appât des fonctions publiques. La monnaie électorale des emplois aurait été un peu diminuée ; eiit-ce été un malheur ? Ces soldats à long terme animaient donné un encadrem^ent d'une remarquable solidité.

Nous avions proposé cette rédaction qui marquait et, même, qui exagérait un peu notice pensée : « L'armée active se recrute : i° par engagements volontaires et rengagements ; 2° par appels annuels du contingent. » Dans tous les textes précédents, les engagés et rengagés venaient après le contingent.

On nous accusa, assez plaisamment, de vouloir revenir aux armées de ce mercenaires » et de « prétoriens ». Le fait — pourquoi n'en pas convenir? — c'est que la faveur incontestable avec laquelle l'opinion accueillit notre contre-projet fut due beaucoup moins au principe restauré de la permanence des effectifs, qui était surtout apprécié par les militaires, qu'à l'organisation d'une seconde portion du contingent. Nous ne faisions pas désigner par le sort, arbitre évidemment impartial, mais aveugle, les soldats qui seraient mis en congé au cours de la troisième année. Mais nous les prenions parmi les jeunes gens des familles jiombreuses, en commençant par les plus nombreuses, les soutiens de famille devant être libérés les

premiers dans chaque catégorie, les uns et les autres devant être libérés, ce qui excluait toute faveur, en commençant par les plus âgés. Cela parut moral, équitable, démocratique, de grandes conséquences sociales.

Le ministère de la Guerre, dont le texte fléchissait, accueillit notre contre-projet et le fit sien. La Commission de l'Armée l'adopta avec des modifications qui ne furent pas toutes heureuses, (i) Ainsi elle bouscula notre mécanisme des engagements volontaires de trois ans, volant-régulateur qui permettait de maintenir d'une façon presque constante aux mêmes chiffres la seconde portion du contingent. Elle remit au sort la désignation de la majeure partie des hommes libérables au cours de la troisième année de service. Cependant on paraissait surtout d'accord sur l'utilité d'une seconde portion du contingent. A la Commission de l'Armée, jusqu'au dépôt du rapport de M. Pâté, elle ne fut contestée à aucun moment. La grande querelle de M. Jaurès et du général Legrand portait sur l'importance du surnombre ; le général l'évaluait un peu trop bas, M. Jaurès un peu trop haut.

Quand la question de l'incorporation à 20 ans surgit, lorsqu'elle se poussa au premier plan et fut faussée par la préoccupation de libérer avant la fin de l'année la classe de igio dont le maintien sous les drapeaux avait été demandé par le Gouvernement et approuvé par les deux Chambres, il parut à un grand nombre de députés, appartenant à presque tous les groupes, et, pendant

(i) Notre contre-projet a été exposé et appuyé devant le Sénat dans la séance du 6 août igiS, par M. le comte de Tréveneuc dont le discours est ponctué des « Très bien ! » de M. Clemenceau. (Voir Officiel du ;j août)

Joseph Reinach

quelque temps, au ministère de la Guerre lui-même que l'application du m.écanisme du « surnombre » à ce nouveau problème apporterait une solution à la fois honorable et pratique.

Ce fut l'objet de notre second amendement qui recueillit un très grand nombre de signatures. Graduellement réalisée, l'incorporation à 20 ans aurait échappé au?^ principaux reproches qui lui ont été adressés ; tout au moins, les inconvénients en auraient été fort atténués. On n'aurait appelé sous les drapeaux qu'une classe très sévèrement sélectionnée, un peu plus d'une demi-classe. La libération, partielle, de la classe de jgio aurait résulté du jeu naturel de la loi. Nous n'aurions pas aujourd'hui deux classes de recrues sous les drapeaux. I4ÇS cadres inférieurs de presque tous nos régiments n'auraient pas été dégarnis. La loi du j août nous donne d'ores et déjà la quantité; mais nous n'aurons la qualité que demain. Nous n'aurions pas à traverser un défilé dont le moins que j'en veuille dire, c'est que nous voudrions l'avoir derrière nous.

Cette loi plus forte et moins dure, nous pensions la tenir. Pourquoi nous a-t-elle échappé?

