‹ La loi salique, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 19 sur 59 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Éric, vivement et à demi-voix.

Pardon, Sire... pardon!... C'est un secret qui mourra avec moi...

CHRISTIAN

Quel qu'il soit, je veux le connaître !...

ÉRIC

Eh bien ! Sire, le feu roi, votre père, dont j'avais l'honneur d'être page, et qui, malgré ma jeunesse, me traitait comme un ami... comme un proche parent, quoique je fusse allié de bien loin à votre royale famille... votre père me dit à son lit de mort : « Eric, tu « veilleras toujours sur mon enfant bien-aimé. — Oui « Sire... — Tu le défendras contre tous les pièges qui « l'environnent. — Oui, Sire. — Et s'il faut te faire tuer « pour lui... tu le feras. — Oui, Sire... » Christian, avec émotion.

Éric!...

ÉRIC

Eh bien!... ce serment-là... il s'est présenté une occasion de le tenir... et je n'ai pas voulu la laisser échapper.

CHRISTIAN"

0 ciel! monsieur, parlez, achevez! un roi doit tout savoir.

Éric, avec embarras.

Eh bien! sire... Votre Majesté n'a pas oublié cette belle comtesse...

CHRISTIAN

Laquelle?

ÉRIC

La comtesse de Woldemar... qui vous plaisait tant !

CHRISTIAN

A moi !... au contraire !

ÉRIC

Enfin, vous l'aimiez!

CHRISTIAN

Du tout !

ÉRIC

C'est tout comme!... on le disait.

CHRISTIAN

On avait tort !

ÉRIC

Eh bien! le comte de Tchericofï... un étranger.,, un Russe vous l'a enlevée !

CHRISTIAN

Tant mieux !

ÉRIC

Tant pis! car il s'en vantait... avec une affectation qui produisait le plus mauvais effet! Vous n'en saviez rien !... mais, moi !... j'aurais mieux aimé que ce fût une maitresse à moi... car j'étais furieux pour vous...

CHRISTIAN

Comment, monsieur...

ÉRIC

Rassurez-vous, Sire... j'ai été la prudence même... Le comte a reçu de vous un honneur dont il devait être fier... et dont il s'est montré digne... l'invitation de se rendre... en secret sans témoin... sous votre terrasse... la nuit dernière... et par un brouillard comme nous en avons ici, en Danemark...

CHRISTIAN

0 ciel !

ÉRIC

On ne voyait rien à deux pas... que le fer desépées !... la sienne n'a fait que m'effleurer le poignet... tandis que la nôtre !...

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