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lors des épicjémies cholériques de 1832 et de 1849. On pourra se montrer plus sceptique encore, en ce qui concerne l'influence des guerres. Et pourtant, alors que de 1792 à 1815, l'Europe n'était ^ qu'un vaste champ de bataille, quand plus tard, de 1850 à 1880, s'ouvrait une nouvelle ère de tueries, d'extermination entre les nations du monde entier, pouvait-i y avoir beaucoup de calme et de tranquillité, de( joie et de bonheur de vivre ? L'inquiétude n'éten dait-elle pas partout son voile ; n'éteignait-ell point la bonne humeur dans tant de familles, don les enfants luttaient, au loin, pour, l'honneur dal drapeau national? La gaieté est comme le soleil ; 1 où elle ne pénètre pas, le microbe n'est que tro bien reçu. Que de fois la mort, fille de la crainte e de la tristesse, autant que de la souffrance et de la maladie,. dut faire d'un même coup deux victimes ?' Que de vieillards généreux, promis par leur ancestrale vigueur à la plus superbe longévité, succombèrent prématurément, pour n'avoir point pu surmonter le chagrin que leur versaient au cœur, les deuils du foyer ou les deuils de la patrie !*
En 1822, naissait à Dôle Thomme dont les décou-| vertes, en transformant complètement la médecine, allaient, sous bien des aspects, changer la face de] l'humanité. Il est piquant de le remarquer : Pasleur| n'était pas médecin, mais vétérinaire, et il fut avanttout un biologiste, un chercheur. Ses travaux, qui
1. Auber, de l'aveu de tous, aurait pu vivre centenaire s'il n'était pas mort de chagrin pendant la guerre de 1870, à plus de 90 ans; et le fait fut loin d'être isolé à cette triste époque.
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datent de la seconde partie du dernier siècle, portèrent sur le développement des germes spécifiques, les maladies des vers à soie, la prophylaxie de la rage. En somme, presque toutes ses découvertes s'appliquent à Tensemble des contagions. Elles eurent pour résultat de créer la doctrine microbienne, d'en faire sortir Tantisepsie et Tasepsie.
On a souvent dit de Raspail, dont la méthode eut
tant de vogue sous le Second Empire, qu'il pourrait
revendiquer comme siennes, l'œuvre de Pasteur et
sa doctrine. Erreur profonde ! Pour Raspail, toutes
les maladies étaient causées par des parasites qu'il
cherchait à détruire par le camphre. Raspail
croyait, mais ne démontrait rien, ne pouvait rien,
comme le fit son heureux rival. Sa doctrine reposait
sur la théorie pure et l'hypothèse, donc sur le sable.
Raspail n^en eut pas moins un grand mérite ; il fut
un précurseur. Ses idées étaient justes, il entrevit la
vérité. A lui revient certainement l'honneur d'avoir
orienté les masses vers l'hygiène individuelle et
d'avoir tracé la voie à ses successeurs. Aussi, quand
vint Pasteur, l'opinion était-elle mieux préparée,
pour entrer sans tarder dans ses vues ; pour accepter
ses doctrines, et surtout leurs conséquences.
Qui sait même, si, sans Raspail et ses germes, l'idée, surtout l'existence des microbes pâsteuriens, eussent été admises; .si l'antisepsie et l'asepsie n'eussent point attendu un siècle avant d'avoir acquis, à leur tour, droit de cité chez nous?
Le premier résultat tangible de l'œuvre du grand savant dont s'honore la France, fut de transformer la chirurgie. Avec l'antisepsie, les opérations devin-
rent de moins en moins meurtrières, alors que les inter>entions se faisaient plus fréquentes et surtoal plus hardies.
Les hommes de notre génération qui, il y a trente et quarante ans à p<4ne, débutaient dans Tétude des sciences médicales, ont gardé le souvenir de ce qu'étaient encore à l'époque les hôpitaux des grandes villes. Ils se rappellent ce qu'il advenait souvent du blessé auquel on avait enlevé un membre ; ce qu'étaient non seulement les interventions graves : hernie étranglée, amputation du sein, taille, etc.; mais les manœuvres chirurgicales les plus insignifiantes. Tous ont vu des opérés mourir des suites de l'ablation d'un ongle incamé ou d'une ponction d'hydrocèle, d'un phimosis ou d'une simple ouverture d'abcès. Encore moins ont-ils perdu le souvenir des hécatombes du champ de bataille, de la mortalité des ambulances, des maternités, des hôpitaux, où la septicémie et l'infection purulente faisaient, à elles seules, plus de victimes que la mitraille la plus meurtrière!
Ceux-là comprennent mieux que d'autres l'immensité du service rendu à la chirurgie par Pasteur, et l'économie de vies humaines réalisée partout, par l'application de ses théories. Car, seules, l'antisepsie et l'asepsie pouvaient permettre à la chirurgie ses audaces ; lui donner le moyen de s'attaquer à des organes qu'elle avait dû toujours respecter auparavant, de le faire avec sécurité.
