‹ La lorgnette philosophiqueChapitre 21 sur 40 · LE MOYNE (DÉSIRÉ · texte numérisé non relu

LE MOYNE (DÉSIRÉ

Après avoir été successivement ingénieur en chef des ponts et chaussées dans les Vosges et les Ardennes, M. Le Moyne se retira à Metz, où il habite : quai du Fort-Moselle. — Ceci pour montrer que je suis bien renseigné.

M. Le Moyne est un des bons écrivains de l'école fouriériste. — On lui doit : L'Association par phalanges.

— Doctrines hiérarchiques fusionnaires, construction d'une société véridique, affective, juste et libre (^\S6o, in-8°j, publié sous le pseudonyme de Médius.

En dehors de ses labeurs philosophiques, la principale distraction de M. Le Moyne est le théâtre.

M. Le Moyne, mélomane enragé, était un des habitués les plus assidus du théâtre de Metz ; il ne manquait ni un opéra, ni une comédie, ni un drame, ni une pochade.

— Son âge et sa philosophie ne l'empêchaient nullement d'être un admirateur — platonique, il est vrai, — du beau sexe, et les actrices messines, à force de voir aux fauteuils d'orchestre M. Le Moyne fixer obstinément sa lorgnette sur leurs petites personnes, se demandaient parfois quel pouvait bien être ce particulier vénérable si constant dans ses habitudes. Elles ne se doutaient cer-

tainement pas qu'elles avaient devant elles un admirateur... de Fourier.

LEROUX (Pierre).

Penseur tellement profond que je me déclare humblement incapable de le comprendre.

Après trente ans de luttes et de controverses, M. Pierre Leroux est demeuré à cheval sur sa triade, armé de son circulus.

Quel dommage qu'ainsi harnaché il n'ait pas songé à faire exécuter sa statue équestre !

Dans La Grève de Samarez, un de ses derniers ouvrages philosophiques, qui se composent d'ailleurs d'un mélange inoui de mysticisme, de christianisme et de rationalisme, on trouve des affirmations comme celle-ci : <■ Jésus, formulé par saint Paul, n'est-il pas le nouvel Adam? N'estil pas le corps dont nous sommes tous membres?»

M. Leroux est mort en 1871, mort en libre penseur. — Paix à sa cendre! — Cette fin courageuse rachète en partie le mal causé par ses idées mystico-philosophiques.

LETOURNEAU (Le D^Ch.).

Parmi les chefs de l'école matérialiste, M. Letourneau est un des plus modestes et des plus remarquables. Il a pris une part active à la rédaction de La Pensée nouvelle. Sous le titre de Physiologie des passions, il a publié un ouvrage qui vaut celui du docteur Alibert ; nous n'ose-

rions dire qu'il lui est supérieur, de peur de blesser la modestie de notre jeune savant. On prétend qu'il voulait d'abord appeler son livre : Anatomie des piissions. Ce titre lui convenait mieux, en effet, que le précédent.

Depuis la mort de La Pensée nouvelle, M. Leiourneau s'est retiré sous sa tente ou plutôt dans son laboratoire. Y aiguise-t-il sa plume? se prépare-t-il à lancer de nouveau un de ces jours un bon volume à la tête des spiritualistes?

Nous l'espérons.

LEVALLOIS (Jules).

M. Levallois occupe une des premières places parmi les critiques actuels; il a publié différents ouvrages philosophiques : Déisme et Christianisme, La Piété au XIX^ siècle... Nous recommandons spécialement sa chanson sur Renan. (Voyez à l'article Renan.)

LÉVÊQUE (Charles).

Le principal ouvrage de M. Lévêque, La Science du beau, lui a valu de l'Académie française un prix de trois mille francs, ce qui n'est pas laid.

Cet ouvrage abonde en vues fines, en aperçus ingénieux, délicats, spirituels. M. Lévêque joue avec la question du beau comme un chat avec une souris : il la pelote , la tourne , la retourne dans tous les sens ; parfois même elle lui échappe , mais il faut voir alors comme

d'un bond il vous la rattrape! Malgré cela, un de ses camarades d'école, homme de son âge à peu près et professeur très-distingué, me disait un jour : «A propos, je viens de lire l'ouvrage de mon ami Lévêque... Eh bien! tenez, jusqu'à présent j'avais ou du moins je croyais avoir quelque notion du beau ; maintenant, vous l'avouerai-je? je n'en ai plus la moindre idée. »

M. Lévêque a encore publié La Science de l'invisible, œuvre dans laquelle, il fallait s'y attendre, beaucoup de gens n'ont absolument rien vu, et qui cependant, avec La Science du beau , l'a conduit du Collège de France à rinstitut.

Au physique , M. Lévêque a plutôt l'air d'un militaire que d'un philosophe... Sa haute taille, ses cheveux plaqués , ses moustaches noires , ses traits réguliers et finement dessinés, son chapeau qu'il porte un tantinet sur l'oreille, lui donnent une tournure martiale; son œil est vif, pénétrant, et semble souvent chercher dans l'espace quelque chose d'invisible. C'est sans doute en scrutant ainsi l'éther qu'il a rassemblé petit à petit les matériaux de sa Science de l'invisible.

LÉVITTOUX (Docteur Henri).

Philosophie de la nature (i vol. in-8°, 1871); Gebethner, Varsovie ^ et traduit en français), tel est le titre de l'ouvrage dans lequel se résume l'œuvre philosophique du docteur Lévittoux.

" La philosophie et les sciences exactes, s'écrie-l-il ,

n'ont depuis longtemps rien créé chez nous; il est temps de réveiller l'esprit des Kopernik et des Sniadecki. »

Pour une entrée en matière , on pourrait souhaiter autre chose. Si l'auteur connaît quelque peu la philosophie, il ignore à coup sûr celle de l'histoire ; sans cela, il ne viendrait pas affirmer que « les sciences exactes n'ont rien créé». Toutefois, à supposer qu'elles n'aient rien créé, même en Pologne , ce n'est certainement pas en réveillant Sniadecki que le docteur Lévittoux arrivera à créer quelque chose qui vaille.

Il est assez probable que cette manière d'agir excitera chez le signor Sniadecki une quinte de mauvaise humeur, humeur dont les philosophes eux-mêmes ne sont pas exempts, surtout quand on les réveille en sursaut sous le prétexte original de créer quelque chose. D'ailleurs, cela n'a rien d'étonnant : les philosophes qui passent une partie de leurs nuits à composer des livres qui endorment leurs lecteurs ont bien le droit d'exiger qu'on respecte leur sommeil lorsque, par hasard, il leur arrive de dormir. Bref, nous pensons que le docteur Lévittoux agira sagement en laissant Sniadecki dormir sa grasse matinée.

Mais continuons à analyser l'ouvrage du docteur Lévittoux... Le docteur cherche à résoudre les grands problèmes de la création et de la vie à la lumière de la science moderne. Ses conclusions sont renfermées dans une botte d'aperçus dont nous allons extraire quelques bribes. « L'étheren mouvement, dit-il, est la continuité

de la création; il est la création L'atome est le

passage de la force à la matière... La continuité des

moments de la création est la vie... La matière est périssable ; elle n'est qu'un état passager de la force , qui est éternelle. « Plusieurs de ces axiomes sont trèscontestables; cependant, tels quels, ils méritent d'être

livrés à la méditation des gens qui ont du temps à

perdre.

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