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Des personnes ont quelquefois paru douter de l'érudition de M. Murger. Nous les renvoyons à la collection de V Artiste, où il fit ses premières armes; ils y remarqueront particulièrement, à la date du 45 février i846, une savante étude philologique ; M. Henri Murger y parle avec enthousiasme des langues orientales ; il recommande le bengalais, le ralenga, le tamvul ; il cite Joseph de Maistre et Wronsky. Cet article, écrit très-fermement , se termine de la sorte : — Eleg haddebarim asher lebi-welo ch'thobethi-beawoth nafshechâ adoni-htthchas dehem aweh nafshi.
MARTONNE {Alfred de). — Archiviste du département de Loir-et-Cher; inspecteur des Archives communales et hospitalières du même département; ancien élève de l'Ecole impériale des Chartes ; ancien professeur [d'histoire au collège de Draguignan ; membre résident de la Société de l'Ecole des Chartes , de la Société des gens de lettres , du Comité central des artistes , de la Société universelle , de la Société des sciences, belles-lettres et arts du Var, de la Société académique de Saint-Quentin, de la Société Hâvraise d'études diverses, et de la Société d'agriculture, sciences et belles-lettres de Bayeux.
MUSSET (Paul de). — On ne peut refuser à M. Paul de Musset des qualités sérieuses, une science vraie et de
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fort honorables scrupules littéraires. Son livre des Femmes de lu Régence est mieux qu'une agréable galerie, c'est un excellent volume d'histoire attrayante. On ne fait pas assez de ces livres-là. Il a été longtemps feuilletonniste de théâtre; peut-être était-il un peu gris, un peu terne, mais au moins il ne rabâchait pas, comme rabâchent tant d'autres ; il ne joignait pas l'épaisse fantaisie à l'extrême injustice ; il hésitait souvent avec sagesse , comme font les personnes instruites.
MASSAS (Charles de). — « Pour faire un civet, prenez un lièvre , découpez-le par morceaux et l'empotez avec de bon bouillon, puis le faites bien cuire et assaisonnez d'un bouquet; étant à moitié cuit, mettez-y un peu de vin, y passez un peu de farine avec un oignon, fort peu de vinaigre , du laurier : servez à la sauce verte et proprement ; c'est un manger délicieux. » (Le Cuisinier François).
MOLERI. — Il s'appelait Molière; mais, afin de ne pas chagriner l'ombre du grand comique, de Molière il a fait Moléri. C'est un homme qui sait son métier; avant de murmurer des historiettes au feuilleton du Siècle, il s'essayait à des comédies de talent.
MARCO DE SAINT-HILAIRE (Emile). — Vive l'Empereur !
MATHIEU (Gustave). — Sa ressemblance avec Henri IV est extraordinaire. Emule heureux de Pierre Dupont , ses Matelots, ses Vendanges, son Fou, ont de la couleur et un entrain du diable. Mathieu n'est pas au début de la vie : il a été marin, agriculteur, voyageur de commerce ; on l'aime pour son enthousiasme et pour sa bonne humeur constante.
MALLEFILLE (Félicien). — 11 n'a qu'un œil. Dans un feuilleton qui remonte à cinq ou six ans, M. Eugène Pelletan a raconté la vie orageuse de l'auteur des Sept Infants de Lara: des voyages, des tempêtes, la mort et la résurrection. Randal est un beau drame, trop peu connu ; TjB Cœur et la Dot n'a que des portions réussies.
MARY LAFON. — Ce fut un romancier, voyez plutôt La Belle Royaliste ; ce fut un poète , lisez Silvio ou le Boudoir. Sur le frontispice gravé de ce dernier ouvrage, on voit des roses, des aristoloches, un jet d'eau, des papillons, des vases , des paons. Les vers sont les plus gracieux du monde , ils ont la chaleur méridionale, le caprice romantique :
Une femme ! oh ! mon Dieu ! savez-vous ce que c'est » L'être le plus léger, le plus nul , le plus vide, Des plaisirs d'un instant l'être le plus avide , Allez ! mon cœur le sait!
J'en aimais une, moi ! de cet amour ardent, Qui dévore le sein, de cet amour qui tue ! De cet amour qui plonge en votre âme abattue Comme un rouge trident !
