CHAPITRE IL
Photographie. Épreuves sur papier, sur collusion. albumine* gélatine, etc.
§ 1. Épreuves négatives , ou clichés.
Épreuves sur papier. — Après que l’on eut perfectionné le procédé de Daguerre pour fixer les images de la chambre noire, on comprit que pour que cette magnifique découverte pût être utilisée dans un grand nombre de circonstances, il fallait obtenir les images, non pas sur une surface miroitante comme une surface métallique, mais sur papier, et même qu’une impression étant obtenue, il était nécessaire que l’on pût en reproduire un grand nombre d’exemplaires.
Si l’on plaçait au foyer d’une chambre noire une feuille de papier, de colon, d’étoffe, enduite d’un sel d’argent, on sait qu’après un temps suffisamment long on obtiendrait une image inverse de celle des objets, c’est-à-dire négative; les parties claires seraient représentées en noir et réciproquement. Si l’on eût eu un moyen d’activer cette réaction, on aurait même résolu avant Daguerre le problème de la fixation
(les images de la chambre noire : en effet, après une exposition de courte durée , l’impression est commencée et la continuation de coloration sous l’influence des verres rouges et jaunes (1), montre que sur papier sensible l’image latente peut apparaître dans des conditions analogues à celles dans lesquelles elle se montre sur les plaques d’argent iodurces par l'influence de la vapeur de mercure.
M. Talbot, en 1841 (2), découvrit une réaction chimique qui lui permit d’atteindre ce hut : cette réaction consiste essentiellement en ce que si une feuille de papier enduite d’un sel d’argent, par exemple d’iodure avec excès d’azotate, est exposée pendant un temps très-court au foyer de la chambre noire, vue à l’aide d’une bougie à l’abri de la lumière du jour elle ne présente aucune trace de l’image; mais que si on la plonge alors dans une dissolution d’acide gallique (ou, comme le faisait M. Talbot, dans un mélange d’acide gallique et d’azotate d’argent, c’est-à-dire de gallonitrate d’argent), et qu’on élève un peu la température, l’image apparaît aussitôt, les parties de la surface qui ont été frappées par la lumière devenant noires. L’acide gallique agit donc comme réductif, mais ne’porte son action que sur les parties frappées par la lumière, et cela suivant l’intensité de l’action lumineuse. On tixe l’image obtenue comme à l’ordinaire, en lavant le papier, d’abord à l’eau, puis avec une dissolution d’hyposulfite de soude ; ensuite, cette image étant négative, on s’en sert comme d’un cliché, on la copie par décalcage autant de fois que l’on veut sur des feuilles de papier impressionnable de chlorure ou de bromure d’argent, et l’on a alors des images positives du paysage ou du dessin que l’on a voulu reproduire.
La partie essentielle de cette méthode est l’action réductrice qu’exerce l’acide gallique sur le sel d’argent impressionné, et qui est analogue à celle que la vapeur de mercure exerce sur l’iodure d’argent formé à la surface d’une plaque d’argent; on a déjà parlé; de ces actions, chapitre 1er, page 77, et l’on a vu que non-seulement la matière organique oxydable continue à réduire l’iodure impressionné, mais encore que si une solution argentifère se trouve mélangée à l’acide gallique, et qu’au lieu d’opérer avec du papier sensible on se serve de collodion, comme on le verra plus loin, de l’argent métallique provenant de la dissolution se fixe sur les parties réduites (3), en sorte que
(1) Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. 11, page 102,1840.
(2) Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. 12, p. 1055, 1841.
(3) Mémoire (le M. Davanne. • — Bulletin de ht Société française de photographie, t. 3, p. 130
PHOTOGRAPHIE
l’image contient plus d’argent qu’il ne s’en serait déposé si la couche impressionnable seule eût été réduite. Il est probable, comme on l’a déjà dit à l’occasion du daguerréotype, page 175, pour rendre compte de l’effet de la vapeur de mercure, que l’acide gallique réduit d’abord l’iodure d’argent qui a commencé à s’impressionner, et que, par action moléculaire, le dépôt d’argent peut continuer à se faire dans les memes parties. Ce dépôt doit être d’autant plus énergique que l’action lumineuse primitive a été plus vive, car il est possible, même sur collodion après la fixation de l’épreuve, de renforcer une image trop faible de ton en la plongeant successivement dans un bain d’azotate d’argent et dans un bain d’acide gallique; ce qui montre que l’argent réduit ne se dépose pas uniformément sur la surface, mais en plus ou moins grande proportion suivant l’épaisseur du dépôt primitif.
Tel est en principe la méthode de M. Talbot, qui sert de base aux différents procédés photographiques en usage, car en incorporant l’iodure d’argent. à l’albumine, à la gélatine, au collodion, on a les mêmes effets que sur le papier et en se servant d’autres sels ou d’autres matières réductrices, .telles que l’acide pyrogallique, le protosulfale de fer, le phénomène de l'apparition de l’image se fait dans des conditions analogues. En somme , c’est toujours l’iodure, le bromure ou le chlorure d’argent qui sont les matières impressionnables, et les procédés des divers opérateurs, quoique pouvant donner des épreuves plus ou moins belles, sont fondés sur des réactions analogues à celle dont on vient de parler. Le but de cet ouvrage n’étant pas de présenter un traité de photographie, on se bornera à indiquer les principes généraux des méthodes les plus usitées, et surtout de celles qui sont fondées sur des réactions particulières au point de vue de l’action de la lumière. On pourra, pour de plus amples détails, consulter les nombreux traités de photographie publiés dans ces dernières années (1).
D’après ce qui a été dit plus haut, pour obtenir une épreuve photographique, il faut deux séries d’opérations bien distinctes :
La première comprend la formation de l’épreuve négative, c’est-à-dire du cliché;
(1) Bullct . de ta Société franc, de photographie. — Barreswil et Davanne, Chimie photographique. — Davanne et Girard, Recherches théoriques et pratiques sur les épreuves positives. — Van Moncklioven, Traité général de photographie. — Id., Traité d'optique photographique. — Hardwich, Manual of photographie chemistry. — Th. Sulton, The collodion process, etc. — Sella, Tlico del fotografo, etc., etc.
La deuxième, la formation de l’épreuve positive ou la reproduction de l’image de la chambre noire.
La première série d'opérations est la plus importante; la seconde, quoique étant en réalité un simple tirage, présente des difficultés, et demande à être très-bien exécutée.
La formation de l’épreuve négative ou du cliché comprend :
1° La formation de la couche sensible,
2° L’exposition à la chambre noire,
3° Le développement et quelquefois Le renforcement de l’image,
4° Le lavage de l’épreuve et sa fixation.
