CHAPITRE III
Ciravnrc photographique et litho-photographie.
§ 1. Gravure photographique.
Gravure par action des acides. — On a vu dans le paragraphe Ior, page 1(38, que Nicépliore Niepce, dès le début de ses recherches photographiques sur le bitume de Judée, avait porté son attention sur l’application que l’on pouvait en faire à la reproduction photographique des gravures; en effet, le. bitume de Judée dont étaient recouvertes les planches métalliques s’oxydait aux dépens de l’oxygène de l’air sous l’influence de la lumière, devenait insoluble ou plutôt moins soluble dans ses dissolvants ordinaires , et, formant les réserves, permettait de faire attaquer les planches métalliques par les acides. Les essais de gravure faits à cette époque montrent, par l’abscence des demiteintes, que cette méthode s’appliquait principalement à la reproduction des gravures au trait.
M. Niepce de Saint-Victor (1) prépara la couche de bitume impressionnable , en dissolvant 2 pour 100 de cette substance dans un mélange de 9 parties de benzine et de 1 partie d’essence de citron, en déposant un peu de ce liquide à la surface de plaques d’acier, et en laissant évaporer les huiles essentielles; il reconnut à cette couche une plus grande sensibilité qu’au bitume étalé au rouleau, et fit, avec M. Lemaître, plusieurs planches gravées sur lesquelles le bitume, devant former réserve, était impressionné derrière une épreuve positive. Après le lavage dans un mélange de 5 parties d’huile de naphte pour 1 de benzine, ou d’un autre dissolvant, ilsopéraient une première morsure à l’acide azotique étendu, puis ils couvraient la plaque d’acier d’un peu de poussière de résine (ce que l’on appelle en terme de graveur un grain de résine), après quoi ils continuaient h faire attaquer la plaque.
M. Ch. Nègre (2) a apporté à l’emploi du bitume de Judée des mo-
(1) Comptes rendus de l'Acad. , t. 30, p. 908 ; t. 37, p. 667; t. 39, p. G18 ; t. 40, p. 584.
(2) Bulletin de la Société franç. de photogr., t. 2, p. 334 ; t. 3, p. 58 ; 1. 13, page 40. — Rapport sur le prix fondé par M. le duc de Luynes, Bulletin de la Société , t. 13, p. 94.
difi calions importantes, qui lui ont permis d’obtenir des résultats remarquables; il se sert d’un clicbé négatif, et une fois la couche de bitume impressionnée et lavée, les parties sur lesquelles le bitume reste correspondent aux lumières de l’épreuve négative, c’est-à-dire aux ombres de l’image, et doivent être creusées sur la plaque d’acier. Pour atteindre ce but, au moyen d’un courant électrique et d’une dissolution de double cyanure d’or et de potassium on dépose de l’or sur la surface d’acier, qui ne prend la dorure que sur les parties découvertes, parties qui doivent être préservées de l’action des acides; en outre, au lieu de former une réserve continue, le bitume se laisse pénétrer par la dissolution d’or, et il se forme une espèce de réseau, qui lors de l’action de l’acide donne ce que Ton nomme un grain sur l’image. Cette dorure étant faite, on enlève le bitume à l’aide d’essence de térébenthine ou de benzine, et l’on peut faire attaquer la planche après y avoir déposé encore par endroits de la poussière de résine si cela est nécessaire; les parties dorées forment les blancs de l’épreuve.
Cette méthode a donné, entre les mains de M. Ch. Nègre, de très-beaux spécimens de planches gravées. Une des difficultés que présente l’emploi du bitume comme substance photographique, vient de ce que celte matière n’acquiert pas une insolubilité absolue par l’influence lumineuse ; elle n’est rendue que moins soluble dans les essences, et dans cet état les dissolvants du bitume finissent par l’enlever si l’action dure trop longtemps ; c’est donc par l’habitude d’opérer que l’on peut arriver à laver rapidement la surface impressionnée de façon à laisser les réserves nécessaires.
