‹ La lorgnette littéraire. Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Jules Janin !

(// tomhe évanoui).

JUILLERAT (Paul). — Au milieu de tous ceux qui se présenteront, munis d'énormes bagages littéraires, à la gare de la postérité , M. Juillerat n'aura qu'un modeste et élégant sac de nuit, brodé par la main des fées, ses marraines. Dans ce sac de nuit (pure moquette) il aura mis La Reine de I^sbos, Le Lièvre et la Tortue, Le Mariage mystique.

.lUBlNAL (Achille). — «Frères, il faut mourir! «se disent entre eux les Trappistes. La devise de M. Jubinal ne serait-elle pas plutôt : « Frères, d faut se nourrir ! »

.lOLTROIS (Auguste). — Celui-ci a fait, en collaboration avec M. Albéric Second, un vaudeville : English spoken. Albéric II et Jol III ! ne dirait-on pas deux souverains dépossédés V

.lOUVIN (Baptiste ou Bénédict). — Ecrire la vérité sans talent est une chose odieuse, impardonnable. Otez pour un instant à M. Jouvin l'esprit et le relief, et vous verrez quel

haro le poursuivra. Ce critique, dont l'apparition ne remonte pas à plus de cinq ou six ans , se rallie par mille atomes crochus aux Gustave Planche, aux Granier de Cassagnac, aux Louis Veuillot, à ces farouches éreinteurs qui ont des pavés pour toutes les mouches, et dont le talent s'impose en faisant le vide autour d'eux.

JALLAIS (Amédéede). — Tous les événements, toutes les émotions se traduisent pour lui sur l'air de La Famille de l'Apothicaire.

KÉRATRY (Augute-Hilarion). — Sur le versant d'une agreste colline, non loin du riant hameau de Marly, habite dans un modeste ermitage le doyen de la littérature , et peut-être de la politique, l'auteur du Dernier des Beaumanoir. M. Kératry, ou de Kéralry , sera bientôt centenaire. Avide de détails biographiques , nous avons interrogé une multitude de brochures et de recueils ; les uns nous ont appris que M. Kératry était un fort joueur de cochonnet {\)\ les autres nous ont dit « qu'enthousiaste

(<) Petite biographie des gen^ de lettres vivants ; in-12 (pai- Constant Taillard).

de la liberté conservatrice, il n'avait jamais attaché son nom à aucun excès , il était l'ami de Camille Jordan , et s'il ne marchait pas son égal , du moins peut-on assurer qu'il le suivait de très près (1). » Député du Finistère, M. Kératry a longtemps fourni des articles au Courrier français. « Pour les journaux du côté gauche , écrivait-on en '1826, M. Kératry est ce qu'est M. de Bonald pour les journaux du côté droit : ils exploitent l'un et l'autre le champ nébuleux de la métaphysique; cependant, il est juste de convenir que M. Kératry est moins obscur que M. de Bonald, et que, lorsqu'il est en verve, il nous donne des pages véritablement éloquentes (2).

En \ 831 , un petit livre s'exprimait avec moins de respect : « Cet écrivain , disait-il , est doué de tous les avantages physiques de Pélisson. Il est de tous les députés celui qui craint le plus la République ; il assurait naguère à la tribune qu'il avait vu passer cette effrontée en carmagnole et en pantalon, ce qui lui eût fait dresser les cheveux sur la tête, si l'honorable avait eu des cheveux... Nous pourrions en dire davantage , mais nous craindrions

(1) Dictionnaire des gens de lettres vivants; 1826.

(2) Biographie indiscrète des publicistes, feuiUistes, libellistes, journalistes^ libraires ^ furets de coulisses et autres du dix-neuvième siècle; in-32.

que M. de Kératry nous gardât une de ses dents de six pouces. Allez donc vous y faire mordre (i ) ! »

Tout récemment, madame Sand a raconté d'une façon plaisante, dans V Histoire de ma vie, son entrevue avec l'auteur du Dernier des Baumanoir^ et comment elle fut reçue par une jeune femme à qui elle demanda ingénuement si son père était visible. — M. de Kératry n'est pas mon père, c'est mon mari! répondit la jeune femme, irritée.