La méthode de M. Talbot fut peu suivie pendant plusieurs années, et l’attention ne se porta principalement sur elle qu’après que M. Blanquart-Evrard eut indiqué, en 1847 (I), les précautions à prendre pour obtenir avec certitude dé bons résultats. Le procédé qu’il décrivit est au fond le même que celui de M. Talbot et n’en est qu’un perfectionnement, car il ne signala aucune réaction nouvelle ; il opérait comme il suit :
Il déposait sur une feuille de papier une couche d’iodure d’argent mêlé de bromure, en plaçant d’abord une feuille de papier de façon à ce qu’elle posât seulement d’un côté sur une dissolution d’une partie d’azotate d’argent dans 30 parties d’eau, puis en laissant sécher ce papier et en le faisant plonger pendant une ou deux minutes dans une dissolution de 23 parties d’iodure de potassium, 1 de bromure de potassium et 560 d’eau ; en lavant la feuille de papier à l’eau distillée et en la faisant sécher, cette feuille de papier pouvait se conserver pendant longtemps.
Quand on voulait se servir de cette surface impressionnable, on versait sur une glace de verre quelques gouttes d’une dissolution de 6 parties d’azotate d’argent, Il parties d’acide acétique et 64 d’eau (c’est-à-dire ce que l’on appelle de l’acéto-nitrate d’argent) et, dans l’obscurité, on appliquait contre le verre une feuille du papier sensible de façon à ce que la couche impressionnable fut en contact avec lui. On pressait le papier avec quelques doubles de papier buvard humide et une seconde glace, et on exposait le tout à la chambre noire de manière que la lumière vînt frapper la surface sensible au travers de la première glace. On voit que l’iodure d’argent avec excès d’azotate était impressionné par la lumière, et recevait une impression qui pouvait
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. 24, p. 117, 1847.
PHOTOGRAPHIE
être continuée à l’abri de la lumière. Lorsque la durée de l’action lumineuse était suffisante, on enlevait le papier impressionné, on le déposait sur une surface de verre ou de porcelaine, et on y versait un peu d’une dissolution saturée d’acide gallique dans l’eau; l’image apparaissait aussitôt. On fixait avec l’hyposulfile de soude ou le bromure de potassium, et l’on avait ainsi l’image négative ou le clicbé, qui pouvait servir à donner, par transparence, avec un papier sensible de chlorure d’argent une épreuve positive.
Epreuves sur albumine, gélatine, collodion, etc . — Cette méthode a encore été modifiée et perfectionnée : on a imbibé le papier avec de la gélatine, de l’albumine, de la cire, de la paraffine, et l’on put alors opérer à sec, ce qui permit de reproduire aisément les paysages; aussi quelques voyageurs l’emploient-ils encore dans ce dernier cas, en raison de la facilité de transportées clichés. Cependant, le déplacement des fibres du papier lors de l’imbibition des liquides fit penser qu’il serait préférable, pour la netteté des images, d’obtenir les clichés sur des surfaces qui ne subiraient aucun changement par suite des lavages successifs que nécessitent les opérations; de là la photographie sur verre. On se servit d’abord d’une couche d’albumine déposée sur une glace (1) et à laquelle on incorporait le sel d’argent; on employa également la gélatine (2); mais depuis que l’on a fait usage du collodion (3) pour retenir sur le verre le composé d’argent impressionnable dont la réduction donne l'image de la chambre noire, la facilité avec laquelle le dépôt de cette substance s’opère même sur de grandes surfaces, la rapidité de la préparation et la beauté des épreuves ont fait généralement préférer cette méthode, qui est aujourd’hui presque exclusivement employée par les photographes.
On opère la plupart du temps quand la couche de collodion est encore humide; cependant, comme on le verra plus loin, on peut également s’en servir quand elle est sèche.
Pour préparer le pyroxyle (fulmi-coton) soluble dans l’éther et l’alcool, on traite le coton cardé par un mélange d’azotate de potasse et d’acide sulfurique; on peut employer le mélange :
(1) Niepce de Saint-Victor, Comptes rendus de l' Acad, des sciences, t. 2G, p. 637,
(2) Poitevin, Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. 30, p.047, 1850.
(3) M. Le Gray a indiqué en 1850 l’emploi du collodion, mais le principe de la méthode suivie actuellement a été donné, la même année, par MM. Fry et Archer.
Colon cardé, 30 «r*
Azotate de potasse, 540
Acide sulfurique ordinaire, 450
Quand la réaction a eu lieu, on lave le produit et on le sèche.
O11 forme alors la dissolution de collodion normal, qui peut se conserver assez longtemps sans s’altérer; pouf cela, on mélange de l’alcool avec de l’éther, et l’on dissouL le fulmi-coton; si l’on employait l’éther seul, l’évaporation serait trop rapide à la surface du verre. On a proposé un grand nombre de formules de collodion normal, et chaque photographe a pour ainsi dire la sienne. On indique ci-après plusieurs préparations mentionnées dans les traités de photographie :
Fulmi-coton. .
Fulmi-coton. .
Fulmi-coton. .
5Sr‘
Éther à 68°. .
Éther. .
Éther
Alcool à 40°. .
Alcool
Alcool
Ces collodions, surtout les deux premiers, sont d’une évaporation rapide par suite d’une trop grande quantité d’éther ; habituellement on emploie aujourd’hui, pour 10 parties de fulmi-coton,
Éther 600 | ) Éther 500
Alcool 400 j °U I Alcool 500
Une petite quantité de la dissolution versée sur une glace tenue horizontalement et inclinée pour répandre le liquide sur toute la surface, donnerait par évaporation en quelques secondes une couche de collodion adhérent au verre; mais pour y incorporer un sel d’argent on a soin de mélanger au liquide un iodure ou un bromure, et ensuite, comme on va le voir, on forme par double décomposition le composé impressionnable d’argent. On a conseillé de dissoudre les iodures et les bromures de la plupart des métaux dans le collodion qui doit être déposé sur le verre; quoiqu’il ne paraisse pas probable que la nature de la base influe sur le degré de sensibilité du collodion, il paraît qu’on trouve les conditions d’hygroscopicité convenables dans l’usage des sels de cadmium, de sorte qu’au lieu d’employer les chlorures ou les iodures alcalins on peut avoir recours à ces sels.
