J. Finot (loc.cit), p
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Comme monstres de l'ordre physique, les géants figurent au nombre des plus remarquables... Il est fort peu probable qu'il y ait jamais eu des races tiumaines de géants, ainsi que le voudraient les légendes '. Nulle part, on ne retrouve trace de leurs ossements, alors que les terrains primitifs nous ont restitué, dans un état de conservation remarquable, des squelettes entiers d'espèces animales disparues de la surface du globe depuis des milliers d'années avant l'apparition de l'homme. Donc, les géants demeurent bien partout des monstres : les Titans; Goliath, dans la Bible; Polyphème dans l'Odyssée et VË^néide; Gayant, dans les chroniques des Flandres, etc.
Les géants ne sont, eu général, supérieurs aux autres hommes que par la taille. Beaucoup sont même dilTormes, mal proportionnés. La vieillesse est chez eux souvent prématurée. Ils succomberaient en grand nombre avant l'âge caduc. Un des plus grands d'entre euK, Charles Byrne, dont la taille atteignait 2"',68, mourut en 1783, à l'âge de 22 ans. Il était plus grand que l'empereur Maximin, brute féroce et sanguinaire, qui mesurait 2",50. En 1894, Siréua rapportait l'observation d'un géant égyptien de 2", 40, et d'un poids de 213 kilos, mort à 26 ans, de néphrite parenchymateuse. Un des frères Hugo, superbes géants que les deux mondes purent admirer
1. Voir chapitre 111, Pourtant, d'après le capitaine Welbry, qui fit. ces dernières années, un long voyage en Abyssinie el dans l'Afrique orientale, on trouverait à i;eïtrenie limite du Soudan méridional, des Tirkanas, représenlanls d'une tribu dont les hommes ont de S à 2>°,30 de lalUe; les femmes de iV5 i 2 mètres environ.
ces dernières années, avait une taille de 2", 30 ; il mourut en 1909; né en 1879, il n*avait donc que 30 ans. Cornélius Magrath, le célèbre géant irlandais du xviii" siècle, mourut à 23 ans ; et le tambour-major K..., emporté en 1902 par le diabète, à 36.
L'enquête publiée par le British médical Associa^ tion, en 1886, signale, comme étant un indice de longévité, la petite taille. La plupart des centenaires seraient, paraît-il, de taille moyenne. Si la chose était vraiment exacte, faudrait-il admettre que les nains doivent dès lors parvenir tous à un âge avancé ? Non, parce qu'il existe, pour les nains comme pour les géants d'ailleurs, de grandes ditYérences individuelles, suivant leur état de conformation. Les uns représentent une véritable déchéance physique, souvent aussi intellectuelle, du fait de l'atrophie de leurs organes. Les autres, au contraire, sont des êtres petits de taille, mais parfaits dans leurs, formes et dans leurs proportions. Les premiers meurent jeunes ; les seconds, comme les sujets de taille normale, peuvent prétendre à la longévité. Nicolas Ferry, Je fameux Bébé du roi Stanislas, d'une taille de 0°*,70, et d'un poids inférieur à 5 kilos, mourut à l'âge de 25 ans (1739-1764). Chez lui, la tète était un peu forte, d'après le modèle que chacun peut voir au Musée Orfîla, à la Faculté de médecine de Paris ; mais le reste du corps n'était nullement disproportionné. Charles Stratton, le célèbre général Tom- Pouce^ dont la taille ne mesurait que 0™,57, atteignit sa 60^ année. En Angleterre serait morte, en 1784, une naine dç 1°',13, qui vécut 103 ans. Une autre, au
MONSTRUOSITÉ ET LOHCÉVITÈ
XVII* siècle, doDt la taille o'aurait guère dépass de Bébé, O",!!, aurait atteint l'âge de ilO ai duchesse du Maine, née pied bot, et véritable au dire de ses contemporains, aurait vécu ju6< 77' année.