Enfin, nous avons recherché , dans les catalogues de librairie, la liste des ouvrages de M. Auguste-Hilarion de Kératry; ils sont nombreux. Voici les principaux :

Mon habit mordoré ou Joseph et son maître, % vol.

Voyage de vingt-quatre heures, 1 vol. in-12.

Lo Charrette versée, i vol.

La Pervenche de Madagascar, 1 vol. — Ah! c'est gracieux !

Frédéric Styndall, 5 vol.

Traité sur le Beau dans les Arts.

Saphira, 3 vol., etc., etc.

Mais le titre le plus étonnant est celui-ci :

La Nécessité de savoir les premières règles d'arithmétique avant de songer à se marier, 4 vol.

(i) Grand Dictionnaire des petits hommes de 1831, par un descendat\t de Rivarol.

KERMAINGUY (A. de). — Auteur de Fleur d'Ef)ée et de Mannarino ou Malte sous les Chevaliers.

KOCK (Charles-Paul de).

0 Paul de Kock qu'embellissent le» roses, Va, ne crains rien des outrages du temps : Tu survivras à nos siècles moroses, Gai philosophe en habit de piintemps.

On relira tes poèmes de joie, Vaste odyssée où domine le flan, Et que le Pape, en des étuis de soie, Soigneusement conserve au Vatican.

A ton école, où les enlumineuses S'en vont apprendre à sabler le vin doux. En redisant tes chansons amoureuses, Je vois nos fils se donner rendez-vous.

Tu vis passer avec insouciance Tous les partis, sans leur vouer ton luth ; A chacun d'eux, libre, ta conscience Avec orgueil répondit toujours zut î

De ce temps-ci périra l'œuvre épai-se ; (La vieille Mob l'aura dans son caba), Toi seul vivras, classique de la farce, Eternisant F édition Barba.

I5ne statue, ô roi de la goguette, Rendra ses traits que tous nous admirons ; Et l'on verra Tapote et Bastringuette, A tes côtés, épluchant des marrons !

En bas-relief, Chinois le liquoriste Escortera — joyeux bondissements ! — Frac le tailleur, Mélasse le droguiste , El Vermillon, le peintre en bâtiments !

Tout un essaim de jeunes kockolàtres, Aux prés Gervais, chaque dimanche, ira Eu ton honneur s'épandre en jeux folâtres.. — Montalembert, seul, s'en éloignera.

O Paul de Kock, dont la verve suprême Sait nous mener du bal au violon, Poursuis toujours ! et dans un plat de crème Renverse encor l'immortel Baisemon.

De vin à quinze et d'amour enflammée, Vois ta Nini, Galatée en rubans ; Vers la Chaumière, antique renommée, Conduis, Amour, ses genoux titubants !

Groupe adoré ! la grisette profane Va se coiffer de ton chapeau tromblon ; Que son bonnet flotte au bout de ta canne, Et répétez La mère Gaudichon I

KOCK (Henri de).

Et toi, son fils, Henri, noble jeune homme, De les succès, l'avenir me répond ; Et si tu veux qu'un jour l'on te renomme, Henri de Kock, relis Monsieur Dwpont.

LAPERDRIS DE MORAINVILLE. — Membre de la Société des gens de lettres.

LAVRRGNE {Alexandre de). — Romancier, qui fait ce qu'il peut peut.

LACROIX (Paul). — La bibliographie lui doit une partie de son mouvement actuel ; il a été un des meneurs du cortège moyen-âge qui a traversé Paris après la révolution de 4 830, suivi des Jay, des Etienne et des Arnault, criant : A la Chi-m-lit ! M. Paul Lacroix a fait, bonne contenance ;

ce n'était pas sa faute si les pièces de son armure rendaient des sons de casserolle. Plus tard, il déjoua les railleurs, en écrivant d'une plume ferme jusqu'à la brutalité des romans modernes.

