‹ La longévité à travers les âgesChapitre 74 sur 88 · RcESER [loc. cit.\ p · texte numérisé non relu

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hélas ! Donc, les organes du vieillard ont tendance, ainsi qu'il a élé expliqué plus haut, à se débarrasser de moins en moLns facilement des poisons qui les encombrent. Il est, par conséquent, logique de leur donner de moins en moins de besogne...

Mais la viande n'est point, quoi qu'on en ait dit, l'élaboratricede tous les poisons, la source de toutes les maladies : rhumatismes, lithiase biliaire et rénale, néphrite et albuminurie, artério-sclérose et neurasthénie, cancer et même tuberculose ! Elle n'est nuisible que pour celui qui en abuse, ou qui est déjà malade.

Quiconque possède un bon foie pour détruire les toxines, de bons reins pour les éliminer, peut, même très vieux, continuer à faire de la viande un léger usage.

La viande est le meilleur excitant de l'organisme, ■ce qui a fait dire à tant de gens (et bien à tort), qu'elle donne de la force comme l'alcool ! La viande stimule le fonctionnement du cerveau, comme celui de tous les organes. Son odeur, sa saveur agissent également, par action réflexe, sur la muqueuse de l'estomac, comme le meilleur des condiments. En priver absolument, systématiquement, l'homme d'âge à son principal repas du milieu du jour, est plutôt un contresens ; il équivaudrait à diminuer artifl- €iellement son appétit déjà languissant.

Il faut laisser au vieillard qui l'aime et la supporte, le plaisir de savourer un petit morceau de viande, légère, bien choisie, bien cuite, bien dégraissée. D'autres aliments existent, qu'il vaut mieux lui supprimer de façon complète. Par exemple, le pois-

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80D, dont l'absorption réclame un plus grand travail (figestif que l'aliment viande, les légumes pesants tels les choux, ou ceux qui contiennent trop de chaux comme les haricots, les crudités, comme le melon, qui, mal digéré, aurait mis au tombeau tant de vieillards, entre autres quatre empereurs et le pape Paul H...

Le sel marin, par son action sur les reins, ne convient pas davantage à l'homme très âgé, alors que les ferments, comme, celui du lait caillé, doivent lui être conseillés, à l'exclusion de ceux des fromages faits. Il n'est pas mauvais qu'il y ait dans notre intestin quelques bacilles, à condition qu'ils soient bons ; la hantise, la phobie du microbe à tout Age, sont les pires de toutes les maladies !

Dans tout ce qui précède, il n'a été question ni du malade, ni de l'enfant en bas âge. A eux seuls, au dyspeptique, à l'arthritique, à Tenlérité, à l'obèse, à l'albuminurique, au diabétique, au lithiasique, au tuberculeux, au neurasthénique, etc., convient un régime de choix, d'exception, variable pour chaque maladie, et dans ses détails, pour chaque malade. C'est ici affaire de traitement médical et de thérapeutique, nullement d'hygiène.

La nécessité d'un régime spécial, carné ou végétarien, d'une alimentation qui supprime de façon systématique, transitoire ment ou pour toujours, tels ou tels aliments, ou telle espèce d'aliments, ne s'impose donc Jamais â l'homme sain. C'est une erreur, pas autre chose, que de prôner pour l'être

en santé un régime exclusif. Que Thomme se trouve bien d'une tendance marquée au végétarisme, plutôt qu'au régime carné, rien de mieux ; mais qu'il soit pur végétarien, à Tétat de santé, végétarien absolu^ non, mille fois non!! D^abord, le régime végétarien ne s'oppose pas toujours à l'excès d'alimentation. Beaucoup de paysans ne mangent jamais ou presque jamais de viande ; ils n'en sont pas moins dyspeptiques, dilatés de l'estomac, quand ils se bourrent de féculents, de pommes de terre. De plus, on aurait établi que le régime des herbivores ne mettrait pas ces derniers à l'abri de l'artério-sclérose.

Alors, pourquoi, volontairement et sans raison, s'astreindre à un régime, qui place l'homme abstinent de viande par nécessité, sous la dépendance du créophage, comme l'Hindou sous la coupe de l'Anglais dans l'Inde ? Quelle erreur d'avoir représenté, ces dernières années, la victoire du Japonais sur le Russe, comme l'apothéose dq régime végétarien ! On l'a vu plus haut, le Japonais n'est pas plus végétarien que le Chinois ; tous ceux qui ont habité l'Extrême-Orient le savent bien. Mais il y a mieux, c'est à l'introduction de la viande et des œufs dans la ration du soldat et du marin nippon, addition ordonnée par le Mikado lui-même, depuis nombre d'années déjà, que la nation japonaise aurait pu se débarrasser du béribéri. « Ce scorbut des races colorées », a dit avec tant de raison Leroy de Méricourt, décimait antérieurement ses troupes et les équipages de ses navires; actuellement, et depuis longtemps, on n'en parle presque plus.

