‹ La longévité à travers les âgesChapitre 73 sur 88 · Vers palmistes, sauterelles, etc · texte numérisé non relu

Vers palmistes, sauterelles, etc

mes de matières albuminoïdes, 100 à 200 grammes de graisses, 400 à 800 grammes d'hydrocarbures, 20 à 30 grammes de sels, pour fournir à Torganisme les éléments réparateurs, et les 2.000 à 3.000 calories dont il a besoin. Cela peut se traduire en pratique, en chiffres ronds, par 700 à 1.000 grammes de pain; 200 à 400 grammes de viande ou d'équivalents animalisés ; 400 à 500 grammes de fruits ou de légumes, frais ou secs ; plus les boissons.

Que rhabitude ait créé aux civilisés de pareils besoins, on peut le croire ; sans doute, il s'agit là d'un maximum ; en voici de nouvelles preuves. Les Indiens, les Chinois, les Japonais des classes pauvres et laborieuses se contentent parfois d'une ration de riz qui nous semblerait tout à fait insuffisante. L'Arabe peut, à la rigueur, se suffire, pendant des semaines entières, avec une poignée de dattes, chaque jour ; et le nègre de l'Afrique se montre satisfait de quelques racines. Ailleurs, les mineurs chiliens feront leur ordinaire de haricots ; les portefaix algériens vivront de lentilles, de maïs et de figues; le fellah d'Egypte, d'oignons et de pastèques. L'Auvergnat, chez nous, n'aura souvent, pour toute pitance, que des châtaignes ; le paysan russe, du lait et du pain noir ; l'Espagnol, des pois chiches ; le Piémonlais, de la polenta ; le Turc, du pilaf au riz. En tout temps, chacun d'eux sera d'une sobriété étonnante ; on peut en dire autant des membres d'ordres religieux, comme les trappistes, ne vivant guère que de légumes cuits à l'eau et de pain, le tout en quantité plutôt réduite. Ce qui n'empêchera ni les uns, ni les autres, de se livrer aux travaux les

lus longues, «t les besognes les plus rudes...

L'homme peut donc vivre et travailler avec une ration bien moins forte que la ration scientifique officielle. Il s'est créé des besoins artificiels, au cours d'une longue suile de siècles; un peu par gourmandise, beaucoup parce i]u'il ne sait pas tirer de sa ration tout le parti désirable, par une mastication et une insalivation plus complètes de ses aliments. Il les ingère, mais ne les assimile pas comme il devrait le faire.

Admettons néanmoins, puisqu'il faut tenir compte des habitudes prises, la nécessité d'une ration officielle ; peut-on en tenir compte dans la pratique journalière de la vie '! Y at-il un seul individu au inonde consentant à se préoccuper, à chaque repas, du poids exact des aliments qu'il consomme ? Qu'il existe, pour les collectivités civiles et militaires, des rations-types fixées à l'avance, rien de mieux ; c'est d'ailleurs indispensable, à une foule de points de vue. Mais l'homme qui vit seul, isolément ou en famille, n"en aura cure. Encore moins tiendra-t-il compte du nombre de calories que peut lui fournir telle ou telle espèce d'aliments. Qui pourrait d'ailleurs affirmer, en toute certitude, que les aliments réparateurs introduits dans notre organisme s'y comportent comme dans un appareil de physique, pour y produire une quantité de chaleur déterminée à l'avance et toujours la même ? Ne réclamons donc pas l'impossible; restons dans le domaine pratique.

Une des conditions dont nous tiendrons le plus

grand compte, est relative au noiûbre des repas. Mange trop l'adulte qui fait plus de trois repas par jour : un premier déjeuner au lever ; un repas copieux au milieu du jour ; un deuxième repas, un peu moins plantureux le soir ; repas achevé deux ou trois heures avant le moment de prendre son repos.

Seuls, Tenfant, l'adolescent, l'ouvrier, doivent goûter, se permettre une collation dans l'après-naidi. Seule, la personne appelée à veiller peut faire un repas de nuit, souper. Or, il est des adultes qui, régulièrement, font 5 et 6 repas par jour, dont deux ou trois beaucoup trop copieux. Ils ont dans la matinée, un second petit déjeuner, qu'on peut tolérer, tout au plus, sous une forme très réduite pour l'artisan levé dès l'aube, mais point pour d'autres.