LACROIX (Jules). — Valéria est un beau drame, et, quoique il ait été écrit en collaboration avec M. Maquet, c'est encore le meilleur titre littéraire de M. Jules Lacroix. Très-grand, blond et des lunettes. Il a épousé une sœur de M™« de Hanska, veuve de Balzac.

LECOMTE (Jules). — Un petit volume , devenu aujourd'hui une rareté bibliographique , I^es Lettres sur les Ecrivains français, par Van Engelgom (Bruxelles, i 837), fournit les renseignements suivants sur M. Jules Lecomte : «C'est un grand mince et pâle, qui porte moustaches et mazarine. On lui donne l'air hautain et quelque peu fat ; c'est un de ces hommes qu'on aime complètement ou qu'on hait complètement. Comme écrivain il a de l'imagination, mais son style tâtonne encore et cherche une forme. Il fait des vers ridicules , et menace d'en publier un volume sous le titre des Goélands. Il a été offî-cier de marine , et s'est mis depuis trois ou quatre ans à vulgariser la marine, comme il le dit lui-même , en fondant des journaux maritimes qu'il rédige. M. Jules Lecomte a vingt-quatre ou vingt-cinq ans, et il porte à l'année un petit lorgnon d'écaillé incrusté dans

l'œil. Une espèce de roman appelé L'Abordage, qu'il a publié il y a un ou deux ans, et dont on a fait tapage, m'a paru, je dois le dire, assez médiocre, lorsque je l'ai lu. Ce livre ressemblait, à mon avis, à ces capharnaiims où l'on amoncelle un tas de choses gênantes et fastidieuses ; ainsi a peut-être fait l'inventeur des journaux maritimes (et aussi le pêcheur de baleines) pour son roman. Il en aura fait une porte par laquelle il a chassé tout le fratras qui lui encombrait le cerveau ; en tout cas, le livre est mauvais. » On cite de cet écrivain quelques à-propos qui sont ceux d'un homme d'esprit ; je vous en dirai un que mon compatriote tenait d'un témoin auriculaire, M. Alphonse Karr. M. Jules Lecomte se battait à l'épée avec un homme qui , peu après le croisement du fer, lui sembla plus faible en escrime que lui. Soit maladresse, soit que cet examen lui fit apporter plus de nonchalance dans son jeu , toujours est-il que l'adversaire de M. Lecomte parvint à lui porter dans le bas-ventre un furieux coup d'épée. Alors s'adressant à ses témoins : — Il est évident que je tire mieux que monsieur, cria le blessé, et pourtant monsieur s'en est mieux tiré que moi ! — Et il tomba sur le dos , baigné dans son sang, avant que ses amis aient pu le rejoindre. »

LUCAS (Hippolyte). — Avant de continuer, souffrez que j'essuie les verres de ma lorgnette.

LESGUILLON. — Les verres de rua lorgnette sont

LEBIDOIS. — Ils brillent d'un éclat nouveau. Poursuivons.

LEFRANC. — C'est moins un homme d'esprit qu'une vie d'esprit. Il a tourné autour du théâtre et est devenu vaudevilliste ; il a tourné autour de M. Scribe et il a épousé sa cousine ; il a tourné autour de la Bourse, et le voilà presque millionnaire.

LESPÈS (Léo). — Les gens de lettres peuvent se partager ;en deux classes : ceux qui ont Vair de tout le monde, et ceux qui ont Vair de ce qu'ils sont. M. Léo Lespès appartient à cette seconde classe. Ses cheveux ne connaissent point de règles ; il est couvert d'une sorte de manteau où courent les passementeries et les brandebourgs les plus arbitraires ; il porte des breloques et des graines rouges d'Amérique : cela le regarde. Ceux qui ne l'ont pas vu le tiennent pour un vif esprit, très-observateur, très-pratique, mais un peu négligé de style. — Paris dans un fauteuil s'ajoutera aux originales esquisses de mœurs que ce temps inspire.

LEMOINE (Edouard). — Homme de théâtre, comme on dit homme de peine. Frère de M. Lemoine-Montigny, il Ut les vaudevilles qu'on adresse au Gymnase. Entre deux ours, il a composé un volume de nouvelles intitulé : Le Dessous des cartes. Nous eussions mieux aimé : Le Dessous des planches.