De sorte, qu'il n'est pas défendu de penser, que

c'est justement à l'adoption, non seulement des méthodes de guerre occidentales, mais encore à l'emprunt aux armées d'Europe de leurs modes d'alimentation, que l'Empire du Soleil-Levant aurait dû, pour une bonne part, ses récents et si prodi- :gieux succès.

La vérité est que le Japonais joint à sa force morale une grande sobriété, à laquelle il doit son énergie et sa résistance physique ; mais qu'il sait fort bien comment augmenter l'une et l'autre à l'occasion, grâce à une alimentation plus conforme aux besoins généraux de tout organisme humain.

Il est un autre genre de réparation, dont il est, semble-t-il, trop peu parlé, malgré son importance capitale.

Pour conserver sa santé, vivre vieux, l'homme doit bien dormir, surtout dès qu'il avance en âge. €'est le seul moyen pour lui, avec un régime convenable, de lutter avantageusement contre la dépense de forces et d'influx nerveux.

L'adulte doit dormir 7 à 8 heures sur 24, l'adolescent de 8 à 9, le vieillard de 8 à 10*.

Dormir c'est guérir^ a-t-on répété, ces temps derniers, après les Anciens, on l'oublie trop.

^ Dormir, c'est perdre momentanément le souvenir de toutes nos préoccupations, écarter la* pensée de nos soulTrances, de nos misères de chaque jour, et nous en guérir pour quelques heures chaque nuit. Dormir,

1. Après le repas de midi, la sieste (une heure de repos étendu, sinon de sommeil complet), est également à recommander aux personnes âgées, surtout Tété.

c'est renaître quelque peu à la vie ; c'est ranimer le foyer intérieur, qui sans cela tendrait à s'éteindre en nous. Dormir enfin, c'est nous retrouver chaque matin plus forts, plus aptes à mieux poursuivre sur le chemin de la vie notre course quotidienne.

Et, si nous ne devons pas plus vivre pour dormir que pour manger, il nous faut absolument dormir, comme il nous faut manger pour vivre.

Se lever tôt le matin, afin de pouvoir se coucher plus tôt le soir, une fois la journée bien remplie; donner aux travaux, aux exercices et aux distractions du corps et de l'esprit la totalité de son temps ; se conformer au régime alimentaire, tel qu'il a été indiqué; toujours écouter la voix de la conscience et ne pas s'écarter du droit chemin ; autant qu'on le peut, prendre la vie comme elle vient, bonne ou mauvaise; il ïi'y a guère d'autre conduite à suivre, pour espérer goûter la nuit un sommeil paisible et réparateur.

Celui qui nous fera paraître moins longues les journées tristes, si lentes à s'écouler au cours de nos années si brèves !

Longé dies, celeriter amniH

A. — De tout temps, il y a eu des longévités (octogénaires et nonagénaires), et des longévités exceptionnels (centenaires). Peut-être, même, y en a-t-il eu autant, sinon plus, chez les Anciens que de nos, jours; au moins dans certaines contrées, dans certaines classes privilégiées.

La chose ne doit point surprendre, puisque, normalement, la longévité devrait être la règle pour tous.

Mais un fait défie toute contradiction; la durée moyenne de la vie augmente sans cesse; le nombre des longévités semble s'accroître constamment depuis de longs siècles, chez tous les peuples civilisés. Depuis moins de cinquante ans, le progrès serait relativement considérable.

Cet accroissement se trouve nettement figuré dans les tableaux rassemblés aux Annexes (aux tableaux I et II surtout), et par le tracé graphique qui les accompagne.

Ces tableaux indiquent, pour les hautes classes, une augmentation de la durée moyenne de la vie de 9 à 10 années environ, chez les adultes, depuis le

Moyen-Age, et un chiffre double de longévités à notre époque, qu'il y a sept à huit cents ans.

D'après d'autres indices (tableaux III et V), des accroissements proportionnels, aussi sensibles, auraient eu lieu dans toutes les classes sociales, sinon depuis la période médiévale, au moins dans les dernières années de Tépoque contemporaine.