Il n'y a d'inédit dans cet ouvrage que les pages où je résume ce chapitre d'histoire parlementaire. Je tiens d'ailleurs pour assuré ^ue la question de la deuxième portion du contingent reviendra sous peu devant les Chambres. Peut-être même se posera-t-elle devant la prochaine législature dans des conditions plus favorables qu'au cours des débats de iQi3 où notre premier devoir était de faire entrer dans la loi le principe de la fixité des effectifs. La loi du y août appelle, au surplus, d'autres corrections qui n'ont pas échappé au Sénat,

mais qu'il a ajournées, avec beaucoup de patriotisme et de clairvoyance. Il fallait, en effet, que le Sénat ratifiât, enregistrât simplement le texte tel qu'il lui était venu de la Chambre pour qu'aux masses allemandes qui seraient incorporées à l'automne nous fussions en état d'opposer des forces, sinon égales, au moins équivalentes. <( Bien ou mal, écrivait récemment M. Clemenceau, les Chambres nous ont donné le service de trois ans. )) Dans l'état actuel de l'Europe, c'est l'instrument indispensable. L'instrument est solide et il est perfectible.

LE PROJET DU MARECHAL NIEL

Des collègues (i) ont bien voulu me demander mon sentiment sur les diverses solutions du problème militaire, du problème, tout différent de celui d'hier, tel qu'il se pose aujourd'hui, en présence de la formidable augmentation de l'armée allemande. Ma réponse est simple : Je voterai « le projet du maréchal Niel ».

En 1867, un an après Sadowa, trois ans avant Sedan, le maréchal Niel, ministre de la Guerre, saisit les Chambres d'un projet de loi militaire. Ce projet prenait, chaque année, la totalité de la classe, retij-ait au Corps législatif le vote annuel du contingent, fixait le contingent à un chiffre immuable, supprimait le remplacement, donnait un effectif de combat d'à peu près

(i) Cet article a paru dans le Figaro du i^' mars igiS; il a été reproduit, ainsi que mon discours à Yille-d'Avray, dans mon volume l'Armée toujours prête. (Paris et Nancy, chez Berger- Levrault)

5oo.ooo hommes. Armée «i/ctive, réserve et garde mobile fomTdraient un total de 1.200.000 hommes.

La loi avait été préparée par une Commission que présidait l'Empereur et qui comprenait quelques ministres et anciens ministres, les maréchaux et les plus réputés des généraux d'alors.

L'Empereur dit au Conseil d'État : « La France est respectée aujourd'hui; elle le sera plus encore quand on saura qu'elle peut, en quelques jours, mettre plus d'un million d'hommes sous les armes. »

Le Corps législatif confia l'examen de la nouvelle loi militaire à une Commission de dix-huit membres. La gauche n'y était pas représentée. Les principaux membres de la droite et du centre y siégeaient : Buffet, le marquis de Talhouët, le duc d'Albuféra, Gressier, très braves gens, très bons patriotes, — aveugles. La Commission se refusa â « militariser toute la jeunesse », elle édulcora lamentablement le projet.

Avant de se rendre devant la Commission, le maréchal Niel avait dit à l'Empereur, en présence de l'Impératrice : « Si mon projet n'est pas adopté, je vous apporterai ma démission. » Puis il se laissa fléchir, concéda que toute la classe ne serait pas incorporée, qu'un contingent annuel serait fixé par la Chambre, qu'il ne dépasserait pas 100.000 hommes.

Si le maréchal Niel avait donné sa démission de ministre de la Guerre, comme il s'y était engagé, le pays, le Corps législatif auraient compris; l'histoire était changée.

Selon M. Emile Ollivier, l'Empereur pensa un instant à recommencer la lutte du roi Guillaume et de M. de Bismarck contre les Chambres prussiennes, — la résis-

LE PROJET DU MARECHAL NIEL

tance fameuse qui conduisit la Prusse à Duppel, à Sadowa, à Sedan. Rouher l'en dissuada. Sa terrible maladie de la volonté avait fait déjà, chez l'Empereur, de grands progrès. Il vit très clair, par accès.

C'était une majorité de députés ministériels qui avait imposé à la loi tant d'affaiblissements. Si énervée qu'elle fût, la loi, en séance, fut combattue encore par la gauche. Jules Simon se déclara pour a une armée sans esprit militaire » et recommanda — déjà — le système suisse. M. Emile Ollivier dit de son propre discours qu'il comprenait des erreurs.

Thiers traite de « chimériques » les chiffres, produits par le maréchal Niel, des effectifs allemands; mais il s'éleva avec force contre les utopies de ses collègues de gauche, la levée en masse, la stratégie défensive « qui ne va pas au caractère français ».

