BOUE DE VILLIERS (A.-L
Rédacteur en chef du Progrès de l'Eure, département devenu célèbre par les prouesses de M. Janvier de la Motte, le père des pompiers.
C'est même à l'usage de ces pompiers, dont la réputation égale maintenant celle des pompiers de Nanterre,
que M. Boue de Villiers a composé sa Bible des pompiers, ouvrage qui valut à son auteur une condamnation à 100 fr. d'amende, pour outrage à la morale publique et à la religion. Cette sévérité du parquet d'Évreux surprit grandement les chevaliers du tuyau, qui pensaient, avec juste raison, avoir tout autant de droit à une Bible que les catholiques et les protestants.
Citons un des passages du livre, oij M. Boue de Villiers considère Satan comme capitaine de la légion hydraulique céleste :
« Il y avait des pompiers bien avant le déluge. . . .
les pompiers devaient être en grand nombre, sans doute organisés en légion ou phalange, puisqu'ils avaient un capitaine, le capitaine Satan, le plus beau et le plus fier des archanges, — le diable, en un mot, qui, ayant voulu emporter d'assaut le tabernacle de Jéhovah, fut terrassé par saint Michel, et auquel, à une date plus moderne, saint Janvier, premier évêque d'Évreux, arracha sa corne gauche, conservée jusqu'à la Révolution dans les trésors de son abbaye... Les canons de l'Église nous fournissent la preuve de cette vérité absolue....
« Dès le sortir du flanc maternel, ne nous fait-on pas jurer, par la bouche de notre parrain, « de renoncer à « Satan et à ses pompes » ?
« Si Satan a des pompes, donc il est ou a été pompier... Dilemme écrasant.
« Or, c'est un article de foi que l'existence de Satan, ergo... ses pompes sont a fortiori articles de foi indis cutables.
<( Or, si Satan a des pompes, Satan a été ou est pompier.
« Le syllogisme est irrécusable.
« Or, un pompier qui a des pompes ne peut être un simple pompier, un pompier vulgaire; il est tout au moins officier. Ici, dans le cas qui nous occupe, l'hypothèse vient au secours de la logique et nous permet d'inférer que Satan devait occuper le sommet de la hiérarchie... Car si, d'une part, ni le Pentateuque, ni le Talmud, ni les livres rabbiniques n'éclaircissent ce point obscur des annales cosmogoniques, il est évident que le nom d'un officier inférieur, d'un centurion subalterne, ne fût pas parvenu jusqu'à nous au détriment du pontifex maximus de la légion hydraulique céleste...
« Il doit donc être considéré comme article essentiel de doctrine, comme vérité irréfutable, que ce Satan, le seul Satan connu, le seul possesseur de pompes dénommé et désigné, était le chef suprême, le capitaine... îgitar, je conclus : Satan avait des pompes..., donc Satan était pompier. »
BOUGEART (Alfred).
Cet écrivain, qui signe de charmantes fantaisies dans la Vie parisienne, le Journal amusant, le Charivari^ a réuni, sous le titre de Moralistes oubliés, un choix de pensées, de sentences morales, extraites des meilleurs ouvrages des grands et petits philosophes des XVIII* et XIX" siècles.
DOUILLET (M. Nicolas).
La patience, qui était une des principales qualités du respectable M. Bouillet, lui a fait faire un véritable tour de force philosophique : elle lui a fait traduire intelligiblement, pour la première (et dernière) fois (espérons-le), les Ennéades de Plotin, de Plotin « l'inintelligible », comme l'a surnommé l'histoire, titre qui, du reste, est parfaitement approprié à ses œuvres.
A force de patience, de travail et de pénétration, M. Bouillet a réussi à voir clair dans les cinquantequatre livres de mysticisme transcendantal dont se composent les Ennéades du citoyen Plotin. M. Bouillet a joint à sa traduction des sommaires, des notes et des commentaires destinés à permettre au lecteur de saisir les passages les plus spécialement « inintelligibles » desdites Ennéades.
M. Bouillet a encore doté son pays d'excellentes éditions des œuvres philosophiques de Cicéron, Sénèque et Bacon. — M. Bouillet a été rejoindre Plotin le 28 décembre 1864.
BOUILLIER (Francisque).
M. Bouillier a fait de louables efforts pour jeter la philosophie universitaire par-dessus le mur de la psychologie pure. (Voy. le Dictionnaire des Contemporains.)
BOUIS (Casimir).
M. Bouis était un des mangeurs de prêtres de la rédaction du journal la Libre Pensée, seconde du nom.
Le mets que M. Bouis préférait à tous les autres était le jésuite. Dans son livre intitulé Calottes et Soutanes, Jésuites et Jésuitesses , il mort à belles dents sur cet ordre célèbre, qui d'ailleurs craint peu les morsures de ses adversaires.
Les jésuites (heureusement pour eux) ne sont pas d'une absorption facile, sans cela ils auraient depuis longtemps déjà disparu de la surface du globe. Les rares libres penseurs qui sont parvenus à manger des jésuites n'ont jamais pu les digérer ; mais, en revanche, les jésuites ont dévoré bien des libres penseurs et passablement de professeurs de l'Université et de sorbonniens. Puisqu'il en est ainsi, pourquoi, quand on lui parle des jésuites, l'Université vient-elle nous dire qu'elle en a une indigestion 1
Cependant, malgré leur rôle de dévorants, les jésuites se sont toujours plaints d'être dévorés, ce qui prouve que l'aplomb n'est pas la qualité qui leur manque; mais, comme il ne fait pas davantage défaut aux libres penseurs, nous n'avons pas le droit de blâmer les jésuites. Liberté pour tous, telle est notre doctrine.