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chargés; pour des demi-plaques et des plaques entières, quatre, cinq et même six couples. Pour les expériences courantes il est inutile, dans la mesure du gaz dégagé dans le voltamètre, de faire la correction delà pression , et de la tension de la vapeur d’eau ; il suffit de maintenir la température à 10 ou 12 degrés, et de disposer l’éprouvette graduée de façon à ce que le gaz hydrogène soit pris à la pression ordinaire, au moment où l’on observe son volume.

Il résulte des déterminations faites à l’aide de préparations opérées sur des surfaces d’argent de 10e, 6 sur 8 centimètres qu’en rapportant tout à l’unité de surface, et en évaluant le chlore d’après le volume de l'hydrogène du voltamètre déterminé en centimètres cubes, il faut par décimètre carré :

de chlore pour que la teinte violette de la couche du deuxième ordre commence à paraître.

De 3rc,80 j pour la teinte violette du troisième ordre, donnant déjà de à 3cc,9û( bonnnes impressions colorées.

pour que la couche du quatrième ordre ait une épaisseur suffisante pour donner de belles reproductions «clés spectres lumineux.

Si Ton avait la densité exacte de ce chlorure, rien ne serait plus facile que de déduire des résultats précédents l’épaisseur de la couche impressionnable. Or, comme on ne connaît pas sa composition chimique, on ne peut faire que des suppositions à ce sujet. En admettant, par exemple, que la densité de ce chlorure soit la môme que celle du chlorure blanc fondu, et que cette densité soit 5,277, on trouve que chaque centimètre cube de chlore donnerait sur 1 décimètre carré de surface d'argent une couche de chlorure d’une épaisseur de^'^de millimètre; cela ferait pour l’épaisseur correspondant à 4 centimètres cubes, de millimètre, et pour 7 centimètres cubes s|-8 de millimètre. Mais, vu l’incertitude où l’on est sur la composition du corps impressionnable, on doit s’en tenir à la détermination de la quantité de matière d’après la proportion de chlore transportée sur la surface de la lame d’argent.

Je ferai remarquer que ce procédé se prêterait bien à la détermination de l’épaisseur des lames minces produites au moyen des actions électriques à la surface des plaques métalliques par l’oxyde de plomb, de manganèse, etc., suivant la méthode expérimentale découverte par mon père(l).

De 6CC,50

à cc<yjo

(1) Comptes rendus deVAcad. des sciences, 1. 17 , p. 1 cl 53; I. 18, p. 197. — Becquerel, Traité d' électro-chimie, 2me édit. (18G4), p. 490.

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En laissant le courant électrique agir plus longtemps qu’il vient d’être dit, la lame devient noire par suite d’une plus grande épaisseur de chlorure d’argent, mais ne donnerait pas d’aussi bons résultats sous l’action de la lumière. Il faut opérer entre les limites de 4 à 7 centimètres cubes de chlore par décimètre carré, suivant l’épaisseur de la couche dont on a besoin. Plus la couche est mince, plus la substance est impressionnable, mais aussi moins les nuances colorées sont belles. Les plaques préparées ainsi peuvent se conserver à l’abri de la lumière aussi longtemps que cela est nécessaire, et reçoivent toujours également bien les impressions lumineuses colorées.

On a vu plus haut que si l’on plongeait une lame d’argent dans une dissolution contenant des chlorures et capable de céder du chlore à l’argent, on avait une couche de sous-chlorure pouvant donner des impressions colorées; si l’on plonge dans ces liquides des papiers argentés, des lames de verre recouvertes de collodion dans lequel se trouve incorporé de l’argent réduit ( préparées en exposant à la lumière le collodion contenant de l’azotate d’argent et en le traitant par un sel réducteur), on obtient également des surfaces qui jouissent de la même faculté; mais les effets sont moins beaux et bien moins complets que ceux que l’on peut obtenir avec des lames métalliques.

M. Poitevin (1), en partant de ces résultats, a cherché à obtenir également sur papier des images colorées. Il a mis le sous-chlorure d’argent violet en présence d’un sel oxygéné, et il lui a paru qu’il obtenait des résultats meilleurs que sans celle addition. Voici le procédé employé : du papier photographique étant préalablement recouvert d’une couche de sous-chlorure d’argent violet, obtenu par la réduction à la lumière du chlorure blanc en présence d’un sel réducteur (en général * le protochlorure d’étain) et bien lavé, on applique sur sa surface un liquide formé par un mélange de 1 volume d’une dissolution de bichromate de potasse, de I volume d’une dissolution saturée de sulfate de cuivre et de 1 volume d’une dissolution à 5 p. 100 de chlorure de potassium. On laisse sécher ce papier, et on le conserve à l'obscurité.

A l’aide de ce papier, on peut obtenir des épreuves du spectre lumineux avec ses nuances, mais moins belles que sur plaques; les teintes bleues et violettes surtout sont moins vives , mais les blancs dans les reproductions de tableaux colorés ou de peinture sur verre sont bien tran-

(1) Comptes rendus deVAcad. des sciences, t. 61, p. mi (1865).

cliés. Ce papier n’est pas plus rapidement impressionnable ni plus stable à la lumière que les plaques préparées comme il a été dit plus haut; aussi je préfère leur emploi dans tous les cas : il facilite seulement l’obtention des images colorées, car la préparation est simple.

Le sous-chlorure d’argent violet est le seul corps chimiquement impressionnable qui, véritable rétine minérale, jouisse jusqu’ici de la propriété remarquable de reproduire les nuances des rayons lumineux actifs et de peindre avec la lumière. Les iodures, bromures, etc., d’argent ne donnent aucune couleur, et même il suffi t que le chlorure soit mélangé d’un peu de ces composés pour que toute nuance disparaisse.