Au dehors, presque tous les journaux, sans distinction d'opinion, combattirent le projet. M. de Falloux fit cette déclaration : <c Je suis l'adversaire de la nouvelle loi militaire dont l'application prolongée, désolant nos familles, dépeuplerait nos campagnes. »

Trois ans après, les familles furent autrement désolées, lés campagnes autrement, ravagées et dépeuplées.

Ai

Gè que j'appelle aujourd'hui a le projet du maréchal Niel », c'est celui sur lequel le Gouvernement engagera sa responsabilité, l'ayant fait préparer par le Canseil supérieur de la Guerre, discuter par le Conseil supérieur de la Défense nationale, que préside le Président de la République.

A l'heure de la mobilisation générale, heure qui, selon toute probabilité, si elle doit sonner, sonnera tout à coup, aurons-nous à nos frontières, frontière de l'Est, frontière du Nord-Est, assez de soldats, de soldats instruits, pour faire respecter le territoire, défendre notre honneur et ijos droits contre une agression brusque et formidable?

Contre l'épée immense qui se forge, qui jaillira tout à coup du fourreau, aurons-nous le bouclier impénétrable?

Voilà toute la question. Il n'y a pas d'autre question. Elle est, manifestement, une question de vie ou de mort. Il ne s'agit pas du tout de savoir s'il suffît ou non de deux ans pour faire un fantassin ou un cavalier ou un artilleur. Il ne s'agit pas du tout de savoir si, malgré notre population moindre environ d'un tiers et avec notre natalité décroissante, nous devons chercher à avoir sous les armes un effectif égal à celui de l'armée active allemande. Il s'agit de savoir comment, par quels moyens, les plus sûrs, les plus rapides, nous conjurerons le danger actuel qui est de nous trouver, sur nos frontières, à un moment donné, à une heure précise, dans un état grave d'infériorité.

Et ce problème, il le faut examiner en soi, rien qu'en soi, abstraction faite de toute préférence théorique pour ou contre le service à court terme, abstraction faite de toute préoccupation politique. Je ne vois pas, sans crainte, la politique commencer à obscurcir ce redoutable, mais clair problème. On peut être un très bon patriote et tenir pour le service de deux ans, un très bon républicain et tenir pour le service de trois ans. Je n'exagérerai que très peu ma pensée en écrivant

LE PROJET DU MARECHAL NIEL

que la question qui se pose est une question stratégique.

Ce qui nous sera donc demandé — et il importe que ce soit le plus tôt possible — par les hommes qui ont la responsabilité de la défense nationale, par le Gouvernement avant recueilli et pesé l'avis des chefs qui commanderont demain à la frontière ; ce qu'ils jugeront être le nécessaire, rien que le nécessaire^ mais tout le nécessaire, je le voterai, je l'appuierai de toutes mes forces. Quel qu'il soit, le projet comportera de lourdes, de très lourdes charges. Il les comportera pour tous. Si lourdes que puissent être ces charges, elles le seront moins que celles qui pèsent, depuis quarante-trois ans, sur ce pays, parce que son Gouvernement et ses représentants ont manqué, il y a quarante-six ans, à leur devoir. On essaye de nous menacer des électeurs. C'est leur faire injure. Dirait-on vrai que le devoir n'en deviendrait que plus impérieux. Je ne serai pas un député de 1867.

Heinach.

A LA COMMISSION DE L'ARMEE

Le message du Président de la République (20 février I9i3) posait en ces termes le problème militaire :

(if La paix ne se décrète pas par la volonté d'une seule puissance et jamais l'adage que nous a légué l'antiquité n'a été plus vrai qu'aujourd'hui ; il n'est possible à un peuple d'être efficacement pacifique qu'à la condition d'être toujours prêt à la guerre. Une France diminuée, une France exposée par sa faute à des défis ou à des hjimïliations ne serait plus la France.

« Ce serait com.mettre un crime contre la civilisation que de laisser déchoir notre pays, au m,ilieu de tant de nations qui développent sans cesse leurs forces militaires. Notre armée et notre marine nous donnent, tous les jours, des preuves de leur dévouement et de leur vaillance. Tournons vers elles notre pensée vigilante et ne reculons devant aucun sacrifice pour les consolider, et les fortifier. »

Agadir avait réveillé l'esprit militaire. S'est-on exagéré, en 1913, la menace allemande? Certainement on l'aurait enhardie à la laisser sans réponse.

Une grande partie de la presse s'était prononcée, à la première nouvelle des projets allemands, pour le retour

pur et simple au service de trois ans; les armements nouveaux de l'Allemagne ne comportaient pas d'autre réplique (articles de M. Tardieu, dans le Temps, de M. de Mun, dans Y Écho de Paris, etc.)