On mélange ordinairement un bromure avec un iodure, et l’on met à peu près trois fois autant d’iodure que de bromure. Pour 100 cent, cubes des mélanges précédents on a’ proposé d’ajouter igr-25 d’iodure
PHOTOGRAPHIE
de cadmium et quelques gouttes d’une solution de bromure de cadmium, ou bien lgr- d’iodure de-zinc et 0gr,30 de bromure de cadmium. On fait dissoudre ces sels, et quand la dissolution est faite le collodion est prêt à être employé; on nettoie alors parfaitement la glace sur laquelle le dépôt doit s’opérer, et on verse lentement la quantité de collodion nécessaire pour couvrir sa surface; on rejette l’excès de liquide, et on attend quelques secondes, puis on plonge de suite cette glace recouverte de collodion encore humide dans un bain d’azotate d’argent.
Ce bain est formé par une dissolution de 7 à 8 parties d’azotate d’argent pur fondu, pour 100 parties d’eau; quelquefois, quand le bain n’a pas servi, on y ajoute une petite quantité d’iodure d’argent. Le bain d’argent se place dans une cuvette en gutta-percha à rebords relevés et dont les dimensions sont au moins deux fois celles de la glace. On soulève la cuvette de manière à laisser libre une place où l’on dépose la glace, et on ramène rapidement la cuvette dans la position horizontale, sans quoi des taches se manifesteraient plus tard sur les parties où l’écoulement du bain se serait arrêté. La couche de collodion avant son immersion paraît presque transparente, mais aussitôt plongée elle prend une couleur laiteuse, due à l’iodure et au bromure d’argent qui se forment par double décomposition; puis toute trace d’alcool provenant de la couche est bientôt éliminée de la dissolution, et on retire la glace en se servant d’un crochet en platine. La glace est alors recouverte d’une couche de collodion sensible et encore humide que l’on place au foyer de la chambre noire, comme on avait placé le papier sensible ou la plaque d’argent iodurée. Il est donc inutile d’ajouter ici que cette préparation doit être faite dans l’obscurité ou du moins dans la pièce éclairée seulement à l’aide de la lumière orangée ou jaune.
On a reconnu qu’il y avait avantage It se servir d’un mélange d’iodure et de bromure d’argent au lieu d’employer de l’iodure isolé; cependant, on pourrait incorporer au collodion une quelconque de ces trois substances, iodure ,' bromure ou chlorure. D’un autre côté, physiquement, au point de vue de la reproduction des images de la chambre noire, il y a avantage à employer du bromure, car on sait, comme on l’a vu page 83, que dans le spectre solaire le bromure d’argent est impressionné plus loin du côté du rouge que les deux autres composés, et dès lors des objets qui envoient des rayons de réfrangibilité moyenne peuvent produire une impression sur le bromure quand ils
n’en auraient donné qu’une plus faible sur l’iodure. Ainsi, par l’emploi du bromure d’argent on doit avoir plus de demi-teintes qu’avec l’iodure ou le chlorure de ce métal.
La durée de l’exposition de la glace collodionnée sensible au foyer de la chambre noire ne doit pas être plus longue que celle de la plaque daguerrienne bromurée, c’est-à-dire que cette surface est d’une trèsgrande impressionnabilité; mais rentrée dans l’obscurité et vue à la lumière rouge, de même que le papier sensible elle ne donne aucune apparence du dessin; il faut pour cela l’intervention d’un réactif, d’un sel réducteur, qui agit de la même manière que sur les papiers sensibles et continue l’action commencée par la lumière. L’acide gallique peut servir pour opérer cette réaction; mais comme l’effet produit est une réduction à l’état métallique du sel d’argent déjà impressionné, on pourrait employer la plupart des proto-sels tels que ceux de fer, de manganèse, ainsi qu’un certain nombre de matières organiques, car ces substances en s’oxydant aux dépens du sel d’argent conduiraient au même résultat. On emploie habituellement, en outre de l’acide gallique, l’acide pyrogallique, le protosulfate de fer ou le double sulfate de fer et d’ammoniaque. L’acidegallique, additionné d’azotate d’argent, donne de bons résultats. L'acide pyrogallique, dont l’emploi a été indiqué par M. Y. Régnault, produit d’excellents effets, mais il agit trop vite, et en acidulant la dissolution aqueuse avec de l’acide acétique ou tartrique, on modère l’effet produit, et on le régularise. Le protosulfate de fer fait apparaître immédiatement l’image.
Quand on opère avec l’acide pyrogallique, on verse la dissolution sur la surface. Avec le protosulfate de fer on agit de même; on pourrait cependant opérer par immersion dans une cuvette qui renferme la dissolution. On a proposé de se servir d’un mélange d’acide gallique et de sulfate ferrugineux, mais cette dissolution est peu usitée; elle est ainsi
composée :
Protosulfato de fer 20 gr<
Eau 100
On fait dissoudre, et on ajoute une dissolution formée comme il suif :
4 gr-
Acide gallique
Acide acétique cristallisable. . .
Acide azotique, quelques gouttes.
PHOTOGRAPHIE
Quand le mélange a lieu, il se forme du gallate de fer s’il n’y a pas d’a-
cide azotique dans le bain.
On peut aussi employer
Proto-sulfate de fer 30 gr*
Eau 420
En ajoutant à la dissolution,
Acide pyroligneux 24Ct c>
Alcool 8
On opère plus généralement aujourd’hui avec une dissolution de protosulfate de fer étendue formée de 100 parties d’une dissolution de protosulfate saturée à froid et 900 d’eau ou bien de 4 parties de sulfate cristallisé pour 100 d’eau. La dissolution étant acidulée préalablement, on la verse sur l’épreuve, et on laisse celle-ci apparaître.
Quoique le résultat final produit par ces diverses substances soit le môme, c’est-à-dire que l’on ait de l’argent métallique, cependant les tons de l’image ne sont pas semblables, ce qui semble indiquer un état moléculaire différent du composé métallique réduit; ainsi avec l’acide gallique on a des noirs très-intenses; avec le protosulfate de fer, l’argent est réduit à l’état blanc.
Lorsque l’image négative est ainsi obtenue , on la lave à grande eau, puis on la plonge dans un liquide qui dissout l’iodure ou le bromure non décomposé, et qui la fixe. On se sert en général de l’hyposulfite de soude; quelquefois, on fait usage d’une dissolution contenant 3 parties de cyanure de potassium pour 100 d’eau; mais ce dernier liquide est fort actif et peut altérer les parties faibles des clichés dans le cas oii on le laisserait agir pendant trop long temps : c’est pour ce motif que l’hyposulfite de soude est préféré. Maintenant que les'sulfo-cyanures sont préparés industriellement en assez grande quantité, on commence à en faire usage pour le même but. Quand l’image est fixée, on la lave encore, puis on la laisse sécher.
