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SOUS LE RÉGIME DE L’INFLATION

Dès le début, la Direction Générale de la loterie d'Etat donna la preuve d’une large compréhension du devoir qu’elle assumait envers la société et à l’égard des préposés directs du ministère des Finances. Elle se rendit exactement compte du rôle auquel elle était appelée à jouer et qui consistait à réaliser un bénéfice convenable au profit du Trésor tout en écartant, par des mesures appropriées, les masses populaires de la participation au jeu. Sous la direction du Dr Seeliger, qui apporta quelques modifica-

tions à l’ancien mode d'émission de loteries dans la capitale, la nouvelle entreprise, destinée à être placée sur létendue du territoire de la République, s’engagea dans les voies d’une existence nationale. Le choix de fonctionnaires, ayant acquis une certaine expérience dans les services de plusieurs loteries étrangères dont les lignes générales de conduite différaient assez souvent de l’une à l’autre, eut cet heureux résultat, pour la Direction du nouveau monopole, de permettre de coordonner leurs plans d’action par l'élimination des difficultés précédemment rencontrées. C’est ainsi que les inconvénients de la phase de l’occupation, que les obstacles rencontrés, lors de l’existence de la loterie du royaume de Pologne, furent, sous un souffle de progrès, aplanis ou mis hors des usages du nouvel établissement d'Etat.

D’emblée, la Direction Générale s’efforça de se doter d’une armature administrative inébranlable, afin d’être en mesure d’écarter les lenteurs qui s’étaient introduites avec la bureaucratie d’avant-guerre dans les services publics de divers pays. On comprit que le caractère semi-commercial de ce genre de monopole ne supporterait pas une déviation quelconque dans la bonne marche de l’administration ni de voir différer l’accomplissement de certains devoirs. Par la division en services, à la tête desquels furent placés des chefs responsables de leur bonne marche et de l’assiduité de leurs subalternes, la Direction Générale de la Loterie d'Etat vit se réaliser un perfectionnement constant du rouage administratif. C’est ainsi que furent créés des services différents notamment : de Padministration, du secrétariat, de la comptabilité, de l’organisation et de l’enregistrement, du contentieux, qui, au fur et à mesure, se spécialisèrent dans leurs travaux divisionnaires et contribuèrent toujours à la bonne coordination et à la promptitude des travaux accomplis.

En abrogeant les restrictions effectivement apportées au choix des collecteurs ainsi qu'au mode de placement des billets pratiqué sous l’ancien régime, la direction réalisa une conception de complète égalité. I1 est bien évident qu’une compréhension moderne de l’activité de ce monopole d'Etat devait aboutir à la création d’un corps de collecteurs répondant aux nécessités du moment autant qu'aux exigences des nombreux souscripteurs.

Les changements causés par la guerre mondiale, le tour des vicissitudes dont dépendait le sort des millions d’habitants du pays, la victoire des alliés et l’instauration de la République marquèrent profondément une ère nouvelle dans la vie de chaque citoyen. Les besoins, la manière de considérer la vie et ses devoirs furent soumis aux conditions du temps vécu et aux circonstances nouvelles qui faisaient voir le monde sous un autre angle. D'autre part, on était en présence de Polonais appartenant à trois provinces séparées et qui, malgré leur langue, leurs traditions, leur culture et leur caractère commun, avaient dû, jusqu’à un certain point, contracter sous le régime de gouvernements étrangers, des habitudes différentes. Cette dissemblance se faisait sentir même dans la manière de concevoir le jeu de loterie dans les anciennes provinces. Il fallut donc, pour s’adapter aux nouvelles conjonctures et afin de pouvoir intensifier le produit de la loterie d'Etat, dans la mesure prévue par les autorités, faire appel à des collecteurs ayant, grâce à leur expérience et à leur capacité, une grande connaissance du marché général et local.

D'une part la Direction Générale, tout en poursuivant le remaniement complet du système adopté par toutes les loteries précédentes, vouait une attention particulière à tenir les classes peu fortunées à l’écart du jeu de la loterie. Elle y arriva progressivement, surtout par l'interdiction complète du jeu à la journée (1). À titre d’essai, pour mieux apprécier le degré de faveur du jeu et afin de-pouvoir mesurer la puissance d’absorption du marché de placement, on introduisit la division d’un certain nombre des billets en 8 parts. Cette initiative, modelée sur le plan de la loterie autrichienne, s’avéra indésirable et ne pouvait pas d’ailleurs s’accorder avec la tendance de la Direction Générale à préserver du jeu la partie peu aisée de la population. Pour ne rien brusquer en supprimant cette division en parts trop faibles et pour ne pas faire naître d'inutiles difficultés, on agit avec grand ménagement en limitant, dans la deuxième loterie, la quantité de ces billets ainsi divisés. Mais, dès la troisième loterie, cette division en 8 parts fut définitivement rejetée pour toutes les loteries d'Etat jouées ultérieurement.