§ 2. Modification produite par la chaleur et par les râpons infra-rouges

sur la couche sensible .

Une observation quej’ai faite dès le début de mes recherches a montré que l’on pouvait faire subir à la plaque recouverte de chlorure une préparation qui la place dans toutes autres conditions et montre combien sont grandes les modifications que l’on peut apporter à celte substance impressionnable si extraordinaire. Cette préparation consiste à recuire la lame, c’est-à-dire à élever sa température dans l’obscurité ou mieux dans une salle faiblement éclairée, afin de pouvoir juger de la transformation de la substance par ses changements de couleur. On place pour cela la lame préparée sur un petit trépied de 2 décimètres de hauteur, de façon à ce que la partie chlorurée soit au-dessus ; en promenant alors au-dessous delà lame la flamme d’une lampe à alcool, on échauffe cette lame graduellement et uniformément. On ne tarde pas à s’apercevoir, lorsque la température est voisine de 100°, que la couche sensible prend une teinte rosâtre; si l’on continue à chauffer, la couche devient rose, et quand on approche de la température rouge le chlorure fond et la surface impressionnable est détruite; il faut se garder d’atteindre ce point.

La lumière n’agit pas de la même manière sur celte plaque chauffée qu’avant de lui faire subir ce recuit. La lumière diffuse ou la lumière solaire directe agit en blanc sur la substance; en outre, les teintes des images colorées sont claires au lieu d’être sombres comme auparavant. Mais si d’un côté le recuit est avantageux, d’un autre il présente des inconvénients : avant l’élévation de température, les teintes jaunes, vertes, bleues , viennent bien sur les lames; après le

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recuit, s’il a été trop élevé , les teintes jaunes et vertes sont beaucoup plus affaiblies et tournent au blanc ; il y a là un écueil à éviter : on a pu y remedier en opérant à une température beaucoup plus basse et prolongeant le temps du recuit.

Pour atteindre ce but on a employé une étuve à eau, chauffée à l’aide d’une lampe ou d’un bec de gaz, de telle sorte que l’on pût maintenir la température sensiblement constante pendant très-longtemps. On a vu alors qu’en maintenant la température de 30 à 35 degrés, et qu’en laissant les lames préparées exposées ainsi pendant plusieurs jours à l’action de la chaleur, la surface de ces lames change lentement de nuance, et l’effet alieucommeà l’aide d’un recuit à plus haute.température, mais avec de bien meilleurs résultats. En variant la durée de l’exposition des lames dans l’étuve, de trois ou quatre jours à six semaines, on a reconnu qu’après huit ou dix jours elles étaient dans un état convenable pour certaines expériences , surtout pour les reproductions des images colorées de la chambre noire.

Mais quelle est la nature de l’effet produit par une différence de température aussi faible soutenue pendant plusieurs jours sur le chlorure d’argent qui recouvre les lames? Il se manifeste probablement, dans cette circonstance , une modification dans l’état physique de la substance impressionnable, de façon que la lumière agit différemment sur elle ; ce serait alors une action du genre de celle qui se produit lors de la formation du phosphore rouge. Du reste, je dois dire que j’ai placédans l’étuve des lames daguerriennes iodurées ordinaires, et qu’au bout de vingt-quatre heures, au lieu d’une couche d’iodure d’argent jaune d’or à la surface de la lame de plaqué, il s’est trouvé une couche blanchâtre indiquant une modification profonde de la matière sensible. Je n’ai pas cherché à constater les qualités de cette matière comme substance photogénique, puisqu’elle ne produit pas d’impressions colorées; mais je rapporte l’expérience pour montrer que l’iodure d’argent, comme le chlorure, éprouve une altération par suite d’une élévation de température très-faible, mais soutenue.

L’action de certaines parties du rayonnement solaire peut produire les mêmes effets que l’action de la chaleur. Quand on examine l’effet produit par les rayons rouges extrêmes du spectre sur les surfaces impressionnables, et, ainsi qu’on le verra plus loin, quand les lames ne sont pas recuites, elles prennent Bans cette partie de l’image prismatique entre les raies noires B et A et au delà de A une couleur violette qui

fonce rapidement et tourne au noir. On peut facilement avoir un écran mixte formé par la réunion d’un verre rouge foncé (coloré par le protoxyde de cuivre) et d’un verre bleu foncé (coloré avec le cobalt), qui ne laisse passer que ces rayons extrêmes et qui donne aux lames la même teinte foncée. Lorsqu’on vientà placer sous un tel écran une plaque préparée à la pile, mais non recuite, et qu’on l’expose aux rayons solaires pendant une heure ou deux, suivant l’intensité lumineuse, ou bien à la lumière diffuse pendant un jour ou deux, on la retire colorée en violet foncé, ou même presque noire; en se servant alors de cette lame pour recevoir l’image du spectre ou delà chambre noire, on trouve ce résultat remarquable qu’elle donne des teintes claires sur un fond noir, et que la lumière blanche agit en blanc, non pas avec autant d’intensité qu’en recuisant les lames, mais néanmoins avec assez de netteté.

Ainsi l’action des rayons rouges extrêmes donne à la couche impressionnable de sous-chlorure violet les mêmes propriétés que la chaleur, mais avec cet avantage que le fond reste sombre, au lieu de passer au rose; en outre, les teintes jaunes et vertes viennent très-bien sur cette surface, ce qui n’a pas lieu par le simple recuit. On peut également faire subir d’abord celle dernière préparation à une plaque préparée, puis ensuite élever sa température, c’est-à-dire employer successivement ces deux actions physiques.