On interrogea des officiers généraux en retraite; plusieurs avaient été partisans de la loi de deux ans; le général de Lacroix, ancien généralissime, les généraux Jourdy, Maîtrot, Duchesne, Bazaine-Hayter, vingt autres dirent que le retour au service de trois ans s'imposait comme un devoir, que c'était une question de vie ou de mort pour le pays.

Le général André et le général Percin se déclarèrent opposés à toute modification de la loi de 1905 ; la loi avait été mal appliquée, il suffisait de l'appliquer dans son esprit comme dans sa lettre, d'organiser les réserves.

Du premier jour, les socialistes partirent en guerre contre tout projet tendant à accroître la durée du service. M. Jaurès fut suivi par un certain nombre de radicaux-socialistes. Les autres radicaux-socialistes et un grand nombre de radicaux convenaient de la nécessité d'augmenter la durée du service militaire, mais ils n'accordaient qu'une rallonge de trois mois ou de six mois. M. Messimy, ancien ministre de la Guerre, exposa ces idées dans le Rappel. Au contraire, M. Clemenceau prit nettement position pour le service de trois ans. De même M. Bourgeois.

Les membres du ministère Briand étaient pareillement divisés. Les ministres de la Guerre, de la Marine et des Affaires étrangères tenaient pour le service de trois ans ; d'autres inclinaient au service de trente mois.

Le lourd, le très lourd fardeau que sera le retour à la

A LA COMMISSION DE L ARMEE

loi de trois ans, le peut-on imposer ad pays sans une nécessité absolue, inéluctable?

Quelle responsabilité pour le Gouvernement de ne pas réclamer le service de trois ans s'il est indispensable d'y revenir! S'il le demande et s'il ne l'obtient pas, ce sera pour la France, au dehors, une défaite morale.

Les auteurs de la loi de 1905 avaient eu le tort de ne pas prendre l'avis du Conseil supérieur de la Guerre. Ne pas le consulter aurait paru, en I9i3, un défi au bon sens, une injure aux chefs de l'armée. Le Conseil se réunit à l'Elysée sous la présidence de M. Poincaré. Après avoir délibéré longuement sur chaque question, il se prononça, à l'unanimité, contre le maintien de la loi de 1905, contre le service de trente mois, contre le système des appels échelonnés, pour le retour au service de trois ans.

On a contesté par la suite que l'avis du Conseil supérieur de la Guerre ait été rendu à l'unanimité. Cette invention fut officiellement démentie. Le général Joffre, mis en cause, demanda au ministre de la Guerre l'autorisation de porter lui-même sa protestation à la Commission de l'Armée.

Cependant l'avis du Conseil supérieur de la Guerre, si considérable qu'il fût, ne liait pas le Gouvernement. Dans les pays libres, le Parlement ne connaît que le Gouvernement et il n'y a de responsabilités que là où la Constitution les a placées. Ce fut donc sous sa pleine et entière responsabilité, qu'il devait revendiquer avec beaucoup de force, et après de nouvelles délibérations que le ministère décida de proposer le retour au service de trois ans.

Le projet de loi a ayant pour objet de modifier la loi

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du 21 mars 1905, notamment en ce qui concerne la durée du service dans l'armée active » fut déposé à la Chambre, par le ministre de la Guerre, dans la séance du 6 mars I9i3. Il était précédé d'un exposé des motifs très complet, et de belle allure. M. Etienne en donna lecture à la tribune, sans s'arrêter aux interruptions, violentes ou grossières, des socialistes. Nos applaudissements le soutinrent contre le tumulte systématiquement organisé. Des ambassadeurs et des attachés militaires étrangers assistaient, de la tribune diplomatique, à cette scène.

La Commission de l'Armée s' étant réunie avant la fin de la journée, j'exprimai l'avis qu'elle ouvrît, dès le lendemain, la discussion générale; je la voulais complète, il ne pouvait y avoir qu'une opinion à cet égard ; mais il y avait intérêt à ne pas retarder les mesures nécessaires et à ne pas laisser le pays dans l'incertitude de nos décisions. On objecta le règlement. Le projet était déposé; il n'était encore ni imprimé ni distribué. Aussi bien convenait-il de ne pas faire preuve de trop de hâte. La Commission, bien que déjà favorable ou parce qu'elle était déjà favorable en majorité au service de trois ans, s'ajourna au 11 mars, mais décida de siéger sans interruption à partir de cette date.