Quant aux races de nains, à l'encontre de (Je géants, elles seraient bien une réalité : Py des Anciens, Akkas africains, et Papous de \s velle-Guinée, de nos jours. Ces derniers seraien taille moyenne ne dépassant pas 0", 70 à 0",80 manquons absolument de renseignements i égard, en ce qui concerne la durée de leu lence.
Les athlètes, malgré leur grande force musc ne vivraient guère vieux non plus ; en gêné tombent au premier choc. Les facteurs de et précoce chez eux seraient surtout les excès.
d'alimentation solide et liquide. Ils boivent e gent trop ; car leur appétit est très vif, su sans cesse par une dépense exagérée de lem sources organiques, conséquence d'un surn physique poussé à l'extrême.
Les « forts » de la Halle, à Paris, sont de finis, complètement usés entre trente et qi ans ! En 1907, on citait parmi eux, et comn extraordinaire exception, leur doyen Clairon î qui comptait 29 années de présence aux pa" Or, Clairon, qui eût pu être le père de tous les i en service à cette époque, n'était pas encort génaire I
8 LA LOXCÉVITÉ A TBAVEBS LES ACES
Les obès'a sont peut-être plus mal partagés que î athlètes, surtout quand leur embonpoint est venu exceptionnel. A cela rien d'étonnant, puise les obèses sont toujours des malades, comme
fort bien démontré le ï)' Leven*. Le public se )mpe donc grandement, quand il fait d'un Tort ibonpoint un symptânie de parfaite santé. « Gros- ' c'est vieillir », non seulement pour la remm« lis pour l'homme ; c'est voir s'alfaiblir sa résisice vitale. Lee sujets gros sont d'ordinaire de nté, donc de longévité, bien inférieures aux gens ïigres. Dans les nombreuses familles, vous obserrez souvent que ce sont les individus les plus ligres qui dépassent, et parfois de beaucoup, en igévité, leurs frères et sœurs affligés d'une corpuice respectable, à plus forte raison, obèses. Donc l'obésité, surtout celle qui s'accentue avec ge serait plutôt d'un mauvais présage. Légère, e constitue certainement un des premiers indices
la sénilité Du jour oCi elle apparaît, envahissant
I tissus, on se trouve entrainé dans un cercle leux, qui est cause que la cellule déjà paresseuse Sbant la graiise remplacer son tissu actif, devient
plus en plus inapte, par ce fait, à manifester nergie conier\'atrice de la vie »'.
II n est pomt nécessaire, pour que l'obésité cousue un danger immédiat, qu'elle soit poussée à xtréme. Telle chez ce magistrat de Ruines, près int-Flour, mort en 1910. Sa taille mesurait i",83, .lliant au poids invraisemblable de 258 kilos. Ce . LïVEN. L'obétité et son trailement, Paris, 1904.
UONSTRIOSITÉ ET LONGÉVITÉ
qui l'obligeait, pour se rendre à la justice d ne plus se déplacer qu'en voiture spéciali aurait-il pu figurer à c6té de cet Anglais <: de Lincoln, qui pesait 583 livres, mesurait de circonférence, et qui mourut au dernier l'Age de 29 ans.
L'exemple de Rossini, mort à 76 ans, et gros doigts avaient si longtemps gardé leu juvénile, est assez peu fréquent.
Louis VII (le Gros), mourut à 56 ans. He d'Angleterre, qui détient certainement le n l'obésité chez les monarques, mourut au m* Le duc de Mayenne, autre obèse, trépasse â le maréchal de Vivonne à 52. Le Dauphin, Louis XVI, monstre de graisse dès l'âge de qui avait grand'peine à se traîner lui-même rait à STans. Elisabeth de Brunswick, si gr pour la déshabiller il fallait couper ses véi n'atteint pas 60 ans. Frédéric I" de W'nrlen bien nommé « VEUphant », ne pouvait i devant une Uible que si elle était largemen crée, il meurt au seuil de la vieillesse, â L'historien anglais Gibbon, encore unobès que 59 ans. Bjron, Balzac, Théophile Gautie de bonne heure d'un réel embonpoint, mo eux aussi, encore jeunes.