Lorsque par un défaut de durée d’exposition à la chambre noire, le cliché n’a pas assez de ton, il faut chercher à lui donner plus d’opacité dans les parties qui ont été frappées par la lumière. On a vu précédemment, page 78, qu’en plongeant successivement la glace recouverte de collodion dans un bain d’azotate d’argent et dans un bain réducteur,
acide gallique ou pyrogallique, on fixait plus d’argent dans les partiesles plus impressionnés, ce qui permettait d’atteindre le but désiré. On a également proposé d’attaquer la couche d’argent métallique qui forme le dessin négatif, et de la transformer en sulfure, chlorure, etc., ce qui la rend moins transparente. On emploie alors une faible dissolution de sulfhydrate d’ammoniaque, du bichlorure de mercure, ou d’autres substances. Quand le cliché est dans l’état que l’on juge le plus convenable, après l’avoir bien lavé et laissé sécher, on le couvre d’une très-légère couche de vernis, de sorte que par frottement on ne risque plus de le rayer ni de le détruire.
Epreuves sur colloclion sec. — La méthode qui vient d’être décrite suppose que la glace est exposée au foyer de la chambre noire aussitôt après sa préparation, c’est-à-dire que l’on opère avec la surface collodionnée sensible lmrnide. L’on a cherché à conserver à cette couche sa sensibilité pendant un temps plus ou moins long après sa préparation, afin de la rendre applicable à la production des vues dans les voyages. Plusieurs procédés ont été donnés successivement, soit en recouvrant le collodion sensibilisé d’une couche d’une substance hygroscopique, soit en l’enduisant de gélatine, d’albumine ou de résine. Parmi ces derniers procédés, qui avaient reçu le nom de procédés au collodion sec, on doit citer celui décrit parM. Taupenot(l), lequel est basé sur l’emploi d’une couche d’albumine, qui, bien que d’une manipulation délicate, avait donné de bons résultats. Mais depuis que M. Russel (2) a montré le parti que l’on pouvait tirer d’une couche de tannin pour atteindre facilement le même but, celte dernière préparation a été généralement préférée.
On opère alors comme il suit : la glace est recouverte de collodion et sensibilisée à la manière ordinaire; au sortir du bain d’azotate d’argent, elle est lavée avec soin à l’eau distillée, de manière à enlever tout l’azotate libre. On verse, sur la glace, une solution de tannin laite dans la proportion de 1 gramme de tannin pour 32 grammes d’eau , c’està-dire à peu près 3 pour 100 de tannin, et en quantité suffisante pour la couvrir; on laisse écouler l’excès de liquide, et l’on fait sécher la
couche. L’opération doit être faite à l’abri de toute lumière et même,
(1) Comptes rendus de V Acad ., t. 41, p. 383. — Bulletin de la Société française de photographie, t. 1.
(2) Bulletin de la Société franc, de photographie, tomes 7, 9 et 10. Le procédé au tannin par M. C. Russel, traduction par M. A. Girard (1864).
PHOTOGRAPHIE
si on faisait sécher la glace à l’aide d’un foyer embrasé, la lumière du foyer pourrait l’altérer.
Avec des glaces ainsi préparées, l’exposition, dans les circonstances égales, est six ou huit fois plus longue qu’avec des glaces préparées au collodion humide. Lorsqu’on veut procéder au développement de l’image, la glace est d’abord mouillée à l’eau distillée, puis on développe l’image avec l’acide gallique et l’azotate d’argent. La concentration du liquide qui fait apparaître l’image doit varier suivant les circonstances, mais en général une partie d’acide pyrogallique pour 3U0 d’eau suffit; on ajoute quelques gouttes d’une solution d’azotate d’argent, que l’on peut aciduler avec l’acide citrique. L’addition de ce dernier acide donne des tons noirs, et la substitution de l’acide acétique à l’acide citrique donne des tons rouges aux parties métalliques réduites.
§ 2. Épreuves positives aux sels (l'argent. Épreuves positives directes
à la chambre noire.
Epreuves positives aux sels d’argent. — La seconde série d’opérations destinées à produire les épreuves positives consiste essentiellement à placer au-dessous du cliché négatif une feuille de papier recouverte de chlorure d’argent et à presser les deux surfaces dans une presse semblable h celle indiquée dans la figure 58 représentée ci-contre; une des
faces est une glace en verre , et se trouve cachée dans le dessin; le fond mobile qui presse contre cette glace est en bois garni de drap. On place d’abord dans l’obscurité le chiché négatif contre le verre , puis on applique la feuille de papier sensible contre le cliché, et on recouvre le tout d’une feuille de papier qui est pressée par le fond mobile; ce fond est appuyé à l’aide d’une fermeture à ressort dont le système est variable à volonté.
On expose alors le châssis à la lumière solaire ou à la lumière diffuse, suivant la force ou la faiblesse des clichés, et l’on regarde de temps à autre si le papier sensible qui dépasse le cliché est suffisamment noirci ; on retire alors l’épreuve positive , on la baigne dans une dissolution d’hyposulfite de soude, qui dissout les parties non impressionnés et réagit sur le sel altéré en donnant de l’argent métallique, et on la plonge dans de l’eau ordinaire; l’épreuve positive
est alors fixée et peut rester à la lumière sans s’altérer. On peut changer et augmenter le ton de l’épreuve au moyen de diverses réactions chimiques, ce que les photographes appellent faire virer l’épreuve, et la production de l’image positive est terminée.
On voit, en résumé, que la série d’opérations pour la formation des épreuves positives au moyen d’un cliché négatif comprend :
1° La formation de la couche impressionnable,
2° La production de l’image,
3° Le lavage et la fixation de l’épreuve,
4° Le virage.
Mais dans l’exécution de cette partie du travail photographique il se produit des réactions qui font souvent varier la coloration, la netteté, l’intensité et la solidité de l’image; MM. Davanne et Girard (1) ont montré quels sont les principaux effets que l’on observe et quelles sont les précautions à prendre pour éviter les circonstances diverses qui seraient contraires à la bonne exécution des épreuves.
Examinant d’abord l’influence de l’encollage du papier, ils ont reconnu que cette préparation est cause des diverses colorations que les épreuves présentent, et ils pensent qu’au moment de l’action de la lumière l’influence de la matière organique se fait sentir, de sorte que le phénomène n’est plus le même que si le chlorure d’argent était isolé. D’après leurs observations, tous les papiers bien fabriqués peuvent être employés pourvu qu’ils soient fortement encollés. On se sert de gélatine et très-fréquemment d’albumine qui permet d’avoir des dessins d’une grande finesse.