LURINE (Louis). — Ses amis l'ont surnommé la période sonore. En effet, sous un aspect froid et sombre, M. Louis Lurine cache une éloquence dont la véritable place était peut-être à la tribune ou dans la chaire. Il aime l'énumération jusqu'à la folie ; il égrène sans relâche des adjectifs qui reluisent souvent comme des pensées ; il s'enivre d'antithèses et de jeux de mots à la façon des improvisateurs italiens: de son style, ainsi que d'une boîte à surprise, s'élance toujours quelque paradoxe vêtu de vert comme un diablotin, et tirant une langue de feu. Aussi M. Lurine est-il mal à l'aise dans la nouvelle ; on sent que la déclamation est là, qui s'impatiente et qui attend, pour l'emporter, comme le hussard de Lénore. Ici Von aime est un recueil où l'ingénieux arrive au puéril , où le spirituel devient le fatigant. Le Train de Bordeaux, à la bonne heure ! voilà l'élément de M. Louis Lurine ; ici l'on galope, ici l'on fait claquer son fouet; ici l'on éblouit, ici l'on étonne î Les postillons ont de beaux catogans d'où la

poudre s'envole ; les cabaretières sourient sur le seuil des Lion d'or et des Tête noire; c'est une fête et une mer-^ veille !

LABOURIEU (Théodore). — Une fois pour toutes, nous voulons nous mettre à l'abri des reproches d'omission ou d'injustice. Chaque fois que nous 'manquerons de renseignements sur un auteur ou que nous répugnerons à exprimer une opinion trop délibérément désagréable , nous remplacerons la petite notice par un extrait d'un de nos meilleurs classiques. De cette façon, le public n'y perdra rien.

L'EPINAY DE BRADI (Marie de). — Huit volumes de romans réunis en série, sous le titre de : Noblesse et Bourgeoisie.

LOPEZ (Bernard). — Petit , gentil , actif, poU, instruit. A première vue, on ne lui donnerait pas plus de quinze ans ; et cependant, à seize ans, il débutait dans le Figaro, sous M. Roqueplan. Mais le démon du théâtre le tentait; Lopez ne sut pas lui résister : il lui vendit son âme, moyennant un certain nombre de succès qu'il réahse actuellement. Ses premiers mélodrames se ressentent néanmoins de la préoccupation de ce pacte : ils ont des titres

infernaux : La Taverne du Diable, Le Tribut des Cent Vierges. Plus tard , sa gaîté. reprit le dessus ; on s'en aperçut à plusieurs pièces d'une gradation folâtre : Turlurette, Roger Bontemps, La Chasse aux belles Filles, Le Carnaval partout. Bernard Lopez était mùr pour la Comédie-Française et pour rOdéon ; il y entra , appuyé sur les collaborations de Méry et de Théophile Gautier.

LEYNADIER.

Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire , J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire ; Dans un cachot aifreux abandonné vingt ans , Mes larmes t'imploraient pour mes pauvres enfants. Et lorsque ma famille est par toi réunie , Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie ! Je suis bien malheureux... C'est ton père, c'est moi , C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi.

(Voltaire, Zaïre, acte II.)

LACROIX (Octave.) — Ecole des amoureux, école buissonnière, chansons d'avril, roses entr'ouvertes, la poésie et son train! M. Lacroix, qui s'appelle Octave comme les jeunes premiers des comédies d'aventure et de galanterie, est aussi un jeune premier littéraire; on l'a trouvé blotti dans le fauteuil de La Folle Journée. Est-ce M. Sainte- Beuve, de qui il a été jadis le secrétaire, qui lui a appris la chanson à madame ?

LA FIZELIÈRE (Albert de). — Les jeunes bibliophiles sont rares; M. de La Fizelière est un des plus jeunes, il sera l'un des plus distingués.

LAPOINTE (Savinien). — Auteur pour dames et enfants.

