‹ La loi militaireChapitre 2 sur 24 · DU PARTI RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

DU PARTI RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE

A YILLE d'aYRAY

Je ne saurais vous exprimer ma reconnaissance pour m'avoir offert de prendre la parole après cet émouvant pèlerinage des Jardies. (i) Les amis personnels de Gambetta, hélas! disparaissent tous les jours; mais ceux qui survivent, toujours dominés, entraînés par la voix qu'ils ont entendue, éprouvent une joie profonde à revenir chaque année dans la petite maison, entourés d'udmirateurs nouveaux du grand républicain. Permettez-moi de penser que vous vous êtes souvenus de la confiance que m'a témoignée Gambetta. Ah ! celui-ci aimait la jeunesse ! Presque au sortir du collège, il

(i) M. Etienne, ministre de I3 Guerre, et M. Pichon, ministre des Affaires Étrangères, avaient prononcé aux Jardies deux discours où ils avaient rappelé l'exemple de Gambetta et exhorté les républicains à se conformer plus étroitement que jamais à ses enseignements.

m'admettait à collaborer à son journal, à diriger la publication de ses discours. De toutes manières il interrogeait et préparait l'avenir. Laissez-moi également imaginer que vous n'avez pas oublié qu'au travers des tourmentes de la politique je me suis efforcé de rester fidèle à ses engagements.

« Tout pour la France, par la République. » Sur quel airain plus durable a-t-on imprimé la plus forte formule qui commandera notre vie nationale ? A quelle heure plus qu'aujourd'hui avons-nous eu le devoir d'agir dans l'esprit et dans la lettre de cette consigne laissée par Gambetta ? (Vifs applaudissements)

LES ARMEMENTS DE l'ALLEMAGNE

Vous n'êtes pas de ceux qui ont pour coutume d'exagérer les dangers, qu'ils viennent du dedans ou du dehors. Mais vous avez des yeux pour voir; vous ne fermez pas l'oreille au plus formidable fracas d'armes dont ait jamais retenti l'Europe; avec toute l'Europe, vous vous êtes demandé quel est l'objet de cette « immense mobilisation en pleine paix » qu'est la nouvelle loi militaire allemande.

Le chancelier de l'Empire a donné hier cette explication : « L'Allemagne augmente ses effectifs, non pas parce qu'elle veut la guerre, mais parce qu'elle veut la paix, et qu'en cas de guerre elle veut vaincre. »

Je crois, messieurs, à la parfaite sincérité de ces paroles. Peut-être ne disent-elles pas tout. Quoi qu'il en soit, dans cette Europe sur laquelle pèse depuis plus de quarante ans la paix armée la plus lourde qui fut jamais et qui va s'alourdir encore, de la Russie à la

LE DISCOURS DE VILLE d'aVRAY

Belgique, il n'y pas un pays qui ne doive les prendre à son compte. Je ne recherche pas si nous n'avons pas davantage que l'Allemagne le droit de tenir ce langage ; je dis simplement qu'ayant au moins un droit égal au sien à le tenir, nous avons le même devoir de contracter les mêmes assurances. (Applaudîsèements)

Il n'y a pas de question qui soit à la fois plus grave et plus simple. Du fait de la nouvelle loi allemande, l'équilibre militaire, facteur essentiel de l'équilibre politique, est rompu, l'équilibre entre les effectifs des deux armées actives, cette balance des forces que les auteurs de la loi de 1905, si convaincus qu'ils fussent de leur réforme, mais sérieusement instruits des choses de l'armée, déclaraient indispensable. Dans la mesure du possible, coûte que coûte, il faut faire face au danger visible, immédiat, de ce déplacement des forces. Quel que soit le poids des charges nouvelles imposées au pays par le souci de sa sécurité et de son indépendance, il faudra qu'elles soient acceptées sans plainte comme sans forfanterie, dans le calme d'une résolution motivée. Voilà le devoir. Cependant il n'est le même pour tous qu'en apparence, il est plus pressant, plus impérieux pour le parti républicain que pour tous les autres partis, parce que c'est la République qui a assumé au lendemain du désastre, qui a conservé depuis lors et qui a mérité de conserver la charge des destinées de la patrie. (Vifs applaudissements)

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