En résumé, il doit y avoir peu de longévii les obèses, s'il y en a. Et pourtant les homr et corpulents ne sont point rares. La Fra son club des Cent-Kilos. En juillet i910, s'ou concours d'obèses en Angleterre ; plus de c< didats se firent inscrire. Le premier pris fi
bué à un sujet du poids de 214 kilos ; venaient ensuite deux lauréats, pesant 209, et ïfOS kilos.
Les infirmités, comme il est assez naturel de le penser, influent-elles sur la longévité? UniquemeDt dans les limites où elles ont une action réelle sur la santé générale. H y a des manchots, comme le peintre Ducornet, qui peignait avec les pieds, et mourut & 50 ans, qui vivent bien plus âgés.
Parmi les aveugles, Braille meurt à 45 ans, l'astronome Euler à 60; le général Laubanié à 65; Milton à 66; le D'Javal à (58; Hœndel, le compositeur, à 74; Delille, le poète, à 75...
Chez les sourds, Joachim du Bellay meurt à 34 ans; Bizet, le musicien, à 37; Beethoven à 57; Oiulia Gressi, la cantatrice, à 58 ; Ronsard, qui devint sourd à 18 ans, à 61 ; J.-J. Rousseau à 66 ; Habeneck, le violoniste, à 68 ; Octave Feuillet, à 69 ; Schopenhauer à 72; La Condamine, à 73; Boileau à 75; Le Sage, à 70; et Fontenelte à 100.
Mais, peut-être faut-il tenir compte, pour les sourds comme pour les aveugles, de i'4ge de l'infirmité elle-même; pour la surdité, de son degré, et de sa nature. Car, pour cette dernière, le degré n'est point tout. Ce qui se mesure difTicilement, c'est l'étendue des tortures physiques et morales qu'elle impose parfois, sans discontinuer, à ses victimes! 11 y a des surdités atroces, ignorées absolument dans leur essence, et dans leurs manifestations d'acuité, des plus grands maîtres de l'otologie. De plus, une surdité progressive, survenant à l'âge adulte, ou à l'Age mûr, ébranle autrement l'orga-
sonnes venues au monde dans des conditions telles que jamais elles n'auraient pu, semble-t-il, atteindre la vieillesse, ont dérouté toutes les prévisions.
Fontenelle, mort centenaire, Voltaire, Victor Hugo, M""' de Genlis, Newton, qui tous dépassèrent leur quatre-vingtième année, furent dans ce cas. Wren, Tarchitecte, d'une délicatesse extrême dans sa jeunesse, mourut à 91 ans; et Holbes, bien que né avant terme, par suite d'une frayeur de sa mère, à 92 ans.
Baillot, un des derniers survivants^ de la Grande Armée, avait été réformé comme phtisique après Waterloo. Phtisique, il le fut 83 ans au moins, étant mort bien après sa centième année (on a même parlé de 150 ans). A 98 ans, il serait venu à Paris, à pied, par étapes, accomplissant ainsi un trajet de 180 kilomètres. Un certain Vandembroucque, de Bourbourg (Nord), congédié du séminaire à 18 ans, pour santé délicate, se marie plus tard, et dépasse son siècle, ayant donné au pays douze enfants.
Sans présenter l'ensemble des dons naturels dévolus aux précoces, il existe des sujets doués, parfois dès l'âge le plus tendre, de certaines facultés intellectuelles véritablement extraordinaires. Ce sont, dans le genre, de vrais monstres. Il semblerait qu'ils possèdent d'intuition, tant ils apprennent vite, ce que les autres n'acquièrent qu'à la longue. Ces phénomènes peuvent-ils vivre longtemps?
Sénèque, le philosophe; répète, sans la moindre erreur, deux mille mots quelconques prononcés
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devant lui. Thémistocle connaît par cœur le nom des 20.000 citoyens d'Athènes, et peut les citer tous à la suite les uns des autres. Sénëque a 64 ans lorsqu'il s'ouvrira les veines, et Thémistocle meurt exilé à 65 ans.