On va indiquer dans le paragraphe suivant quels sont les effets produits sur les surfaces préparées simplement à la pile, ainsi que sur les lames recuites, ou bien exposées à l’action des rayons rouges extrêmes sous un écran mixte semblable à celui dont il vient d’être question.

§3. Effets produits par les rayons différemment réf rangibles ; spectre solaire ,

écrans incolores et écrans colorés.

Le seul moyen d’étudier d’une manière exacte l’action des rayons différemment réfrangibles consiste à examiner les effets produits sous l’influence des diverses parties du spectre lumineux.

L’épaisseur de la couche impressionnable a une grande influence sur les résultats obtenus : trop mince ou trop épaisse, les couleurs des différentes parties du speclre laissent beaucoup à désirer. Le seul inconvé- * nient qu’il y ait à opérer avec des couches d’une certaine épaisseur, c’est que plus la couche est épaisse plus l’action est lente à se manifester. Pour obtenir de bons effets, il faut préparer le chlorure dans l’obscurité,

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de façon à mettre de 6cc,50à6cc,90 de chlore par décimètre carré de surface, c’est-à-dire à. avoir une lame mince du quatrième ou du cinquième ordre des anneaux colorés.

Les plaques qui ont servi aux expériences avaient presque toujours, comme on Ta dit plus haut, 106 millimètres de longueur sur 80 millimètres de largeur. Le spectre était produit par un faisceau lumineux réfléchi sur la glace métallique d’un hélioslat, se réfractant au travers d’un prisme de sulfure de carbone blanc, ou de ilint blanc, puis traversant une lentille achromatique de 30 centimètres de foyer; il avait donc environ 80 millimètres de longueur sur 12 à 15 millimètres de largeur. Si l’ouverture du volet de la chambre noire est une fente mince d’un demi-millimètre de largeur, le spectre présente les raies noires bien marquées, mais alors il faut plusieurs heures d’action pour obtenir une belle reproduction photographique colorée du spectre lumineux. Si l’on veut hâter l’apparition de l’image du spectre, on donne à l’ouverture du volet une plus grande largeur, et l’action est plus rapide.

Surfaces impressionnables non recuites. — La partie de la lame qui commence à s’impressionner dans le spectre solaire est celle qui correspond au vert, au jaune, à l’orangé et au rouge, c’est-à-dire aux parties les plus lumineuses du spectre. Les points frappés par les rayons lumineux prennent des teintes qui correspondent à celles du spectre. En laissant continuer l’action, le bleu et le violet ne tardent pas à paraître, en même temps que les autres parties de l’impression prismatique prennent plus d’éclat. Seulement, la portion rouge de l’image qui correspond à larégion située entre B et A, près de A, fonce rapidement et devient violet foncé ou plutôt d’une nuance amarante foncée ; cette coloration se continue même au delà de A, là où la rétine n’est plus impressionnée par la lumière. On juge des différentes teintes en arrêtant de temps en temps par un écran les rayons lumineux, et en examinant avec une lampe ou à l’aide de la lumière diffuse l’impression obtenue.

Au bout de plusieurs heures, si le spectre est peu intense, on a une très-belle reproduction du spectre lumineux avec toutes ses nuances : l’orangé, le vert, le bleu, le violet ont des tons très-vifs; le rouge seul entre B et A est assez sombre. Sans cette teinte amarante ou puce foncée dans cette dernière région, on aurait la reproduction du spectre lumineux avec ses nuances correspondantes aux rayons actifs ; mais on doit remarquer qu’au commencement de l’action, dans les points où la teinte amarante foncée apparaît ensuite, vers le rouge extrême etau delà, l’im-

pression est rouge et de môme nuance que celle du rouge du spectre.

Pour bien juger des tons jaunes, orangés et verts, il faut dilater le spectre. On opère alors en réfractant la lumière au travers de deux prismes placés l’un après l’autre, et l’on peut ainsi étaler à volonté les différentes parties de l’image prismatique. On voit de celte manière que les teintes obtenues sur les lames préparées comme je l’ai dit sont semblables à celles du spectre lumineux. La comparaison des nuances est très-difficile à faire , cependant je puis citer l’expérience suivante comme étant assez facile à répéter : après avoir obtenu une bonne impression colorée du spectre, on isole chaque portion successivement, et l’on promène ces espaces différemment colorés dans le spectre lumineux; on voit alors que cette portion paraît plus brillante dans la partie du spectre qui l’a produite que dans toute autre : ce qui montre bien que les rayons de même réfrangibilité que ceux qui ont donné lieu à cet effet sont réfléchis en plus grande abondance que les autres.

Si on laissait la plaque exposée au spectre pendant un temps plus long que celui qui a été indiqué, une teinte grise commencerait à se montrer dans le jaune et le vert, puis gagnerait peu à peu les autres parties du spectre à mesure que l’action se continuerait, et l’on finirait par avoir une impression monochromatique provenant de la décomposition complète de la substance impressionnable dans toute l’étendue du spectre. C’estdonc lors du passage d’un état à un autre de la matière impressionnable que chaque rayon imprime sa couleur à cette matière ; et lorsque la transformation chimique que les rayons provoquent est entièrement terminée, les couleurs ont disparu.

On peut remarquer dans ces images photographiques colorées du spectre solaire que l’action se limite à l’extrême violet visible et ne s’étend pas beaucoup au delà de H. Dans mes premiers travaux, la méthode de préparation ne m’avait pas permis d’atteindre ce but, et il se manifestait une action dans cette région. Ce résultat paraît tenir à ce que la préparation électro-chimique du composé sensible ayant lieu rapidement, on évite la formation du chlorure blanc, qui est impressionné au delà du violet.

