Pic, loc. cit
2. Aux festins du réveillon, à la Noël, on fait figurer sur la table un bœuf entier, lequel renferme un porc à son tour
! bourré de volailles.
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suivant ses moyens, est tout heureux de les imiter; ainsi l'indique le vers fameux : .
Lorsqu' Auguste buvail, la Pologne était ivre.
En elîet, on doit le supposer, pour manger de la sorte, il fallait boire en proportion. Sous ce rapport, nqus Français, nous n'avions pas la palme. A l'exemple de Zenon, l'empereur enterré vivant par sa femme, alors qu'il cuvait son vin, de Sélim-Khani, surnommé J^est, c'est-à-dire l'ivrogne, tant il violait sur une large échellfc, les sages prescriptions du Prophète ; Wenceslas de Pologne, Pierre I" et sa cour moscovite, le grand Frédéric et son entourage buvaient parfois comme ils mangeaient ; c'est-à-dire à en mourir.
Aussi, n'était-il point rare autrefois, de voir des i> gens de qualité », même des rois, à l'exemple des Il vilains », rendre l'âme, à la suite d'un repas par trop gargantuesque, ou d'une de ces orgies, dont la seule évocation suffit à nous donner la nausée.
Attila se remarie plus quecentenaire ; il mange tant le jour de ses noces, qu'il meurt la nuit de congés tion cérébrale... Au xu' siècle, Henri I'' d'Angleterre, meurt à 67 ans, aux environs d'Elbeuf, pour avoir fait trop honneur à un plat de savoureuses lamproies. Edouard IV, d'après les prévisions Justifiées de Louis XI, succombe i, la suite d'excès de table continuels. Henri Vlll passe à table la majeure 1 partie de son temps ; il meurt à 56 ans, après udc | dernière orgie. Son abdomen était alors si distendu, au dire des chroniqueurs, que les tissus en crevèrent ! Victor-Amédée I", duc de Savoie, meurt en
Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, meurt en 1665, à Vinaroz, d'une indigestion de poisson ; il a 71 ans. Laniettrie, philosophe français, meurt aussi d'indigestion, à 42 ans, à la cour de Frédéric II, en 1751, pour avoir dévoré, à lui seul, un énorme pâté de volaille et de venaison.
L'abus des plaisirs, principalement les excès de table mettent au tombeau, jeunes encore : Philippe I", Philippe-Auguste, Charles VU, Jean-le-Bon, François I", Charles IX, et jusqu'au paisible LouisXII. Alors qu'il décrivait l'appétit de Garçantua, Rabelais songeait, dit-on, aux capacités d'absorption de François I". Ceci laisserait à penser que le royal ami de « la belle Ferronnière « avait tous les appétits. Mais Rabelais aurait plus tard trouvé bien d'autres modèles, les traditions gastronomiques se transmettant aussi fidèlement chez les grands que les coutumes les plus respectables.
En 1571, Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, fait aux Eaux-Chaudes, en compagnie de ses deux enfants et de neuf autres personnages, un repas dont M. A. Meillon a pu reconstituer le menu. On sert aux douze convives, en ce festin sans cérémonie et sans apparat : Un potage à la Vierge, du boudin, des saucisses grillées, deux sortes de petits pâtés, une aumelette (sic), une pièce de bœuf, des côtelettes de mouton, des ris de veau, une compote de pigeons, une tourte de lapins, une salade, des perdreaux rôtis, des gelinottes rôties, un chapon rôti, des
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choux-fleurs au beurre, une crème au café, des fruits, des compotes, des noix nouvelles, etc.
Louis XIV, Louis XVI, Louis XVIII, furent, !e premier surtout, de véritables ogres, A l'époque où les repas comptent de cinq à six services, parfois plus de cent plats, le grand roi absorbe régulière- i ment quatre potages, trois ou quatre plats de chaque service, dont un poulet ou un faisan entier. Il goûte tous les entremets ; il lui faut encore, pour la nuit, un en cas de volailles et de viandes diverses.
Ce n'était là, d'ailleurs, que le régime de tous les jours ; dans les grandes circonstances, le menu des tables royales et seigneuriales s'allongeait de façon démesurée. Au mariage de la princesse de Conti, on vit défiler trois services de i60 plats chacun ; on y consomma 16.000 livres d'ortolans !
A la même époque, chez M. de la Verpillière, dans une fêle qui réunit cent invités, on servit aux convives douze moutons, un veau et demi, cent liiTes de bœuf, et cinquante volailles...
Une vie très active, trois ou quatre jours de chasse à courre par semaine, l'observance stricte du carême, de nombreux jours d'abstinence, sans parler d'un système de purgations répétées, périodiques, el chez certains d'une dépense de soi-même beaucoup moins orthodoxe, permettaient seuls à de tels raanfieurs de résister à une suralimentation poussée à l'extrême. Elle était regardée partout comme nécessaire, au moins pour les gens >< nés »., car <i Jacques Bonhomme » connaissait, pour sa part. plus de semaines de disette que de journées d'alMitdance.
Si Louis XIV fut toute sa longue vie un malade, un perpétuel souffrant, assez peu résigné d'ailleurs ; s'il lui fallut faire une effroyable consommation de purges et de clystères, subir un nombre élevé de saignées, à quoi le dut-il ? A son existence anormale, aux malaises que lui occasionnait la satisfaction de toutes ses fantaisies, et, avant tout, de son formidable appétit. La sinusite, la fistule en 1685, les fièvres paludéennes qui le firent trembler pendant quinze ans, alors qu'il voulait chaque jour surveiller les travaux de Versailles et de Marly, ne furent que des épisodes morbides, au cours de son existence. En réalité, ce gourmand couronné ne souffrit que de son estomac, de ses excès. La pléthore dut le conduire à Tartério-sclérose, de là à la gangrène sénile. Le roi-soleil mourut de son ventre ; il en mourut, sans nul doute, dix ou vingt ans avant son heure, bien plutôt que des chagrins de famille et des déboires de toutes sortes, qui assombrirent lo déclin de son règne.