Encore une foisj nous tenons à le répéter, nous n'avons jamais eu la prétention d'établir ici, en chiffres, des certitudes. Il faudrait, pour affirmer en pareille matière, pouvoir s'appuyer sur des statistiques dressées, non pas d'après quelques milliers, mais d'après plusieurs millions d'unités.

B. — La longévité ne serait nullement l'apanage de certains peuples, de certaines races, pas ntiême de catégories d'êtres privilégiés. On trouve de nombreux longévités partout, à toutes les époques, dans tous les milieux.

Au point de vue individuel, l'hérédité semble jouer un rôle considérable. Au point de vue de l'ensemble, l'aptitude ou la non-aptitude à la longévité des membres de telle ou telle collectivité apparaît fonction de leur bien-être matériel et moral, de leur intellectualité, de leur santé habituelle, de leur hygiène publique et privée, enfin, de leurs moyens propres de défense contre les maladies inévitables.

Toutefois, ces dernières conditions étant remplies, de deux groupements de sujets soumis à des conditions d'existence et de milieu semblables, celui-là présentera le plus de longévités, une durée moyenne

de yie plus considérable pour tous ses membres, Iqui comptera, parmi eux, plus de sages, plus de Iréguliers de la vie, plus de méthodiques, plus de tempérants et de sobres.

Voilà pourquoi on rencontre un nombre double de longévités chez les magistrats, les hommes d'église, les mathématiciens, que chez les artistes, les poètes, surtout que chez les romanciers et auteurs dramatiques. (Voir tableaux VI, VII, VIII et IX.)

En effet, un des facteurs qui influe d'une façon toute particulière sur le maintien de la santé, par conséquent sur la longévité, c'est la régularité, dans le sens strict du mot, des habitudes de la vie journalière.

Si les médecins-praticiens, véritables prototypes,

par nécessité professionnelle, de ces irréguliers

nullement volontaires, ont, en général, une vie si

courte, c'est, plus qu'à toute autre cause, à cette

[■ irrégularité forcée de leur vie, qu'ils le doivent. On

ne peut guère expliquer autrement leur complète

f infériorité, lorsqu'on les compare à des sujets appar-

[ tenant aux mêmes classes sociales, dont l'existence

et la profession sont, à bien des points de vue, aussi

I fatigantes que la leur. (Voir au chapitre XV.)

G. — Une constatation, consolante pour notre amour-propre national, montre les Français en

II excellente posture sous le rapport de la longévité. (Voir tableau IV.) Notre pays présenterait encore des signes certains de vitalité. On pourrait même affirmer que la race est plus belle, plus forte, plus résistante, qu'elle ne l'a été depuis longtemps.

Tant pis pour les auteurs, plus perfides que mal renseignés, qui, d'au delà de nos frontières, crient à notre décadence intellectuelle et physiologique.

Sans doute, la natalité a étrangement diminué chez nous; de là à conclure à la prochaine stérilité de la race, il y a un abime. Si le Français n'a plus d'enfants, c'est qu'il n'en veut plus 'avoir. Il n'en veut plus pour des raisons d'ordre économique, qui n'ont rien à voir avec la physiologie. Le mal qui nous atteint est de ceux qui se gagnent. Quand l'épidémie sévit dans la maison, bien à plaindre le voisin qui a l'inconscience de s'en réjouir... A bon èniendeMr^ salui / ^ ,

Le cas d'unions complètement stériles est, d'ailleurs, relativement rare en France. Par contre, celui des ménages où il n'y a qu'un ou deux enfants est des plus fréquents.

Uniquement, parce qu'ils n'en ont pas désiré davantage, et qu'ils ont agi Qn conséquence 2.

1. Ces lignes étaient écrites depuis plusieurs mois, quand, vers la fin de l'année 1910, la presse allemande s'en vint, à son tour, pousser le cri d'alarme. Il paraît qu'en Allemagne,, la natalité baisserait sérieusement, môme dans les années où les mariages dépassent en nombre de beaucoup la moyenne. Depuis une trentaine d'années, la proportion des naissances serait tombée de 42 à 33 pour 1.000 habitants.

2. Ce qui prouve mieux encore, hélas ! combien la restriction est volontaire, c'est le nombre considérable d'avortements provoqués ; nombre d'avortements qui, dans toute la France, s'élèverait d'après Lacassagne à environ 500.000 parao, contre 700.000 naissances. A Paris, à Lyon, dans presque toutes les grandes villes, il y aurait, d'après le professeur lyonnais, plus d'avortements criminels que de naissances. Tant l'avortement provoqué, est maintenant chose admise, facile, et peu dangereuse, pour les malheureuses qui y ont recours.