Elle décida également, à la demande de M. Jaurès et de M. Augagneur, d'examiner en première ligne le projet de loi autorisant le ministre de la Guerre à engager des dépenses pour une somme totale de 5oo millions de francs, en vue d'accélérer les travaux intéressant la défense nationale. La Commission du Budget ayant longuement retenu ce projet, le vote qui avait donné satisfaction à M. Jaurès, n'eut pas de lendemain.

A LA COMMISSION DE l' ARMÉE

Le projet du Gouvernement comportait une refonte complète de la loi de i9o5; il ne comptait pas moins de vingt-neuf articles. Quelques bons esprits avaient souhaité que le principe du service de trois ans fût présenté sous la forme d'une simple modification à l'article 33 de la loi de 1905, loi qui permettait déjà le maintien éventuel sous les drapeaux de la classe libérable, car il ne faisait doute pour personne, dans les premiers temps, que la classe de 1910 ne serait pas renvoyée. Ce projet sommaire aurait pu être voté par les deux Chambres en quelques semaines; on aurait ajourné à une deuxième loi les modalités du nouveau régime; le ministère de la Guerre aurait pu prendre immédiatement les mesures que nécessiterait, au mois d'octobre, la présence de trois classes sous les drapeaux.

C'eût été, en effet, la sagesse, mais il eût fallu obtenir des partis d'opposition qu'ils renonceraient A encombrer la discussion du premier projet de tous amendements relatifs aux modalités. Ils n'y auraient point consenti. Au lieu de gagner du temps, on en aurait perdu.

La Commission de l'Armée siégea, trois ou quatre fois par semaine, jusqu'aux vacances de Pâques. Son président, M. Le Hérissé, était délégué de la Côte d'Ivoire au Conseil supérieur des Colonies ; il venait de partir pour l'Afrique. En son absence, les séances furent présidées, à tour de rôle, par les quatre viceprésidents, M. de Montebello, M. Gallois, M. Treignier et moi. M. Bénazet, député de l'Indre, et M. Pâté, député de la Seine, furent candidats au rapport; ils étaient tous deux partisans de la loi de trois ans. M. Pâté fut élu au second tour de scrutin.

Si

La publication des procès-verbaux de la Commission, si sommaires qu'ils puissent être, lui ferait honneur. On s'est plaint de la lenteur de ses travaux. C'est lui reprocher d'avoir apporté beaucoup de conscience à l'étude du problème redoutable dont elle était saisie. La discussion, à certains égards, a été très supérieure aux débats en séance publique. On y a serré davantage les questions. M. Jaurès ne saurait s'empêcher d'être éloquent. En Commission, il arrive à son éloquence de s'ignorer. Sur les sujets les plus techniques, sa puissance d'assimilation étonna parfois le général Legrand, sous-chef d'Etat-Major, qui suivait nos séances. Dirai-je qu'il ne peut pas plus s'empêcher d'être sophiste qu'orateur? Notre principal adversaire, et toujours sur la brèche, il nous obligea à tremper plus fortement nos arguments. La Commission tira grand profit des connaissances spéciales de plusieurs de ses membres qui avaient passé par l'armée et qui opposèrent souvent à des idées ingénieuses, mais aventureuses, leur expérience et leur bon sens. Ce qui fit le plus défaut à la Commission, ce fut une direction ; des vice-présidents, alternant à chaque séance, ne pouvaient la lui donner. Quand le président, à son retour d'Afrique, reprit sa place, il trouva la Commission engagée sur notre contreprojet qui ne répondait pas à ses idées personnelles.

La Commission employa sa première séance à entendre les explications du ministre de la Guerre. M. Jaurès occupa, à lui seul, toute la séance suivante. Dans la séance du 14 mars, M. Bénazet n'eut pas de peine à montrer la vanité du projet des socialistes tendant à substituer à « l'armée de caserne », comme se plaisait à dire M. Jaurès, des milices constituées sur le

A LA COMMISSION DE l'aRMÉE

modèle suisse. La faiblesse de notre couverture avait vivement ému l'opinion ; même l'argument avait trop porté; il ne pouvait suffire de renforcer la couverture en anémiant les compagnies de l'intérieur. Tous les moyens proposés, en dehors du projet du Gouvernement, n'étaient que des expédients.