L'obésité précoce de Louis XVI n'eut pas d'autre cause : des excès de nourriture, conséquence d'un appétit famélique, toujours satisfait. Qui sait si la gourmandise, en le retardant à Varennes, ne lui a point coûté prématurément la vie ? En tout cas, s'il eût vécu, Louis XVI fût devenu comme son père le Dauphin, un monstre de graisse. Ou bien, il eût subi le sort de son frère Louis XVIII, qui, après avoir souffert cruellement de la goutte, mourut de gangrène sénile, comme son grand aïeul, à l'âge de 64 ans, et sans postérité.
Au xix*" siècle, la cour de France n'avait point
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renoncé aux manifestations gastronomiques des âge» antérieurs. Le 6 janvier 1820, il y eut aux Tuileries un banquet où figurait un nombre incalculable de grosses pièces et de rôtis. Le tout précédé de 16 entrées de gibier, de poisson, de volailles et de filets d'agneau, et suivi d'un même nombre d'entremets, sans compter les desserts !
Il ne faut point trop s'étonner d'un tel état de choses, simple reflet des doctrines courantes en matière d'alimentation et des usages. On s'inquiétait fort peu de ce que pouvait devenir, dans le tube digestif, cette superfïuité d'éléments nutritifs, et les toxines alimentaires n'étaient point encore inventées...
Car nous ne sommes devenus sobres que d'hier, et nous sommes loin de l'être tous et toujours. Il y a chez nous fort peu de gens qui sauraient se contenter, toute leur vie de pain et de bouillie, comme les centenaires EfTéniens dont parle l'historien Josèpbe.
Dans chaque contrée, en France comme ailleurs, de fréquents et interminables repas étaient à la mode hier encore, dans toutes les classes riches ou simplement aisées. Cette coutume se respecte trop, pour avoir disparu en un jour, sans laisser de traces de sa survivance. Nombreux demeurent les individus ayant, en matière de sobriété, les idées larges, pour qui la frugalité commence à la juste limite de l'indigestion. Certains dîners de tioces ou de fête en Bretagne, en Normandie, dans les Flandres, rappellent les agapes les plus plantureuses d'autrefois. En Allemagne, en Angleterre, chez nos bons amis les Russes, trop enclins à trouver chez nous les lits trop longs et les menus trop courts, on ne se prive guère
D'une façon générale néanmoins, si l'on vit de plus en plus longtemps dans toutes les classes, c'est iDContestablementgpour beaucoup, aune plus grande sobriété qu'on le doit. Dans la haute société surtout, pour les souverains par exemple, dont l'existence est devenue moins assurée, plus occupée, et bien plus diflicile, à tous points de vue, que jadis, la démonstration semble péremptoire.
Gourmets soit, gourmets Edouard VI P , François- Joseph, Guillaume II, Nicolas II, Victor-Emmanuel H, mais non pas gourmands ; la nuance est sensible. D'autant plus qu'on peut être gourmet, tout en restant un médiocre mangeur. Les trois derniers souverains décédés, durent à leur sobriété véritable. autant qu'à une vie particulièrement active, et à leur robuste constitution, leur verte et lucide vieillesse. Voilà pourquoi Léopold II, Christian IX, Oscar II font si bonne figure sur la liste des dix-sept monar- . qnes ou princes disparus depuis 1900, qui vécurent en moyenne 72 ans 1.
Malgré tout, les usages des cours, des maisoos princières ne laissent pas de demeurer peraicieux en matière d'alimentation. Parce que l'étiquette ombrageuse, vigilante gardienne de traditions sécalaires, tend trop à conserver l'habitude tyrannique de repas trop fréquents et trop plantureux. Tentation déplorable pour les sujets les plus sobres, elles plus disposés à ne pas se laisser séduire ; tentation à laquelle on no résiste pas toujours.
Sans oublier Milan Obrenowitch de Serbie, mortà 1. Encore vivant à. l'époque où furent écrites ces lignw. 1
47 ans, dont la table à Belgrade rappelait celle de Sardanapale ; et cet infortuné Carlos de Portugal, jeune encore, déjà obèse, luttant contre la Faculté entière, quand elle s'opposait à son amour immodéré du roastbeef anglais ; rappelons l'exemple d'Edouard VII, celui de la jeune reine de Hollande. Le premier dut subir A l'aurore de son règne une redoutable opération, et la santé de Wilhelmine inspira longtemps des inquiétudes. Dans un cas comme dans Tautre, l'intestin était en cause ; or toute affection intestinale sous-entend, presque toujours à son origine, une question d'alimentation.
Aurons-nous l'indiscrétion de jeter un coup d'œil sur les tables royales, sur le régime des cours ? Certains détails, insignifiants chez le premier venu, empruntent à la majesté des personnages une particulière saveur. Ils attirent davantage sur eux l'attention du public ; l'enseignement qui en découle n'en est que plus profitable pour tous.
Edouard VII fait un premier déjeuner dans son cabinet de travail, à 9 heures du malin : œufs,viandes froides, pain grillé.
A 2 heures, déjeuner confortable : trois ou quatre plats.
A 5 heures, lunch : quelques tasses de thé accompagnées de petits gâteaux.
A 7 heures, souper léger composé de viandes froides.
A minuit, souper sérieux, iavec force plats, entreinets, Champagne.
Alphonse XIII tient-il de son ancêtre Louis le
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