A TOI
Le papillon , qui butine la rose , A révélé de magiques splendeurs; Son avenir, sur un doux lit de fleurs, Tranquillement et sans fiel se repose.
Frais souvenirs ! brillante apothéose, Qui sut calmer de vivaces douleurs !
Vers riiorizon s'envolent nos ardeurs, Et l'Eternel a bien fait toute chose.
Tel ton regard ! Vers un monde inconnu Nous allons tous, le front pâle et l'œil nu ; Nous oublions que les vents frappent Tonde.
Le bonheur fuit sous les riches lambris ; Oui ! mais ton cœur, ce précieux rubis, Reste fermé pour tous, — et pour le monde !
Apennins, 7 février.
VITU (Auguste). — Les rares Parisiens nés à Paris, comme M. Vitu, ont un esprit plus délié que les autres ; ils savent tout et sont aptes à tout. A peine âgé de trentequatre ans, M. Auguste Vitu a successivement été romancier, critique, poète, secrétaire de préfecture et finalement homme d'argent, comme tout le monde. Il ne met pas encore le faux-ventre des financiers de théâtre, mais il le mettra bientôt. Alors, j'irai lui demander, avant qu'il ne les jette dédaigneusement dans le feu, son excellente notice sur Suleau, l'inestimable collection du Pamphlet, qu'il a fondé , son Année littéraire, ses nouvelles, dispersées çà et là; je ferai relier le tout et j'écrirai au dos : Ci-git un Parisien.
VARENNES (le marquis de), miers. Fabuliste.
Habitant de Coulom-
VIOLLET-LEDUC. -—C'est le doyen des bibliophiles; on le voit toujours coiffé d'un chapeau rond, comme les héros des drames sensibles de Mercier. Quelques journalistes espiègles se sont innocemment égayés sur sa récente publication de Six mois de la vie d'un jeune homme; mais est-ce que la critique contemporaine est advenue aux yeux des érudits ?
VINÇARD (Pierre). — Si l'on jugeait les écrivains sur les titres de leurs livres, l'auteur du Banquet des Sept Gourmands passerait pour un gastronome à toutes dents, pour un émule de M. Jubinal et du docteur Véron. Cependant, M. Pierre Vinçard est l'homme le plus austère de la littérature et de la politique ; s'il se nourrit d'entre-filets, ce n'est que des entre-filets de La Presse.
VIARD (Jules). —Est-ce une fatalité attachée à sa taille exiguë, ou est-ce une âpre vocation qui le condamne à vivre toujours dans les fossés du petit journal? De tous les rédacteurs du Corsaire, qui ont pris leur volée vers la librairie, le théâtre ou les revues , il est le seul qui soit resté mélancoliquement attardé. On l'entend encore souffler dans son petit turlututu , mais malgré le charme de ses airs et la grâce de ses variations , on se prend chaque fois à lui souhaiter un autre instrument et un autre public. Jules Viard a fait de jolis vers et Les Petits Bonheurs de la Vie humaine, qui résument tout son optimisme, toute son insouciance.
VINCENT (Charles). — Les poètes ne marchent plus sur les tiges de leurs bottes , depuis qu'ils se sont faits rédacteurs du Moniteur de la Cordonnerie. Dans ce journal très-sérieux, dirigé par M. Charles Vincent, chansonnier
plein de jeunese et de confiance, on retrouve les noms de M. Auguste Luchet, de M. Pierre Dupont, de M. Plouvier, de M. Baudelaire. Et les beaux articles ! et les belles bottes ! que de style et que de vernis ! comme cela brille à chaque période, et comme cela craque à chaque pas !
VAN-GAVER. — Membre de la Société des gens de lettres et gendre de feu Lantier, l'auteur du Voyage d' Anténor.
VAEZ (Gustave). — L'homme-Odéon. Ses comédies étaient pavées d'intentions excellentes, et l'on s'en souvient à peine, tandis que tout le monde fredonne : Doux zéphyr, sois lui fidèle, ou Un ange, une femme inconnue. Il y a dans ces niaiseries de la vogue de quoi faire un sceptique et un apathique endurci de l'écrivain le plus convaincu et le plus courageux.