Si l’on opère à l’aide d’une petite ouverture du volet de la chambre noire, on sait que l’image duspectre donne bien nettement les raies, mais les impressions photographiques colorées, à l’exception des grosses raies H, G, F, A, ne les présentent pas. Cet effet tient peut-ctre à une espèce

d’irradiation qui fait que sur le chlorure impressionné par la lumière l’action ne se limite pas exactement aux points frappés et gagne un peu les parties voisines, à mesure que l’impression se produit et que l’on prolonge la durée de l’expérience.

Surfaces impressionnables recuites. — Le recuit des lames, comme il a été dit plus haut, a pour effet de donner des surfaces sensibles qui reçoivent des impressions des spectres lumineux présentant des teintes plus claires que le ton général formant le fond delà plaque; mais en même temps les couleurs jaunes et vertes sont moins marquées, tandis que les couleurs rouges, bleues et violettes ont des nuances aussi belles. Si la lame a été peu chauffée, et que la surface ait seulement une teinte bois, c’est-à-dire un peu rougeâtre, alors le spectre s’imprime bien avec toutes ses couleurs; le jaune se marque ainsi que le vert; le bleuet le violet deviennent superbes ; l’orangé se peint bieiLetle rouge aussi, mais toujours au delà de la raie A, à l'extrême rouge, la couleur amarante ou puce se produit, et cette portion de l’image finit même par acquérir une teinte presque noire. Quant à l’impression qui tend à se manifester au delà du violet, elle est en général plus faible. La lumière blanche donne seulement une teinte grise, et non pas un beau blanc comme si le recuit eût été fait à une température plus élevée.

Lorsqu’on opère avec, des lames chauffées davantage, l’image du spectre devient plus claire; mais aussi les diverses nuances colorées disparaissent de plus en plus. Si la couche sensible est rose, l’image prismatique ne présente plus de bien distinctes que les couleurs rouges, bleues et violettes : le vert et le jaune se marquent en blanc légèrement jaunâtre, mais la lumière blanche agit en donnant une belle teinte blanche , et la couleur puce ou amarante à l’extrême rouge n’est plus sensible.

Enfin, si la plaque a été chauffée jusqu’au commencement de fusion du chlorure d’argent, alors l’image se détache en blanc jaunâtre sur un fond rougeâtre plus sombre et n’est colorée qu’à ses extrémités, d’un côté en bleu tournant au violet, de l’autre au rouge. Les teintes intermédiaires ont disparu et sont remplacées par une nuance blanche légèrement jaunâtre.

Ainsi à mesure que la substance impressionnable est recuite à une température plus élevée, les teintes vertes, jaunes et orangées, c’està-dire les parties centrales de l’image prismatique s’impriment en blanc. Mais si l’on se borne à placer les lames pendant quelques jours

EFFETS DE EA LUMIÈRE

dans l’étuve chauffée de 27 à 30 degrés, on évite en partie cette extinction des couleurs vertes et jaunes lors de l’action du spectre, et d'un autre côté l’on diminue beaucoup la teinte foncée qui se produit entre B et A, et qui se prolonge au delà du rouge extrême A.

Surfaces impressionnables soumises à l’action des rayons rouges extrêmes. — D’après ce que l’on a vu dans le paragraphe précédent l’action exercée par les rayons les moins réfrangibles de la lumière est très-remarquable en ce qu’elle conduit à un résultat analogue à celui que l’on obtient en élevant la température des lames. Il semble donc que dans l’un et l’autre cas une modification physique du même ordre se manifeste ; et cela est d’autant plus curieux que la partie du spectre où ce phénomène se produit est précisément celle où se trouve le maximum de chaleur : mais dans ces expériences l’élévation de température des lames dans le rouge extrême n’est pas appréciable, et l’effet est produit par une action particulière de celte portion du rayonnement lumineux.

Le spectre solaire impressionne vivement la surface ainsi modifiée par une exposition préalable aux rayons solaires sous un écran mixte formé par des verres rouge et bleu, écran qui ne laisse passer que le rouge extrême du spectre. L’action commence, comme précédemment, dans l’orangé, le jaune et le vert ; elle s’étend peu à peu et plus lentement vers le bleu et le violet d’un côté, puis vers le rouge de l’autre. Toutes les teintes sont claires comme si les lames eussent été recuites, à l’exception du bleu extrême et du violet, si l’action des rayons rouges a été trop prolongée; mais l’impression prismatique est beaucoup plus belle, en ce cens que le vert, le jaune 'et l’orangé ont des nuances plus vives qu’avant l’action des rayons rouges extrêmes. Ainsi, à l’avantage que possède le chlorure modifié par les rayons les moins réfrangibles sur celui qui a subi le recuit, de donner un fond noir sur lequel viennent se peindre les différentes nuances prismatiques, se joint celui de conserver les teintes vertes et jaunes.

Du côté du rouge, l’image du spectre ne donne une teinte brillante que jusqu’en B; à partir de celte ligne, la teinte foncée qui se serait produite, étant celle qui domine sur toute la surface, aucun effet n’a lieu dans les premiers instants; cependant, si primitivement le chlorure n’a séjourné qu’un temps insuffisant sous l’écran mixte qui ne laisse passer que le rouge extrême, le spectre solaire donne encore une impression foncée au delà de B et de A. Si l’action de l’écran a été

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suffisamment prolongée, alors faction du spectre se limite vers B, peut-être un peu au delà, et s’étend à peine jusqu’à A; dans ce cas, l’impression colorée que reçoit le chlorure est d’une longueur un peu moindre que celle du spectre lumineux lui-même. On peut dire que si cette teinte noire du rouge extrême ne se produisait pas, ce mode de préparation du chlorure permettrait de rendre le mieux possible les différentes teintes des rayons lumineux agissant sur la surface impressionnable.