Il faut parler maintenant des autres procédés de gravure qui ont été proposés, et qui s’ils n’ont pas donné des résultats pouvant être appliqués dans les arts présentent cependant des réactions intéressantes à connaître. Après la découverte de Daguerre, on songea aussitôt à graver sur la lame de plaqué d’argent l’image de la«chambre noire qui était rendue avec tant de perfection, et plusieurs procédés furent successivement proposés. Parmi les personnes qui se sont occupées de ce sujet, on peut citer M. Donné, M. Grove, qui attaquait la plaque d’argent recouverte du dessin au pôle positif d'une pile, etM. Fizeau (1), dont le procédé consistait à faire mordre la plaque daguerrienne par l’eau régale (acide azotique additionné d’un chlorure ou d’acide chlorhydrique). Ce mé-
(1) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. 16, p. 408; t. 19, p. 119.
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ange attaque l’argent qui forme les noirs du dessin , tout en respectant les blancs composés d’amalgame d’argent. Après une première action de l’eau régale, M. Fizeau réservait la partie creusée et attaquée, au moyen d’une huile siccative, et recouvrait d’or lés blancs par un dépôt électro-chimique ; ces parties réservées étaient alors plus résistantes, et l’on pouvait de nouveau creuser l’argent par l’action des acides. Ces planches d’argent ne pouvaient être soumises qu’à un tirage restreint, en raison du peu de résistance du métal; on pourrait maintenant, par un dépôt de fer analogue à celui que l’on forme sur les plaques gravées, augmenter la dureté de la couche superficielle, et l’on obtiendrait un plus grand nombre d’épreuves.
M. Poitevin (1), en cherchant à reproduire par la gravure les images daguerriennes, observa plusieurs faits nouveaux, et entre autres le suivant : quand la lame de plaqué a été exposée à la vapeur de mercure et que le dessin est apparu, alors, sans dissoudre l’iodure d’argent non altéré, si l’on attache cette lame au pôle négatif d’une pile composée d’un petit nombre d’éléments, eLqu’on la plonge dans un bain saturé de sulfate de cuivre en regard d’une plaque de cuivre, presque aussitôt le dépôt électro-chimique du cuivre a lieu, mais seulement sur les parties métalliques amalgamées, c’est-à-dire sur les blancs du dessin, et l’image apparaît en rouge par suite du dépôt cuivreux. Celte opération terminée, on lave la lame à l’hyposulfite de soude, on la chauffe pour oxyder le cuivre, et par des dépôts successifs d’or et de mercure on peut arriver à faire mordre certaines parties de la lame daguerricnne.
Ce dépôt galvanique de cuivre jouit également de propriétés dont l’observation a été pour M. Poitevin le germe des procédés de photolithographie dont il sera question plus loin. L’une consiste en ce qu’à la sortie du bain de sulfate de cuivre la plaque lavée et légèrement gommée, puis essuyée pour enlever l’excès de liquide, peut être encrée avec un rouleau chargé d’encre grasse; le corps gras dans ce cas n’adhère qu’aux noirs du dessin, c’est-à-dire aux parties où existe la pellicule d’iodure d’argent qui les a préservés du dépôt de cuivre, tandis que celte encre n’adhère pas aux parties cuivrées. L’autre propriété consiste en ce que les plaques recouvertes du dépôt partiel de cuivre , que l’on oxyde ensuite, lorsqu’elles sont amalgamées dans les endroits où
(1) Comptes rendus de l’Acad., des sciences, t. 27, p. 13. — Poitevin, Impression photographique sans sels d'argent , p. 15.
l’argent est resté à nu, peuvent être encrées avec un rouleau chargé d’encre grasse : dans ce cas, l’encre ne prend que sur les parties où l’oxyde de cuivre existe, tandis que la surface de mercure n’en est pas mouillée.
M. Talbot (1), pour faire des gravures à l’eau-forte sur les plaques d’acier, a utilisé comme réserve sur ces plaques l’insolubilité que l’acide chromique communique aux matières gélatineuses sous l’influence de la lumière. Le procédé qu’il a donné consiste à recouvrir une plaque d’acier avec un mélange de gélatine et de bichromate de potasse; ce mélange une fois sec est impressionné au travers d’un cliché positif; les parties frappées par la lumière deviennent insolubles; après le lavage, on fait mordre la plaque avec du chlorure de platine ou de fer, et les réserves ne sont pas altérées. Mais ce procédé ne permet pas de creuser fortement la plaque, et quoique donnant des finesses de détails ne rend pas suffisamment les demi-teintes.