LEFLOCH. — « La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes , il l'aime , il le cherche et s'anime de la même ardeur; il partage aussi ses plaisirs à la chasse, aux tournois, à la course ; il brille, il étincelle; mais docile autant que courageux, il sait réprimer ses mouvements. » (Buffon, Histoire naturelle).

LARCHEY (Lorédan). — Oui , Lorédan, comme dans les tragédies de Ducis. M. Lorédan Larchey n'a rien de tragique cependant ; esprit un peu narquois, surtout épris du rare et du caché, il a fondé la Reçue anecdotique , un recueil à propos duquel on a murmuré le nom de Bachaumont. M. Larchey est , en outre, attaché à la bibliothèque Mazarine.

LACRETELLE (Henri de). — Conteur élégant, trop élégant peut-être , ce qui l'empêchera de devenir un romancier.

LA MADELÈNE (Henri de). — Blond flamboyant. Il a fait Germain Barbe-Bleue, un récit d'une vérité originale , et il a donné une biographie complète de M. de Raousset- Boulbon.

LA MADELÈNE (Jules de). — Même cœur et même esprit que son frère , avec plus de gravité. Tous les deux sont de Carpentras ou des environs.^Le Marquis de Saffras, que M. Jules de La Madelène a écrit pour la Revue des Deux Mondes, est un roman étudié et fouillé comme un un poème ; certaines parties rappellent le faire minutieux d'Aloysius Bertrand et du peintre De La Berge. Il a mis autrefois son nom dans la Revue indépendante, au bas de quelques jolis refrains ; j'ai retenu celui-ci par les deux ailes :

Certes, ce sont choses charmantes Que ces amours interrompus ; Mais un jour Laure ne vint plus, Poursuit-on les feuilles volantes Quand tous les chapitres sont lus ?

J'ai bien oublié la coquette ;

Mais je vous pleure, amours perdus, Quand j'entends une voix secrète Qui me dit en mille façons :

Amours de cœur, amours de tête, Chansons !

LA LANDELLE (Gabriel de). — Breton né à Montpellier. Le public ne connaît de lui que des romans sauvages et tatoués : Les Princes d'ébène. Les Iles de glace, L'Homme de feu, etc. Mais ce que nous connaissons , nous , ce sont ses chansons de bord , malheureusement inédites pour la plupart : son vrai talent est là.

L'HERMINIER (Louis). — 11 a conduit la diplomatie sous les tonnelles et mis des mouches à la politique. Du temps de Benoît XIV et de M™« de Pompadour, on l'aurait fait cardinal ; il ne sera qu'ambassadeur.

LORDEREAU (René). — Misanthrope qui cache bien son jeu. Les femmes mal ferrées sur l'orthographe croient que c'est un Anglais.

LUCHET (Auguste). — Ne cherchons pas plus loin le type du romancier indigné; le voilà : sa phrase brûle et fume comme un tison. Dans Frère et Sœur, dans Le Nom de Famille, dans Marguerite, trois des plus hardis pam-

phlets qui aient grondé sur la société de Louis-Philippe, il a arraché les appareils sanglants des plaies de famille et répété après Napoléon : « La tyrannie vient de la paternité. »

LELIOUX (Adrien). — L'Odéon a mis dix ans à représenter son Don Gaspar; et la Comédie-Française, poussée à bout, lui a donné de l'argent pour aller se faire jouer, — comme on dit se faire pendre — ailleurs.

LEIVŒR (Julien). — « Qu'on m'apporte un grand cercueil , chantait Henri Heine, un cercueil énorme comme le tonneau d'Heibelberg ; je veux y jeter mes illusions et mes amours. » Quel tonneau , quel cercueil serait assez grand pour contenir tous les articles de Julien Lemer, qui écrit depuis l'âge de huit ans? Le journal, ce mendiant insupportable qui le tire et le sollicite tous les jours par le coin de son manteau , a peut-être tué en lui un romancier, un poète, un dramaturge. Lemer essaie de se consoler aujourd'hui en refaisant la Bibliographie universelle, qui disonsle d'ailleurs, par suite des travaux remarquables et des matériaux nouveaux dont l'histoire s'est enrichie depuis une trentaine d'années, avait grand besoin d'être refaite.

