D' Jakubowski, Monopol loteryjny, Varsovie, 1931, p
commençait à sentir les effets des vagues d'assaut de la crise économique mondiale. Une protection des intérêts des collecteurs dut être envisagée, afin de les mettre, jusqu’à un certain point, à l’abri des difficultés sérieuses qu’ils rencontraient dans le placement des billets. D’autre part, on s’efforça de favoriser les unions, dignes de soutien ayant pour but une œuvre de bienfaisance ou d'intérêt public, par des concessions de placement de billets de la loterie d'Etat. C’est ainsi que du chiffre d’une quinzaine de ces unions, avec quelques milliers de billets, autorisées les années précédentes, on passa à celui de 120 organisations, avec un nombre des billets s’élevant à 17.700. La direction de la loterie concéda le droit de placement des billets à ces sociétés sachant que les unions en question disposaient à l'instar des autres collecteurs, de nant commerciale indispensable à la vente.
Il était juste et naturel qu'avec le même esprit d’initiative le système aussi bien que l’expérience des autres agences de vente des billets, le bénéfice prélevé sur le penchant au jeu de hasard pût être réalisé non seulement par des particuliers mais aussi par des organisations soumises aux intérêts de la communauté.
En même temps la Direction Générale se rendit compte ie la nécessité d’appliquer le décret du 27 décembre 1924 (ayant pour but d’accorder des faveurs et des privilèges aux invalides, aux veuves et orphelins des militaires et fonctionnaires, aux personnes méritantes, etc.), lors de la répartition des billets parmi les solliciteurs de concession de vente. De telle sorte qu’à ce moment, conformément à ce décret, 176 personnes et institutions se virent accorder le droit de placement des billets, ce ce qui représentait 21% du nombre des collecteurs. Quant au chiffre des billets accordé, il s'élevait à 28.660, ce qui représentait 13,6% de la totalité émise par cette loterie.
Cependant la crise économique mondiale en passant au-dessus des frontières, sans ménager aucun pays, commençait d’inquiéter, quant au produit de la loterie polonaise, ses milieux dirigeant. Cette époque coïncida avec la nomination du colonel Stanislas Markus, en qualité de directeur, encore actuellement en fonctions, de la loterie, lequel sut, en raison de sa connaissance approfondie de la situation ainsi créée, rendre d’éminents ser-
J. Handelsman II
vices à ce monopole. L’avènement du nouveau directeur au poste suprême de l’entreprise ouvre un chapitre nouveau à: l'organisation méthodique de la Loterie polonaise. Grâce aux idées de réformes ainsi apportées, l'institution de la loterie s’appliqua à retirer des avantages jusqu’à présent inconnus, sans pour cela exposer les intérêts des nombreux souscripteurs à un risque quelconque. Le nouveau chef de la Direction, malgré les obstacles auxquels se heurta la mise en vente des billets par les collecteurs, malgré l’intensité de la crise sévissant sur le pays, est arrivé à donner à la loterie un éclat qui n'avait jamais été obtenu, dans des conditions analogues, par ce monopole.
Tout le rouage administratif, le service de la presse et de la propagande, le statut des collecteurs, les avantages à accorder aux souscripteurs, sans léser les intérêts du Trésor, furent minutieusement revisés. Ce furent surtout des innovations d’une grande portée, introduites dans le plan de la loterie, avec des modifications fondamentales du système du jeu, que les autorités de la loterie d'Etat purent réaliser et consistant non seulement en un renforcement des assises de l’entreprise, mais surtout en acquérant une grande popularité auprès de nombreux joueurs.
On nous permettra d'examiner l’étendue de ces changements dans la section VIII traitant de la réforme du plan de la loterie. Remarquons toutefois que, en première classe de la 26e loterie de l'Etat de Pologne (loterie jouée à la fin de l’année 1932 et dans les premiers mois de 1933), tous les billets furent définitivement placés malgré les difficultés financières résultant de la crise. Dans le même temps, les directions de loteries des pays limitrophes se voyaient obligées de jouer, à leur propre compte, une partie des billets variant de 20 à 25% du nombre de ceux de leurs loteries respectives.
