‹ La lorgnette philosophiqueChapitre 33 sur 40 · SAUVA · texte numérisé non relu

SAUVA

Ex-collaborateur de \'Q&-Librc Conscience... Sauvonsnous!

SAUVESTRE (Charles).

M. Sauvestre n'admet pas (et il a raison) que les jeunes filles aillent s'asseoir Sur les genoux de l'Église, et se permettent de faire tinter La Sonnette du sacristain...

SÉMERIE (Le docteur Eugène).

Médecin positiviste, grand ami de M. Pierre Laffitte auquel il a dédié jadis sa thèse de doctorat sur les Symptômes intellectuels de la folie...

M. Sémerie dirige aujourd'hui la Politique positive, revue occidentale... Puisse-t-elle trouver des abonnés... même en Orient...

SIÈREBOIS (P.).

M. P. Boissière manie également bien la plume et le scalpel... Après avoir montré la Force et la faiblesse de la religion devant le siècle, il a fait sous les yeux du public l'Autopsie... de l'âme, ce qui a saisi d'horreur un grand nombre de spiritualistes .. Lui, impassible, a resaisi son instrument et s'est mis sans pitié à fouiller la Morale jusque dans ses fondements. . Cœur de pierre, va !

SIMON (Jules).

Peu de gens ont autant de noms et de surnoms que cet honorable philosophe, le dernier des trois Jules.

Son acte de naissance lui donne le nom de Jules Suisse...

Dans le monde on l'appelle : Jules Simon... On l'a surnommé en outre : le numéro 606, Jules six cent Suisse, Vhomme à la mansarde, le saule pleureur. — Ce dernier

surnom lui vient, paraît-il, de l'abondance des larmes qu'il a versées dans les gilets de ses collègues et autres personnes depuis le 4 septembre.

M. Jules Simon est le type le plus accompli du philosophe universitaire; défait, il en est encore à Platon et autres abstracteurs de quintessence de la même sorte.

Il a soigneusement rassemblé, colligé, trié, coordonné, étiqueté tous les lieux communs de la philosophie spiritualiste; puis il a divisé le paquet en plusieurs parts, lesquelles ont formé le Devoir, la Liberté de conscience, la Religion naturelle... Quant à son Histoire de l'École d^Alexandrie, elle ne vaut pas celle de M. Vacherot; tout le monde en convient (Jules Suisse excepté).

Ce qu'il y a de meilleur dans son bagage philosophique , c'est assurément ses éditions des oeuvres de

Descartes, Bossuct , Malebranche , Ant. Arnaud

Sachons-lui encore gré d'avoir été un des principaux fondateurs de la Liberté de penser, revue très-estimée qui fut supprimée après le coup d'État.

SNIDER (A.).

Auteur de : L'homme et sa raison d'être sur la terre (in-8°). — Que penserait-il des gens qui soutiendraient que l'homme n'a nullement sa raison d'être sur la terre ?

STRADA (J. de).

M. de Strada est un philosophe amateur dont les ou-

vrages sont d'une profondeur qui, au dire même de M. Ravaisson, bon juge en pareille matière, frise quelquefois de fort près l'incohérence et le galimatias.

Le plus remarquable des ouvrages de M. de Strada, le seul d'ailleurs dont nous parlerons, a paru en 1865 sous le titre de : Essai d'un ultimum organuni , ou con.stiiution scientifique de la méthode, titre légèrement ambitieux, on en conviendra.

M. de Strada a voué une haine inextinguible à ces manants si communs de nos jours qui réduisent tout à la matière et aux sens; c'est à eux qu'il décoche la piquante épithète de pseudo-positivistes, nom qui restera, ajoute avec une candeur non moins piquante l'honorable M. Ravaisson.

M. de Strada entreprend donc une croisade contre le matérialisme scientifique, et cela dans le but, dit-il, de restaurer... la métaphysique... la science du surnaturel...

Et, venîre-saint-gris ! notre paladin n'y va pas de main morte. — Écoutez comment il parle aux philosophes contemporains.

« Je vous ai tous attaqués, dit-il; je suis la réaction vivante de vos méthodes. Je vous ai dit : Vous êtes tous dans le faux... Je vous ai tous attaqués... Aucun de vous ne me soutiendra. Est-ce vous qui parlerez, théocrates ? Je vous combats. — Est-ce vous, physiciens? Je vous combats... Est-ce vous, évidentistes .'' Je vous combats. Je vous combats, mais pour vous unir; je vous combats, parce que je combats l'homme et que je défends Dieu. Je suis le plus réaliste des philosophes, car ]i vais jus-

qu'à dire ce que nul n'a osé : que le fait est critérium.

« J'en suis le plus spiritualiste, car il reste démontré que l'homme jugeant par le fait critérium ne juge que par Dieu. Les vieux antagonismes tomberont quand on aura compris le /tj/'f et son lien avec l'être, c'est-à-dire avec l'absolue vérité dont il est la manifestation incessante toujours présente, partout vivante. »

A la rescousse, à la rescousse, vous tous qui voulez fonder avec moi « Vécole de l'être et du fait base, médiateur et critérium de la connaissance, l'école de la réalité universelle de l'être, Vécole du Dieu méthode avec le fait critérium incessant ! »

Voyons un peu maintenant ce que c'est que ce fameux critérium si retentissant.

Ce critérium, dans lequel d'abord M, de Strada renferme la méthode, est le principe d'après lequel nous estimons le vrai, le principe absolu de certitude.

Les nations cherchent le critérium, continue imperturbablement M. de Strada; c'est à sa poursuite qu'elles vont de changements en changements.

Tiens, tiens! Ah! mais, parbleu! voilà le problème des révolutions expliqué!

C'est pour trouver ce critérium que la France a subi tant de changements, de déchirements et de bouleversements.

C'est pour trouver ce critérium qu'elle a fait toutes ses révolutions: 95, 1815, 18^0, 1848, le 2 décembre, le 4 septembre, le 18 mars; que demain peut-être elle se payera un nouveau « changement » suivant la propre

expression de M. de Strada; et ainsi de suite, si besoin est, jusqu'à ce qu'elle l'ait enfin trouvé, ce fameux critérium. Ce jour-là, par exemple, l'ère de calme commencera véritablement ; nous ne verrons plus ni guerres civiles ou étrangères ; le critérium arrangera tout, dominera tout, conciliera tout. Toutefois ce temps heureux n'est pas encore arrivé, et en attendant l'avènement au trône ou à la présidence de Critérium I^^, nous devrons nous résigner à aller encore, j'en ai peur, de « changements en changements » . .

Ce critérium sera, paraît-il, le fait ; malheureusement M. de Strada n'a pas expliqué avec assez de clarté ce qu'il entend par ce jcâx, pour que nous puissions à notre tour l'expliquer à nos lecteurs.

Si M. de Strada a enveloppé de nuages cette question du ja.it critérium , c'est qu'apparemment il avait de bonnes raisons pour agir ainsi. Il élucidera sans doute ladite question dans un nouvel ouvrage ; nous l'attendons avec impatience...

Au revoir, monsieur de Strada, à Saint-Malo..., pardon... dans le fait critérium débarquez sans naufrage, et dans la Rue ne vous cassez pas le cou!!!...

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