MM. Garnier et Salmon (2) ont indiqué les réactions suivantes comme pouvant donner des impressions de gravure : des lames de laiton iodurées, placées sous un cliché positif à l’intluence de la lumière, donnent une impression qui est telle que si l’on promène sur la surface un lampon imbibé de mercure, les parties correspondantes aux clairs de l’épreuve refusent de s’amalgamer, celles au contraire qui correspondent aux parties opaques se dessinent en blanc par l’amalgame. Si l’on passe sur la plaque un rouleau d’encre grasse, le mercure ne prend pas l’encre, et celle-ci n’adhère que sur les parties influencées par la lumière, ce qui donne une épreuve encrée qui est inverse du modèle. Cette encre forme en même temps réserve, eton peut faire mordre la plaque de laiton parun acide. On peut, d’après MM. Garnier et Salmon, transformer cette plaque en planche lithographique en faisant suivre cette morsure d’un dépôt électro-chimique de fer : ce dépôt s’opère là où était l’amalgame; on enlève l’encre grasse formant réserve, le laiton est mis à nu, ioduré, puis amalgamé, et en passant le rouleau d’encre grasse, celle-ci ne s’attachant pas aux parties amalgamées, on peut obtenir des épreuves; mais ce procédé, curieux quant aux réactions observées, n’a pu donner de résultats satisfaisants que pour la reproduction des dessins au trait.
(1) Comptes rendus de l'Acad. des sciences , t. 3C>, p. 780, 1853. — Bulletin delà Société française de photogr ., t. 4, p. 317, et t. 13, p. 93.
(2) Bulletin de la Société française de photogr ., t. 1, p. 80, et t. 13, p.97.
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On doit citer encore l’emploi de l’huile de lin lithargée comme donnant, d’après M. l’abbé Laborde (1), une substance photographiquement impressionnable qui, de môme que le bitume de Judée, pourrait servir à former des planches gravées.
Gravure par moulage. Helioplastie. — Il y a des procédés de gravure photographique qui sont fondés sur d’autres effets que ceux résultant de l’action directe des acides sur les plaques métalliques pour les creuser inégalement et pour donner les différents tons de l’image à reproduire. On a vu dans le livre précédent, .page 174, qu’en 1840 M. Ponton avait employé le bichromate de potasse pour préparer un papier sensible sur lequel les ombres des images étaient représentées par de l’oxyde hydraté de chrome. Peu de temps après (2), je fis usage de l’action exercée par la lumière sur l’acide chromique mélangé à l’amidon pour modifier cette dernière substance et lui enlever la propriété si connue de se colorer en bleu par l’iode. Ensuite, comme on vient de le voir, en 1853 M. Talbot utilisait l’action de l’acide chromique pour proposer le procédé de gravure dont il vient d’être question. En 1855 M. Poitevin (3) fit deux nouvelles applications de cette action de la lumière sur les mélanges de sels à base d’acide chromique et des matières gélatineuses ou gommeuses; l’une était relative au procédé de litho-photographie dont il sera question plus loin ; l’autre concernait la production de gravures en relief ou en creux.
Ce procédé de gravure, nommé hélioplastie , repose sur la propriété qu’a la gélatine sèche et imprégnée d’un bichromate , de bichromate de potasse par exemple, étant soumise à l’action de la lumière de perdre la propriété de se gonfler dans l’eau, tandis que la gélatine ainsi préparée et non impressionnée s’y gonfle d’environ six fois son volume. On applique alors une couche plus ou moins épaisse de dissolution de gélatine sur une surface plane, de verre par exemple ; on la laisse sécher, et on la plonge ensuite dans une dissolution d’un bichromate dont la base n’ait pas d’action sur la gélatine ; on laisse sécher de nouveau la surface, et on impressionne la couche au travers d’un cliché photographique. Après l’impression, on plonge dans l’eau la couche de gélatine; toutes les parties qui n’ont pas reçu l’impression
(1) Bulletin de la Société française de phoiogr., I. 4, p. 213.
(2) Comptes rendus de l’Acad. des sciences, t. 10, p. 469, 1840.
