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CHAPITRE Vil La longévité à l'époque contemporaine

Lee microbes. — Transformalion de la médecine ei de l'hygiène à la fin du xn" siècle. — Accroissemeni de la longévilé dans toutes les clasGes sociales.

11 faut aborder la fin du xvni% et le commencement du xix" siècle, pour assister à une évolution sérieuse des sciences médicales, tendant de plus en plus à l'observation.

Ce fut l'œuvre des Pinel, des Bichat, des Broussais. Bientôt suivirent: Laënnec, Bouillaud, Andral,Beau, Trousseau, Rostand, Ricord, pour ne citer que les plus illustres, parmi les représentants de la médecine française. Leurs travaux achevèrent de puiser la doctrine des vieux systèmes; avec eux. l'art lie guérir en vint, de plus en plus, à se transformer en une science positive. Un pas encore ; il va se préoccuper bien plus de prévenir les maladies que de les combattre ; de préserver l'individu plutôt que de le soigner.

Parmi les innovations qui devaient avoir une influence considérable sur la découverte précoce

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des symptômes morbides, autant que sur leur évolution, et contribuer ainsi de faron manifeste au maintien de la santé régulière et à la prolongation de la vie, il faut, en première ligne, citer Vauscultalion.

Découverte d'un homme de génie, Laénnec, Fauscultation fit plus que révolutionner la médecine ; elle créa, de toutes pièces, la pathologie des organes respiratoires et circulatoires.

Avant 1819, époque où parut le premier traité du médecin breton, on n'avait, pour reconnaître les maladies des poumons, des plèvres et des bronches, du cœur et des \*aisseaux, que des symptômes objectifs des plus vagues : le point de côté, la douleur, la gène respiratoire, l'expectoration, l'état du pouls, l'état général enfin, s'accompagnant d'une fièvre plus ou moins accusée. Pour nos aïeux, les maladies si fréquentes des organes intra-thoraciques, qui saisissent au berceau l'enfant le plus sain, tuent l'adolescent et l'adulte, en pleine vigueur, précipitent dans la tombe des vieillards encore robustes, n'étaient qu'un obscur chaos. Il y a moins d'un siècle, le médecin n'était guère plus avancé, de ce côté, qu'au Moyen-Age. Des milliers de malades pouvaient mourir, par le cœur et par les poumons, sans qu'on soupçonnât une altération possible de ces organes. Et la mort enlevait ainsi, sans compter, ses victimes, alors qu'en présence d'un cardiaque ou d'un porteur d'anévrisme, la science discutait encore l'âcreté de sa bile, et la coloration de ses urines...

Non, tout progrès n'est pas d'hier; après celles

d'Haney, de Jenner, la découverte de Laënnec en est la preuve. Car, en permettant de sauver d'une mort souvent rapide et précoce, depuis trois quarts de siècle, tant de patients autrefois condamnés sans merci, elle acquiert, chaque jour, à la reconnaissance de tous un nouveau droit. Si elle n'a pas donné de suite, dans leur intégralité, les résultats qu'on en pouvait attendre, il ne faut point perdre de vue l'époque où l'auscultation fît son apparition. Elle aussi connut les vicissitudes ; longtemps les doctrines de Broussais, alors triomphantes, lui firent de façon désastreuse et par trop souvent contrepoids.

Chacun sait, en effet, que sans pousser aussi loin que Guy Patin leur fureur sanguinaire, Broussais, Bouillaud et leurs élèves combattaient parla saignée.à outrance toutes les maladies. Pour lutter, soi-disant, contre leur unique cause, l'inflammation, il n'y a pas plus de 60 à 80 ans, en Europe, les médecins saignaient nos pères à blanc. Demandez-le plutôt à ceux qui ont survécu. Tous vous diront l'impression <[ue leur a léguée, dans leur enfance, le souvenir de médications funestes. Celles qui, dans presque toutes les familles, enlevaient, avant Tâge, des vieillards en pleine force, ou abrégeaient lentement, par une anémie provoquée, des existences qui ne demandaient qu'à s'épanouir.

D'autres facteurs, legs des âges écoulés, contribuèrent à retarder encore, dans toute la première partie du xix* siècle, l'accroissement de la longévité. (Voir aux Annexes le tableau II.)

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Nul n*a perdu le souvenir des terribles ravages du choléra, des guerres continuelles, de tant d'heures doolo.ureuses. encore présentes à la mémoire de ceux qui les ont vécues, et dont elles ont embrumé renfance et la jeunesse d'une ombre de tristesse et de mélancolie.

Le choléra d'abord. Parti de Jessore, dans la proTince de Calcutta, vers 1817 ou 1818, il envahit la Perse, la Syrie, l'Arabie ; franchit la mer Caspienne, frappe Astrakan et Orembourg. En 1830, il est à Moscou; en 1831, en Pologne, avec l'armée russe. D'où il gagne l'Allemagne, et par voie de Hambourg, l'Angleterre, bientôt l'Amérique. En 1832, il débarque à Calais ; le 25 mars il est à Paris et se répand dans 52 départements français. Il y fit 100.000 victimes, mais combien de millions dans le monde entier? Même marche du fléau, en 1849 ; ravages encore plus terribles. Faible retour en 1866, Suprême tentative en 1892, car désormais la science se trouve chez nous, bien armée contre lui.

Peut-être, va-t-on se demander, quelle a pu bien être l'influence d'épidémies, bénignes si on les compare aux hécatombes des siècles antérieurs, sur la durée de la vie humaine, et sur la longévité considérée au point de vue général ? *

Ce serait oublier qu'en pareille circonstance, plus nombreuses' sont les victimes de l'épouvante ou d'affections les plus légères singulièrement aggravées, que de la maladie épidémique elle-même. La constatation en fut souvent faite par les médecins,

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