‹ La longévité à travers les âgesChapitre 41 sur 88 · Loc. cit. y p · texte numérisé non relu

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le même lieu, sur des mêmes sujets rassemblés dans les mêmes conditions, en nombre sensiblement égal.

Autrement, les statistiques sont difficilement opposables ;" elles n'ont qu'une Valeur relative en ce qui concerne les groupements d'individus considérés par chacune d'elles.

11 est d'ailleurs toujours malaisé de dresser des listes professionnelles. D'abord, il faut s'entendre, bien délimiter chaque profession. De plus, une personne a pu successivement ou simultanément même, tenir deux emplois, occuper plusieurs situations différentes. Comment savoir celle de ces situations qui a le plus influé sur son genre de vie, par conséquent, sur sa longévité? L'intéressé lui-même serait souvent fort embarrassé pour répondre.

Est-il permis de croire, par exemple, qu'un théologien, un homme politique, un avocat, un professeur aient toujours consacré leur vie entière à la théologie, à la politique, à la tribune ou à l'enseignement? Un poète n'a-t-il été qu'un poète; un militaire, qu'un militaire ; un religieux, qu'un religieux ; un diplomate, qu'un diplomate ?

Goethe, Lamartine, Montalembert, Berryer, Thiers, Berthelot, Mac-Mahon, Victor Hugo, Raspail, Lamennais, et bien d'autres, n'ont-ils pas figuré à leur heure sur la scène politique de leur pays, alors quo la postérité leur a reconnu des titres autrement valables à la célébrité? Suger, Richelieu, Mazarin, Fleury, Dubois, Loménie, Talleyrand, Alberoni, Olivarès, Antonelli, l'abbé Grégoire, Dupanloup, Freppel, etc., ne furent-ils pas, à la fois, hommes (l'Etat ou hommes politiques, et hommes d'Eglise?

Ignace de Loyola, de Rancé, avaient été militaires, avant d'embrasser la vie religieuse ; d'autres, au contraire, portèrent le froc avant la cuirasse.

Presque tous les diplomates, beaucoup d'hommes de guerre, de moines, de gens de robe, d'artistes comme Michel-Ange, furent, en même temps, des lettrés, des penseurs, de grands savants. Ici, les noms se pressent, trop nombreux pour une énumération : A. Kempis, Albert Legrand, Tabbé Nollet, Tabbé Prévost, le père Secchi, Tabbé Moigno, le duc d'Aumale, les généraux du Barail, de Ségur,Ambert, Pierron, de Nansouty,^ le colonel Laussédat, l'amiral Mouchez, Taniiral Paris, l'amiral Jurien de la Gravière et cent autres plus célèbres peut-être. Il ne faudrait guère, d'ailleurs, remuer les cendres de l'histoire, pour trouver, en bien des pays, des princes en disponibilité, historiens à leurs moments perdus ; des écrivains, des poètes d'occasion, devenus plus tard agitateurs politiques, ou transformés, par leur volonté et les événements, en hommes de gouvernement, voire même en chefs d'État!

II est donc indispensable, pour qui veut faire œuvre utile et complète, de mettre chacun à sa place, de considérer parfois les sujets les plus en vue sous différents aspects, de les ranger dans plusieurs groupes à la fois, lorsqu'ils se sont imposés sérieusement, à des titres divers, à la postérité.

C'est, du moins, l'unique moyen d'avoir des statistiques professionnelles sincères, puisqu'elles se rapprochent ainsi davantage de la réalité. Nous avons eu soin de ne pas l'oublier à l'occasion.

Faut-il vivre pauvre pour vivre vieux ? — Influence de l'excès de bien-être. — Lords anglais. — Les familles royales. — De Charlemagne à Napoléon III. — De Guillaume le Conquérant à. Edouard VII. — L'homme mange trop. — Goinfreries héroïques el repas gargantuesques. — Les Sou- Terains à table. — Pauvres reines ! — Le o Corinlhianisme •.

Eq matière de longévité, il convient de se gaiiler soigneusement des généralisations hâtives et dks formules toutes faites.