Ecrans incolores et colorés. — On a vu dans le livre précédent quelle était l’action des écrans incolores et colorés sur les matières impressionnables, et ce qui a été dit sur ce sujet s’applique au sous-chlorure d’argent, que l’on étudie dans ce chapitre. Ainsi les écrans incolores et transparents ne peuvent avoir d’action absorbante énergique que sur les rayons dont la réfrangibilité est moindre que le rouge ou plus grande que le violet, et laissent passer avec une égale intensité les rayons compris entre les réfrangibilités extrêmes A et H du rouge et du violet. Or, comme la matière impressionnable dont il est question ici donne les impressions colorées du spectre dans les parties correspondantes aux couleurs des rayons actifs , entre ces limites l’interposition d’un écran incolore et transparent sur la route des rayons, avant ou après leur réfraction, ne change pas les impressions prismatiques; c’est ce que l’expérience vérifie.

Mais on vient de voir qu’en outre de cette action on pouvait observer sur les lames des traces de coloration au delà du violet, et une teinte amarante au delà du rouge surtout si le recuit n’est pas suffisant; les écrans transparents pourront donc, suivant leur nature, agir sur les rayons ultra-violets et infra-rouges et même les absorber : un écran liquide de bisulfate de quinine, par exemple, mis sur la route d’un faisceau de rayons solaires avant sa réfraction arrête toute action à partir de H, et l’image du spectre obtenu se limite aux raies A et H. L’action remarquable de cet écran est très-précieuse, dans certains cas, pour la reproduction des images colorées de la chambre noire ; en effet, grâce à l’absorption que ce liquide fait éprouver aux rayons ultra-violets, la matière sensible n’est alors impressionnée qu’entre les mêmes limites de réfrangibilité que la rétine.

Il y a d’autres liquides, comme on l’a vu page 105, qui partagent avec la dissolution de bisulfate de quinine la propriété précédente, mais à un degré moindre ; ce sont la créosote, l’essence d’amandes

T. II

amères, etc. Parmi les solides, la dichroïte jouit aussi de cette faculté.

Dans certains cas, il serait nécessaire que l’on pût enlever la portion du rayonnement située au delà du rouge A, et qui agit en noircissant fortement les plaques ; mais il n’y a pas d’écran incolore jouissant exclusivement de cette propriété; on peut bien s’opposer à l’action de la partie infra-rouge du spectre, mais on absorbe egalement une portion de l’extrême rouge. Il suffit pour cela de placer sur la route des rayons lumineux un écran liquide formé par une faible dissolution de sulfate de cuivre; une dissolution de 1 partie de sulfate de cuivre pour 100 d’eau , et qui est à peine colorée, donne lieu à cet effet. Les sels de cuivre jouissent, comme on le sait, de la faculté d’arrêter les rayons rouges extrêmes, tandis que d’autres écrans bleus, comme le verre bleu de cobalt, laissent passer la partie BA du spectre lumineux.

A l’aide du recuit, ainsi qu’on l’a vu plus haut, on peut également diminuer beaucoup cette action et quelquefois la faire disparaître.

La matière impressionnable se colorant dans le spectre de toutes les nuances de cette image, les écrans colorés, tels que les verres colorés, doivent imprimer leur couleur à cette matière lorsqu’on l’expose, sous ces verres, à l’action de la lumière diffuse ou solaire. Mais il est certaines précautions à prendre pour qu’il en soit ainsi : d’abord quand on se sert d’une plaque qui n’a pas été recuite, la lumière blanche donnant une teinte violette plus ou moins foncée, celte couleur, avec certains écrans, se mede à la teinte produite par le verre coloré et masque la coloration que l’on doit observer. Il est donc nécessaire d’agir avec des plaques recuites convenablement , et même de placer sur les verres colorés un écran liquide incolore de bisulfate de quinine ou bien un de ceux qui ont été cités plus haut, afin que les rayons actifs plus réfrangibles que les rayons violets H ne viennent pas compliquer l’action.

On conçoit en effet qu’il soit bien plus important dans celte circonstance, qu’en prenant des impressions de spectre, de se servir de ces écrans, qui absorbent la partie ultra-violette de l’image prismatique ; car dans le spectre la coloration grise est rejetée en dehors du violet, tandis que sous lesj'verres colorés cet effet particulier se mêle à l’effet de coloration que l’on veut observer.

Les difficultés que l’on rencontre pour obtenir toutes les nuances des verres colorés sur les plaques recuites, et produire en même temps

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une teinte blanche sous un verre blanc, sont les mêmes que celles qui ont été signalées précédemment à propos des impressions prismatiques : si la plaque est trop recuite, le verre blanc donne une image très-blanche ; mais les verres jaunes et verts produisent une impression jaunâtre. Si elle ne l’est que peu, les verres jaunes et verts donnent des impressions colorées comme leurs nuances ; mais le verre rouge produit une teinte amarante foncée , en raison de l’action des rayons rouges extrêmes, et le verre blanc donne une couleur grise.

Cependant, avec un peu de soin, on peut préparer une plaque qui reproduit assez bien les diverses nuances des verres colorés; seulement, il ne faut pas s’attendre à avoir des couleurs comparables à celles que l’on obtient à l’aquarelle sur papier. Les teintes observées sont légères, mais assez visibles pour que des personnes habituées aux phénomènes d’optique puissent bien les apprécier.