C'est bien, très-bien; il faut lire aussi Suicide, Agonie, Lorsque je pense à vous, Si tu allais me faire des traits, la Cascade, Me veux-tu, et Oh! qu'on est fou d'aimer; ce sont des pièces fort jolies, en vérité, les unes sentimentales, les autres rugissantes; mais c'était la mode. Par exemple, il ne faut pas lire La Lamentation saint-simonienne sur les femmes, on serait exposé à y rencontrer cette strophe :
De vos liens insupportables C'est à pleurer, c'est à gémir, Et sous les capotes de Naples, Et sous les schalls de Cachemir.
Insupportables et Naples sont deux rimes que les Jeux Floraux et le Midi tout entier conspueraient avec justice. M. Mary Lafon se doit à lui-même de les faire disparaître dans une seconde édition. — C'est aimable et vif. Le Chevalier de Pompone. Et la Rome ancienne et moderne? voyons, il faudra pourtant lire cela. Ou nous sommes critique, ou nous ne le sommes pas. Nous irritons déjà beaucoup de gens ; faisons-y attention.
MAILLARD (Firmin). — Il a découvert cent cinquantecinq journaux dans l'an i 856 et il en a courageusement écrit l'histoire. Ces jeunes gens ne doutent de rien î
MOLENES (Paul de). — En changeant d'existence, cet écrivain a changé de nom. Autrefois, lorsqu'il faisait de la critique au Journal des Débats , il signait tranquillement, lourdement : Gaschon de Molènes. Balzac, dont les plaisanteries sont quelquefois grosses comme des maisons, s'est égayé sur le nom et sur l'homme (il avait sans doute ses raisons pour cela) : a Depuis quelque temps, dit-il, la Russie éprouvait le besoin d'acheter un de nos grands hommes, et elle pensait surtout à Gaschènes de Molon. En rentrant chez lui, hier au soir. Galon de Moschènes y trouve trois envoyés du czar, qui l'attendaient depuis longtemps. Ces messieurs venaient lui présenter , de la part de l'autocrate , vingt-trois tabatières de platine , onze portraits avec diamants, très-ressemblants, et seize boisseaux de roubles en papier. En échange de ces petits cadeaux, S. M. Nicolas I'^'' implorait seulement l'amitié de M. Groschène de Molleton. Mais, sourd à toutes les prières, M. Galènes de Moschon, indigné, repousse les présents et renvoie les seigneurs, en leur disant : — Allez dire à votre empereur que je n'accepte rien des ennemis de la France. De pareils exemples doivent prouver que notre époque n'est pas entièrement déshéritée de vertus, n
Après la révolution de 1848, M. Gaschon de Molènes, que la vue d'une épée a toujours exalté, s'est fait militaire. Il écrit encore sous la tente , à la lueur des étoiles , mais ce ne sont plus des articles de critique, ce sont des nouvelles où les hussards sont rêveurs, où les officiers meurent avec leur secret dans leur poitrine.
MONTÉGUT (Emile). — Rédacteur de la R&vue des Deux-Mondes.
MILCENT. — Rédacteur de la Revue des Deux- Mondes.
MARTIN (Edouard). — Rédacteur de la Revue des Deux- Mondes et des Noces de Bouchencœur.
MANTZ (Paul). — M. Paul Mantz est, dit-on, Bordelais ; mais tout en lui proteste contre cette origine ; il parle peu, il ne se vante jamais, il ne voit que quelques amis. Ses débuts datent de 1845 : des vers, de bonnes études sur quelques personnages littéraires du dix-septième siècle , des articles d'art. Cette dernière spécialité lui est surtout familière ; il y apporte un goût sûr, et une bienveillance qui ne s'arrête que devant l'impartialité. Paul Mantz est petit , mince, avec des allures de souris, et la vue basse. Il occupe un emploi au ministère de l'intérieur.