Section VI. — LES PLANS ET LE RÈGLEMENT DE LA LOTERIE
Dans ce chapitre, nous conserverons la division adoptée . précédemment et comportant deux périodes : celle de l’inflation du mark et celle de l’introduction de la monnaie stabilisée. Il sera ainsi plus aisé de mettre en évidence les formes revêtues
par la plupart des plans de la loterie, avec les modifications apportées, ainsi que les conséquences qui s’ensuivirent, lors des vicissitudes monétaires si vivement ressenties dans la vie économique du pays.
$ 1. — Sous LE RÉGIME DE L'INFLATION.
Au moment où furent édifiées plusieurs des bases de la loterie nationale, les autorités préposées adressèrent, à la fin de 1919 et au début de 1920, différentes communications aux collecteurs des autres loteries privées, pour leur exposer toutes les dispositions du plan de la première loterie d'Etat. Entre temps, les premiers effets de la dépréciation du mark obligèrent la Direction de la loterie en formation, au moment de l’émission des billets et de la publication du plan, à doubler le prix du billet qui fut, selon les derniers avis, arrêté, au début, à 40 marks. Mais, par la suite, cet exercice de la première loterie ne subit aucune répercussion nuisible des fluctuations du change, parce que l’unité monétaire du pays se maintint, pendant cette période à un niveau satisfaisant et invariable.
A. — Le plan.
Le plan de la première loterie polonaise d'Etat en classes, destiné à former la charpente de toute l’organisation présente autant que future-de l’entreprise de ce monopole, était le résultat d’un travail de longue haleine, auquel avaient collaboré des techniciens de marque. À part quelques modifications qui s’imposèrent entre l’époque de son élaboration et la date de sa mise en pratique, il sut s'adapter, à merveille, aux nécessités et aux exigences de circonstances partiellement différentes. D’après ce plan (1), comportant les dispositions fondamentales de l’émission et de placement des billets, des règles du jeu, des conditions de tirage et de répartition des lots, la loterie fut conçue de la manière suivante.
C'était une loterie semestrielle divisée en 5 classes. Elle comprenait 100.000 billets auxquels furent attribués 50.000 lots
1. Plan Pierwszej Panstwowej Loterji Klasowej, Varsovie, avril
et une prime de 600.000 marks. Tous ces lots sortirent, lors des tirages des 5 classes de l’exercice de la loterie, selon une répartition ainsi fixée. En première classe, dont le tirage fut effectué en deux jours, on fit sortir de la roue de la fortune 3000 lots, atteignant la somme globale de 1.295.000 marks, y compris le gros lot de 100.000 marks. En deuxième classe, durant les deux jours du tirage, on fit sortir 3000 lots représentant une valeur globale de 1.672.000 marks, y compris le gros lot de 120.000 marks. Durant le même nombre de jours, au tirage de la troisième classe, 3.000 lots furent de nouveau attribués aux souscripteurs de la loterie. Leur somme totale, y compris le gros lot de 140.000 marks, s'élevait à 2 millions 72.000 marks. Suivant les mêmes procédés, le tirage de la quatrième classe fit attribuer 3.000 lots dont le montant représentait un chiffre global de 2.476.000 marks, y compris une somme de 160.000 allouée au gros lot. Quant à la cinquième classe, dont le tirage s’effectua en 20 jours et eut lieu, comme les précédents, à Varsovie, elle fut la plus importante de toute la loterie. Elle comprit 38.000 lots représentant une valeur totale de 25.383.000 marks. Cette dernière classe comprenait, outre une prime de 600.000 marks, les gros lots suivants : 1 à 400.000 marks, 1 à 300.000, 1 à 200.000 et 1 à 100.000. En ce qui concerne la prime, elle fut accordée au numéro qui gagna le dernier gros Ilot du tirage de la 5e classe et s’élevant au moins, à 3.000 marks.