Il est très-intéressant de reconnaître que non-seulement les rayons simples donnent leur nuance à la matière sensible, mais encore que la réunion de plusieurs d’entre eux la colore de la teinte qui résulte de leur mélange. On peut du reste se convaincre qu’il en est réellement ainsi ; il suffit de placer sur la route d’un faisceau de rayons solaires le verre coloré que l’on examine, avant de réfracter ce faisceau dans un prisme, et de recevoir sur la matière impressionnable le spectre produit par les rayons qui ont traversé ce verre : le spectre est alors composé de zones lumineuses plus ou moins séparées par des bandes obscures, et se reproduit exactement sur la plaque préparée, sauf les effets signalés plus haut et dépendant de la préparation de la matière elle-même. Ainsi le verre bleu coloré par le cobalt, s’il n’est pas trop foncé, présente un spectre interrompu par trois grandes bandes noires, placées l’une entre le rouge et l’orangé, la seconde entre l’orangé et le vert, et la troisième entre le vert et le bleu; si le verre était foncé , on ne verrait que deux taches lumineuses, l’une rouge, l’autre bleue et violette^ En recevant sur une plaque préparée ce spectre interrompu, on trouve, au bout d’un temps qui dépend de l’intensité lumineuse, que l’image obtenue est la reproduction du spectre lumineux avec les espaces obscurs dans lesquels la plaque a conservé sa teinte propre.

Ce résultat, joint â la reproduction des raies principales du spectre, montre que du moment que les rayons lumineux d’une partie du spectre sont absorbés, toute action cesse sur la matière qui nous occupe ici, comme sur toutes les substances sensibles citées anté rieure-

ment; c’est une conséquence de l’unité de rayonnement comme on l’a déjà répété à plusieurs reprises dans cet ouvrage. Si les raies fines du spectre n’ont pas été reproduites de même qu'en faisant usage de l’iodure d’argent, cela tient probablement à une irradiation causée par l’épaisseur de la couche impressionnable.

§ 4 . Reproduction des images colorées de la chambre noire ainsi que des

estampes coloriées.

Si les différentes teintes du spectre lumineux sont reproduites sur le chlorure d’argent violet préparé avec toutes les précautions qui ont été indiquées, et si, d’un autre côté, la lumière blanche donne lieu à une impression blanche, les différentes teintes composées doivent donner des impression» de même couleur qu’elles. On obtient en effet facilement les images que produit la lumière polarisée en traversant les cristaux, les anneaux colorés, les franges d’interférences, etc.; il suffit pour cela de projeter ces images sur des plaques semblables à celles qui ont servi aux expériences précédentes. Ce résultat se conçoit aisément , puisque les actions sont limitées aux extrémités visibles du spectre, et que les teintes des images obtenues sont analogues à celles des rayons actifs, simples ou mélangés.

Les anneaux colorés sont en même nombre et de mêmes nuances que ceux vus par projection. Cet effet n’a pas lieu, abstraction faite de la couleur, bien entendu, quand on opère avec d’autres substances impressionnables : en général, celles-ci sont sensibles entre d’autres limites de réfrangibilité que celles des rayons extrêmes qui agissent sur la rétine, et peuvent présenter alors des anneaux, des franges appartenant à des rayons principalement situés au delà du violet. Les effets obtenus avec le sous-chlorure d’argent tiennent à ce que ce composé, bien préparé, n’est sensible qu’entre les limites du violet et du rouge.

La question de la reproduction des images colorées de la chambre noire, ou, si l’on veut, le problème de peindre avec la lumière, m’a préoccupé dès mes premières recherches, et les essais tentés ont montré que ce but n’était pas impossible à atteindre. En 1848 (1), j’ai montré qu’en plaçant les plaques impressionnables aufoyerd’une chambre obs-

(1) Comptes rendus de P Acad., t. 26, p 181, et t. 27, p. 485. — Ann. de chim. et de physique, 3e série, t. 22, p. 451.

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cure, on pouvait avoir des impressions colorées représentant en partie les nuances de l’image. Mais du moment que les modifications dans la préparation ont donné une plus grande vivacité aux teintes produites par les rayons de différentes couleurs, il était évident que les images colorées seraient obtenues avec plus de netteté qu’auparavant. J’ai fait ainsi plusieurs reproductions; mais je dois signaler les causes qui se sont opposées à ce que les images soient comparativement aussi nettes que les épreuves si vives du spectre lumineux et des anneaux colorés. •

D’abord les surfaces d’argent qui présentent le mieux les nuances des rayons différemment réfrangibles ont de 4 à 7 centimètres cubes de cblore par décimètre carré, et ont été soumises à l’action des rayons rouges extrêmes ; le chlorure ainsi préparé est encore sensible aux rayons extrêmes rouges, et la lumière blanche donne une impression d’une teinte grise. Dans les images de la chambre noire, on a des teintes composées, plus ou moins mélangées de blanc; il est donc nécessaire que l’action de la lumière blanche ne vienne pas changer la nuance des rayons colorés don! la teinte est prédominante. Or, c’est ce qui n’a pas lieu dans ce cas; pour obtenir ce résultat il faut soumettre les plaques au recuit, et alors les clairs sont bien nettement obtenus.

On ne doit pas faire cette opération sans précautions, et il est nécessaire de suivre les indications données précédemment ; sans cela, les teintes jaunes et vertes ne viennent pas. Si le recuit est lent, on peut avoir d’assez bonnes reproductions d’images colorées à la chambre noire; mais si l’on parvenait à préparer le sous-chlorure impressionnable de manière à ce que la lumière blanche pût agir aussi vivement et donnât la même impression blanche sur le chlorure non recuit que sur celui qui l’a été, on aurait des impressions colorées ayant des teintes aussibelles que celles du spectre solaire. On peut encore modifier la surface sensible à l’aide des rayons infra-rouges comme il a été dit page 219, et on arrive également à debons résultats.