MERY. — La nuit est uniformément noire ; la lune s'est laissée tombm'dans un sac à charbon, comme dit Arlequin. Une foule énorme se meut dans les ténèbres épaisses ; elle est sur les ponts, sous les arbres, aux balcons ; elle attend, elle fait silence. Tout-à-coup, boum! boum! ce sont deux détonations et, presque aussitôt, deux grandes lueurs dans le ciel. La foule répond à ce signal par une clameur immense. D'abord lents, des jets de feu partent et s'élèvent; le bruit qu'ils font ressemble à celui des pièces de toile qu'on déchire. Des fleurs naissent , des étoiles s'ouvrent ; des pluies rouges se déclarent; on voit la foule qui trépigne, on aperçoit les nuages. Puis l'ombre revient. Les bombes recommencent à tonner. Un petit travail s'entend ; ce n'est qu'un pétillement d'abord ; quelque chose tourne , tourne, confus au premier aspect, et, se dégageant, devient éclatant, ingénieux; ce sont des artichauts, des roues, des colonnes torses. Cela dure cinq minutes, se complique, passe du bleu au blanc et du blanc au rouge. Les fusées se mettent de la partie ; elles se croisent , s'appellent , se pourchassent, les unes grêles, les autres puissantes et turbulentes , mourant dans l'immensité ou retombant avec la rapidité effrayante d'un aérolithe , dans l'effroi et dans les éclats de rire. Les yeux se dilatent, on se passionne. Des cascades se dessinent , semant la poudre de feu à la place de la poudre d'eau ; des kiosques apparaissent, chassés par des nuées écarlates. Une demi-heure s'écoule ainsi.
Tous les échos de Montmartre, de Suresne, de Meudon, du Panthéon et du Père-Lachaise se sont réveillés en sursaut. Ils grognent , ils s'étonnent. Les bombes vont toujours. Enfin, au moment où la curiosité est près de se lasser, le voile du temple se fend en deux ; la flamme dresse ses échelles, hésite un instant, escalade avec furie les degrés d'un palais de diamants, s'attaque aux portiques, les embrase, s'enroule autour des arceaux, grimpe aux frises et plante son drapeau sur le sommet. C'est le bouquet ! L'horizon se transforme en une gueule de cratère, et, comme le Polyphème du parc de Versailles, lance vers les cieux une gerbe aveuglante. Un cri unanime rase la terre. Tout le monde s'est vu, et ce tout le monde, c'est cent mille personnes, deux cent mille, dans un brasier. Joies du feu d'artifice ! Cinq minutes après, tout est morne , tout
est noir ; les rues charrient une masse murmurante —
Méry a cessé de parler.
MEURICE (Paul). — « Dès qu'il me faut faire l'éloge de quelqu'un, je ne trouve plus rien à dire, » m'avouait ingénuement un fameux critique. A ce compte, je devrais rester muet devant M. Paul Meurice , un de ces littérateurs pour qui semblent avoir été inventés les mots : recommandable, estimable, distingué. Sous cette physionomie discrète et ferme, derrière ce sourire un peu triste , dans ce corps jeune et sec, on devine une nature d'élite, blessée
profondément et gardant le secret de sa blessure. Satellite considérable, — mais satellite, — longtemps emporté dans l'orbe lumineux d'Alexandre Dumas et de Victor Hugo, il s'essaie depuis quelques années à dégager sa personnalité. Il y parviendra, je n'en doute point. Alors nous aurons ou un poète, ou un romancier, ou un auteur dramatique de plus. En ce moment, nous n'avons qu'un charmant et habile écrivain, bon à tout, même au mélodrame. Ce n'est pas assez.
MONTIGNY. — Auteur A'Amazampo ou la Découverte du Quinquina, pièce qui eut autrefois un succès de fièvre à la Gaîté. Le directeur nous dérobe un peu l'auteur aujourd'hui.
MONNIER (Henri). — Comprendra-on plus tard qu'un homme qui a tant fait pour l'histoire de nos mœurs n'ait pas été de l'Académie française? Ainsi donc, il ne suffit pas d'avoir créé un type éternel et vrai comme Tartuffe et Figaro ; d'avoir sténographié avec une fidélité inconnue aux littératures antérieures les propos de la vie privée ; d'avoir raconté le peuple du dix-neuvième siècle, comme Caylus et Vadé avaient raconté le peuple du dix-huitième ; d'avoir signé Jean Hiroux et Le Roman chez la portière, deux chefs-d'œuvre qui arrivent à l'effroi dans la réalité et qui auront certainement l'éclatante durée des épopées in-