(3) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. 42, p. 20. — Bulletin de la Société franc, de photographie , t. 3, p. 65.
de la lumière se gonflent et forment (les reliefs, tandis que celles qui ont été impressionnées, ne prenant pas d’eau, restent en creux. On transforme ensuite cette surface de gélatine présentant des reliefs et des creux, en planches métalliques en la moulant avec du plâtre, puis en déposant sur ce moule du cuivre métallique, ou bien en précipitant directement du cuivre par la galvanoplastie sur la surface de la gélatine préalablement rendue conductrice de l’électricité. Par ce procédé, les dessins négatifs au trait ont fourni à M. Poitevin des planches métalliques en relief destinées à l’impression typographique, tandis que les dessins positifs ont donné des planches en creux pouvant servir à l’impression en taille-douce.
A peu près â la môme époque, M. Preslch (1) lit connaître une mélhode qui au début était basée sur la réaction suivante : lorsqu’une couche de gélatine mélangée d’un bichromate soluble a reçu partiellement l’influence de la lumière, la partie non influencée se dissout dans l’eau tiède et disparaît, tandis que la partie influencée, devenue insoluble, résiste à l’action de l’eau tiède, et en se desséchant sur son support (lame de verre ou de métal), se solidifie et donne un relief; ce relief peut alors être moulé et transformé ainsi en contre-épreuve métallique. Plus tard, M. Presch s’est également servi du gonflement de la gélatine non altérée.
M. Place t (2) a tait usage des procédés précédents, et surtout du second, en lavant les épreuves non pas du côté où la lumière les a frappées, mais du côté opposé, et, ainsi que M. Fargier Pavait fait pour les épreuves au charbon (voir page 195), il a pu obtenir de cette manière des planches galvanoplastiques en relief et en creux qui présentent beaucoup de finesse.
M. Dulos a appliqué à la gravure photographique le procédé ingénieux qu’il a imaginé pour obtenir des planches gravées en relief ou en creux, et dont il fait usage depuis plusieurs années (3). Ce procédé consiste essentiellement à ne pas creuser les planches de cuivre ou d’acier à l’aide des acides ou par le burin, mais à obtenir des planches gravées' par moulage galvanoplastique comme dans les diverses méthodes dont il vient d’être question. Le dessin à graver est fait, sur une lame de cuivre argentée, au moyen d’un crayon analogue au crayon
(1) j Bulletin de la Société française de pliotogr., t. 2, p. 190; t. 4, p. 114; 1. 15,
p. 93 et suiv. •
(2) Id., t. 9, p. 328; t. 10, p. 08; t. 13, p. 105/
(3) Rapport du jury international de l'exposition universelle de Londres de 1802, t. 5, p. 400. — Comptes rendus de l'Acadérn. des sciences, t. 30, p. 127. — Bulletin de la Société d'encouragement pour V industrie nationale, t. 10, p. 184, et 1. 11, p. 209.
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lithographique ; en versant sur la surface de cette lame un amalgame ou un alliage fusible qui mouille les parties argentées et ne s'attache pas aux traits du dessin, on forme, après la solidification de l’amalgame ou de l’alliage, des reliefs et des creux dont la reproduction inverse est obtenue par un dépôt galvanique de cuivre ; les parties saillantes de ce dépôt correspondant aux traits du dessin, on a donc ainsi une planche typographique. On peut, par un procédé analogue, obtenir une planche gravée en creux à la manière des planches en taille-douce : après avoir fait le dessin sur la lame de cuivre argentée comme cidessus, on dépose électro-chimiquement du fer sur cette lame, le dépôt n’ayant lieu que là ou l’argent reste à nu; on enlève le dessin au crayon à l’aide d’une huile essentielle, et l’amalgame ou l’alliage adhère aux parties argentées correspondantes aux traits du dessin, et laisse intactes les parties recouvertes de fer. On a alors par moulage galvanoplastique une planche en cuivre dont les creux correspondent aux traits du dessin. Ce procédé donne des gravures dont les demi-teintes et les traits ont une grande finesse.