Un autre inconvénient s’oppose â la facile reproduction des images de la chambre noire : c’est le peu de rapidité avec laquelle le chlorure s’impressionne. Il faut éclairer vivement à l’aide des rayons solaires les objets que l’on veut reproduire, et malgré cette précaution il est nécessaire de prolonger l’exposition de la surface impressionnable au foyer de la chambre noire pendant plusieurs heures; quand on agit à la lumière diffuse, il faut un temps beaucoup plus long.

Si l’on applique sur une lame impressionnable une estampe coloriée de façon à ce que la partie peinte soit en contact avec la lame, que l’on presse l’estampe sur la plaque à l’aide d’une lame de verre, puis qu’on expose le tout à la lumière solaire ou diffuse, après un temps plus ou moins long, qui dépendra de l’intensité lumineuse et de l’épaisseur du papier de l’estampe, on trouvera celle-ci reproduite photographiquement avec ses couleurs sur la lame.

Mais ici il se présente les mêmes inconvénients que ceux qui viennent d’être signalés à propos des verres colorés;, en même temps que les rayons compris entre le rouge et le violet, il peut passer, par transparence, au travers du papier des rayons infra-rouges et ultra-violets ou même de la lumière diffuse, de sorte que suivant les conditions de préparation de la surface impressionnable, et suivant les matières colorantes des estampes agissant comme écrans colorés, la reproduction des couleurs est plus ou moins bonne. Quelquefois même des couleurs foncées et presque noires donnent lieu à une impression noire, en raison du passage des rayons extrêmes qui impressionnent la surface, mais qui n’agissant pas sur la rétine ne sont pas appréciables pour les observateurs. Dans ce cas, il semble que les tons noirs soient reproduits photographiquement par des noirs; ce résultat, dont on se rend aisément compte, montre qu’il ne faut pas juger l’impression qui peut être produite sur une surface impressionnable d’après l’effet optique qu’un faisceau des rayons exerce sur la rétine, ces effets pouvant être différents même avec cette matière.

Quand ou cherche à reprodpire par décalcage les estampes coloriées, les couleurs vives se marquent seules d'une manière satisfaisante et les teintes pâles n’apparaissent que très-légèrement; on doit remarquer en effet que par ce procédé les couleurs transmises par l’estampe ne sont pas très-vives, et que la lumière diffuse pénètre à travers le papier et agit sur la plaque.

Pour avoir des blancs bien marqués il est nécessaire, comme pour la reproduction des images colorées de la chambre noire, de faire subir un recuit préalable aux plaques. Mais si le recuit est trop fort, les couleurs telles que le rouge, le bleu, le bistre , le violet, paraissent seules, et les jaunes et les verts sont à peine sensibles; si au contraire les plaques ne sont pas recuites, les jaunes et les verts deviennent apparents, mais le blanc ne se produit plus. Il fauLdonc se borner à un faible recuit ou à un recuit à plus liasse température, comme on l’a

vu page 219, et risquer d’avoir des blancs plus ternes afin de faire venir en même temps les différentes couleurs. On peut même placer sur le verre qui couvre l’estampe une bouteille plate en verre bien transparent, remplie d’une solution de bisulfate de quinine a laquelle on peut ajouter une petite quantité de sulfate de cuivre; cet écran enlève alors les rayons ultra-violets ainsi que les rayons infra-rouges. Par cette addition, les blancs sont plus beaux.

Les peintures sur verre peuvent se reproduire sur les plaques par transparence, mais plus difficilement que les estampes en raison des causes d’erreur dues aux rayons extrêmes ainsi qu’on l’a expliqué plus haut à propos de l’emploi des verres colorés.

On peut également obtenir des estampes par décalcage sur papier, et l’on a décrit, page 217, une préparation qui permet d’atteindre ce but; mais avec le sous-chlorure formé sur le papier, jusqu’ici les reproductions, quoique faites avec facilité, ont donné des teintes moins belles et moins vives que sur plaques et sont aussi altérables (I).

§ 5. Altération à la lumière des images photographiques colorées produites sur

le sous-chlorure d'argent.

Lesimages photographiquescolorées duspectre et celles de la chambre obscure, une fois produites, peuvent se conserver indéfiniment dans l’obscurité; mais elles s’altèrent à la lumière, et le sous-chlorure d’argent continue à s’impressionner suivant la couleur des rayons avec lesquels on l’éclaire. Si l’on met une de ces images sous un verre rouge ou sous un verre bleu, l’image devient d’abord rouge ou bleue, pour disparaître par une action lumineuse prolongée en prenant un ton grisâtre plus ou moins foncé dans lequel on ne distingue plus aucune nuance.