B. — Le règlement.
Ce plan fut accompagné d’un règlement en 10 articles permettant de déterminer les obligations respectives de la Direction Générale de la loterie, des collecteurs et des souscripteurs. En cas de litige entre un joueur et l’agent intermédiaire chargé de la vente, les autorités de la loterie renvoyaient les deux parties en cause à ce règlement (1).
L'article premier de ce règlement indique le nombre de billets émis ainsi que le nombre des lots de la première loterie. Il fait, en outre, remarquer que les présentes dispositions sont obligatoires pour la détermination des rapports entre, d’une part
1. Przepisy Pierwszej Panstwowej Loterji Klasowej, Varsovie, 1920.
les souscripteurs et, d’autre part la Direction de la loterie et les collecteurs.
L'article 2 mentionne que chaque billet portant un numéro de 1 à 100.000 est divisé en quatre ou en huits parts. Tous les billets, ou fractions de billets, doivent porter, outre la signature du Directeur de la loterie d'Etat, le cachet du collecteur effectuant le placement. Ce n’est que par l’adjonction de ce dernier sceau que les billets acquièrent la validité.
L'article 3 déclare que la vente des billets ne peut avoir lieu que par l'intermédiaire des collecteurs nommés par la Direction Générale de la loterie d'Etat. Le prix du billet, pour chacune des cinq classes, est de 80 marks, pour un billet entier, 40 marks pour un demi-billet, 20 marks pour un quart de billet et 10 marks pour un huitième. La vente des billets au-dessus ou au-dessous de ce prix est interdite. Toute vente de billet comportant division en fractions plus faibles, ainsi que toute vente de chance pour une classe quelconque, et, en particulier, le jeu à la journée sont rigoureusement interdits, Mais, pour les billets de la deuxième à la cinquième classe, ces prix, ne concernent que les personnes qui, par présentation du billet de la classe précédente, fournissent la preuve qu’elles ont participé au précédent tirage. Les personnes, qui ne commencent leur participation qu'après le tirage d’une ou de plusieurs classes, doivent donc payer également les mises des classes précédentes.
L'article 4 fait savoir que les billets assurent, d’une part, le droit de participation au tirage de la classe, pour laquelle ils ont été émis et, d’autre part, le droit, contre paiement d’une seule mise à la fois, de recevoir, pour la classe suivante, un nouveau billet, portant le même numéro, à moins que ce dernier n€ soit déjà sorti gagnant. Ainsi, pour pouvoir participer aux classes suivantes, les joueurs, dont les billets n’ont pas été tirés, doivent faire l'échange au fur et à mesure des classes, contre un billet renouvelé par l'intermédiaire du même collecteur, du billet de la classe précédente et le paiement, cinq jours au plus tard, avant le commencement du tirage suivant.
Le collecteur est tenu de remettre au souscripteur, à la date indiquée sur le billet, le numéro de celui-ci. Si, pour des raisons quelconques, le collecteur se trouve dans l'impossibilité de lui fournir le même numéro, l'acheteur du billet a le droit de récla-
mer, en remplacement de celui-ci soit la remise gratuite des deux autres numéros, soit une indemnité en espèces correspondant au prix d’achat de ces deux billets. Toutes autres réclamations de la part du joueur ne sont point accueillies. Les billets, inchangés dans le délai indiqué, deviennent la propriété du collecteur qui a le droit de les revendre à d’autres souscripteurs.
L'article 5 donne une description du tirage. Il est procédé à celui-ci publiquement, à Varsovie, aux dates fixées par le plan officiel, par une commission d'Etat à laquelle sont adjoints deux citoyens de la ville désignés par le Préfet de la capitale. Le premier jour du tirage annoncé au Journal Officiel (Monitor Polski), on verse dans la roue des numéros, 100.000 petits rouleaux sur lesquels les numéros sont inscrits. De même sont versés, dans l’autre roue, les rouleaux due les lots indiqués au plan pour chaque classe.
