BOUTTEVILLE (M.-L
M, Boutteville n'a écrit qu'un seul ouvrage^ mais il a suffi pour le placer au premier rang des polémistes contemporains.
La Morale de l'Eglise et la Morale naturelle est un des meilleurs ouvrages de critique rationaliste qui aient paru au XIX« siècle.
M. Boutteville juge le christianisme à tous les points de vue : politique, philosophique, moral et religieux. Il lui intente un procès, pièces en main, et conclut à un arrêt de mort..., ce qui est peut-être un peu sévère. Aucun écrivain clérical n'a tenté de réfuter cet ouvrage, par la raison très-simple que c'est impossible ; mais, en revanche, le clergé a réussi à faire destituer M. Boutteville de la place de professeur qu'il occupait depuis de longues années à Sainte-Barbe.
BOUTMY (Emile).
M. E. Boutmy, qui vient de fonder au commencement de cette année l'École libre des sciences politiques, avec le concours de MM. Gaidoz, Sorel, Janet, etc., ne paraît pas s'être toujours occupé de politique et de littérature; autrefois il a probablement travaillé dans le bâtiment et manié le compas et l'équerre, comme semble l'indiquer sa Philosophie de l'architecture en Grèce {iSjo, in-i8). Le principal mérite de
M. Boutmy esl d'avoir compris qu'il était urgent de créer en France un enseignement un peu moins fossile que celui de la Sorbonne.
BRACK (Denis).
Demeure à Lyon, rue des Quatre-Chapeaux , mais n'est pas aussi braque que l'indiquerait son nom. Il fonda à Lyon VExcommiinié, journal dont les allures crânes et tapageuses causèrent dans cette ville un certain scandale. L'Excommunié fut supprimé un beau jour, à la suite d'un article qui n'était pas Brack du tout.
BRIANCOURT (Mathieu).
Phalanstérien distingué, auteur des Lettres à mon frère sur mes croyances religieuses.
Voici un échantillon des croyances que ce digne homme épanchait dans le gilet de son frère :
« Je crois, dit-il, en un seul Dieu, tout-puissant, juste et bon, ayant pour corps la lumière, pour membres la totalité des astres ordonnés en séries hiérarchiques... Je crois que les êtres intelligents du dernier degré, les humanités ont pour tâche la gestion des astres qu'elles habitent et sur lesquels elles ont mission de faire régner l'ordre, la paix et la justice. »
Il faut croire toutefois que Dieu n'a pas donné à ces humanités de mandat impératif, puisque depuis que le monde est monde on voit à peu près partout le désordre.
— ?3 — la guerre et l'injustice régner à la place de l'ordre, de la paix et et de la justice.
« Je crois, continue Mathieu Briancourt, que l'humanité terrestre aura bientôt acquis les connaissances et le matériel qui lui sont indispensables pour remplir sa haute fonction, et qu'en conséquence le jour du bonheur général ici-bas ne tardera pas à se lever. »
Mais il est levé depuis longtemps, Monsieur... Avezvous donc oublié le Premier Jour de bonheur... (musique d'Auber) ?
« Je crois que l'intelligence des êtres raisonnables dispose de deux corps : l'un formé de substances visibles pour nos yeux, l'autre de matières plus subtiles et invisibles, nommées atomes. »
BRIARD CEmmanuel).
Voir la collection de la Pensée nouvelle.
BRISSON (Henri).
M. Henri Brisson, aujourd'hui représentant de la Seine à l'Assemblée, a été un des principaux fondateurs et collaborateurs d e la Morale indépendante, où il écrivait des articles qui n'étaient pas trop ennuyeux.
M. Brisson est un fort joli homme; mais il ressemble positivement à Jésus-Christ,., ressemblance qui d'ailleurs flatterait énormément toute personne autre qu'un philosophe.
BROTHIER (Léon;
Il a donné une Histoire populaire de la philosophie à la Bibliothèque utile; il a collaboré à la Morale indépendante, au Rationaliste de Genève.
BRUNET (Jean).
Député de la Seine à l'Assemblée nationale.
M. Brunet a présenté cet hiver à l'Assemblée le projet de loi suivant :
a Art. I^^ La France, voulant sortir de peine et se régénérer, se voue complètement à Dieu le tout-puissant et à son Christ universel. (Mouvements divers...)
« Art. 2. En témoignage de son dévouement inébranlable, la France élèvera un temple dans l'intérieur de Paris, sur la hauteur qui fut appelée à deux reprises la place du Roi de Rome.
« Art. 5. Le temple du Christ, de même que l'étendard de la France, portera cette devise du salut universel : « Dieu protège la France ; le Christ est vainqueur, règne « et commande. »
Un membre. — C'était l'exergue de nos anciennes monnaies.
Un autre membre. Oui, Christus vincit, régnât, imperat!
L'Assemblée rejette le projet de loi avec une touchante unanimité.
BURNOUF (Emile).
M. Burnouf, qui est né à Valognes, dans le département de la Manche, a toujours eu les ministres dans la sienne; c'est ce qui explique comment de Nancy, où il professait avec succès la littérature ancienne, il passa à Athènes en qualité de directeur de l'École française.
Ce changement plut à M. Burnouf: d'abord, il n'était pas fâché de fuir la température humide et brumeuse de la Lorraine; peut-être aussi n'était-il pas fâché de fuir par la même occasion la philosophie plus brumeuse encore de M. de Margerie, son digne collègue. Ces deux messieurs différaient d'opinion sur certains points : on comprend en effet que la Science des religions ne peut guère s'accorder avec la Théodicée.