Si on plonge une lame recouverte d’une image colorée du spectre ou de la chambre noire dans un des dissolvants du chlorure d’argent blanc, tel qu’une dissolution d’ammoniaque, d’hyposulfile de soude, de

(1)M. Mepce de Saint-Victor a préparé sur plaqué d’argent, depuis 1851, des reproductions d’Cstarnpes coloriées ou d’images de la chambre noire, d’après le premier procédé que j’avais découvert des 1848 ; mais, cette méthode de préparation par immersion donnant des teintes moins vives que celle qui résulte de l’emploi des courants électriques, et les résultats qu’il a cités, et qui peuvent se rapporter à ce sujet, ne me paraissant pas différer notablement de ceux qui ont été indiqués précédemment et que j’avais obtenus antérieurement, il ne me paraît pas nécessaire de les mentionner (Voir Comptes rendus de V Académie des sciences, t. 52, p. 834 (1851); t. 54, p. 215; t. 55, p. 094 et 098; et Bullet. de la Société franc, de photographie.

chlorure de sodium on de chlorures alcalins, toutes les couleurs disparaissent, et il ne reste plus que la trace du spectre, ou le dessin de l’image de la chambre obscure, lequel se détache en blanc sur le fond bruni de la plaque d’argent. Ce dessin incolore montre qu’en même temps que la surface sensible s’est colorée, il y a eu réaction chimique, puisque cette trace blanche qui reste dans les endroits frappés par la lumière a tous les caractères de l’argent métallique en poudre très-ténue s’enlevant au moindre frottement. Ce résultat prouve en outre qu’au delà d une certaine limite on ne peut produire sur la même plaque des images différentes par des alternatives d’exposition à des lumières diverses ; car après un certain temps, quand la surface a été impressionnée suffisamment, elle devient inhabile à donner des couleurs, étant chimiquement décomposée. En la traitant alors par une dissolution ammoniacale, la lame reste couverte d’une poussière d’argent métallique.

Lorsqu’on plonge ainsi dans une dissolution d’ammoniaque une lame recouverte de sous-chlorure d’argent etqui aune image du spectre assez vivement colorée, après la disparition de l’image la place occupée par le spectre apparaît comme une bande grisâtre sur le fond bruni de la plaque. En examinant cette trace avec attention lorsque la lame est encore humide, on voit que l’extrémité qui était rouge avant le lavage a une teinte verdâtre, tandis que l’extrémité auparavant violette tourne au bleuâtre: ces teintes sont complémentaires des premières; une fois la lame sèche , cet effet disparaît. On observe également le même phénomène immédiatement après l’immersion dans l’ammoniaque ou l’hyposulfite de soude des dessins colorés provenant de la reproduction des images de la chambre noire, lorsque la lame est encore humide; ainsi il y a tendance à la production des teintes complémentaires, surtout sur les parties précédemment rouges. Il est impossible, quant à présent, de rendre compte de ces effets.

Comment dans l’état actuel delà science expliquer les effets décoloration des images photographiques avec les couleurs naturelles des rayons actifs? On a vu dans le livre précédent que le sous-chlorure d’argent quand il s’altère donne lieu à un courant électrique que l’on peut facilement apprécier; or ce courant a toujours la même direction quels que soit le rayon lumineux actif et la coloration de la matière; cette circonstance , jointe à la production de la teinte grise uniforme que prend la substance dans tous les rayons quand l’aclion est suffisamment prolongée, montre que l’on ne saurait admettre autant de réactions dif-

PHOTOGRAPHIE

férentes qu’il y a de couleurs dans le spectre. Il y a transformation chimique de la matière impressionnable et en même temps, temporairement, état physique différent de cette matière suivant la réfrangibilité des rayons actifs.

La lumière étant le résultat de vibrations transmises des corps lumineux jusqu’à la rétine, et chaque rayon du spectre correspondant à une vitesse de vibration différente, il peut se faire que la substance sensible qui a été impressionnée par un rayon, c’est-à-dire par des vibrations d’une certainevitesse, aitacquis la faculté de vibrer plus facilement ensuite sous l’action des vibrations de même vitesse que celle de ce rayon. Ainsi il se produirait dans celte circonstance le même phénomène que celui qui se passe quand une réunion de sons vient frapper une corde tendue; il n’y a que les sons de même hauteur que celui rendu par la corde qui mettent celle-ci en vibration. De même, dans ces phénomènes un faisceau de lumière diffuse qui vient frapper une image colorée produite par la lumière, renfermant une masse de vibrations différentes , chaque partie de l’image vibrerait de préférence sous l’influence des rayons de même longueur d’onde que ceux qui ont agi pour la produire, et alors les rayons réfléchis par les divers points de cette image se trouveraient identiques à ceux qui lui ont donné naissance.

Mais comment se fait-il que d’autres substances chimiquement sensibles ne donnent pas lieu à des effets analogues, et qu’il n’y ait que la substance dont j’ai indiqué la préparation qui jouisse quant à présent de cette faculté de conserver les empreintes des rayons lumineux actifs? C’est ce que des recherches ultérieures pourront peut-être apprendre.

Les reproductions des images du spectre et de celles de la chambre noire avec leurs couleurs naturelles n’ont encore qu’un intérêt purement scientifique, et l’on ne peut songer à leur application actuelle, puisque ces impressions ne subsistent que dans l’obscurité et s’altèrent peu à peu à la lumière. Toutes les tentatives faites jusqu’ici pour empêcher cette altération n’ont pas réussi, et ce n’est que lors d’un état de passage que la matière sensible possède la propriété remarquable de conserver l’empreinte des rayons lumineux actifs ; quand celte matière a éprouvé sa transformation complète, toute coloration a disparu. Trouvera-t-on le moyen de conserver ces images quand elles restent exposées aux rayons solaires? les arts pourront-ils s’enrichir d’images peintes par la lumière? C’est ce que l’on ne saurait affirmer actuellement.

Mon but en insistant sur ce sujet à été de faire connaître avec détails la préparation et les effets d’une matière quant à présent unique en son genre, qui a la faculté de reproduire les nuances des rayons lumineux actifs, et qui permet de peindre avec la lumière. D’après ce qui a été dit, on voit que l’on peut arriver à des effets déjà très-nets, et je ne doute pas qu’on ne puisse encore obtenir de meilleurs résultats, tant sont profondes les modifications | physiques que l’on peut faire subir à cette matière impressionnable si remarquable.

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