La mise des rouleaux dans les roues, leur brassement et leur tirages par des orphelins de la Société de bienfaisance ont lieu publiquement, à Varsovie, aux jours indiqués par le plan. A chaque classe, il est tiré de la roue autant de numéros qu’il y a de lots suivant le plan de cette classe. Les petits bulletins roulés, : portant, l’un, le numéro du billet et l’autre, le chiffre du gain, retirés simultanément des deux roues, sont aussitôt enfilés ensemble sur un cordon spécial. Ce dernier cacheté au sceau de la Direction Générale de la Loterie et conservé dans les archives officielles, permet, en cas de contestation, de décider en dernier ressort et de fournir la preuve indiscutable du lot avec lequel un numéro a été tiré. La Direction de la loterie sous le contrôle de deux citoyens de la ville de Varsovie, dresse un procès-verbal du tirage sur lequel sont inscrits, aussitôt après leur appel, les numéros avec les lots gagnés.
L’article 6 concerne la prime de la dernière classe de la loterie. Suivant cet article, en cinquième classe, le billet auquel échoit le dernier des lots tirés du montant de 3000 marks au moins, se voit attribuer par surcroît, une prime de 600.000 marks.
L'article 7 rappelle qu'après le tirage de chaque classe la Direction Générale de la loterie délivre, au plus tard au bout de huit jours, revêtue de sa signature, une liste officielle, de tous les lots gagnés.
Les résultats quotidiens du tirage de la cinquième classe sont
communiqués par des listes journalières. Les collecteurs sont tenus de permettre aux souscripteurs de consulter ces listes ou de les leur envoyer contre remboursement du prix coûtant.
La Direction de la loterie décline toute responsabilité pour la communication des résultats du tirage faite par d’autres listes, par les journaux, etc. Les annonces de ces publications privées n’autorisent pas le remboursement des lots gagnés.
L’article 8 présente le mode et les conditions de paiement des lots. Les paiements sont effectués à Varsovie au bout de 2 jours et,en province, 8 jours après la publication de la liste officielle. Les lots des billets (avec leurs parts), dont le montant dépasse 2000 marks, sont remboursés à la Direction Générale de la loterie d'Etat. Par contre, les lots au-dessous de-cette somme doivent être payés par le collecteur, ou son sous-collecteur, . dont le nom figure sur le billet à rembourser. Dans le cas où le collecteur ne dispose pas encore de numéraire, le billet, portant au verso un avis à ce sujet, revêtu du sceau du collecteur, peut être présenté pour remboursement à la Direction Générale de la loterie. |
Sur le montant des lots autant que de la prime, un prélèvement de 20 %, en faveur du Trésor de l'Etat et au profit du collecteur, est opéré : toute majoration de cette imposition ou toute défalcation sont rigoureusement interdites.
Pour faciliter le paiement, la Direction de la loterie publie dans ses bureaux les calculs et le montant correspondant à chaque lot après défalcation du prélèvement du pourcentage susindiqué. Les lots sont remboursés à présentation aux porteurs de billets. La partie payante n’est nullement tenue d’examiner la validité des droits de la personne qui présente le billet : le paiement des lots peut cependant être différé, s’il existe des doutes sérieux sur le droit de la personne, présentant le billet, à disposer de ce dernier.
Le paiement des lots est effectué seulement pendant 4 mois à partir de la date du tirage de la classe en question. Le remboursement des lots gagnants devient caduc à l’expiration de la date indiquée. Passé ce délai (mentionné sur le billet) la Direction Générale est dégagée de toute responsabilité.