M. Augagneur réduisait le problème à ceci : trouver 3o.ooo hommes pour renforcer la couverture. Par la suppression des ordonnances des officiers sans troupes, des sapeurs -pompiers de Paris, des secrétaires d'étatmajor, des employés de bureau et des ouvriers de l'intendance, des soldats attachés dans les écoles militaires, des tambours et des musiciens, on restituerait 20.000 hommes aux unités combattantes. Il n'y aurait plus pour renforcer la couverture qu'à prélever 8 hommes par compagnie.

Prenant la parole après M. Augagneur, je cherchai à montrer que la réorganisation militaire devait réaliser trois principaux objets :

i^ Organiser et constituer la couverture de telle façon qu'à toute époque de l'année elle soit, en hommes instruits, une barrière solide contre toute attaque brusquée des corps de choc allemands.

L'objet principal des lois militaires allemandes a été marqué, dans une étude fameuse, par le général von Leczinski : « En raison de la situation politique de l'Europe, pouvoir disposer en permanence dans les régions frontières d'unités actives, d'effectifs suffisants pour permettre leur entrée en campagne instantanée, aussi bien vers l'Ouest que vers l'Est. »

La même situation politique nous impose le même devoir à l'Est et au Nord-Est.

2° Organiser et constituer nos armes montées de telle sorte qu'à toute époque de l'année, leurs effectifs en hommes instruits les mettent à hauteur de leur mission.

3° Constituer les forces de campagne mobilisées de nos armées de telle façon qu'à conditions au moins égales en valeur et en armement, elles puissent présenter sur les champs des opérations décisives des effectifs équivalents à ceux des Allemands.

Or, il est évident que, pour réaliser le premier et le second objet, la question des effectifs du temps de paix est primordiale.

Et il n'est pas moins évident qu'à moins de renoncer au principe de l'égalité, principe qui n'est, sans doute, appliqué aux différentes armes qu'en France, le troisième objet ne peut, lui aussi, être atteint que par le service de trois ans.

Depuis un an, j'avais, à trois reprises, appelé l'attention de la Chambre sur la faiblesse de notre couverture, notamment pendant la période d'hiver, après le départ de la classe, et sur les conséquences désastreuses du service de deux ans pour les armes à cheval. Le service de deux ans devait être maintenu pour l'infanterie ; mais il fallait instituer pour la cavalerie et l'artillerie à cheval le service de trois ans ou de trente mois. (Chambre des Députés, séances des i8 juin., 2g novembre et 20 décembre igi2) Maintenant que j'appuyais le service de trois ans pour toutes les armes, la presse socialiste, M. Jaurès et M. Augagneur à la Commission, me rappelaient ces déclarations, pensant m'embarrasser. Par la suite, au cours de la discussion devant la Chambre, elles m'ont bien

A LA COMMISSION DE l' ARMEE

été objectées une vingtaine de fois. Je répondais régulièrement que les armements allemands constituaient un fait nouveau assez considérable pour légitimer bien d'autres changements d'opinion. Mais ma réponse ne paraissait topique, comme il arrive toujours, qu'à ceux qui partageaient mon opinion. — Je conclus en ces termes :

M. Jaurès a cité hier, avec les plus grands éloges, le livre, en effet, admirable de M. le général Maltrot sur les Frontières de l'Est; il y a cru trouver, en faveur de sa thèse, certains arguments; je n'entrerai pas dans un débat à ce sujet; il me suffira de vous donner la conclusion du livre de M. le général Maîtrot, qui date de igi2 :

Les armées française et allemande ont, à des titres divers, de bons outils de guerre sur l'emploi desquels chacune des deux nations peut fonder des espérances.

S'il nous fallait, d'une manière plus précise, évaluer la valeur réciproque de leurs différentes parties, nous dirions <ju'il y a, quant à la qualité :

Pour l'infanterie, égalité;

Pour l'artillerie montée, supériorité pour la France ;

Pour l'artillerie à cheval et la cavalerie, supériorité pour l'Allemagne;

Pour l'ensemble du machinisme de guerre, égalité.

Reste pour l'Allemagne, quant à la quantité, une énorme supériorité de iSo.ooo hommes dans l'armée active.

f^a balance semble donc pencher en faveur de nos voisins. Pour rétablir l'équilibre, il nous faut des hommes, et seul un retour à la loi de trois ans peut nous les donner.

Il n'y a pas d'autre solution : tout le reste n'est que verbiage et mirage.

La France le comprendra-t-elle à temps?

L'opinion pub^que n'est pas, nous dit-on, suffisamment

la loi iiiilitaire

préparée à cette idée d'un retour à la loi de trois ans, elle n'en discerne pas encore la nécessité!