Pour vivre vieux, a dit William Kinnear, après avoir dernièrement étudié la statistique des centenaires américains, il faut vivre pauvre. Et sait-on pourquoi l'auteur s'exprime ainsi ? Les trois doyennes desseize centenaires écossaises, décédées au cours d« l'année 1894, âgées de 105 au moins, étaient deux femmes indigentes, et la troisième, la veuve d'un simple terrassier. Les treize autres macrobiens appartenaient aux classes les plus pauvres de la société. En 1894, également, la statistique ^ossaise signale cinq décès d'hommes ayant dépassé leur centième année : un maraîcher, un tisserand, un berger, un terrassier, un laboureur. Pas un seul d'entre eux

ilO LA LONGÉVITÉ A' TRAVERS LES ACES

n'était assez riche, pour payer la moindre tase sur le revenu'.

Ainsi, pour avoir trouvé dans deux collectivités de pauvres quelques centenaires, c'est-à-dire quelques sujets d'exception. Kinnear semble conclure à la nonlongévité des riches. C'est aller trop vite en besogne, car il y a des longévités partout ; chez les riches qui n'abusent point de leurs richesses ; chez les pauvres qui ne manquent pas du strict nécessaire. Toutes choses égaies, il y en aurait peut-être plus chez les riches ; du moins à notre époque la chose serable-t-elle évidente. Au xx' siècle, par exemple, les célébrités mondiales accuseraient une i durée moyenne de vie de 71 ans, av«c une propor- i tion de 255 longévités sur 1.000. (Voir aux Annexes tableau IL]

Comparez ces chiffres, avec ceux que nous donnent, à la même époque, l'ensemble de populations urbaines et suburbaines (tableau V) ou encore la population oléronnaise (tableau III). Or, dans ces deux derniers tableaux, ce ne sont assurément pas i les riches qui dominent, à rencontre de ce qui doit plutôt se passer pour le tableau II. !

Il est également excessif de prétendre, que parmi les riches, seuls les Anglo-Saxons, qui développenl par l'exercice leur énergie vitale, accèdent à la Ion- , gévité. D'abord, l'exercice, le sport si l'on veul. n'est plus le privilège de certains peuples; en second lieu, I les chiffres et les faits protestent contre une telle i

]. J. FiMOT, loc. cil., p. M.

9 sont décédés depuis 1900, et 14 dans lecoura xix* siècle.

An»

François d'Assise à 80

Bernadotle 80

Désirée Clarj (femme de

Bernadolte] 80

ErDCBl de Hanovre. ... 80 Méhémet-Ali, vice-roi

d'Egyple 80

Miloch I'' de Serbie ... 80 Soulouque, empereur

d'Uù'li.

de Dane-

Prince de Joinville. ... 82 Louis I" de Bavière. . . 82 Marie I«, reine de Portugal 82

Vicloria I" d'Angleterre. 82 Ernest I'"" de Saïe-Altem-

bourg 82

Guillaume !"■ de Wurtemberg. 83

Mari e- Amélie , reine de

Frauce 84

PriuceBse Malhilde. ... 84 Adolphe de Nassau. ... 88 Christian IX de Danemark 88

Guillaume I*'' d'Allemamagne 91

Louise ,

mark 81

Mouley-Atiderrhaman, sultan du Maroc. 81

Frédéric de Bade 81

Ferdinand !'■■ d'Aulriche. 82 Georges IIE d'Angleterre. 82

Restent 19 longévités, à répartir sur vingt siècles d'histoire, parmi lesquels plusieurs centenaires ; Kouang-Hi, empereur chinois, mort à IIÔ ans ; Albert II, prince autrichien, décédé en 1358, à 118 ans ; deux Mogols, Aureng-Zeb, mort en 1707, à. 88 ans; Koubelin, en 1294, à 80 ans, etc.

Si on examine en particulier la longévité des reines, impératrices, princesses, on les trouve encore plus défavorisées que les souverains en général. Sur 159 d'entre elles, nous eu relevons :

93 mortes de 25 à 60 ans .

SB

de 60 à 70 -

de 70 à 80 —

de 80 à go-

de 90 à 100 —

pe 1" mène une vie de désordres et meurt à. 3G ans.

V!, (e Groi, meurt de diarrhée chronique. . 36 —

Vil, /e Jeune, meurt de lésion cérébrale. . . 71 —

pe-Auguste meurt (peut-être de ses eicès). . S9 —

VIII, le Lion, meun d'une maladie cODta- .SB, qui sévissait en Auvergne, dans son