On pourrait fixer sur le papier un sel d’argent impressionnable autre que le chlorure, et faire usage de bromure ou d’autres composés que la lumière colore; mais la pratique a montré que le chlorure donnait de meilleurs résultats. Pour le produire on place la feuille de papier à la surface d’une dissolution de 5 grammes de chlorure de sodium dans 100 grammes d’eau, et onia laisse sécher ; on la plonge alors, quand elle est sèche, dans de l’eau contenant 13 à 20 pour 100 d’azotate d’argent. Souvent on dépose sur le papier la couche d’albumine en même temps que le chlorure alcalin ; on emploie alors une dissolution de 4 à 5 grammes
(1) Recherches théoriques et pratiques sur la formation des épreuves photographiques positives, par MM. Davanne et Girard (1804). — Bulletin de la Société française de photographie , tomes 1 à 10.
PHOTOGRAPHIE
de sel marin (ou de chlorhydrate d’ammoniaque) dans 100 grammes d’albumine. On avait remarqué que les divers chlorures employés pour préparer le chlorure d’argent par double précipitation donnaient des colorations diverses : MM. Davanne et Girard ont montré que ces effets provenaient de l’état d’acidité ou d’alcalinité des bains, ainsi que des matières étrangères qu’ils pouvaient contenir, car les chlorures purs dont ils ont fait usage leur ont donné les mêmes résultats.
Il est important, suivant les mêmes observateurs, que l’azotate d’argent soit en excès en présence du. chlorure , car lors de la réduction du chlorure le chlore émis forme avec l’azotate une nouvelle quantité de chlorure qui est à son tour décomposé, de sorte que les noirs sont plus intenses que si le chlorure seul eût été décomposé.
11 n’y a que peu d’observations à faire sur la production de l’image, le temps pendant lequel la lumière agit dépendant de la transparence du cliché et de l’intensité lumineuse active. Quant à la fixation de l’image, elle peut présenter des effets qui ont été analysés par MM. Davanne et Girard et d’après lesquels la conservation des épreuves est plus ou moins bonne. Habituellement on se sert d’hyposulüte de soude; si ce liquide est exempt d’hyposulfite d’argent, c’est-à-dire s’il n’a pas dissous de sel d’argent, et que le papier n’ait pas d’acide azotique en excès, le lavage ne laisse que de l’argent métallique sur le dessin. Mais lorsque ces conditions ne sont pas remplies, l’hyposulfite d’argent est décomposé , et il se forme une plus ou moins grande proportion de sulfure de ce métal à la place d’argent métallique. Ce sulfure, s’il était anhydre et sec, serait fortement coloré ; mais en présence de l’humidité et des matières organiques il devient jaune pâle, et cause la décoloration des épreuves photographiques qui n’ont pas été virées. MM. Davanne et Girard pensent que cette teinte jaune est due à une espèce de combinaison ou de laque entre le sulfure d’argent et la matière organique, combinaison probablement hydratée.
On a proposé encore pour fixer les images de faire usage de cyanure de potassium et dans ces derniers temps, comme on l’a déjà dit plus haut, de sulfocyanure d’ammonium (i); mais généralement on se sertd’hyposulfite de soude, comme pour les épreuves négatives.
Lorsque l’épreuve positive est fixée, pour lui donner les meilleures conditions de stabilité possible et changer sa teinte en lui donnant
(1) Proposé par M. Meynier, Bull, delà Société franc, de phot., t. il, p. i7<j.
des tons plus ou moins violets ou bruns, on procède au virage, c’està-dire à la substitution d’un métal tel que l’or ou le platine à une partie de l’argent qui forme les noirs du dessin. Ce métal ne peut plus subir les mêmes altérations que l’argent, et l’éprepve n’a plus les mêmes chances de détérioration. Ce virage se fait par double décomposition, en plongeant le dessin dans une dissolution d’or ou de platine; généralement, on se sert d’un sel d’or. Il se produit une action analogue à celle qui a lieu quand on plonge une lame d’argent dans une dissolution d’or;' de l’argent est dissous, et de l’or se précipite en quantité équivalente.
On s’est servi de dissolutions diverses ; en général les bains acides doivent être rejetés , mais on emploie avec avantage une dissolution d’un double chlorure d’or neutre, tel que le double chlorure d’or et de potassium, ou du double hyposulfite d’or et de soude dont on a parlé antérieurement, page 174. Ces dissolutions sont prises de façon qu’il y ait 4 à 5 parties de sel pour 1,000 grammes d’eau. On peut employer également des bains alcalins.
Quelquefois on procède au virage en même temps qu’à la fixation , ou même avant; parmi les dissolutions qui ont été proposées on peut citer les suivantes : On dissout 3 grammes de chlorure d’or dans 1,000 parties d’eau , puis 12 grammes de bi-carbonate ou d’acétate de soude dans la même quantité de liquide, et on mélange les deux dissolutions; ou bien : on dissout dans 2,000 parties d’eau, 10 parties d’acétate de soude, 6 de chlorure de chaux et 2 à 4 parties de chlorure d’or. Avec une dissolution contenant peu d’or, l’action est plus lente et plus facile à suivre, et l’effet obtenu est meilleur.
Les procédés de virage par les sels d’or, de platine ou de métaux non altérables sont les seuls dont on doive faire usage, et il n’y a pas à s’arrêter à l’emploi des sulfures ou hyposulfites que l’on avait employés antérieurement, et qui, donnant lieu h du sulfure d’argent, présentaient bien une coloration assez intense dans les premiers temps, mais ne tardaient pas à manifester l’altération signalée plus haut; cette altération en effet est propre à l’argent sulfuré en présence des matières organiques quand il est exposé à l’humidité.
Images positives directes. — Les méthodes décrites ci-dessus ne donnent pas immédiatement les images de la chambre noire, et exigent la formation préalable du cliché ou épreuve négative, mais elles ont l’avantage de fournir autant d’épreuves positives que l’on désire; aussi ces mé-
PHOTOGRAPHIE
thodes sont-elles presque exclusivement employées. Néanmoins , dans quelques circonstances, il peut être intéressant d’avoir immédiatement une image positive du dessin de la chambre noire. Plusieurs procédés ont été indiqués; l’un est dû à M. Bayard (1), et repose sur l’action exercée par l’iodure de potassium sur un papier préalablement recouvert de sel d’argent et noirci à la lumière, action qui est telle que sous l’influence des rayons lumineux le papier se décolore; mais cette méthode n’est pas en usage.