VACQUERIE (Auguste). — Si l'on représentait le romantisme sous la forme d'une cathédrale gothique, ce qui serait certainement la forme la mieux appropriée, l'auteur de L'Enfer de l'esprit et de Tragaldabas y figurerait à la place d'une de ces gargouilles fantasques qui jettent des douches aux passants en leur faisant la grimace. Disciple convaincu de Victor Hugo, homme et poète d'esprit.
M. Vacquerie a cependant compromis plus d'une fois le maître et diverti le public , comme un comparse d'Hernani attardé en scène. On a tout dit sur la violence de sa critique et sur ses bizarres façons de rendre compte des pièces de théâtre, soit qu'il ôte ses bottes en les écoutant, soit qu'il résume sa poétique en maximes de cette nature : « Une ode est un aigle; un mélodrame est un bossu. »
VARENNE (Charles de la). — Petit-fils du spirituel bossu Maton de la Varenne , qui a laissé une relation dramatique des massacres de Septembre. M. Charles de la Varenne a hérité de l'effroi de son grand-père pour la Révolution. Voir son livre des Rouges peints par eux-mêmes.
VILLEMAIN. — Il est difficile d'avoir plus d'esprit dans l'éloquence que le secrétaire perpétuel de l'Académie française ; mais cet esprit est-il bien celui de notre époque? Ces tours, ces précautions , ces sourires , ces regrets , ces courants esquivés , ces railleries contenues à propos , tout ce bouquet de fleurs harmonieuses, mais pâles, est-ce bien là ce qui convient à des ^ens blasés par le régime épicé du journalisme, à des lecteurs qui demandent à l'épigramme la véhémence de l'acide prussique? M. Villemain fait ce qu'il peut pour se jeter dans le monde vivant, — reconnaissons-le , — mais le moyen de franchir ce cercle
de docte politesse et de froide admiration, où le retiennent ses devoirs!
VIGNY (Alfred de). — Gloire soigneuse d'elle-même, langage épuré, pensée digne.
Vigny, fin et discret ,
Gomme en sa tour d'ivoire avant midi rentrait.
a dit M. Sainte-Beuve. L'auteur de Stella est devenu de plus en plus casanier ; il habite presque continuellement sa tour aujourd'hui , — et il n'en sort que pour aller à la chasse.
VITET. — Quoique l'école du roman et du drame historiques paraisse être en défaveur, cela ne doit pas nous empêcher de rendre justice aux Barricades ^ aux Etats de Blois, et à La Mort de Henri III, fresques exactes et intéressantes d'un académicien-né.
VALLET DE VIRIVILLE. ~ Un érudit.
VEUILLOT (Louis). — En France, le ridicule ne tue plus, il fait vivre. Les épigrammes, les insultes, les procès, les caricatures, les infirmités sont le ciment des réputations actuelles. Pourquoi me défendrais-je d'une vraie
sympathie littéraire pour l'auteur de L'Honnête femme, du Vengeur et des Libres Penseurs, c'est-à-dire pour le romancier et le portraitiste ? Il a une force , un style et un caractère. Les hommes ainsi doués s'imposent, et prennent leur place quand on ne la leur fait pas. M. Louis Veuillot a pris la sienne malgré tout le monde , même malgré son parti ; il n'a eu pour lui que le Pape et la grammaire. Ceux qui font le tour de ses articles pour essayer de s'introduire dans sa conscience ont tort ; ceux qui évoquent un passé sémillant pour détruire un présent religieux font œuvre stupide et mauvaise. Les faiseurs de petits journaux égrillards et les faiseurs de grands journaux voltairiens s'étonnent et s'irritent de ce que M. Veuillot , ayant commencé comme eux, ne continue pas comme eux. Ils croient avoir tout dit lorsqu'ils l'ont appelé bedeau et sa-, cristain.
Mais M. Louis Veuillot les entend à peine. Il a le pas lourd et cadencé d'un éléphant qui porte une tour armée. Les herbes ploient et les branches cassent sous ses pieds. II ne regarde pas, il ne sait pas ; il va sa ligne droite. Cet homme et cet éléphant ont raison tous les deux.