ée 39 —

IX, lainl Louit, meurt à Tunis de cachexie

islre 35 —

pe III, le Hardi, meurt k Perpignan (peut-être a peste), au retour d'une expédition en Cata-

le. 40 —

pe IV, le Bel, meurt d'une .maladie de lan-

ir 46 —

X, le Huiin, meurt d'une pneumonie. ... 27 —

[, le Posthume, n'a pas vécu »

peV, le Long, meurt de la dysenterie. ... 43 —

■.s IV, le Bel, meurt 34 —

pe VI, de Valoia, meurt des suites de ses débor-

enlB (on a principalement incriminé l'incon-

I, le Bon, meurt des suites d'excès de tous

'es. et aussi de ses blessures 14 —

ts V, le Sage, faible et maladif, peut-être emonné dans sa jeunesse, meurt d'une lésion

;s VI, le Bien-aimé, devenu fou à 24 ans,

rt 5i —

!S VII, te Victorieux, meurt d'un abcès de la Ehe, suite de cachexie tuberculeuse, après

e une vie de désordres 54 —

XI meurt d'hémorragie cérébrale après plurs attaques d'apoplexie 60 —

le reçue cd viEÎtant le ch&leau d'Amboise. . 28 —

jeure partie des renseignements concernant les causes de rt des souverains français. D>' Cabanes. Le» morts mys. ïe« de l'histoire.

Louis XII meurt gnulleax, épuisé par les Kles et les bsDquetB qui ont lieu à roccasion de son Iroi-

sîëme mariage à US t

François 1", épuisé, galant Jusqu'au libertinage,

meurt de flsiule tuberculeuse SS

Henri II est lue accidentellement ilan s un (oumoi; 40 François II, maladif dès son jeune âge, meurt de

méningite, suite d'otite suppurée 16

Charles IX, épuisé parles excès, meurt de pleurésie

tuberculeuse 24

Henri 111, vicieux ei adonné à tous tes plaisirs,

meurt assassiné par Jacques Clément 3S

Henri IV, robuste, mais trop adonné aux plaisirs,

meurt assassiné par Ravaillac 51

Louis XIII, vertueux, de vie régulière, meurt de

tuberculose inteslinale i2

Louis XIV meurt de gangrène sÉnile 17

Louis XV meurt de ta petite vérole 64

Louis XVI est guillotiné. 39

Napoléon I" meurt d'un cancer de l'estomac. ... 52

Louis XVIII meurt de gangrène sénile 63

Cbarles X meurt 19

Louis-Pbilippe 1" meurt n

Napoléon 111 meurt de la pierre H'i

Ainsi, sur 50 souverains ayant régné sur la France, depuis l'an 800 environ, c'est-à-dire durant environ 12 siècles, la durée moyenne de la vie, pour les 45 d'entre eux au sujet desquels on est fixé, n'aurait pas atteint 52 ans (51 ans, 2).

Sur ces 45 souverains, dont 10 moururent de mort violente, 10 seulement auraient dépassé la soixantaine ; pas un seul n'aurait atteint sa 80* année, Charlei) X, le plus âgé, étant mort à 79 ans.

Les rois et reines d'Angleterre auraient-ils été mieux partagés ? De Guillaume le Conquérant à

Edouard Vil, nous en comptons 12 ayant atteint la vieillesse, dont deux parvenus à la- longévité, Georges 111 et Victoria I" décédés l'un et l'autre à 82 ans.

Georges 11 meurt an ans.

Edouard l"' — 72 —

Elisabetli — 70 —

Jacques II — 68 —

Edouard Vil — 6S —

Georges IV — 68 —

Georges )"■ — 67 —

Henri I" — 67 —

Henri 111 - 65 —

Edouard III — 65 —

Les autres souverains anglais n'auraient pas dépassé la soixantaine; la moyenne pour l'ensemble serait de 56 ans 7, plus élevée qu'en France, plus rapprochée de celle des souverains et princes en général, 58 ans 7. (Voirie tableau VI, aux Annexes.)

Pour expliquer cette faible longévité des souverains et des membres des familles royales, peut-on faire intervenir les risques des expéditions guerrières et leurs conséquences ? Pour quelques monarques, il serait injuste de négliger ce facteur. Quant aux fatigues, aux responsabilités du pouvoir, d'autres que les monarques ont eu à en supporter le poids. Sans oublier les hommes d'État, les papes, les grands abbés morts longévités [voir aux ,cbapitres xni" et XIV'), il suffit d'aller à Venise. Les doges y donnent des exemples de longévité, comme on en chercheraiten vain parmi les souverains de leur époque; lesouvenirdesCornaro,des'Dandolo, des Sténo,

Non, ce De sont point leurs charges, leurs royales fonctions qui ont pu abréger la vie des mona-""'"' et des princes. Nombreux parmi eux, ceu:

eussent pu prétendre à une longue et verte lasse, s'ils n'eussent hérité, en plus des taies j ques et morales de leurs ancêtres, des habi peu hygiéniques de leurs prédécesseurs.

n'avaient compromis trop souvent, par la sal tion sans limites d'appétits grossiers, par des de table et des débauches sans nom, une sani plus robustes, qui chez beaucoup ne demandai s'épanouir. En un mot, s'ils n'avaient dispo! gutnmum, de la puissance et de la richesse n'avaient été... rois !