Un autre procédé est du à M. A. Martin (2) ; il consiste à recouvrir une glace d’une couche de collodion assez mince à la manière ordinaire et à l’exposer au foyer de la chambre noire; on la plonge ensuite dans une dissolution de protosulfate de fer au lieu de la traiter par l’acide gallique ou pyrogallique; puis on fixe l’image avec une dissolution de cyanure de potassium. L’action réductrice du protosulfate de fer donne lieu à un dépôt d’argent blanc , et en plaçant la lame de verre sur un fond noir, comme par exemple du velours noir, l’image obtenue est immédiatement positive, c’est-à-dire reproduit les clairs et les ombres de l’image de la chambre noire. On peut opérer sur toile cirée ou sur toute autre surface dont le fond noir forme contraste avec le dépôt blanc de l’argent réduit par le sel de protoxyde de fer.
§ 3. Épreuves positives diverses. Épreuves au charbon, ou avec des poudres
inaltérables.
La formation des clichés négatifs permet d’obtenir des épreuves positives avec des substances suffisamment impressionnables que l’on peut incorporer au papier ou déposer à sa surface ; aussi pourrait-on se servir d’un certain nombre de substances dont il a été question dans le livre II, page 6(3 et suiv., telles que des combinaisons de métaux qui ont plusieurs degrés d’oxydation, comme le fer, l’urane, l’or, le platine, etc.; ees composés, en effet, par des réactions ultérieures, pourraient donner des nuances diverses aux épreuves suivant la nature et l’état physique du métal ou de la substance formant les ombres. Les composés de fer surtout sont d’un emploi facile pour ce genre d’épreuves ; on peut citer parmi les recherches faites sur ce sujet celles de M. J. Her-
(1) Comptes rendus de VAead. des sciences, t. 10, p. 337 (1840). — M. Lassaigne avait observé de son côté la réaction (le l’iodurc de potassium sur le papier noirci : voir Comptes rendus de V Acad, des sciences, l. 8, page 547 (1839), cl l. lo, p. 474 (1840).
(2) Idem., I. 35, p. 29 (1852).
schell (1), de M. Poitevin (2), de M. le due de Luynes (3), de MM. Reynolds et Phipson (4), etc....
Cependant, les images positives obtenues de cette manière n’offrent pas toute la garantie de stabilité désirable, etM. le duc de Luynes, dans sa sollicitude pour lesprogrès delà photographie, proposa en 1856 un prix d’après un programme dont les bases, ainsi que le jugement du concours, furent arrêtées par la Société française de photographie (5). Ce prix fut divisé en deux : l’un, -de- 8,000 francs, pour l’auteur ou les auteurs qui auraient reproduit par la lithographie ou la gravure, sans l’intervention de la main, les merveilles de la photographie; l’autre, de 2,000 francs, destiné à récompenser l’auteur ou les auteurs qui dans une période de deux années auraient fait faire le plus de progrès au tirage des épreuves positives et à leur conservation. Nous aurons occasion de revenir sur le premier prix dans le chapitre suivant; il ne sera question ici que du second.
Parmi les considérants du rapport fait par M. Y. Régnault se trouve un passage que l’on doit citer : « Le carbone est de toutes les matières que « la chimie nous a fait connaître la plus fixe et la plus inaltérable à l’ac- « tion de tous les agents chimiques aux températures de notre atmos-
« phère La conservation des anciens manuscrits nous prouve que le
« charbon fixé sur le papier à l’état de noir de fumée se conserve sans « altération pendant bien des siècles. 11 est donc -évident que si l’on par- « venait à produire les noirs du dessin photographique par le charbon,
« on aurait pour la conservation des épreuves la même garantie que « pour nos livres imprimés, et c’est la plus forte que l’on puisse espé- « rer et désirer. »
Ces prix, qui avaient pour but de stimuler le zèle des personnes se livrant aux recherches photographiques, remplirent parfaitement le but que s’était proposé son auteur, et sans aucun doute ont exercé une certaine influence sur les procédés qui ont été publiés dans ces dix dernières années. M. Poitevin, en 1855 (6), en même temps
(1) Philosoph. Iransact., 1842, t. 132, 2e partie, p. 181.
(2) Bulletin de la Société française de photographie , t. 5, p. 157. — Traité de
V impression photographique sans sels d’argent , page 140. t
(3) Bulletin de la Société franc, de photographie, t. 5, p. 305 et 337.
(4) Id., t. 8, p. 75 et 70.
(5) Id., t. 2, p. 192 et 214.
(0) Id., t. 5, p. 121 . — Poitevin, ouvrage cité plus haut, p. G9 et suiv . — Annales du C'onserv. impérial des arts et métiers, 1. 3, p. 1G9.
PHOTOGRAPHIE
qu’il s’occupait d’appliquer à la lithographie l’action exercée par la lumière sur les matières organiques'mëlangées à l’acide chromique (voir page. 207), cherchait à obtenir directement sur papier des épreuves avec des poudres diverses (charbon , sanguine, etc.), ou bien avec de l’encre grasse. Quelques épreuves de ce genre furent assez satisfaisantes pour être admises en 1855 ;'i l’exposition universelle. A cette époque, M. Poitevin opérait de deux manières :
1° Il recouvrait le papier d’un mélange analogue à celui qu’il déposait sur la pierre lithographique comme on le verra plus loin, et, après l’action préalable de la lumière au travers d’un cliché négatif, il appliquait, avec un tampon, de l’encre grasse sur le papier; l’encre grasse ne restait adhérente qu’aux parties devenues insolubles, et par conséquent lorsqu’on lavait le papier avec de l’eau , la sprface présentait un dessin positif.
2° Il appliquait sur le papier une couche uniforme d’un mélange de bichromate de potasse et d’albumine , ou de gélatine , unie à une substance colorante en poudre telle que le charbon. Après la dessiccation de cette couche dans l’obscurité, si l’on impressionnait le papier pendant quelques minutes à la lumière sous le cliché négatif, et qu’on vînt à le laver à l’eau ordinaire, froide ou tiède, suivant la matière organique employée, on trouvait que les parties non impressionnées se dissolvaient, et que le dessin en couleur inaltérable apparaissait retenu et emprisonné par la matière organique devenue insoluble dans toutes les parties qui avaient subi l’action de la lumière , et cela dans la proportion de l’intensité lumineuse active.
Ces principes et surtout ceux de la seconde méthode ont servi de points de départ à divers procédés publiés depuis; aussi la Société française de photographie, à la suite d’un rapport, décerna-l-elle une médaille d’or àM. Poitevin pour les recherches qu’il avait entreprises dans cette direction.
