LA CINQUIÈME LOTERIE EN CLASSES DE LA R. G
En 1919, dès que les anciennes frontières séparant les trois parties de la Pologne furent, par le verdict de l’histoire, définitivement abolies, une nouvelle période de prospérité commença pour la loterie de la R. G. O. Pour le placement des billets les nouveaux débouchés de la Petite Pologne, de la Posnanie et de la Poméranie, conquis jadis par les entreprises de jeu de l’Allemagne et de l'Autriche, furent ouverts à la plus importante des loteries polonaises de l’époque. D'autre part, l'ordonnance du ministre des Finances, en date du 31 décembre 1918, d’après laquelle toutes ventes et souscriptions de billets des loteries étrangères étaient rigoureusement interdites, favorisa le développement de la jeune entreprise de jeu. 3
On se rendit compte, à la direction de cette loterie, que, malgré les possibilités d'augmentation sensible du nombre des billets, il serait plus opportun d’élever le prix du billet même, par là, de pouvoir élever le montant des gros lots. Cette mesure devait être prise afin de pouvoir agir avec prudence, lors du placement des billets dans les deux provinces réintégrées, où la pratique du jeu était différemment conçue et soumise à l’influence des anciennes loteries en usage.
Ces circonstances obligèrent la direction à maintenir, pour la cinquième loterie, le chiffre de billets à 59.000, avec 25.000 lots. Le prix du billet, divisé comme aux loteries précédentes en quarts, fut élevé à 40 marks pour chaque classe. Les gros lots des quatre premières classes, échelonnés selon une légère augmentation, furent constitués de la manière suivante 35.000 marks en première classe, 40.000 en deuxième, 45.000 en troisième, 50.000 en quatrième. En cinquième classe furent
ajoutés quelques lots de faibles autant que de grande importance.
Mais une innovation destinée à offrir un attrait pour de nombreux joueurs fut introduite par les nouvelles primes de la dernière classe. Celles-ci furent divisées en deux catégories A et B. La catégorie À comprenait une prime de 200.000 marks, devant être attribuée au plus gros lot sorti le dernier jour du tirage. La catégorie B comptait 50 primes de 5.000 marks chacune, s’élevant à un chiffre total de 250.000 marks. Suivant le règlement, cette dernière catégorie devait être affectée aux billets n’ayant gagné aucun lot au cours de toutes les classes de la loterie et dont les numéros se termineraient par les mêmes trois derniers chiffres que le numéro gagnant la prime A. Et, dans le cas où le plus gros lot de la loterie, c’est-à-dire celui de 300.000 marks, sortirait le dernier jour du tirage de la dernière classe, son numéro gagnant se verrait attribuer toutes les primes À et B. Cette disposition du règlement permettait de porter le montant du numéro gagnant, remplissant les conditions requises, à une somme globale de 750.000 marks (1).
Cette loterie, qui était destinée à mesurer les possibilités d'extension du placement ainsi que le nombre des billets susceptibles d’être souscrits dans un proche avenir, réalisa, grâce au prélèvement habituel sur le montant des lots, lequel s'élevait à 8.211.000 marks, un bénéfice d’environ 1.500.000 marks.
$ 6. — LA DERNIÈRE LOTERIE EN CLASSES DE La R. G. O.
Par ordonnance du 17 février 1919, le ministre des Finances décida d’accorder un délai convenable aux loteries privées fonctionnant alors sur le territoire de la République afin de permettre la liquidation définitive de toutes ces entreprises de jeu. Le gouvernement, à ce moment, étudiait de près le problème de la loterie sous forme d'organisation d'Etat destinée à remplacer toutes les entreprises existantes, créées par les sociétés de bienfaisance.
Par cette même décision, la loterie du Conseil Principal de la Protection se trouva soumise à l’obligation de terminer le jeu de la loterie en exercice, conformément au plan autorisé par le
1: Kalendarz Informacyjny Loterji R. G. O., Varsovie, 1949, p. 38.
gouvernement et à recourir, par la suite, à la liquidation de Pentreprise. La Direction assumait alors l'exercice de la sixième loterie, laquelle, en prévision du résultat à obtenir en raison de l'étude du marché faite lors de lexercice précédent, devait réaliser, grâce à son nouveau plan, un bénéfice appréciable,
Tout d’abord, on s’aperçut que, parallèlement à l’augmentation du nombre et de l’importance des gros lots, une majoration de la quantité des lots moyens était indispensable. C’est pour : cette raison que le plan de cette dernière, en arrêtant le nombre des billets à 70.000, avec 35.000 lots, s’appliqua à maintenir dans une proportion convenable le nombre de lots décidé.
En conservant le même prix du billet, maintenu à 40 marks pour chaque elasse, on s'était rendu compte de l’importunité de quelques changements précédemment réalisés. Le montant des gros lots des einq classes, soumis à l’échelle d’augmentations progressives, fut fixé de la manière suivante : 45.000 marks en première classe, 50.000 en deuxième, 55.000 en troisième, 60.000 en quatrième et 300.000 marks comme précédemment en cinquième. Quant aux primes, la catégorie A, comportant 200.000 marks, fut maintenue comme dans la loterie précédente. Par contre, 16 primes, à 15.000 marks chacune, formèrent une nouvelle catégorie B. Celles-ci, dont le total s'élevait à 240.000 marks, devaient être réparties suivant une autre disposition du plan. Notamment, le tirage de la cinquième classe durant dix-sept jours au total, les plus gros lots, sortis à chacun des seize premiers jours, devraient se voir attribuer 16 primes à 15.000 marks. Le cumul de toutes les primes affecté au gros lot sorti le dernier jour du tirage de la dernière classe fut supprimé. Le bénéfice réalisé par cette dernière loterie, prélevé sur un total de 11.592.000 marks, montant des lots gagnés, représenta une somme dépassant 2.000.000 marks.