D. — Maintenant, que sera, dans l'avenir, la longévité? La durée moyenne de la vie va-t-elle persister à s'accroître, le nombre des longévités à augmenter de façon constante?

Etant donné ce qui a été établi, au sujet de l'aptitude des futurs longévités à procréer des descendants capables de vivre de plus en plus vieux, on peut le croire. Il n'est pas défendu de prévoir le mdment, peut-être moins éloigné' de nous qu'on ne le pense, où la soixantième année ne correspondra plus, pour l'homme en général, au début de la vieillesse.

Alors le vieillard de 80 ans n'en aura plus physièlogiquement que 60. Alors, les longévités seront tous des centenaires ; la longévité exceptionnelle ne débutera qu'à 120 ans. L'homme, au lieu de mourir comme de nos jours, entre 70 et 80 ans, n'entreprendra que 20 ans plus tard le grand voyage. Au lieu de vivre les trois quarts de sa vie, il la vivra presque toujours entière; l'exception actuelle d'existences totalement remplies deviendra la règle pour tous.

Pour atteindre un pareil résultat, faudra-t-il de nouveaux miracles de la science, une découverte géniale ? Nullement, il n'y a jamais eu de spécifique de la longévité, dans le sens attribué de tout temps au mot spécifique, il n'y en aura jamais. Les eaux de la fontaine de Jouvence sont taries ; la teinture d'eau sidérale à l'essence d'esprits de sel de Bacon, les bézoards, les thés de vie du Chevalier de Saint-Germain, l'élixir de Cagliostro, toutes les magiques formules du Moyen- Age et du xviii'' siècle

ont fait leur temps. Il n'y a ni i*ègle, ni secret, ni régime fixe à suivre pour atteindre un âge avancé, surtout pour retarder la vieillesse ; il ne peut y en avoir. Les sobres, les sages, les modérés en toutes choses sont à ce point de vue plus favorisés que les autres, rien de plus; l'hérédité fait le reste.

C'est donc de façon toute naturelle, toute logique, qu'en dépit d'une existence de plus en plus fébrile pour tous, et sous les diverses influences qui ont été longuement étudiées, l'accroissement de la durée moyenne de la vie va continuer. L'étude du passé est fort instructive à cet égard. Si quelque bouleversement ne vient la contrarier, il n'y a nulle raison de croire a un arrêt soudain, ni même à un ralentissement progressif de l'évolution favorable.

On l'admettra facilement ; celle-ci ne peut-être l'œuvre d'un jour. Mais il n'est pas défendu d'ajouter, que toutes les conquêtes scientifiques doivent contribuer à rendre le progrès plus rapide. Peut-être même, certaines d'entre elles permettront-elles à l'humanité de doubler les étapes. Il suffit, pour s'en convaincre, de dénombrer les années d'existence acquises à la grande collectivité humaine, depuis la fin du dernier siècle, par les découvertes de Pasteur et leurs applications si fécondes. Une découverte capable de nous faire gagner de la sorte, tous les cinquante ans, autant d'années de survie, assurerait peut-être à nos arrière-neveux, cette totalité d'existence à laquelle nous avons droit, et celle-ci serait, avant peu de siècles, un fait accompli pour nos descendants...

Que la « Mycolysine » du D' Doyen, en rendant

nos phagocytes plus forts, plus vigoureux, vienne permettre d'enrayer désormais à leur début, sinon d'éviter complètement, les maladies infectieuses aiguës et chroniques, la question de la longévité aurait fait un pas immense. Elle serait bien près d'être résolue, 6i notre avis, autant quelle peut V être y et dans les seules limites où nous la croyons possible.

Il n'y a nulle utopie à parler un pareil langage. D'autres, avec plus d'autorité et de talent, ont porté plus loin leur audace, rêvé, pour l'homme de l'avenir, d'une existence autrement prolongée.

Nos estimations sont plus modestes, nos espoirs moins ambitieux. Aussi, sommes-nous en droit d'en pressentir les réalisations plus prochaines, et d'affirmer, avec une foi profonde, que le rêve d'aujourd'hui peut être la réalité de demain !

ANNEXES

icé, aeuf tableaux.

□e de la durée de la vie des perionnages I différentes époques de rBistoire.

lien des lODgéïiles sur l.OnO.

ANNEXES

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