Delaunay [loc. cit.), p
alors se substituer à toute préoccupation matérielle? Peut-être serait-il plus juste de s'en rapporter à l'état misérable des populations ; alors que peuples et dirigeants avaient à se débattre contre des nécescités autrement pressantes; que la vie de chacun était directement et perpéluellement menacée.
Dans ces conditions, comment ne pas comprendre, qu'en ces temps de ténèbres et de désolation, l'homme retourné à l'état de semi-barbarie ait même pu ignorer ce que pouvait être l'hygiène? Qu'il ait perdu la signification, sinon la trace, des ruines si nombreuses d'égouts, d'aqueducs dont l'époque romaine et gallo-romaine avait, partout dans le vieux monde, sillonné les villes et les campagnes?
Franchissons, par la pensée, quelques siècles qui ne furent guère plus favorisés que le Moyen-Age, pour arriver à l'époque contemporaine. Elle vit naître, ou mieux, renaître l'hygiène publique parv^enue peu à peu à un degré de perfection inconnu jusque-là. En étudiant ses progrès les plus récents, on a pu voir comment ils étaient directement liés aux travaux de Pasteur et de ses élèves*. C'est en effet une science toute neuve basée sur la connaissance des agents microbiens, que celle qui tend de plus en plus à soustraire l'homme et sa descendance aux atteintes des maladies infectieuses et des intoxications.
En diminuant dans des proportions considérables
i. V. chapitre VII.
la mortalité et la morbidité résultant des unes et des autres, elle a transformé, depuis trente ans, la santé publique. La longévité s'en est immédiatement et considérablement ressentie.
Car rhomme ne succombé pas toujours aux atteintes de la maladie. Du moins, ne meurt-il pas toujours foM^ entier. Il subit seulement, de façon évidente et constante, une dépréciation de sa valeur organique, une sorte de mort pariiell**^ lorsqu'il a été victime, fût-ce légèrement, d'une infection ou d'une intoxication quelconques ; à plus forte • raison, d'infections ou d'intoxications répétées. Ses chances de longévité, de résistance à la mort peuvent se trouver, de la sorte, singulièrement amoindries.
L'arbre frappé par la foudre, ou maintes fois ébranlé par la tempête, l'édifice dont les murs se lézardent sur un sol peu stable, ou dont les matériaux s'effritent rapidement, sous l'injure répétée des intempéries, voient abréger, de façon notable, le terme de l'existence, de la durée à laquelle ils peuvent prétendre. Il en sera de même de l'être humain, fût-il le plus vigoureusement constitué, lorsque la maladie lui aura livré de nombreux assauts. Un tissu organique atteint dans sa situation intime, conserve toujours la trace de cette blessure, de cette altération, si minime soit-elle. Ainsi, toutes les maladies infectieuses, qu'elles aient nom : rougeole, scarlatine, variole, diphtérie, fièvre typhoïde, grippe, tuberculose, syphilis, cancer, etc., troubleront-elles, profondément parfois, au cours de leur évolution, l'économie entière. Ce trouble, cette tare
persisteront après la disparition de la maladie. D'où des causes de déchéance pour les cellules, par conséquent, pour l'être entier qu'elles composent, qui vieillira prématurément.
Qu'est, en effet, la vieillesse, sinon la somme de toutes les détériorations partielles de l'organisme accumulées et surajoutées? L'usure lente et naturelle des organes, le produit des ébranlements nerveux, des chagrins, les suites des maladies, etc. Tout ce qui tend à déprimer le système nerveux, tout ce qui ralentit l'énergie vitale et l'activité de là cellule elle-même vieillit ^.
Au point de vue matériel et tangible, la vieillesse se traduit par une perte de poids, une atrophie des organes, une diminution du volume du corps, en un mot, une réduction de tout l'être.
Il n'y aurait, sous ce rapport, d'après Metchnikoff, aucune différence entre l'atrophie de la vieillesse normale, naturelle, et celle de la vieillesse anticipée, artificielle, produite par les maladies infectieuses, au moins par certaines d'entre elles, la lèpre et la tuberculose, par exemple 2.
Donc, la maladie vieillit, atrophie l'homme prématurément; elle le tue partiellement, alors qu'elle ne le tue pas tout entier. De plus, elle n'agit point sur l'individu seul; elle l'atrophie, l'amoindrit encore dans sa descendance, diminuant de la sorte les aptitudes de celle-ci à la longévité.