Quand la discernera-t-elle ?

Quand les armées allemandes seront sur la Meuse?...

Demain, quand fonctionnera la nouvelle loi allemande, la supériorité de l'armée active allemande ne sera pas de i3o.ooo; elle sera de 400.000 hommes; à nos effectifs de paix de 4^0.000 hommes, l'Allemagne opposera 865.ooo hommes; et nos troupes de premier choc seront aux ti^oupes allemandes de premier choc dans les mêmes proportions.

Je fais une hypothèse :

M. Augagneur, M. Jaurès réussissent à nous persuader, à nous convaincre ; et il se forme une m^ajorité dans la Commission de l'Armée d'abord, puis dans la Chambre pour repousser le projet du Gouvernement, pour maintenir le service de deux ans, pour y apporter, je le concède, quelques modifications.

Et puis, demain, après demain — je me place sur le terrain même de l'article officieux de la Gazette de r Allemagne du Nord — bien que l'Allemagne veuille la paix, bien que la France, la Russie veuillent la paix, tout de même, à la suite d'un incident marocain ou balkanique, la guerre éclate; — et la fortune qui a trahi Napoléon, qui a trahi les plus justes causes, la fortune nous trahit une fois de plus, pour cette cause, cette seule cause que, sur les champs de bataille de l'Est et du Nord-Est, toute la valeur de nos troupes, toute la science militaire de leurs chefs ont été impuissantes contre la supériorité numérique de l'armée allemande, d'une infanterie plus nombreuse, d'une cavalerie plus nombreuse et plus entraînée, d'une artillerie plus abondante.

A LA COMMISSION DE L ARMEE

Eh bien, je ne dis pas que la lutte sei^ait terminée ce jour-là : la guerre, en i8yo, n'a été terminée ni par les premières défaites ni par Sedan; mais je dis que, ce jour-là, si j'avais sur la conscience d'avoir écarté les conclusions formelles, unanimes, du Conseil supérieur de la Guerre, où siègent des hommes comme le général Galliéni, le général Pau, le général J offre, le général Marion, pour suivre dans leurs conceptions politiques ou dans leurs conceptions stratégiques M. Augagneur et M. Jaurès, je ne me le pardonnerais jamais.

Il est possible que le Conseil supérieur de la Guerre se trompe dans ses conclusions. C'est pourtant l'évidence qu'à suivre le Conseil supérieur de la Guerre dans ses conclusions, je risque moins de me tromper qu'à suivre M. Jaurès ou M. Augagneur. Pour moi, il n'y a pas un doute sur le devoir.

J'ai dit à la Chambre, à plusieurs reprises, ma conception particulièi^e de la réforme militaire. Pour parer à la diminution de nos effectifs d'infanterie, j'ai pensé, avec la Commission de l'Armée et avec le Gouvernen\ent, qu'un plus solide encadrement des réserves qui passeraient désormais, dès la mobilisation, de la deuxième à la première ligne, serait un remède efficace. J'ai dit que je n'envisageais la prolongation du service actif que dans les armes à cheval et en donnant aux appelés de la cavalerie désignés par le tirage au sort ou incorporés sur leur demande et à raison de leurs aptitudes . dans cette arme des avantages analogues à ceux qu'on consent aux engagés volontaires, en leur donnant en outre des primes de libération, en les ijiscrivant enfin en première ligne pour les emplois civils.

J'ai indiqué comment, à mon sens, on pourrait

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résoudre le problème de la couverture sans avoir recours à la loi de trois ans.

J'ai dit ainsi à la Chambre, à diverses reprises, ma conception particulière de la rêform.e militaire, mais Je me refuse à mettre en balance mes idées et les conclusions motivées des hommes qui auront demain la responsabilité devant rennemi.

Ce mouvement admirable d'opinion qui s'est pi^oduit depuis quelques semaines, dont le Times a dit que jamais libre démocratie n'a donné plus splendide exemple, ce mouvement, c'est, pour le pays, une victoire nnorale. Le rejet du projet par la Chambre, ce seimlt une défaite, et quelle défaite! Je supplie la Commission de ne pas laisser plus longtemps planer le doute sur ses résolutions. Nous examinerons dans le détail le projet du Gouvernement, projet qui, à mon sens, aurait dû tenir en deux ajHicles. Mais ne tardons pas à en i^atifer le principe. Ayons le courage de payer par le seul sacrifice qui puisse y renfiédier la diminution de notre natalité. La loi qui nous est proposée accroît, dans des proportions considérables, la force combative de l'armée. Elle l'accroît par le nombre plus considérable des effectifs. Elle l'accroît par une instruction plus efficace des unités. Et tout ce qui accroît la force de l'armée, accroît la force du pays et consolide la paix.