Mais ce serait une erreur de croire que, seule, la chirurgie ait bénéficié des méthodes pasteuriennes, que toutes les interventions thérapeutiques directes
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datent de Pasteur. A^ant lui, on connaissait Thypodermie, la transfusion du sang, les injections intraveineuses, les ponctions aspiratrices. etc. Néanmoins, ces procédés thérapeutiques, malgré leurs avantages, étaient trop souvent délaissés. Il y avait risques à s'en servir avant remploi des méthodes aseptiques et antiseptiques. Beaucoup de ces manœuvres diverses, d'usage courant aujourd'hui, étaient considérées, à bon droit, il y a peu d'années, comme dangereuses; on ne les tentait qu'en désespoir de cause, souvent à toute extrémité. Même entre les mains des plus habiles, elles pouvaient avoir des conséquences redoutables pour le patient. Les plus bénignes en apparence l'exposaient à mourir d'infection ou de tétanos, comme en mouraient alors les blessés et les opérés... des grands maîtres. Or, Ton sait si les choses ont changé depuis.
Toutes les remarquables conquêtes médicales, ou presque toutes, qui ont vu le jour depuis trente à quarante ans, sont filles des doctrines de Pasteur. Toutes en dérivent de façon plus ou moins directe, et seule l'œuvre du savant pouvait provoquer leur apparition. C'est l'antisepsie qui a créé la prophy-. laxie sanitaire générale et la désinfection scientifique, capables d'avoir raison des épidémies par la destruction des agents microbiens. Elles ont fait reculer, à tout jamais espérons-le, le choléra, la peste, la fièvre jaune et le typhus. Elles ont réduit, dans des proportions considérables, les ravages de la fièvre typhoïde, des fièvres éruptives, de la diphtérie, de la fièvre puerpérale. Elles rendent, d'autre part, leurs manifestations isolées moins graves et
Tières. Insuffisantes à vaincre seules la elloN ont diminut^ le nombre de ses leur actif encore l'assainissement des s maternités, des crèches et des asiles.
rs à la théorie des microbes et des 1 sécrètent, que nous sommes redevables \érapie, méthode des sérums qui préiii guérissent, par la modification comapportent à la composition de nos rieurs,
iinent depuis Pasteur que nous apprél'importance d'un air pur et non saturé ganismes, pour les individus comme lectivités. Du même coup, nous avons luence désastreuse du méphitisme, du , -du surpeuplement des habitations.
ssance des toxines, des poisons microa, en même temps, mieux fait voir le .y avait, pour nous, à les introduire ;.
lents malsains, encore plus à les accunotre organisme. Nous avons, dès lors, iséquences néfastes de leur élimination résultat d'une vie anormale, faite pour inertie physique et de suralimentation, lé de restreindre notre régime, d'éviter xiquer, à la façon de nos aïeux, par des luels d'aliments et de boissons... Le mt de la culture phjsique, qui favorise ions microbiennes, rend' l'organisme is vigoureu.t, plus réfractaire aux agresles, fut encore la conséquence logique n des idées nouvelles. Sachant mieux
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pourquoi nous étions malades, nous sûmes mieux, dès lors, que faire pour ne plus le devenir.
Plus près de nous, ïopothémpiey qu'on peut, jusqu'à uil certain point, rattacher à la sérothérapie, la radioscopie^ la radiothérapie^ etc., sont venues compléter le bilan des conquêtes scientifiques du xix^ siècle, préparant la voie aux merveilles du siècle nouveau...
Il faut être aveugle, ou bien médiocre observateur, pour ne point saisir, de suite, Timportance de si féconds bouleversements sur la santé publique et sur la prolongation de l'existence des individus. Quand des pessimistes, ignorants ou de mauvaise foi,^ s'en vont clamant la faillite de la médecine, sous le prétexte que nous mourrons tous et tout autant que jadis (ce qui tendrait à prouver, à leurs yeux, que la thérapeutique médicale ne peut se prévaloir d'aucun progrès véritable), qu'est-ce que cela veut dire? Sinon qu'ils ignorent tout du passé, des questions médicales actuelles en général, et de la thérapeutique en particulier. Qu'ils font tenir celle-ci, tout entière, dans un étui à pilules ou dans une fiole à potion î Trop absorbés par leurs critiques, ou incapables d'observer, ils ne s'aperçoivent pas que la durée de la vie humaine ne cesse partout d'augmenter, dans quelles conditions et sous quelles influences elle augmente. S'ils voulaient pourtant comparer l'âge de toutes les notabilités disparues, au cours d'une année du nouveau siècle, avec celui d'un nombre égal de décèdes des mêmes classes sociales, il y a quarante ans, ils seraient vite fixés.
Car, peut-on croire que c'est à la seule évolutioD des lois naturelles, aux progrès constants de la civilisation, qu'il nous est permis de relever un accroissement de la longévité, comme celui que chacun peut constater au tableau II, de 1875 à 1910 (voir aux Annexes).