Avant de respirer l'air de la Grèce, M. Burnouf s'était déjà occupé de cette contrée.
Comme la plupart des universitaires, il avait, au sortir de l'Ecole normale, piqué une tête dans les eaux platoniciennes ; c'est en prenant ce bain qu'il écrivit ses Principes de l'art d'après la méthode et les doctrines de Platon... Plus tard, il donna une traduction d'extraits du Novum organum de Bacon et un Essai sur le Véda ou introduction à la connaissance de l'Inde.
Son ouvrage le plus important est la Science des religions. — Ce titre n'est-il pas un peu ambitieux •! Existe-t-il réellement une science des religions comme le prétendent Burnouf, Max Muller et tant d'autres ?
Nous ne le pensons pas. — Tout ce qu'on peut faire, c'est d'interpréter, d'analyser, de syntéthiser les conceptions religieuses des différents peuples, d'en rechercher les origines, d'en examiner les résultats et de suivre leur progrès ou leur décadence à travers les siècles
CADET (Félix).
Grand amateur de pain d'épice.
C'est afin d'être à même de satisfaire à son gré sa passion pour ce comestible qu'il s'est fait nommer professeur de philosophie au lycée de Reims.
M. Cadet (Félix) est auteur d'une excellente notice sur Sénéque considéré comme philosophe ; d'une autre sur Pascal considéré de la même façon ; d'un examen du traité des Devoirs de Cicéron, auquel, sur le rapport de M. Paul Janet, l'Académie des sciences morales a eu le tort de ne décerner qu'une mention honorable.
CARLE (Henri).
Ah, ah, ah! oui vraiment, M. Carie est un bien brave
homme !
M. Carie est aussi un homn:c de mérite qui dans le
monde philosophique occupe une place à part. M. Carie nourrit le projet de fondre ensemble toutes les religions qui pullulent sous la calotte des cieux; toutefois, comme dans sa clairvoyance M. Carie ne se dissimule pas que l'entreprise présente quelques difficultés prati^ ques, il s'abonnerait volontiers, en attendant la fusion générale, à unir l'israélitisme avancé et le protestantisme radical dans l'Alliance religieuse universelle dont il est le président.
Le jour où ce vœu sera réalisé, M. Carie échangera probablement son titre de président contre celui de pape de la nouvelle religion.
Tiens, tiens! qui vient là?....
Chapeau bas, Messieurs, chapeau bas: voilà M. Carie qui passe!
M. Carie a fondé la Libre Conscience, journal sensiblement plus riche en espérances qu'en abonnés, d'où l'on pourrait induire que les Carlistes français ouvrent plus facilement leur libre conscience aux idées généreuses, aux aspirations élevées, que leur porte-monnaie aux appels de fonds du président de l'Alliance universelle.
M. Carie néanmoins ne s'est pas découragé: à force de ténacité et de patience, il a réussi à faire vivre son journal pendant plusieurs années.... mais:
Circulez, Messieurs, circulez : voilà M. Carie qui repasse!...
M. Carie vénère les théophilanthropes, et les copie
même quelque peu sans vouloir peut-être en convenir; au surplus, ces rêves de fusion religieuse indiquent sinon beaucoup de perspicacité, du moins beaucoup de cœur, de générosité et d'amour de l'humanité. Décidément, M. Carie est un bien brave homme. Ah, ah, ah ! oui vraiment !...
Allons, Messieurs, allons, allons : hurrah ! hurrah ! pour M. Carie !
CARO (E. Marie).
Comme M. Janet, M. Caro s'est donné la noble mission de combattre le matérialisme contemporain,... à armes courtoises, il est vrai; aussi n'est-ce pas sans raison qu'on a surnommé ces deux amis les frères Siamois de la philosophie.
Dans un gros volume in-8°, M. Caro a manifesté l'intention de nous faire connaître Vidée de Dieu, et a quelque peu désossé ses nouveaux critiques. C'est sans doute afin de lui prouver sa reconnaissance que Dieu a suggéré aux membres de l'Institut l'idée d'offrir à M. Caro une place parmi eux : il est certain que Dieu seul pouvait prendre l'initiative d'une pareille démarche.
Pendant le premier siège de Paris, M. Caro, comme tant d'autres citoyens, portait bravement sur l'épaule le flingot de garde national ; son costume militaire lui allait même très-bien, car il est fort bel homme.
Au commencement du siège, les jours de garde, M. Caro déjeunait volontiers au restaurant Labassé (14, avenue d'Italie), avec M. Goumy et quelques amis. En
— ?9 — notre qualité de témoin oculaire, nous pouvons certifier que M. Caro est doué d'un joli coup de fourchette; trèscauseur, très-gai en dehors des repas, M. Caro se transformait subitement une fois à table : tout entier au menu (nous l'approuvons pleinement du reste), il écoutait beaucoup les convives, mais ne parlait point; aussi un jour M. Goumy, impatienté de ce mutisme, se leva subitement, puis se tournant vers lui : « Et verbum Caro factum est!!!! » exclama-t-il. « Et verbum Carofactum est! )) repéta l'écho
CARRAU (Ludovic).
Professeur de philosophie à l'ex-lycée de Strasbourg, il a publié une Exposition critique de la théorie des passions dans Descartes, Malebranche et Spinosa. Espérons que, depuis l'annexion de l'Alsace à la Prusse, M. J. Simon ne l'a pas laissé sur le.... Carrau !!!!