4. Communication de la Direction générale de la loterie d'Etat, janvier 1920.

Outre cette mesure, la Direction Générale s’inspira, lors de la première loterie, d’un autre procédé, adopté par la loterie autrichienne d’après lequel les collecteurs furent obligés de déposer un cautionnement s’élevant à 80 marks, représentant le prix du billet pour chaque classe (14). De ce chef, les collecteurs rece- : vaient les billets pour les 17e et 2e classes de la loterie sans avoir à effectuer un paiement quelconque. C’était un genre de crédit différé jusqu’à la fin de l’exercice, garanti par le cautionnement fourni, devant permettre aux collecteurs, occupés au placement des billets de la première loterie, de surmonter les difficultés pécuniaires causées par une mévente momentanée. À partir de la 3e classe et jusqu’à la fin de l'exercice, ces agents officiels de la vente des billets étaient obligés de verser la somme entièrement due pour les billets de chaque classe suivante envisagée séparément. C’est après la 5e classe de la loterie que la Direction Générale invita les collecteurs à régler leurs comptes et à prolonger ensuite 1 dépôt de leur cautionnement ou même, en cas de résiliation, à le retirer.

Il faut toutefois remarquer que ce soi-disant avantage de deux classes de crédit accordé, par la Direction Générale, aux collecteurs leur causait certains inconvénients. Notamment, au moment du règlement définitif des comptes de la loterie, il fallait verser une somme importante, égale au prix des billets de deux classes, qui à vrai dire, lors de la période prolongée du crédit, se trouvait réduite du montant des nombreux frais personnels quotidiens des collecteurs. De la sorte, ceux-ci malgré leur moyenne aisance, devaient se procurer des sommes plus ou moins élevées pour combler la différence, prélevée journellement, pour leurs dépenses, sur l’argent payé par les souscripteurs et dû à l’administration de la loterie. Cette expérience fut de courte durée : elle décida la Direction Générale à réduire, pour les loteries ultérieures, le crédit à un chiffre proportionnel correspondant au prix du billet fixé pour une seule classe. A remarquer que ce genre de garantie du cautionnement ne pouvait être déposé en numéraire, mais en titres publics de valeurs de l'Etat polonais. Mais la Direction Générale, lors: des exercices ultérieurs, eut la possibilité de mieux connaître

4. Contient de la Direction générale de la HE d'Etat, novembre 1919, janvier 1920.

Pactivité et la solvabilité de ses collecteurs qui presque tous, étaient intéressés au développement d’une loterie leur assurant une récompense stable. D’autre part, la dépréciation continue du mark polonais fit diminuer constamment la valeur des garanties déposées en titres publics. C’est pour cette raison que, dès la 5e loterie, la Direction Générale décida de fixer le cautionnement des collecteurs à la moitié du prix du billet arrêté pour chaque classe.

Pour protéger les souscripteurs contre les exigences trop prononcées ou même contre les erreurs du collecteur peu consciencieux, les autorités de la loterie rappelaient assez souvent à leur agents de vente qu’en cas de culpabilité reconnue ils seraient passibles des différentes amendes pécuniaires ou autres sanctions pouvant aller jusqu’à la suppression complète de leur concession de vente des billets. Dans le même ordre d’idées, la Direction Générale, à la fin de la première loterie, tenant compte de la situation politique causée par la guerre entre la Pologne et la Russie des Soviets, pendant les mois de juillet à septembre 1920, attira l’attention des collecteurs sur l’obligation de ne pas faire de difficultés aux personnes, empêchées par les événements de cette guerre d'échanger leurs billets pour les classes suivantes. La circulaire de la Direction Générale de la loterie (n° 6092/20) en date du mois d’août 1920, le leur rappelait dans les termes suivants : « Les joueurs qui ne pourraient pas, à cause des événements politiques, et par conséquent sans qu’il y soit de leur faute, renouveler leurs billets dans les délais indiqués (selon l’article 6 du règlement) ne doivent pas être exposés à des pertes. Les collecteurs consciencieux et soucieux de la prospérité de leurs entreprises renouvellent, à présent, les billets pour la cinquième classe. A ces souscripteurs, qui les ont * achetés en première, deuxième et troisième classe, qu’il leur soit consenti un prix simple de renouvellement, même s'ils n’échangent pas leurs billets en quatrième classe, et que les collecteurs, les réservent à ces joueurs jusqu’au commencement du tirage de la cinquième classe, et même un peu après, d'autant mieux qu'ils ne supporteront, dans ce cas, aucun préjudice matériel, puisque, même si le billet leur reste invendu, le jeu en cinquième classe, à leur propre compte, au prix simple de deux classes (160 marks), présente, par de grandes chances

de gagner en cette classe, des avantages indubitables et, en tout cas, il exclut la possibilité de pertes sensibles ».