En 1860, M. Fargier vint utiliser les couches épaisses formées avec un mélange de gélatine de bichromate de potasse et de poudre de charbon, pour obtenir des impressions très-belles, mais d’un emploi difficile en raison de la manipulation du procédé; en effet, leperfectionnementapportéparM. Fargier au procédé de M. Poitevin consiste en ce que, après avoir opéré sur le mélange en question et l’avoir impressionné au travers d’un cliché négatif, comme on l’a dit plus haut, on coule sur la surface impressionnée une couche épaisse de collodion, puis on plonge la surface
dans un bain d’eau chaude, qui dissout la gélatine non solidifiée formant le dessous de l’image comme l’avait remarqué antérieurement M. l’abbé Laborde (I); celle au contraire qui est devenue insoluble, et qui retient des particules de noir formant les ombres à la partie supérieure du dessin, reste adhérente à la pellicule de collodion qui nage dans le liquide. On fixe ensuite cette couche de collodion sur du papier gélatiné. Ainsi la couche non altérée par la lumière est dissoute par dessous l’épreuve , et c’est à l’aide du collodion qui sert à relier toutes les parties de l’image que cette opération peut avoir lieu. M. Swan, au moyen de plusieurs manipulations, que nous ne décrirons pas ici (2), a perfectionné ce procédé, qui est devenu très-pratique; aussi peut-on en faire usage pour avoir de très-belles épreuves, qui rendent aussi bien le dessin de la chambre noire que les images positives obtenues avec les mêmes clichés au moyen des sels d’argent.
Les changements d’hygroscopicité de plusieurs sels peuvent conduire également à la formation d’épreuves dans lesquelles le carbone ou des composés inaltérables forment les ombres. M. J. llerschell avait observé (3) qu’une feuille de papier imprégnée d’ammonio-citrate de fer devenait sec et imperméable à l’eau dans les endroits frappés par la lumière. MM. Garnier et Salmon (4) ont remarqué également qu’un mélange de sucre et de bichromate de potasse, qui est hygroscopique dans les conditions ordinaires, perd cette propriété par l'influence lumineuse, de sorte que du carbone peut adhérer à la surface d’une feuille de papier recouverte de ce mélange avant l’influence lumineuse, et ne pas présenter d’adhérence après. Ils ont basé sur cet effet un moyen d’obtenir des épreuves positives. Pour opérer, ils font dissoudre 30 grammes de sucre blanc dans 30 grammes d’eau ; après dissolution, ils ajoutent 7 grammes et demi de bichromate d’ammoniaque et 10 grammes d’albumine battue. La dissolution sert à recouvrir un papier qui, desséché et mis sous un cliché pendant un temps suffisant , est rapporté dans une chambre noire. On promène sur sa surface, à l’aide d’un blaireau, de la poudre de charbon, qui adhère de préférence sur les parties non altérées par la lumière. Des lavages à l’eau froide, puis à l’eau tiède,
(1) Bulletin de la Société franc, de photographie, t. 4, p. 2 1 G .
(2) Davanne, \nnuaire photographique pour 1 868. — Bulletin de la Société franç. de photogr., \.Æl, p. 66, 1868.
(3) Poitevin, nu vrage cité, p. 174.
(4) Bulletin de la Société française de photographie, t. 5, p. 135.
PHOTOGRAPHIE
enlèvent la couche non altérée, et une dissolution d’acide sulfureux décolore les parties altérées renfermant de l’oxyde hydraté de chrome. Quand le papier est sec, l’épreuve est obtenue. Mais par ce procédé les demi-teintes laissent à désirer, et les clairs retiennent presque toujours du carbone.
M. Poitevin (1), à l’aide d’une réaction du même, ordre mais tout a fait différente, est parvenu à une autre méthode de formation d’épreuves positives inaltérables, qui ont l’avantage d’ôtre obtenues sur papier ou de pouvoir être déposées sur verre, sur émail ou sur un support quelconque. Cette méthode est basée sur ce fait qu’un mélange de perchlorure de fer et d’acide tartrique, étendu sur du papier, n’est pas hygroscopique , mais qu’il le devient rapidement lorsque la lumière yient le frapper. C’est donc précisément l’effet contraire de celui qu’éprouve I'ammoniocitrate de fer, ainsi que le mélange de sucre et de bichromate d’ammoniaque ou de potasse dont il vient d’être question.
Pour opérer, on fait une dissolution de 110 grammes de perchlorure de fer ordinaire dans .] litre d’eau et une autre de 40 grammes d’acide tartrique dans la même quantité d’eau, puis on lesmélangeet on conserve le liquide obtenu dans l’obscurité. Ce liquide est étendu sur une lame de verre ou sur une glace tenue horizontalement ; quand la surface en est mouillée, on incline la glace et on la laisse sécher dans une pièce obscure bien sèche ; si cette pièce est échauffée, deux ou trois heures suffisent; dans le cas contraire, il faut une journée. Une fois desséchée ainsi à l’abri de la lumière, la couche amorphe forme un vernis sec et non hygroscopique. On place alors cette glace au-dessous d’un cliché, dans un châssis destine au tirage des épreuves positives, et on expose le tout à la lumière pendant le temps nécessaire pour obtenir une épreuve positive ordinaire au chlorure d’argent.
Quand on retire la glace du châssis, on aperçoit le dessin se'détachant en blanc sur le fond jaune du reste] de la surface; on le laisse à l’abri de la lumière prendre la température ambiante, et il s’bumectc aux dépens de l’eau atmosphérique dans toutes les parties qui ont reçu l’action de la lumière. On passe alors sur sa surface, à l’aide d’un pinceau trèsdoux, une poudre charbonneuse ou autre; on voit aussitôt apparaître le dessin , le charbon ou la matière pulvérulente très-divisée ne se fixant
(1) Bulletin de lu Société française de photographie , t. 6, p. 212 et 304. — Poitevin, ouvrage déjà cité, p. 149. •
que sur les endroits impressionnés, et en quantité à peu près proportionnelle à la quantité de lumière qui a traversé le cliché.
Lorsque l’épreuve est obtenue avec les précautions nécessaires, on peut la conserver ainsi en la vernissant. Si au lieu de charbon ou de couleur végétale on emploie des oxydes métalliques ou des émaux en poudre, on peut taire fondre dans une moufle ces corps colorants, et ils forment à la surface du verre un dessin inaltérable; on opérerait de la même manière sur porcelaine. Pour avoir, dans ce cas, des noirs trèsintenses, il faut faire usage de composés d’iridium.
