‹ La lorgnette philosophiqueChapitre 1 sur 40 · A EUGÈNE ROLLAND (DE RÉMILLY · texte numérisé non relu

A EUGÈNE ROLLAND (DE RÉMILLY

Mon cher ami,

Des personnes m" ont dit : « Ne publie^ pas ce livre. »

Tiens !

Je le publie cependant , et pour plusieurs motifs : le premier, c'est qu'il est fait.

Le deuxième , le troisième et le quatrième, c'est que je le considère comme absolument inoffensif.

Je n'ai pas la prétention de croire mes jugements infaillibles. Mon opinion est celle de cette

année ; elle se modifiera peut-être l'année prochaine... Les petits volumes du genre de celui-ci se recommencent tous les dix ou vingt ans., ils n'ont et «e peuvent avoir rien de définitif.

Est-ce à dire qu'ils soient complètement inutiles? Je ne le pense pas; ils itidiquent et quelquefois même ils déterminent, en dépit de la volonté souvent très-arbitraire de leur auteur, un courant d'idées et de sentiments qu'il importe d'observer... Ces livres doivent toujours être un peu en avance sur leur temps; au risque de paraître inspirés par un juvénile esprit de coterie, ils doivent s'arrêter sur les écrivains de demain plutôt que sur les écrivains d'allier.

Ces lignes, extraites de la Lorgnette littéraire de Cil. Monselety s'appliquent également à ma Lorgnette philosophique (i)^ aussi n'ai-je rien trouvé de mieux que de les reproduire.

J'aurais pu sans doute, comme tant d'auteurs, indiquer le but que je me suis proposé d' atteindre en publiant cet ouvrage; mais à quoi bon? on le verra bien en le lisant.

(i) Cet ouvrage n'étant nullement un répertoire bibliographique, on ne devra pas s'étonner de ne pas y trouver la liste complète des ouvrages des auteurs qui y sont nommés. Je n'ai pas davantage cru nécessaire d'indiquer le lieu, la date de la publication ni le nom du libraire. Les mots qui sont imprimés en caractères italiques sont : ou des titres d'ouvrages ou des titres de journaux et de revues, ou certains noms propres.

Ayant passablement vécu dans le monde philosophique, où j'ai d'ailleurs conservé de nombreuses relations, je me suis trouvé en mesure de donner sur nos philosophes (i) beaucoup de dét ail s piquants, de particularités inédites^ d'anecdotes intéressantes dont je garantis V exactitude et la véracité , ce qui du reste ne m'empêche nullement d'analj^ser et de juger consciencieusement les œuvres et les doctrines...

Maititenant , aux personnes qui m' accuseraient de ne pas avoir toujours parlé avec asse^ de respect de messieurs les philosophes , je citerai encore ces remarquables lignes de M. Monselet :

« Selon moi, dit-il, ce qu'un jeune écrivain doit d'abord se hâter de faire dès ses débuts, c'est d'exprimer son opinion nette et franche sur les hommes importants de son époque. Plus tard, il ne le pourrait plus ; plus tard, les amitiés, les convenances et les intérêts V entoureront d'un réseau difficile à déchirer.

tt La vérité ne nous est jamais venue que par les jeunes gens. Le premier coup d'œil surpris et hardi que Von jette sur les personnages de son siècle au sortir du collège, ce premier coup d'œil trompe rarement. A cet dge-là, les admirations ont des larmes, les antipathies ont de belles colères, les indifférences mêmes ont leur signifiai) Mon ouvrage concerne seulement les philosophes/r^ncajs , et (sauf exception) actuellement vivants.

cation. Que les Jeunes gens nous crient donc la vérité dans leurs premières pages! Que leurs paroles niaient pas peur! Que cet âge soit sans pitié enfin! Et, s'il est vrai que la vérité compromette de nos jours , eh bien! qu'ils se compromettent !

« Ils auront tout le reste de leur vie pour revenir sur leur accès de courage, pour accepter les transactions et pactiser avec les médiocrités Ils auront tout le reste de leur vie pour s'endormir dans l'heureux ron-ron des gros chats de la critique, pour reposer dans un tiède fauteuil rembourré par les concessions et capitonné par l insouciance. Mais ils n'auront qu'une fois vingt ans et vingt-cinq ans pour parler à cœur ouvert et à front levé, comme des imprudents, comme des dupes, comme des niais, mais comme des hommes honnêtes !

« Honte au j cime homme hypocrite qui entre sournoisement et furtivement dans le monde des lettres avec une prudence prématurée et de qui les premiers pas ressemblent aux derniers d'un vieillard! «

Mon père, mon bon père, qui m'aimait tant et que f aimais tant, était encore de ce monde quand i'ai écrit cet ouvrage dont il avait accepté la dédicace. Bien que la mort vienne de me l'enlever,

je tiens néanmoins à maintenir ma dédicace... A mon père donc, à mon père chéri., dont le souvenir et les bons exemples resteront toujours gravés au fond de mon cœur., je dédie cet ouvrage...

NEREE QUÉPA T.

LA

ACOLLAS (Emile).

Il n'est pas un étudiant qui ne connaisse M. E. Acollas ; il suffit d'ailleurs de l'avoir vu une fois pour ne jamais l'oublier.

M. Acollas atteint à peu près la taille de M. Thiers ; les mouvements de son petit corps sont brefs, saccadés, presque comiques; il marche toujours droit devant lui et semble constamment absorbé dans une profonde rêverie ; le gibus à larges bords qu'il enfonce jusque sur ses yeux empêche de distinguer nettement sa physionomie, ce qui fait que nous ne pouvons la décrire.

M. Acollas est un des meilleurs répétiteurs de l'École de droit de Paris (je ne dis pas le premier, car le pre-

mier est M, Alcide Foucher). Il s'est beaucoup occupé de Venfant né hors mariage^ considère comme une nécessité de refondre nos codes, ce qui ne l'empêche pas cependant de les commenter à fond en attendant la refonte. M. Acollas a encore publié une petite brochure philosophique : La question de conscience au temps actuel. Paris, librairie Gaut, i86b, in-i8 (i$ pages). Tirée à petit nombre, elle a été peu répandue, et c'est à titre de rareté que nous la mentionnons ici.

AKERMAN (Louise).

Cette charmante femme a publié dans la Revue britannique (mai i865) de beaux vers où elle peint merveilleusement la soif d'immortalité qui dévore l'homme.

Cette lecture donne envie de goûter à l'immortalité ; ce privilège n'appartient malheureusement en ce bas monde qu'à quarante personnes, VOllivier au cœur léger y compris.

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