CHAPITRE X
Genre de vie et longévité
La façon de vivre influe sur la durée de la vie. — Vie au grand air ; vie dans l'air confiné. — Des occupations dans leurs rapports avec la longévité. — Difficulté d'établir des statistiques de longévité professionnelle.
« L'homme, a dit Conan Doyle, demeure un problème insoluble; une réunion d'hommes, au contraire, nous offre des données d'une certitude mathématique. Ainsi, vous ne pouvez savoir d'avance, comment, dans un cas donné, se comportera un homme isolé ; tandis que vous pouvez préciser, de façon certaine, comment agira un groupe d'hommes dans les mêmes circonstances. La statistique le prouve ; les individus varient, les moyennes restent invariables*. »
Il était intéressant de rechercher jusqu'à quel point s'applique à la longévité cette remarque fort juste du romancier anglais. La façon de vivre, les mêmes préoccupations matérielles ou intellectuelles, peuvent-elles agir sur les divers groupements humains pour allonger ou diminuer, chez leurs membres, la durée moyenne de l'existence ?
1. Conan Doyle. La Marque des quatre, traduction française, p. 168.
Un démographe américain, F. French, a examiné une série de 238.792 décès d'individus, âgés à leur mort de plus de vingt ans, et ayant une occupation déterminée. D'une façon générale, et d'après ce qu'il a pu constater, pendant une période de 43 ans, dans l'État de Massachusetts, il serait arrivé à cette conclusion ; les employés ne dépasseraient pas 49 ans ; les financiers, comptables, banquiers, 49 ans 6 ; les professeurs, prêtres, docteurs, 52 ans ; les cordonniers, barbiers, joailliers, 45 ans 5 ; mais les cultivateurs, agriculteurs, fermiers, etc., atteindraient la moyenne de 66 ans 3*. «
Que ces observations soient exactes pour l'État de Massachusetts, nous n'en disconvenons pas. Mais que les différences relevées entre les catégories tiennent toutes à l'existence, passée à la campagne pour les uns, à la ville pour les autres, voilà chose peut-être plus difficile à établir.
Nous voyons, en effet, figurer dans les mêmes groupes, des gens de situation sociale et de fortune différentes, alors que le bien-être, non poussé à l'extrême, joue certainement un rôle favorable, à la ville et à la campagne, comme facteur de longévité. (Voir chapitre onzième.) La statistique de French place le comptable et l'employé de bureau à côté du banquier et du négociant ; le barbier ou le cordonnier, sur le même pied que le joaillier souvent fort à l'aise. Le prêtre de campagne ou l'humble vicaire y voisine avec le prélat; l'ouvrier agricole ou le paire, avec le riche métayer et l'opulent gentilhomme