Dans le cas où l’épreuve obtenue sur verre doit être reportée sur papier, on verse sur sa surface immédiatement après la fixation du carbone une couche de collodion, et on la baigne dans de l’eau légèrement acidulée par l’acide chlorhydrique, pour enlever toute trace de sel de fer. On applique ensuite sur la surface collodionnée lavée et encore humide une feuille de papier, dont on établit le contact parfait avec le collodion au moyen d’un pinceau plat en blaireau. Si l’on veut que cette feuille de papier soit celle sur laquelle l’image doit rester, on s’arrange pour qu’elle soit gélatinée, et on la laisse sécher sur le verre ; l’épreuve se détache d’elle-même; dans ce cas, l’image se trouve avoir le même sens que le négatif, ou être en sens inverse des objets. Lorsque l’on désire au contraire que l’épreuve positive au charbon soit dans le sens du modèle du cliché, le papier humide que l’on applique contre le collodion doit être du papier ordinaire, mais de dimensions un peu moindres que celles de la glace portant l’image ; on ramène tout autour, sur les bords de ce papier, les parties de la couche de collodion qui dépassent cette feuille, et on la soulève avec soin par l’un de ses coins; elle emporte le collodion, ainsi que l’image, qui est ensuite appliquée sur une feuille de papier gélatiné un peu plus grande que celle qui a servi à enlever le dessin. L’image une fois desséchée se trouve alors dans le même sens que celui des objets qui ont donné le cliché négatif. Ces opérations se font avec facilité.
Il est facile de comprendre d’après cela comment à l’aide des différents principes énoncés dans ce paragraphe, ainsi que dans le précédent, on a pu obtenir des épreuves positives sur émail ou sur verre avec différentes substances vitrifiables (1).
(1) M. Lafon de Camarsac, Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. 40, j*. 1206.—
§4. Photographie des astres. Action des lumières artificielles.
Les images de la lune et des planètes peuvent être aisément obtenues à l’aide des procédés photographiques qui viennent d’être décrits, et permettent d’étudier un grand nombre de questions scientifiques du plus haut intérêt.
On conçoit de quelle importance sont pour l’astronomie ces dessins qui représentent la position des astres pendant les éclipses ainsi que les effets lumineux qui les accompagnent, dessins qui permettent de transmettre, pour les conserver et les étudier, les images de ces phénomènes passagers qu’on était réduit à observer d’une manière fugitive.
11 est également important d’avoir des images des astres , qui, observés à des intervalles déterminés, servent à reconnaître quels sont les changements qui peuvent se produire sur leur surface; déjà, par une étude attentive des taches du soleil, on sait que l’apparition de ces taches est un phénomène périodique, et au moyen des images photographiques obtenues à certaines périodes, et comparées entre elles, on aura des éléments utiles pour savoir quels sont les mouvements qui ont lieu dans la photosphère.
Parmi les savants et les astronomes qui se sont occupés de ces questions, et qui ont obtenu des images des astres, on peut citer en France MM. Foucault, Aimé Girard, en Italie le père Secchi, en Angleterre M. Warren de la llue, et en Amérique M. Hutherfort (1). M. Warren de la Rue depuis plusieurs années s’est livré à ce genre de recherches; ii a fait élever un observatoire dans lequel un télescope à réflexion de 13 pouces d’ouverture (33 centim. environ), permet de prendre des épreuves photographiques des astres. Les images négatives de la lune obtenues à l’aide de cet appareil ont plusieurs centimètres de diamètre; ensuite, avec des moyens d’amplification on peut - obtenir des épreuves positives trois ou quatre fois plus grandes, ce qui permet d’en saisir beaucoup mieux les détails. Celles du soleil ont à peu près la même dimension; les épreuves des planètes telles que Mars, Jupiter, Saturne sont également très-belles.
Bullet. de la Société franc, de phot., t. 5, p. 241. —MM. Tcssic duMotayet Maréchal, Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. GO, p. 1239. — Bulletin de la Société franc, de phot., t. 1 1, p. 175. — Poitevin, ouvrage déjà cité.
(1) Comptes rendus de V Acad, des sciences, t. 46, 47, 53, etc. — Reports of brit. Assoc. (1859), p. 152. — PhilosojAiical transactions, 1. 152, part. 1, page 383, etc.
M. Warren de la Rue à l’aide de ces impressions photographiques a pu réaliser une idée très-originale : la distance des planètes à la terre est telle que les images apparaissent toujours comme des figures plates sans relief. On ne pourrait [appliquer là les principes de la stéréoscopie, car sur la surface terrestre on ne trouverait pas deux stations assez distantes pour donner l’angle visuel nécessaire afin que les deux épreuves photographiques produisissent la sensation de relief dans un stéréoscope. Mais au lieu de faire varier le point de vue il a fait varier, dans le même lieu, l’instant de l’observation de quelques heures ou de plusieurs mois, suivant les astres à représenter; pour la planète Mars, par exemple, deux heures donnent une rotation d’une trentaine de degrés ; pour la lune la libration est telle qu’au bout d’un temps qu’on peut calculer, l’observateur la voit un peu plus de côté qu’elle ne se trouvait auparavant; deux épreuves étant ramenées à avoir la même dimension peuvent donc se trouver l’une par rapport à l’autre dans les mêmes conditions que deux épreuves stéréoscopiques ordinaires, et placées dans un stéréoscope donner la sensation de relief.
Dans ces diverses circonstances, la lumière active sur les substances impressionnables est la lumière solaire réfléchie par les planètes, et les conditions d’intensité seules règlent le temps nécessaire pour la production des épreuves, si l’on compare ce temps à celui qui est nécessaire pour la formation des images photographiques ordinaires. Quant aux lumières artificielles dont' on peut se servir pour la production des images de la chambre noire, elles agissent non-seulement en raison de leur intensité, mais surtout en raison de leur composition et de la plus ou moins grande quantité de rayons très-réfrangibles qu’elles renferment; on a vu en effet dans le livre précédent, page 79 et suivantes, que les rayons les plus réfrangibles sont ceux qui exercent l’action chimique la plus énergique pour colorer les sels d’argent. Il n’est donc pas nécessaire de revenir de nouveau sur ce sujet, et il suffira de rappeler ici que parmi les lumières artificielles dont on peut se servir avec avantage en photographie, on doit placer la lumière de l’arc voltaïque ainsi que celle qui résulte de la combustion du magnésium, et, dans quelques cas peut-être , la lumière provenant de la combustion du sulfure de carbone.
PHOTOGRAPHIE