Juste Lipse, énidit flamand du xvi* siècle, sait Tacite en. entier; il en récite, à l'improviste, n'importe quel fragment. It meurt en 1606, & 59 ans. Scaliger aurait appris l' Iliade et rOdystée en 21 jours; il atteindra sa 74' année.
Le Père Ménétrier, le fondateur de la science héraldique, était capable de bien d'autres prouesses. Jaloux de surpasser Sénèque, n'aurait-il pas fait écrire dans une épreuve publique, et prononcer devant lui deux mille mots tous plus bizarres les uns que les autres, pour les répéter rigoureusement dans le même ordre? Ce prodige de mémoire n'en vécut pas moins 72 ans.
Pic de ta Mirandole, orateur à 10 ans, possède, à 18, vingt-deux langues ; il se déclare prêt, en 1486, à
soutenir, à Paris, 900 thèses, de omnibus rébus
C'est encore un monstre de mémoire. Et comme lui, J. Crichton, son émule écossais, qui offre à ses compétiteurs parisiens la discussion en prose et en vers, en douze langues différentes.
Il esta regretter que le premier soit mort empoisonné à 31 ans, et que Crichton ait été tué à Mantoue, sous le balcon d'une belle, à laquelle il donnait une sérénade... Il n'avait pas vingt ans encore; d'autres ont dit même seize ans; preuve que, chez lui, la précocité n'aurait pas été d'ordre purement intellectuel.
Pic et C longue durée d'existence? iUen n'autorise à soutenir ' le contraire.
Dans un autre genre, Mondeux, paysan illettré, examiné à l'ige de 14 ans par l'Académie des Sciences, est aussi un prodige de mémoire exceptionnelle. En quelques secondes, il e;ftrait la cinquième puissance d'un nombre de quinze chiffres. Ceux-ci lui apparaissent comme s'ils eussent été inscrits sur un tableau. Mondeux mourut jeune.
Inaudi, autre enfant-phénomène, était une véritable machine à calculer, mais rien d'autre, capable de retenir, pendant plusieurs jours, des nombres de quinze à vingt chiffres, «t les résultats d'autant d'opérations arithmétiques. Mais, la solution des problèmes les plus simples était lettre morte pour lui. C'était, comme Mondeux, un h&tif, un monstre sous le rapport de la mémoire; un siérilisê par ail- ; leurs. Entraîné dès l'âge de huit ans à retenir des chiffres, exercice auquel il s'était livré seul, à vingt , ans il savait à peine lire, et il était incapable de | réciter, de mémoire, une fable.
D'autres sujets de même ordre, peut-être moins surprenants, ont été soumis, ces temps derniers, à un examen médical, et trouvés, en général, peu intelligents.
Mais, intelligents ou non, ces êtres exceptionnels, à certains points de vue, ne paraissent guère différer des autres êtres sous le rapport de l'aptitude ou de la non-aptitude à la longévité, La durée de leur existence serait simplement fonction de leur |
- Plus nombreui qu'oD le pense. — Les phéDomènea. — Couples de centepaires. — Un acrobate peu ordÏDaire. — Mariés d'Sge mûr. — Hecetles pour vivre eoD siècle. — Vie ascétique ou bouoe chère. — Vin et eaude-vie. — Café et tabac. — Pour le vin contre l'alcool. — Une pipe qui conserve. — Cent ans (Timmobililé. — La Do justifie les moyens.
Les centenaires représentent toujours et partout des cas de longévité exceptionnelle. Ils sont néanmoins plus nombreux qu'on le croit, surtout dans certains milieux, où les longévités sont loin d'être une rareté.
Le fait d'en avoir pu relever trente-cinq, sur moins de dix mille personnages, le prouve amplement. Remarquons de suite qu'aucun de ces derniers n'a atteint 120 ans. En ajoutant les centenaires remarquables par leur âge bien plus avancé, leur genre de vie, les prouesses de toutes sortes qu'ils ont accomplies, ou qu'on leur prête, alors qu'ils avaient déjà dépassé leur centième année, on pourrait aligner un chiffre de macrobiens de beaucoup plus considérable.