M. Dulos a pensé que le dessin photographique pouvait remplacer le' dessin au crayon, et en faisant usage des composés impressionnables d’argent ou de cuivre dont on a parlé antérieurement il a obtenu, à l’aide de clichés négatifs, des épreuves sur plaques d’argent ou de cuivre permettant aux amalgames ou aux alliages de donner des reliefs et des creux qui sont ensuite moulés par dépôt électro-chimique de cuivre. En déposant électro-chimiquement du fer sur la surface de ces plaques comme on le fait généralement aujourd’hui pour les gravures sur cuivre, ces plaques gravées ont pu tirer un très-grand nombre d’exemplaires sans s’altérer. On voit que cette méthode de gravure diffère des précédentes en ce que la gravure est obtenue non pas en attaquant la planche métallique, mais en se servant du dessin photographique comme d’un support pour produire, par action capillaire, une planche gravée en relief ou en creux.
§ 2. Litho-photographie.
Quelques essais de litho-photographie avaient été faits en 1852 (1) au moyen du bitume de Judée, dont une solution dans l’éther était appliquée sur une pierre lithographique; après l’impression souslecliché,
(1) Barreswil et Da vanne, Chimie photographique.
la pierre était lavée dans l’éther, puis 'acidulée et gommée et recevait ensuite le rouleau d’encre grasse; les parties du bitume rendues insolubles par l’action de la lumière avaient formé réserves, ét recevaient l’encre d’imprimerie. Mais la nécessité de faire usage de bains d’éther et les mêmes difficultés qui s’étaient présentées lors de l’emploi du bitume pour la gravure photographique se retrouvaient encore pour l’application de ce procédé.
On a vu précédemment, page 203, que M. Poitevin avait reconnu que l’encre grasse avait la possibilité d’adhérer aux parties insolées d’un mélange d’une matière gommeuse ou gélatineuse et d’acide chromique ; dès lors il eut l’idée d’appliquer ces réactions aux pierres lithographiques et d’obtenir une impression des dessins photographiques analogue aux impressions ordinaires. En 1835 il réussit complètement à atteindre ce but (i). . Voici en résumé comment il opère :
Le mélange qui réussit le mieux est un mélange à volumes égaux d’albumine, ou blanc d’œuf battu, et d’une dissolution saturée de bichromate de potasse. On applique avec un pinceau à vernir ce mélange sur la surface de la pierre lithographique préalablement lavée et séchée, puis, à l’aide d’un tampon de linge on enlève l’excès de la préparation. On soumet ensuite la surface de cette pierre à l’influence de la lumière sous un cliché négatif redressé du dessin à reproduire; cette exposition dure 15 ou 20 minutes, ou plus si la lumière active est faible. Gela fait, on rentre la pierre au laboratoire, on mouille sa surface avec une éponge, et l’on passe à plusieurs reprises le rouleau d’encre grasse; la surface de la pierre ne relient l’encre grasse que sur les parties modifiées par la lumière et devenues insolubles , les autres parties renfermant la matière gommeuse ou gélatineuse et restées solubles sont enlevées. Cette pierre est traitée par de l’acide faible, puis gommée et séchée comme une pierre lithographique ordinaire; on obtient donc ainsi des épreuves positives à l’encre d’impression, qui, soumises au tirage mécanique bien connu de la lithographie, fournissent autant d’épreuves qu’une pierre ordinaire.
Cette méthode est maintenant exploitée dans les ateliers de M. Lemercier; elle a l’avantage d’être très-simple et très-exacte dans ses résultats, aussi est-elle tout à fait industrielle. Un grand nombre de personnes l’ont mise en usage ou bien l’ont prise pour bases de procédés
(1) Comptes rendus de l’Acad. des sciences, t. 42, p. 20. — Poitevin, Impression pliotogr. sans sels d'argent, p. 7G. — Bulletin de la S oc. franc, de phot., t. 3, p. 42.
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de tirage soit sur pierre, soit sur zinc ou sur un autre métal (1). Bien que des résultats très-remarquables de gravure par les différentes méthodes indiquées précédemment aient été présentés au concours pour le prix fondé par M. le duc de Luynes pour l’impression à l’encre grasse des épreuves photographiques , cependant la commission, d’un avis unanime, l’a décerné à M. Poitevin pour l’invention de son procédé de photo-lithographie, procédé qui permet d’obtenir sans retouches une épreuve photographique quelconque à un très-grand nombre d’exemplaires, comme avec une pierre lithographique ordinaire.