D'une façon générale, les lunchs, les fioe-o'clock où on se bourre de gâteaux, de pâtisseries, conduisent inévitablement à la suralimentation, en passant souvent par la dyspepsie.

Examinons la composition des repas. Le premier déjeuner, ou petit déjeuner, comprendra une soupe, une tasse de café noir, un bol de café au lait, de chocolat, de cacao, de thé, de lait, suivant le goût, les habitudes et les ressources de chacun. Une ou deux tranches de pain, beurré, sec, ou grillé, comme complément. Les œufs, la viande, sont de trop ; jamais d'alcool, surtout à jeun. Au repas de onze heures ou de midi, déjeuner ou dîner, suivant les régions : un hors-d'œuvre ou un potage, un plat de viande ou d'œufs, ou de poisson ; un plat de légumes secs ou frais, ou de pâtes, un dessert, fromages ou fruits, ou gâteaux. Parfois un entre-

meis : crèmes, fruits cuits. Comme boisson, une bouteille de bière ou de cidre ; ou une demi-bouteille, BM plus, d'un vin léger, à couper d'eau au moins par moitié. Une tasse de café noir ou de thé sucré. Pour ceux qui boivent de l'eau pure en mangeant, un ou dei^x verres à bordeaux de vin pur au dessert : bordeaux, bourgogne ; de temps à autre un doigt d'eaude-vie après le café dans les grandes occasions, pa,s davantage.

Le soir même repas. Pas de viande autant que possible, surtout si on en a mangé à midi ; ni café, ni liqueurs.

A chacun des deux repas, l'adulte mangera de deux à trois tranches de pain, une ou deux tranches de viande, ou l'équivalent en poisson, œufs, etc. ; une ou deux portions de légumes, suivant ses goûts et son appétit du moment.

Au goûter de l'enfant, de l'adolescent, de l'ouvrier, une tranche de pain beurré ou non, accompagnée soit d'un fruit, soit d'une friandise quelconque : miel, raisiné, confiture, etc., si possible.

Ce régime va faire pousser de hauts cris à ceux

qui déclarent tomber d'inanition lorsqu'ils n'ont pas

sur leur table, à deux ou trois de leurs repas, trois

ou quatre plats de viande au moins, sans compter...

le reste ! La pratique a pourtant prouvé qu'il est

non seulement suffisant, mais qu'il permet à ceux

qui le suivent depuis des années, de suffire à une

dépense de forces physiques assez grande, en même

temps qu'à des travaux intellectuels soutenus.

L'adulte de bonne sanlé qui en use, est assuré de suivre la bonne voie. En veut-on des preuves?

Citons d*abord les malaises véritables qu'éprouve rindividu ainsi réglé d'ordinaire, obligé d'assister à un grand dîner, auquel il se croit surtout contraint de faire honneur. Citons les indispositions, pour ne pas dire plus, qui résultent pour lui d'un séjour prolongé à l'hôtel, ou à bord d'un navire des grandes Compagnies de navigation. Dans ces conditions, l'homme, fût-il le plus sobre, mange presque toujours trop. D'une façon ipconsciente, il voit son appétit artificiellement surexcité par un nombre inaccoutumé de repas, par la surabondance de plats trop succulents, par l'exemple de ses compagnons de table. Si les préparations culinaires qu'on lui présente en excès sont en outre trop excitantes, trop incendiaires, le résultat sera, pour son estomac, déplorable. Pour avoir la certitude de ne pas trop manger, il faut avoir à sa disposition fort peu de mets, variés, bien préparés, mais sans recherche exagérée.

Alors, la satiété fait son apparition dès que la véritable faim a été satisfaite, que la réparation des forces est suffisante ; il n'y a plus création de besoins factices. Il conviendrait donc qu'aux tables communes, à table d'hôte, chacun fît toujours son menu à l'avance, comme celui qui mange à la carte, en s'inspirant des données ci-dessus, sans jamais s'en départir.