L'abus de la nourriture, principalement, eut santé et la brièveté d'existence de nombreux s rains et personnages princiers, une influence pa évidente pour pouvoir être niée un seul instani

C'est d'ailleurs une remarque applicable à versaljté des humains, que l'excès de nourritu tue. Le proverbe latin a toujours raison : J occidit gula quam gladîus ! Le Professeur R Tolstoï l'ont rappelé avec infiniment d'à-propos : mangeons trop en général ; « nous mangeons que trois fois plus que ne réclame l'organisme les maladies incalculables qui raccourcissent terme la vie des humains'. » Mais que diraiè de tous ceux qui nous ont précédés ?

i. J. KiMOT, loc. Cil., ff. 45,

L'hommi? a vijcu des siècles et vit encore, dans certains milieux, sur une idée fausse : plus il absorbe d'aliments, plus il s'imagioe accroître ou réparer ses forces. Il ignore que ce n'est pas ce qu'il mange, mais seiil*'ment ce qu'il digère et assimile, qui lui est réellement profitable. En outre, dans tous les temps, plus on a voulu honorer quelqu'un, plus on lui a servi à manger. Vit-on jamais la moindre fête, la moindre réjouissance, qui ne fut accompagnée d'un repas '!

Ce que mangeait l'homme préhistorique est incalculable, à en juger par cerlains amas de débris retrouvés dans les gisements des époques géologiques. Peut-être, il est vrai, était-ce là la rançon de nombreux jours de famine ?

Ulysse reçu par Eumène, est Convié à un repas comme les comprenait l'antiquité primitive ; on lui sert un porc entier ! II n'est pas rare alors, de voir cinq ou six convives se partager un bœuf. D'ailleurs, les tribus sauvages d'Australie engloutissent encore, et en quelques jours, le cadavre entier d'une baleine jetée à l'état de décomposition sur leurs rivages; les chameliers arabes, au désert, font disparaître, en un seul repas, les restes d'un chameau mis à mort pour cause de blessures...

Les 11 mangeries», les «beuveries » des Romains de la décadence, celle de nos aïeux au Moyen-Age ont des allures fantastiques. « Le festiii de Trimalcion, 11 les N'oces de Gamache » sont des peintures exactement fidèles de ces abominations gastronomiques. D'énormes quartiers de bœuf, des moutons, des sangliers, des chevreuils entiers, des lièvres

RICHESSE ET LOXGÉVITÉ 119

encadrés de pâtisseries massives, de gigantesques poissons ; le tout arrosé d'hypocras au miel, tels sont les invariables menus d'un banquet aux manoirs féodaux.

Les médecins eux-mêmes, loin de protester, ne se font pas faute d'encourager les ripailles. Bien après le Moyen-Age, sous Louis XIII, sous Louis XIV, alors qu'on est loin déjà des goinfreries héroïques du joyeux curé de Meudon, leurs repas de corps, leurs banquets n'en sont pas moins continuels ; et Ton dîne sérieusement chez ces messieurs de la Faculté. Chaque examen, chaque soutenance de thèse est l'occa- [ sion d'une magistrale bombance. Guy Patin, docteur en 1620, traite royalement, pour ce motif, trente-six de ses confrères. Il leur fait faire « grande chère » ; jamais dit-il, il n'a vu tant boire, tant manger et tant rire, pour des gens sérieux ^. »

Car, si on mange mieux, plus proprement qu'au Moyen-Age ; s'il y a une nappe sur la table, et des fourchettes pour remplacer les doigts, les menus des XVI®, xvii®etxviii®siècles n'endemeurent pas moins d'un copieux à faire frémir. Des porcs, des moutons entiers y figurent, flanqués d'un nombre incalculable de poulets, de lièvreg, de cygnes, de faisans, de paons. On sert, à chaque convive, vingt livres de victuailles î!^

C'est partout la coutume ; de tout temps rois et princes donnent à leurs sujets l'exemple ; et chacun,

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