L'article 9 donne la manière d’agir en cas de perte du billet. Le souscripteur en fournissant, à l’achat du billet, ses nom, prénom
LNAGAULE
et adresse, acquiert, en cas de perte, communiquée par écrit au collecteur, les droits suivants, à la condition que la notification ait lieu dans les délais prévus par l’article 8 et que le lot n'ait pas été payé avant l’arrivée de l’avis :
a) Le porteur du billet dont la perte est notifiée, est invité à indiquer ses nom, prénom et adresse. Le collecteur fait ensuite parvenir les dates des délais à la personne qui a communiqué la perte, afin de permettre à celle-ci d'entreprendre les formalités de justice. Le lot est ensuite payé à ce porteur qui a pu faire valoir les délais dans les dates mentionnées.
b) Si le billet n’est pas présenté à l’encaissement du lot, dans le délai fixé par l’article 8, la personne ayant communiqué l’avis de perte peut réclamer, contre acquit timbré, le remboursement de son lot dans le mois qui suit le délai indiqué. Toutefois peut être exigée la légalisation, par autorités de justice ou par notaire, de la signature de la personne ayant notifié la perte.
Les communications de perte du billet, portées à la connaissance du collecteur seulement à fin de renouvellement pour la classe suivante ne sont pas prises en considération. Dans ce cas, le billet est renouvelé à son porteur ou même vendu, en vertu de l’article 3.
Pour terminer, l’article 10 ajoute que toutes les réclamations contre les agences de vente de billets doivent être adressées à la Direction Générale de la loterie d'Etat,
Ce règlement, avec de légères modifications, a été appliqué par toutes les loteries et il demeure, dans sa forme générale, parmi les prescriptions fondamentales de l’exercice de la loterie actuelle.
Lors de la deuxième loterie d'Etat, jouée entre novembre 1920 et avril 1921, la Direction se vit obligée, en raison de la dépréciation partielle du mark polonais, de recourir à l’augmentation du nombre et du prix des billets. Si, à la loterie précédente, le prix du billet entier s’éleva à 40 marks, correspondant, d’après le change presque invariable pendant cet exercice, à 1 franc 10 centimes en or (le franc en or, comme d’ailleurs le franc suisse, était coté, à ce moment, à la Bourse de Varsovie, 36 mk.), par contre, à la deuxième loterie, le prix du billet, déjà porté à 120 marks, représentait, au change, une somme correspondant à 1 franc 50 centimes en or (en novembre 1920, un franc en or
était coté 80 marks). Mais, après la cinquième classe de cette loterie, en présentant au remboursement un lot du montant égal à la mise du billet, le souscripteur touchait le même montant de 120 marks, lequel, au change, ne correspondait qu’à la somme de 80 centimes en or (en avril 1921, un franc or était coté 150 marks). Il est à remarquer que, au début del’avilissement de la valeur du mark, le prix des marchandises, aussi bien que le coût de la vie suivirent de loin la marche descendante du mark et ne s’adaptèrent que partiellement à la hausse qui s’ensuivit. De telle sorte que le souscripteur de la loterie se rendit à peine compte du changement produit ainsi que de la perte de la valeur intrinsèque de la somme misée par lui.
Le nombre des billets de la deuxième loterie, fixé à 150.000, fut émis en deux séries, chacune de 75.000. Les billets entiers, . portant, de 1 à 75.000, le même numéro, et dans les deux séries S.1 et S.2 furent appelés « billets doubles ». La même division des billets, en quatre et en huit parts, adoptée lors de la première loterie, fut maintenue. Les gros lots et la prime de la loterie, surtout en cinquième classe, furent sensiblement majorés. Ceux-là furent répartis, pour les deux séries, de la manière suivante : 2 à 500.000 marks, 2 à 300.000, 2 à 200.000 et 2 à 100.000. Quant à la prime, elle fut fixée, pour chacune des deux séries, à la somme de 700.000 marks. De la sorte, si le même numéro, misé dans les deux séries, se voyait attribuer, lors du dernier jour du tirage, le plus gros lot de la loterie, il touchait, en même temps, la prime 6’est-à-dire que la somme globale gagnée dans ces conditions s'élevait à 2 fois 500.000 plus 2 fois 700.000 soit 2.400.000 marks.
La baisse continue de l’unité monétaire força la Direction Générale de la loterie à recourir constamment, lors de chaque renouvellement de plans, à la majoration du nombre des billets autant qu’à celle de leur prix.