D'autre part, prenons l'équipage d'un navire de guerre, au cours d'une longue traversée, alors qu'il est matériellement impossible au matelot de se procurer autre chose que les éléments de sa ration. Celle-ci est d'ailleurs fort bien comprise : pain blanc

et biscuit, viande fraîche et viande de conserves, lard, sardines, morue, pommes de terre, julienne de légumes secs, légumes frais, choucroute, fromage, vin, café. Comme extra, un quart de vin, en supplément, ou de thé à l'occasion ; et, à discrétion, de Teau distillée pure ou édulcorée (boisson hygiénique). Cette ration représente assez bien, en quantité et qualité, même en variété de mets (aujourd'hui que les plus longues traversées ne dépasent guère une vingtaine de jours), le régime recommandé plus haut.

Le marin fait trois repas : café, biscuit le matin au réveil ; déjeuner vers 10 ou 11 heures ; dîner entre 4 heures et 5 heures. Il ne prend rien la nuit, même s'il est de service. Quelquefois, un quart de thé punché, lorsqu'il est mouillé.

Or, tous les médecins de la marine s'accordent à vanter l'excellente santé de ces hommes de vingt à trente ans en moyenne, soumis, de jour et de nuit, à un travail des plus rudes, soit à l'air libre, soit dans la machinerie du navire. Quel contraste avec ce qui s'observe en relâche, ou en rade, aussi bien en France qu'à l'étranger. Alors pourtant, le travail est presque toujours moins pénible, le repos plus complet, plus prolongé, plus paisible la nuit.

C'est qu'à terre, des excès inévitables de nourriture et de boisson, au cours des permissions, viennent compromettre, chaque jour, l'équilibre d'une santé antérieurement parfaite, grâce au régime sobre et judicieusement réglé, qui suffit si bien, à la mer, à toutes les exigences.

Ceci ne veut pas dire qu'une catastrophe soit à

craindre pour quiconque se départira légèrement, une fois en passant, de ses habitudes strictes. Un plat ou un dessert de plus aux repas, un verre de bière à l'occasion, l'après-midi, ou une tasse de thé en passant, ne sauraient constituer des atteintes graves à la sobriété. N'exagérons rien ; évitons seulement de nous créer des habitudes supplémentaires et factices. D'autant plus, qu'il est bien facile de s'astreindre à ne rien prendre entre les repas. Faut-il ajouter que la suppression des boissons alcooliques variées, décorées fallacieusement du nom d'apéritifs, doit être complète ? Ceux d'entre eux qui se récla-=^ ment, au nom de l'hygiène (!?), de la thérapeutique et de la pharmacie, ne sont pas les moins dangereux.

Doit-on se lever de table ayant encore faim ? Encore un de ces conseils plus faciles à donner qu'à suivre. Ce qu'il faut éviter, c'est d'en arriver après les repas à la sensation de plénitude, qui rend lourd, apathique, qui fait bailler, qui pousse au sommeil, qui congestionne le visage, sans doute parce que l'estomac trop distendu vient comprimer les nerfs du plexus solaire, déterminant des vaso-dilatations.

L'ingestion de pain frais, de certains féculents amène parfois également les mêmes phénomènes, alors qu'il n'y a eu de ce côté aucun excès ; à chacuti donc de s'observer sous ce rapport.

Ces remarques faites, il est exact que l'appétit sera, pour chacun de nous, le meilleur régulateur de l'estomac non artificiellement surexcité, on ne saurait trop le répéter. C'est l'appétit qui pousse

Teofant, l'adolescent, à manger retalivemenl plus que l'homme mûr, pour suffire non seulement à la réparation de leurs pertes, mais aux besoins de leur croissance. Il faudra donc à la jeunesse desportions plus fortes, sans excès, qu'à l'âge miir, mais nullement plus de plais.

Pour la même raison, certaines professions, plus fatigantes que d'autres, réclament les mêmes avantages. Sans exagérer pourtant ; l'exemple des marins cité plus haut est singulièrement suggestif à cet égard.