La discussion générale continua dans la séance du i8 mars que je présidais. Au début de la séance, le ministre de la Guerre, accompagné du général Joffre et du général Legrand, apporta les réponses aux questions qui lui avaient été posées par la Commission.

A LA COMMISSION DE L ARMEE

Il insista pour le vote rapide de la loi ; son rejet serait un désastre. M. Treignier développa ensuite des observations sur les changements qu'il suffirait d'apporter à la loi de 1905 pour satisfaire aux exigences de la défense nationale.

Le Sénat poursuivait depuis huit jours la discussion du projet de loi sur la réforme électorale. Pendant que la Commission de l'Armée entendait le ministre de la Guerre, M. Briand s'efforçait de démontrer au Sénat l'origine républicaine et la nécessité de la représentation des minorités, trois fois votée par la Chambre. Une politique d'apaisement s'imposait d'autant plus que le pays était « menacé dans sa sécurité par les armements des puissances voisines et inquiété par l'orientation des nouvelles forces balkaniques ». Une véhémente riposte de M. Clemenceau emporta le vote du Sénat. M. Briand avait posé la question de confiance; battu sur le principe de la représentation des minorités, le ministère était démissionnaire.

Dès que les partisans du service de trois ans furent informés du vote du Sénat, il leur parut indispensable d'obtenir, sans retard, de la Commission un vote qui marquerait nettement, au moment où s'ouvrait la crise ministérielle, son opinion sur la loi militaire. La clôture de la discussion générale aurait cette signification. Il restait encore plusieurs orateurs inscrits, M. Lachaud, M. Leygues, le général Pédoya; mais ils présenteraient aussi bien leurs observations dans la discussion des contre-projets. M. de Montebello demanda donc la clôture de la discussion générale. M. Jaurès et ses amis protestèrent vivement, déclarant que, si la clôture était prononcée, ils se retireraient de la Commission. La

demande de clôture n'en fut que plus énergiquement maintenue par les partisans de la loi. Je la mis aux voix et elle fut adoptée par dix-sept voix contre seize. Bien que présidant la séance, je pris part au vote, comme c'était mon droit, mais je ne levai la main que le dernier. Il y eut quelque bruit. Quelques-uns des membres de la minorité s'en allèrent, mais ils revinrent aux séances suivantes.

La majorité aurait été beaucoup plus forte si la Commission avait été au complet. Elle comprenait quarante-quatre membres, trente-trois seulement avaient pris part au vote, les absents étaient tous acquis au service de trois ans. Mais c'est un fait que les minorités sont toujours plus assidues que les majorités aux travaux parlementaires.

La discussion s'engagea dans les séances suivantes sur les contre-projets : les milices de M. Jaurès, le service de vingt-sept mois que proposait le général Pédoya, le compromis de M. Messimy : le service de trois ans, mais les hommes du service armé mis en congé à partir du lo février jusqu'aux manœuvres d'automne. Le siège de la Commission était fait ; elle repoussa les divers contre-projets et, après un discours décisif de M. Leygues, adopta, par vingt voix contre douze, l'article du projet qui posait le principe du service de trois ans (27 mars).

Elle avait entendu, dans cette dernière séance, le nouveau président du Conseil, M. Barthou. Il avait demandé instamment à la Commission de se prononcer sur la question de principe avant de se séparer pour les vacances de Pâques. Averti des objections que soulevait le projet du ministre de la Guerre, il ne pré-

A LA COMMISSION DE L ARMEE

tendait pas imposer un texte intangible, souhaitait, au contraire, une discussion approfondie, ouvrant ainsi la voie au contre-projet que nous venions, M, de Montebello et moi, de déposer. Il annonçait enfin la résolution qu'avait prise le Gouvernement de maintenir sous les drapeaux la classe 1910. Il n'avait pas cru devoir user encore de la faculté que lui donnait l'article 33 de la loi de 1906; mais l'éventualité en était prévue dans le projet de loi. Le Gouvernement notifierait ses intentions à la Chambre, dès la rentrée de mai, afin que l'administration de la Guerre ait le temps nécessaire pour préparer les nouveaux casernements.

La Commission s'ajourna au 24 avril.

DISCOURS

PRONONCÉ LE l3 AVRIL IQlS AU BANQUET

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