Dès la création de la loterie de la R. G. O., la direction s'était adonnée avec une ardeur juvénile aux améliorations et aux réformes nécessaires à la bonne marche d’une telle institution. On comprit assez tôt le rôle qu’une entreprise d’une telle ampleur était appelé à jouer, cela grâce surtout à l’activité de son directeur, l'ingénieur Waclaw Paszkowski, actuellement professeur de l'Ecole Polytechnique de Varsovie, qui, se rendant compte des difficultés d’ordre politique et financier résultant de l’occu-
J, Handelsman 8
pation de la Pologne, sut assurer à la loterie un développement métitoire et inspirer à la société polonaise une confiance indispensable.
Outre les modifications successivement introduites pour l'adaptation du plan aux circonstances économiques et financières, une petite réforme dans le choix des collecteurs fut appliquée par les dirigeants de la loterie.
La participation des. anciens collecteurs de la loterie du royaume de Pologne à la vente des billets de la loterie de la R. G. O. s’avéra fort peu désirable pour l’organisation rationnelle des agences de placement. Les collecteurs, en majeure partie peu fortunés, incapables en raison de leur âge avancé de s'occuper de la vente, recoururent aux anciennes méthodes en cédant leurs billets à un agent intermédiaire, lequel s’engageait à fournir le cautionnement et à assurer une partie du bénéfice légal. Ce procédé, examiné dans tous ses détails dans le chapitre précédent, présenta, dès le début, un gros inconvénient pour la loterie, qui se trouvait ainsi en présence d’un agent de placement totalement étranger à elle. Pour pallier cet ennui, la direction, dès la deuxième loterie, fit un choix serré de l’élément collecteur en ne concédant la vente des billets qu’à des personnes qualifiées et expérimentées dans cette spécialité de placement. Quant aux centaines d’anciens collecteurs ainsi privés du bénéfice de la concession, on créa, pour eux, un fond spécial de secours, prévu par le plan de la deuxième loterie. Ils touchèrent ainsi une aide pécuniaire beaucoup plus élevée que la somme que leur eût payée l’agent intermédiaire de la vente des billets. |
Il est à remarquer que le jeu à la journée fut, pendant toute la durée de la loterie de la R. G. O., très répandu. D’ailleurs le règlement pour les collecteurs prévoyait la possibilité de cette ramification du placement afin de pouvoir répondre à la demande d’une nombreuse catégorie de joueurs, à cette époque de l'occupation. La direction de la loterie accepta des clauses spéciales de vente entre le collecteur et son souscripteur pour éviter des abus possibles de part et d’autre.
Aux reproches multipliés à l’égard de ce genre de jeu, émanant du milieu des représentants de la société, on répondit à ceux-ci que tout en acceptant, en principe, leur point de vue
consistant à considérer le jeu à la journée comme capable d’attirer à la loterie la population peu aisée, on devait bien se rendre compte qu'on vivait à une époque de transition ; que, par la prohibition, on n’arriverait jamais à extirper entièrement le goût de la loterie, puisque les collecteurs aussi bien que les nombreux joueurs, momentanément dans un état peu aisé, cherchaient toujours le moyen de contourner l'interdiction ; que ce sont les seconds surtout qui, pour améliorer leur situation financière, persisteront dans ce genre de jeu correspondant à leurs faibles moyens, afin de conserver l’espérance d’un sort meilleur. Néanmoins la direction jugeait plus opportun le maintien du jeu à la journée, mais soumis à un régime de contrôle, afin de pouvoir préserver la population contre les nombreux abus.
Après une courte mais fructueuse période de trois années, la loterie du Conseil Principal de la Protection céda la place, à partir de 1920, à la première loterie en classes de la République polonaise.
Section II. — LES LOTERIES DE T. K. O.
$ 1. — La PREMIÈRE LOTERIE.
Un groupe d’associations chargées de l'instruction et de l’éducation de la population pauvre et dont l’œuvre civilisatrice était appréciée dans le pays, se décida, pour faire face à ses nombreuses dépenses, à organiser une loterie divisée en cinq classes. Celle-ci, modelée sur le plan de l’ancienne loterie du royaume de Pologne, se composa de 23.500 billets avec 11.750 lots, et, par surcroît, d’une prime de 50.000 marks, réservée au plus gros lot sorti le dernier jour du tirage de la dernière classe. Les gros lots furent répartis de la manière suivante: 20.000 marks en première classe, 25.000 en deuxième, 30.000 en troisième, 35.000 en quatrième et 150.000 en cinquième. Sur le prix du billet pour chaque classe, fixé à 24 marks, 22 marks 25 pfennigs furent réservés au capital de jeu et 1 mark 75 pfennigs au profit du collecteur. Sur l’ensemble des lots gagnés, s’élevant à 2.358.000 marks, un prélèvement de 20 % fut opéré en faveur
de l’œuvre de ces associations et du collecteur chargé de la vente des billets. Le bénéfice réalisé lors de cette première tentative, en dépit des obstacles et de la concurrence des autres loteries, dépassa sensiblement les prévisions des organisateurs, en se chiffrant par la somme de 296.464 marks 17 pfennigs (1).
Les souscripteurs à cette loterie, pour la distinguer des autres entreprises similaires autorisées, l’appelèrent la loterie de T. K. O., la désignant ainsi par les trois initiales de son nom véritable en polonais : « Loterja Towarzystw Kulturalno-Oswiatowych ».