VILLEMOT (Auguste). — Dam ! on a fait ou essayé de faire, dans ces derniers temps, une telle réputation d'humour et d'esprit à ce chroniqueur franco-belge, que nous hésitons à formuler un jugement sur son compte. Il est
gai , c'est vrai , mais Colbrun et Parade le sont aussi ; il est littéraire, mais M, Des Essarts l'est autant. Tout bien examiné, la presque ressemblance du nom de Villemot et du nom de Villemessant peut seule expliquer l'enthousiasme de celui-ci pour celui-là. C'était un rédacteur à la mode de Bretagne.
VIENNET. — Chateaubriand, dans ses Mémoires d' outre- Tombe, l'a représenté jeune, content, penché sur la rampe de l'escalier des Tuileries et babillant avec la fleur des pois de la Restauration. Qui disait Viennet alors disait l'audace, l'étourderie ; plus tard, il se jeta dans toutes sortes d'excentricités rimées : il fit des épîtres à des chiffonniers et à des mules. Aujourd'hui , c'est l'intolérance farouche. M. Viennet hait son époque, à laquelle il ne comprend plus rien ; emprunte-t-on par hasard un mot à l'Angleterre ou à l'Italie , le voilà qui raille ou se lamente , qui darde une fable ou soupire une élégie. Pourquoi cette amertume, ô Viennet immortel ! ô pair de France ! n'avez-vous pas trouvé la vie assez douce et assez applaudie ? Bien avant de discuter La Question d'Argent, M. Mirés n'avait-il pas discuté une de vos fables dans le Journal des Chemins de Fer ? Que voulez-vous de plus après cette apothéose , ô présomptueux satirique ? Vous a,vez eu votre Temple de Mémoire, avec des feux tournants et des étoiles de couleur ; que de novateurs, selon votre dédaigneuse expression, n'en entreverront pas autant !
VILLE^ŒSSANT (H. de). — L'homme est grand , et massif; il tient au sol par de fortes attaches, et l'on devine qu'il ne céderait pas aisément sa portion d'existence. Le regard est prompt et inquiétant ; ceux sur lesquels il tombe ne se sentent pas à leur aise ; les dents ont tous les appétits, la lèvre a toutes les soifs. De tout cela résulte un ensemble gouailleur et robuste.
Ce n'est pas à proprement parler un écrivain, mais c'est un faiseur d'écrivains, comme Warwick était un faiseur de rois. Il avise dans la rue le premier venu, un Savoyard, il le fait monter dans sa chambre, il le débarbouille, il lui met une plume entre les mains et lui dit : Sois prodigieux ! Quelquefois le Savoyard est prodigieux ; dans le cas contraire, Villemessant, désappointé, le renvoie avec une brutalité sans égale.
M. H. de Villemessant est le formica leo d'un journal qui est la terreur et l'amusement des Athéniens du boulevard. On ne s'occupe guère dans ce journal que des littérateurs, des boursiers et des comédiennes. Les articles sur les boursiers y sont faits par les littérateurs ; les articles sur les littérateurs y sont faits par les comédiennes. Au milieu de ce pêle-mêle, de ce bruit, de cet esprit, de ces passions, de ces efforts, de ces haines et de cette incohérence, la tête de Villemessant se dresse, joyeuse, comme une Méduse enivrée ?
A ce journal ainsi conçu et ainsi exécuté, à cet homme
si absorbant, on conçoit qu'il faille une foule de rédacteurs incessamment renouvelés. Pour lui, les meilleurs, ce sont les plus hérissés, les plus macabres, les plus hargneux, les plus inattendus, les moins acceptés ; il les reçoit , ceux-là , avec des tressants de bonheur, il les installe avec des tendresses étouffantes. — Vous devez avoir un tas d'articles dans le ventre, leur demande-t-il , je vois cela ! Dites tout ce que vous voudrez, faites comme chez vous , je ne regarde pas !
Il y a des rédacteurs qui durent trois numéros , il y en a qui durent trois mois, il n'y en a pas qui durent toujours. Après avoir fourni leur contingent de mots et d'anecdotes, ils s'en retournent, et on ne les revoit jamais. M. de Villemessant les a taris, comme un rayon de soleil tarit un ruisseau. Ils avaient vingt ans en entrant, ils en ont soixante en sortant. On en rencontre quelques-uns à la Petite-Provence ; ils sourient à ceux qui les regardent et ils tracent des figures sur le sable avec leur canne.