Donc, ne pas subir le préjugé du gavage, de la suralimentation obligatoire pour le travailleur; et surtout, le préjugé de la viande nécessaire tous les jours, à tous les repas. Erreur manifeste, aussi funeste à la bourse qu'à la santé.

Par contre, ce serait une autre erreur, de croire que le travailleur intellectuel n'a point besoin d'une ration aussi réparatrice que l'artisan, qu'il ne doit pas manger de viande ou guère. Le cerveau qui fonctionne, subit, au contraire, des pertes sensibles ; il éprouve un besoin de réparation qui s'étend à toute la machine ; à tel point, que beaucoup d'intellectuels sont portés à exagérer, à trop manger.

Ce qu'il sera bon de recommander à l'ouvrier de la pensée, ce seront les aliments de digestion plus facile, plus nutritifssous un moindre volume ; l'usage très modéré du vin, la privation absolue d'alcool remplacé par le café (deux ou trois tasses, au plus, par jour).

C'est d'ailleurs le régime qui conviendra le mieuxà l'Européen sous les tropiques, làoù l'homme dépense

moins physiquement qae sous nos climats. (Viandes blanches plutôt que viandes noires, avec prédominance, dans la ration, de légumes, de fruits frais, crus ou cuits).

Dans le sujet qui nous occupe, c'est surtout le régime du vieillard qui doit retenir l'attention. Dès l'âge de retour, à partir de la quarantaine, surtout de la quarante-cinquième année, l'individu, même de santé parfaite, doit s'observer sous ce rapport, diminuer la quantité de ses aliments. A cinquante ans. cinquante-cinq ans, alors que les échanges nutritifs s'abaissent davantage, la restriction doit s'accentuer ; l'homme doit manger de moins en moins ; malheureusement à cet âge, c'est trop souvent le contraire qui a lieu.

Mais c'est surtout à compter de la soixantaine et au delà, que la sobriété augmentera, d'année en année, chez l'homme désireux de conserver la santé, d'atteindre un âge aussi avancé que possible. Alors surtout, il lui faut moins ingérer d'aliments, mais beaucoup mieux les insaliver, sinon les mâcher (ce qui n'est pas toujours facile), car la digestion stomacale et intestinale tend à se faire, chez le vieillard, et de jour en jour, plus lente, plus paresseuse, quand la digestion buccale ne lui a pas facilité la tâche. C'est sur la viande, les graisses, les légumes pesants, que porteront d'abord les réductions. Au contraire, les laitages, les viandes blanches, les purées de légumes, le cacao, les pommes de terre, les fruits mûrs, cuits surtout, auront les préférences de l'homme âgé, avec un peu de vin vieux et de

café, s'il en a conservé l'habitude. Il mangera fort peu le soir, jamais de viande à son dernier repas de la journée.

Il n'est nullement utile que le vieillard resté vert et solide, c'est-à-dire de parfaite santé, s'astreigne, lorsqu'il deviendra longévité, à un régime d'exception de plus en plus réduit. On a vu des octogénaires, des nonagénaires, se contenter d'un litre de lait dans les vingt-quatre heures; cela se voit encore. Est-ce bien utile? Combien plus alertes, plus dispos, de corps et d'âme, ceux d'entre eux, qui, jusqu'à la fin, conservent leur place à la table de famille, dont ils partagent en partie le menu. Certes, les portions deviennent pour eux de plus en plus exiguës, les inOdélités à divers plats se font, chaque jour, plus nombreuses; qu'importe...

Ce sera d'abord sur la viande et les éléments animalisés que porteront les réductions. Car c'est certainement de l'abus de la viande, chez l'adulte en santé, que proviennent presque toujours les accidents de la suralimentation. C'est lui qui fait de bonne heure les arthritiques, les goutteux, les artério-scléreuxi Les albuminoïdes de la viande insuffisamment digérées, conservant quelques-uns de leurs caractères d'origine, amènent, chez eux, l'empoisonnement du sang par l'acide urique dérivé des nucléines qu'elles renferment^.

Or, le vieillard, par le fait même qu'il vieillit, est toujours quelque peu un malade, car la vieillisse n'est en somme qu'une maladie, toujours mortelle

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