Il serait, en effet, singulièrement étrange, qu'aune époque Où la vie est devenue pour tous plus fébrile et plus intense, sa durée moyenne se fût allongée pour les lutteurs de plus d'années en moins de cinquante ans, qu'elle ne l'avait fait antérieurement en l'espace de plus de trois siècles î î
Pourtant, les chiffres nous autorisent pleinement à l'admettre. D'après tout ce que l'on vient de lire, nul ne doit s'en montrer surpris.
D'autre part, ce ne serait peint uniquement dans les plus hautes classes sociales que le progrès aurait été considérable à la fin du xl\* siècle. Sous ce rapport, le tableau V (aux Annexes) est curieux à étudier. C'est un aperçu fidèle de la durée moyenne de la vie chez les représentants d'une même population, à la fois urbaine et suburbaine, considérée il y a cinquante ans, d'une part, et de nos jours de l'autre. Le tableau III, qui vise une population insulaire toute spéciale, plus pauvre et plus isolée, serait, sous ce rapport, quelque peu différent du précédent. Sans doute parce que les idées pasteuriennes n'ont pas dû marcher à pas de géant, dans l'île d'Oléron, à la fin du dernier siècle. A noter toutefois que la durée de la vie y serait depuis longtemps plus longue que dans la région continentale qui lui fait face.
Partout, d'ailleurs, les chercheurs ont mis à jour,
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ces derniers temps, des documents statistiques, d'où il résulte que la longévité augmente à n'en pas douter. Non pas seulement parce qu'il meurt moins d*enfants. comme on pourrait le déduire de leurs recherches au premier abord, mais parce que telle est la réalité.
A la fin de 1909, le D*" Meuriot faisait, à la Société de Statistique de Paris, une communication fort intéressante. Il rappelait les investigations qu*il avait poursuivies dans la petite ville de Bar-sur- Aube, pendant trois périodes : 1821-1825; 1861-1865; 1901-1905. Il aurait d'abord trouvé une mortalité générale de 21,9 p. 1.000, pendant la première période; de 19,8 p. 1.000, pendant la seconde ; enfin de 19,3 p. 1.000, pendant la troisième. Durant le même temps, les décès, de à 10 ans, auraient été de 537 p. 1.000 de l'ensemble, de 1821 à 1825. De 1861 à 1865, ils seraient tombés à 345; et enfin à 136 pour la période allant de 1901 à 1905. D'autre part, alors que de 1821 à 1825 on ne comptait que 147 décès de personnes ayant dépassé leur 70* année, ce chiffre passait à 213, de 1861 à 1865, pour arriver à 345 p. 1.000, de 1901 à 1905.
Il est dommage que l'auteur ne nous donne pas Tindication des longévités pour chacune de ces périodes. Mais, d'après le nombre croissant de septuagénaires, il est permis de penser qu'à Bar-sur- Aube, comme ailleurs, leur nombre aurait sensiblement augmenté. Non seulement en proportion des morts de tout âge, mais de façon absolue*.
1. Il aurait fallu, pour le savoir de façon plus certaine, éliminer tous les décès survenus avant la vingt-cinquième année, ainsi que nous l'avons fait pour tous nos relevés.
Il serait donc à désirer, que des chercheurs ayant des loisirs s'adonnassent à des recherches étendues et sérieuses. Les caisses de retraites, la grande Chancellerie de la Légion d'honneur, les Sociétés de secours mutuels comptant un nombre suffisant d'années d'existence, enfin les Compagnies d'assurances sur la vie ont des archives; elles possèdent des documents, véritables mines à exploiter fructueusement sous ce rapport.
Pour ne citer qu'un exemple, la Conipagnie d'assurances le « Phépix » avait prévu, en 1906, 1.651 décès; elle n'en a compté que 1.594. En 1907, 1.754 prévisions, 1.693 décès; en 1908, 2.045 prévisions, 1.745 décès; enfin, en 1909, 2.209 prévisions et 1.995 décès seulement.
Ces deux dernières années surtout, l'écart entre les prévisions d'une part, les décès de l'autre, est relativement considérable. Il témoignerait en faveur d'un accroissement nptable, certain, de la durée de la vie, si un groupe d'assurés n'était bien peu de chose comme quantité, et ne différait sensiblement d'une population quelconque. Il y a lieu, en effet, de tenir compte : 1° des âges extrêmes des assurés; 2'' de la sélection des sujets à l'entrée; sélection exercée, par les assurés eux-mêmes, pour les personnes désireuses de se constituer une rente viagère, par les médecins, pour les assurés au décès*.
1. Si l'État n'y prend garde, il ne tardera pointa s'apercevoir de l'augmentation de la longévité de ses pensionnaires, à l'insuffisance de ses disponibilités. Les prévisions ayant été établies à une époque où la vie moyenne des pensionnés était certainement moins longue qu'aujourd'hui, cette éventualité ne saurait faire pour nous l'ombre d'un doute.
jj