YULPIAN. — Fils de vaudevilliste, vaudevilliste luimême.
WOESTYN (Eugène). — L'étoffe d'un bon journaliste. Mais quelle physionomie barbare !
WALDOR (Mélanie). — Les Moulins en deuil ont commencé sa réputation. C'est une Nantaise. Elle a tenu longtemps à Paris un salon où toute la littérature contemporaine a passé, depuis M. Alexandre Dumas jusqu'à M. Arthur Tailhand.
WATRIPON (Antonio). — Il ne veut pas quitter le quartier Latin, où il a commencé à écrire. Jusqu'à présent,
Antonio Watripon (quel beau nom î) n'a fait qu'un livre l'Histoire des Etudiants.
WEILL (Alexandre). — « Je ne prends pas la parole, c'est la parole qui me prend, » a dit un jour M. Weill ; et depuis ce temps la parole ne l'a point laissé tranquille. Cette imagination et ce tempérament me surprennent au dernier point ; je l'ai suivi à travers ses courses à La Phalange, au Corsaire, à La Démocratie pacifique , à La Presse, au Constitutionnel, à La Presse théâtrale, au Mousquetaire et finalement à La Gazette de France ; j'ai lu ses brochures, ses petits romans, ses Mystères de la Création, son Livre des Rois, son Debout la province, sa Vie de Schiller, son Idéal, son Paix ! Paix! ses comédies, ses vers, sa critique ; j'ai toujours été ou charmé, ou intéressé, ou choqué, mais je n'ai jamais été ennuyé. Ce que je démêle surtout dans M. Alexandre Weill, c'est un conteur; sa passion est plus à l'aise dans le récit que partout ailleurs, et pour le public littéraire il sera longtemps encore l'auteur des Histoires de Village.
WEY (Francis). — Le Furetière d'aujourd'hui ; il a fait paisiblement son dictionnaire à côté de celui de l'Académie. En tant qu'homme et Franc Comtois, il appartient à la classe des rustiques, représentée par MM. Courbet, Barthet, Clesinger et Proudhon, tous metteurs de pieds
dans le plat, vigoureux, riant gros. M. Francis Wey a (tonné au Théâtre-Français une pièce en cinq actes, intitulée Stella : la pièce est tombée, la préface est restée. Do plus, il a été longtemps président de la Société des Gens de Lettres à une époque où les présidences étaient difficiles; il s'est montré, dans ce poste, ferme et serviable. Que demander de plus?
X. — Eh ! commeiit pourrions-nous dénombrer tous le? X de la littérature ! De quelle patience ne faudrait-il pas nous armer pour cette nomenclature fabuleuse, el, du reste, mélancolique? A elle seule, cette lettre fournirait plus de noms que notre répertoire entier. X. c'est l'imbécile isolé, r est l'auteur des Sanglots de l'dme^ qui a jeté sa plume dans le gave de son département, et qui est maintenant contrôleur quelque part ; X, c'est le jeune Uonmie qui n'est pas encore advenu et le vieillard qu'on a oublié ; X, c'est l'écrivain que je méprise et (ju'il ne me plaît pas de nommer, parce qu'il se tigurerait peut-être qu'il existe
littérairement; X, c'est mon camarade (ô douleur!), dont le cœur est si bon et le style si mauvais ; X, c'est l'oisif ou l'homme du monde qui a pris une plume par hasard, et qui s'en est paré comme d'une épinglette à sa cravate ; X , c'est un tiers de vaudeville ou un huitième de mélodrame ; c'est le journaliste avec lequel je ne suis pas fâché de rompre demain ; c'est le bas-bleu qui m'écrira des reproches sur papier rose ; c'est (juelquefois aussi l'homme que je n ai pas lu et dont je ne veux pas parler aussi légèrement que les autres — que j'ai lus.
YVAN {docteur). — Homme distingué, qui a vu la Chine et qui en a parlé agréablement.
ZÂCCONE (Pierre). — Le dernier des littérateurs, comme M. Amédée Achard en est le premier. — par ordre alphabétique.