La troisième loterie, jouée entre mai et octobre 1921, comprit 160.000 billets (divisés en deux séries), avec 80.000 lots et deux primes. Le prix du billet, pour chaque classe, fut porté à 200 marks. Les gros lots furent ainsi répartis : 2 à 1.000.000 de marks, 2 à 500.000, 2 à 300.000, etc. Quant à la prime de la cinquième elasse, elle fut arrêtée à 1.500.000 marks pour chaque série. Remarquons que, pendant cet exercice, la vitesse de la
dépréciation du mark fut plus accentuée qu’à la loterie précédente. Les 200 marks, misés en première classe, représentant, au change, la valeur de 1 franc 25 centimes en or (en mai 1921, 1 franc or valait 160 marks). Par contre, à la fin de la cinquième classe l’enjeu remboursé au joueur de la loterie, ne représentait plus que 25 centimes en or (en octobre 1921, 1 franc suisse était coté, à la Bourse, 800 marks).
A la quatrième loterie, le nombre total des billets des deux séries fut porté à 180.000 et les lots à 90.000, avec deux primes. Le prix du billet fut fixé à 240 marks, pour chaque classe. Les gros lots de la cinquième classe furent maintenus à leur niveau précédent, par contre, des lots moyens furent augmentés sensiblement en nombre et en importance.
Dans les cinquième, sixième et septième loteries, le nombre de billets, en passant de 200.000 à 255.000, fut divisé en trois séries. Le prix du billet suivait une marche ascendante, en s’échelonnant de 600, à 1000 et à 4200 marks. Les gros lots, pour les mêmes raisons, augmentèrent proportionnellement, en se fixant, en 5€ classe, dernier exercice, à 15.000.000, 10.000.000, 5.000.000 de marks. Quant à la prime de la septième loterie, jouée entre . mai et octobre 1923, celle-ci s’éleva à la somme de 25.000.000 de marks. Mais la dépréciation de la monnaie qui s’arrêta, pour une période de quelques mois, lors de la quatrième loterie, grâce aux mesures fiscales prises par le ministre des Finances, Michalski, reprit, après un repos de courte haleine, une marche de plus en plus accélérée. C’est ainsi qu’en achetant, en première classe jouée en mai 1923, un billet de loterie pour 4200 marks, le : souscripteur versa effectivement, au cours du change, la somme de 46 centimes en or (en mai 1923, 1 franc suisse équivalait à 9000 marks). Par contre, la mise remboursée après la cinquième classe de la même loterie, ne représentait plus qu’une valeur d’environ 2 centimes 1/3 en or (en octobre 1923, 1 franc suisse équivalait à 180.000 marks).
La huitième loterie jouée à partir de novembre 1923 et jusqu’en avril 1924, coïneida avec l’époque de plus grande effervescence e de la baisse vertigineuse du mark. Le plan de cette loterie, dressé au mois de septembre 1923, quand le franc suisse était coté environ 50.000 marks, s’avéra impraticable avant même le commencement de l’exercice, étant donné l’effondrement con-
tinu de l’unité monétaire qui permettait au franc suisse d’être coté, à la Bourse, 180.000 marks. Dans des conditions aussi précipitées, la Direction fut amenée à prendre des mesures d’après lesquelles le prix des billets, ainsi que le montant des lots du plan de la loterie, déjà imprimé et porté à la connaissance des collecteurs, durent être multipliés par le coefficient trois (1). De la sorte, le prix du billet, pour chaque classe, fut porté de 30.000 à 90.000 marks (au cours du change à 50 centimes en or), et le gros lot de la cinquième classe fut élevé de 100.000.000 à 300.000.000 de marks (c’est-à-dire, au cours du change, à 1666 francs 67 centimes en or). Le nombre de billets émis pour cette loterie atteignit le chiffre de 300.000 (divisé en 4 séries) et, malgré son importance, fut placé dans le public sans aucune difficulté. Les souscripteurs s’arrachaient presque les billets, tellement ceux-ci étaient désirés.