Pour ne pas faire trop attendre, au cours du tirage de la cinquième classe, d’une durée d’un mois environ, les joueurs gagnants, et afin qu'ils puissent entrer en possession de leur argent avant l'apparition de la liste officielle des résultats complets de cette classe, publiée à la fin de l’exercice, la direction décida de faire paraître des listes quotidiennes de tirage permettant ainsi au collecteur, sans toutefois l’y obliger, de payer ‘ les billets gagnants. D'autre part, ce moyen donnait au collecteur la possibilité, au cas où les lots les plus importants de la cinquième classe resteraient dans la roue de la Fortune, de vendre un nouveau billet à son ancien souscripteur, même pendant le tirage. D’ailleurs le collecteur avait encore l’avantage de pouvoir verser des acomptes, en remettant à la Direction Générale les billets gagnants payés par lui à ses souscripteurs, pour se libérer partiellement envers elle de son dû pour la cinquième classe.

Or ces loteries furent organisées en pleine période de dévaluation monétaire, ce qui eut de grandes répercussions sur le placement des billets autant que sur le montant de leur émission. La Direction Générale était impuissante devant les bouleversements ressentis, dans chaque domaine, quant à la valeur instable de la monnaie. Les augmentations effectuées par la Direction Générale du nombre de billets, de leur prix et de l'importance des lots à gagner, ne pouvaient suivre de près comme il eût fallu, la diminution de la valeur de la monnaie, puisque le plan de la loterie devait être arrêté d’avance pour une durée semestrielle. Les billets furent, malgré cette perte continue de la valeur de l’unité monétaire, placés abondamment dans tout le pays. Les joueurs, constamment sous l’impression de grands chiffres, de l’ordre de centaines de millions, et, étant en possession de grandes disponibilités pécuniaires, considéraient le jeu à la loterie comme une sorte de pratique peu coûteuse et, vu l’avilissement du prix, à la portée de chacun. De sorte que ce n’était plus la population ouvrière, les artisans, qui devait être écartée du jeu ou même protégée à son endroit, c'était surtout l’ancien épargnant, l’ancien rentier capitaliste. Car ceux-là, en accordant une pleine confiance à la signature et au crédit du

gouvernement, perdaient leur avoir et se voyaient déclassés pour prendre la place des anciéns habitants peu aisés. La classe sociale des travailleurs manuels se trouva, de ce chef, dans une situation beaucoup plus avantageuse puisque ses salaires étaient majorés par application du coefficient de cherté de vie. Dans ces conditions, étant donné le vil prix du billet de loterie, les habitudes de facilité dans la dépense contractées par les tra- Vailleurs, le désir des capitalistes épargnants, des rentiers déclassés d'améliorer leur sort, la vente des billets, malgré la division en moitié au lieu de quarts introduite en huitième loterie dépassa touts prévision.

Il ne faudrait tout de même pas se fonder sur une telle pléthore artificiellement créée, pour se faire une-opinion trop optimiste du profit réalisé par la Direction Générale sur les loteries de cette époque. C’est juste le contraire qui sé produisit. La Direction dut constamment faire face aux dépenses d’admimistration qui correspondaient au renchérissement continu, suivant plus ou moins la baisse du mark par rapport à sa valeur relative (1). Cette dépréciation joua un rôle important dans les dépenses de la Direction qui, en raison du montant invariable des gros lots fixés par les autorités de la loterie quelques mois à l'avance, n’arrivait pas à équilibrer les deux facteurs budgétaires. D’autre part, la marche descendante de la baisse du mark, en huitième loterie, fut si précipitée que les joueurs gagnant les lots de la cinquième classe ne voulurent plus se déranger pour aller les chercher, car les prix de déplacement, en tramway, dépassaient le montant gagné. C’est pourquoi le produit de cette dernière loterie ne se vit que légèrement augmenté en ne donnant qu’un bénéfice d’une faible importance.

Après la huitième loterie, le règne du mark en raison de toutes les vicissitudes causées, dut céder la place à un changement complet de la situation économique et financière du pays. Une nouvelle époque s’ouvrit pour tous les monopoles d'Etat y compris celui de la loterie en classes.

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