LOMÉNIE (Louis de). — Un homme jeune encore, mais froid et chagrin. Il a appris à écrire en faisant ses Biogra-

phies; et, quand il ne suppléait pas M. Ampère au Collège de France, il travaillait à un excellent livre qui a eu tout le succès qu'il méritait : Beaumarchais et son temps.

MAQUET (Auguste). — Voici un homme qui n'a pas eu \e courage des luttes littéraires, des travaux opiniâtres, des résultats lents ; qui a eu peur du grenier et peur de l'hôpital ; qui après quelques années de souffrances s'est mis à dire; assez ! et n'a pas voulu aller jusqu'au bout; qui, nouvel Esaii, a vendu son droit de glorieuse aînesse pour un plat de lentilles d'or; voici M. Auguste Maquet. Que cet homme est bien l'image de notre siècle horrible et harcelé! Il est ou plutôt il a été longtemps le représentant de la littérature mercantile , de la littérature sans utilité et sans beauté , de celte littérature qui est à l'art ce que la

rinçure d'un tonneau est au vin passionné qui gronde et soupire dans un flacon. Que de fois je l'ai plaint, cet homme, et que je le plains encore! La critique, même la plus féroce , pouvait s'attaquer à lui , et lui n'avait pas le droit de répondre à la critique; elle pouvait le battre et lui ne pouvait pas se regimber, car s'il se regimbait, voici ce qu'elle lui disait , la brutale : « — Tu es semblable au remplaçant militaire; tu trafiques de ton intelligence comme le remplaçant trafique de son corps. Tu n'as pas d'excusG, du moins d'excuse littéraire : à qui persuaderastu que tu cours après la renommée et que tu cultives les lettres ? Baisse la tête et retaille ta plume, manœuvre ; et si quelque pauvre écrivain sérieux , amaigri et vêtu d'un habit mélancolique, vient à passer sous ta fenêtre, salue-lo bien bas, entends- tu , car il vaut mieux que toi. »

MURGER (Henri). — M. Henri Murger en est aujourd'hui à sa deuxième manière : il vise au simple , au naturel , à la réalité domestique. Nous n'oserions dire qu'il a perdu à cette transformation ; mais nous sommes de ceux qui préfèrent la première manière de l'auteur des Scènes de la Bohême, alors que , sans conseil et sans modèle, il ébauchait d'une plume spirituelle ces vifs croquis de la vie de misère et d'amour qui ont commencé sa réputation. A cette profusion enjouée de tons audacieux, de saillies alertes, a succédé une touche plus sobre. Les com-

positions d'Auguste Lafontaine , de Topffer et de M. Jules Sandeau ont tenté ce jeune esprit, jusqu'alors bruyant comme un tambour de basque. La muse de Schubert est venue chasser sur ses lèvres les derniers sons du Carnaval de Venise. Il est d'abord résulté de cette lutte quelques livres mixtes, où M. Henri Murger, regrettant d'avoir trop ri et ne voulant toutefois pas trop pleurer, s'est révélé comme un Bouffé littéraire. Maintenant , la lutte est terminée ou du moins paraît l'être, car dans son dernier roman, Adeline Protat, on trouverait difficilement un seul mot joyeux. Comme quelqu'un qui ferait pénitence, M. Murger s'est retiré dans les gorges de la forêt de Fontainebleau, et là il a écrit, avec toutes sortes de métaphores mortifiées et de périodes repentantes, cette histoire anti-mondaine.

Nous nous demandons néanmoins si, dans son petit royaume d'autrefois , royaume de la bonne humeur et des amourettes, M. Henri Murger, n'était pas bien plus maître ot plus souverain que sur ce terrain agreste , foulé avant lui déjà par bien des concurrents redoutables. Ses caractères n'ont rien de très-nouveau; son dialogue n'ennuie pas , mais il n'amuse pas non plus ; le style est rempli de qualités négatives : il est pur mais tiède, harmonieux mais sans accent. Sobriété ! sagesse ! ce sont là certainement des mots bien estimables, mais j'aime mieux encore : passion! puissance!

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