L’argent était en abondance et le public, gagnant des millions de marks avilis, perdait toute notion d'économie et se débarrassait de la monnaie par n'importe quel achat ou placement. La dépréciation de l’unité monétaire eut, en Pologne comme ailleurs, des conséquences heureuses sur la production. Elle ouvrit des débouchés importants sur les marchés étrangers. En abaissant d’une façon sensible le coût de la production par la réduction à leur valeur réelle du prix des salaires et des matières premières, elle contribua à accélérer cette production. Le particulier, voulant mettre à l’abri le reste de son avoir, acheta n'importe quel objet et contribua ainsi à l’accroissement intense des débouchés intérieurs. Dans ces conditions, tout le monde travaillait et intensifiait, par ses achats improductifs, la circulation anormale des biens. Par une activité ressentie dans tous les domaines et par l’augmentation constante des signes monétaires, on se croyait entré dans une phase d’accroissement du bien-être général. Mais, au fond, ce n’était qu’une illusion de richesse.
Le billet de la huitième loterie, par suite de cette baisse acharnée du mark, se trouva ainsi, vu son prix modique, à la portée de chaque citoyen de n’importe quelle couche sociale. Ce fut, pour de nombreux joueurs, une occasion peu coûteuse
de Les deux plans de la loterie furent émis aux mois de septembre et octobre 1923.
de tenter la chance et de se voir attribuer, par le sort, des lots frappant l'imagination en raison de leurs chiffres s’élevant à des centaines de millions. Dans ces conditions, les billets déjà placés, pour les quatre séries, furent recherchés, vers la cinquième classe, par une catégorie spéciale de joueurs, étant donné, que le prix officiel représentant, à ce moment, la somme de 1.800 000 marks (c’est-à-dire : 5 (classes) X 90.000 (marks) X 4 (séries) soit 1.800.000 marks). Le manque de billets et la demande croissante incitèrent de multiples vendeurs non officiels, qui s’intercalèrent entre les collecteurs démunis de billets et les souscripteurs aspirant au jeu, pour élever illégalement le prix du billet à 2 millions 400.000 marks. Mais cette tendance ne put s'affirmer, car heureusement vint la fin de toute cette période de loteries jouée avec une unité monétaire instable.
Il faut remarquer que la cinquième classe de cette dernière loterie fondée sur le mark fut jouée au moment où la Pologne, par une stabilisation de fait, se dota d’une nouvelle monnaie stable, le zloty, équivalant à 1.800.000 marks, soit à 1 franc en or. Depuis cette date, le prix du coût de la vie à l’intérieur du pays, grâce à la renaissance de la valeur de la monnaie, tendit à égaler celui de l’étranger. Les souscripteurs de la loterie, ayant gagné à la fin de la cinquième classe leur enjeu s’élevant, pour chaque billet d’une série de tout l’exercice à 450.000 marks (1.800.000 marks divisés par 4, soit 450.000) équivalant à ce moment, à 25 centimes en or, ne se dérangeaient plus pour entrer en possession de leur lot, vu les frais de déplacement en tramway, qui dépassaient la somme due. C’est ainsi que de nombreux lots furent définitivement abandonnés par les joueurs dans les caisses de la Direction de la loterie.
Quant aux bénéfices de l'Etat, réalisés sur les loteries émises sous le régime du mark, il est compréhensible qu’à cause de la dépréciation continue de la monnaie, leur montant ne fut guère élevé. Pour mieux saisir l’importance des dépenses et des recettes des loteries, à l’époque de l'inflation, le tableau ci-dessous permet la comparaison de ces éléments dressée par années budgétaires. Le bilan de la loterie présentant des chiffres évalués en zlotys, calculés selon les cours officiels et totalisés par année budgétaire, comporte trois divisions : les bénéfices bruts, les frais totaux (les lots, plus les autres frais) et les bénéfices
See
nets. Rappelons qu’un zloty équivaut à l’heure actuelle (1933) à 2 francs 85 centimes français, soit environ 3 francs français en chiffres ronds.