I.A MAI 1ERE
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rôle de réducteurs; comme résultat final, il se produit alors de l’argent métallique. Ainsi l’azotate d’argent cristallisé ou fondu mis dans un tube à l’abri des matières organiques n’est pas altéré par les rayons lumineux ; en présence du papier, du collodion, de la gélatine, il donne rapidement de l’argent métallique. Le charbon sous l’influence de la lumière exerce également un pouvoir réducteur sur l’azotate d’argent : quand on place dans une éprouvette une dissolution de ce sel dans laquelle se trouve un morceau de charbon, à l’obscurité on n’observe rien, mais à la lumière il se dépose de l’argent métallique sur la surface de ce corps.
Je citerai encore la réaction produite entre l’iodure de potassium ou de sodium et l’argent : en mettant en digestion de l’argent métallique nouvellement précipité avec une solution assez concentrée d’iodure de potassium, il y a double décomposition ; il se forme de l’iodure d’argent, et la base est mise en liberté. Avec une solution faible de sel, l’action est très-lente , mais elle est accélérée par la lumière. On indiquera plus loin l’effet produit par le spectre lumineux sur une feuille de papier recouverte d’argent réduit et lavé avec une couche plus ou moins concentrée d’un iodure alcalin.
Un très-grand nombre de sels métalliques éprouvent une altération de la part de la lumière ; mais, sauf pour quelques-uns, on n’a pas fait uneétude aussiétendue qu’à l’égard descomposés d’argent; on n’a observé que les actions les plus frappantes, et il est probable que des recherches spéciales feraient connaître des réactions qui, n’étant pas aussi promptes, ne donnent lieu qu’à des effets moins facilement appréciables. Je vais parler des principales observations qui ont été faites avec différents composés métalliques.
Composés d'or. — Les combinaisons d’or éprouvent de la part de la lumière une action réductrice analogue à celle des composés d’argent; parmi eux on peut citer ie chlorure, l’oxyde d’or; mais les réactions n’étant pas très-promptes, elles ont été peu examinées. Néanmoins, comme on le verra dans les paragraphes suivants, on a fait usage du papier enduit de chlorure d’or pour étudier l’action de la lumière. La dissolution de chlorure d’or dans laquelle on plonge du charbon donne également, comme l’azotate d’argent, du métal réduit sur le charbon quand on l’expose aux rayons solaires.
Sels de platine. — Quelques composés de platine sont également impressionnables à la lumière, et donnent lieu à des effets analogues à
ceux que l’on observe avec les combinaisons d’or. Une réaction assez curieuse se produit avec le chlorure de platine (1) : quand, après avoir tait dissoudre du platine dans l’eau régale, on neutralise l’excès d’acide avec de la chaux, en fdtrant le liquide et en le mélangeant avec de l’eau de chaux, ce mélange reste limpide quand on le conserve à l’obscurité; mais s’il est exposé à l’action des rayons solaires, il donne immédiatement lieu il un précipité. A. la lumière diffuse, l’action a lieu plus lentement. Le précipité est de l’oxyde de platine , et il se manifeste dans cette circonstance, le môme effet qu’avec certains sels de peroxyde de 1er, d’urane et de mercure , dont il va être question; il y a décomposition partielle du composé et passage du métal de l’état de bichlorure à l’état de protochlorure. M. J. Herschell a observé que l’effet était produit par l’extrémité violette du spectre.
Sels de molybdène. — Une réduction partielle s’observe aussi avec le sulfate de molybdène qui, d’après l’observation de M. Phypson (2), se colore en bleu à la lumière, pour perdre sa couleur à l’obscurité en reprenant de l’oxygène.
Combinaisons de plomb. — Plusieurs composés de plomb sont sensibles à l’influence des rayons solaires, et l’on a vu dans le paragraphe précédent, page 54, que le protoxyde de plomb s’oxydait alors en présence de l’air. Le minium se colore aussi à la lumière, mais moins rapidement que le protoxyde jaune. Le peroxyde, d’après Davy (3), quand il est humide, changerait également de couleur, et ce changement aurait lieu dans les rayons rouges, tandis que dans le violet du spectre il ne serait pas affecté. J’ai éru observer une légère décoloration sur du peroxyde puce de plomb très-pur exposé pendant quelque temps à la lumière sous un verre blanc; c’est un sujet qui mérite d’être étudié de nouveau.
L’iodure de plomb éprouve sous l’influence solaire une altération sensible (4); mais la décomposition de l’iodure et le départ de l’iode sont rendus bien manifestes en mélangeant ce corps, après sa précipitation, avec une gelée d’amidon (5), qui a la propriété de se colorer en bleu par
(1) Philos, magas., juin 1832. — Ilerschcl, Traité d'optique , traduct. franc., tom. 2, p. 582. •
(2) Bulletin de la Société de photographie, t. 9, p. 286.
(3) Davy, Éléments de philosophie chimique; traduct. de van Mons, t. 1 , p. 335.
(4) Becquerel, Traité de physique, t. 2, p. 497.
(5) Mémoire de M. Boussieu, Bulletin de la Société française de photographie, t. 2 p. 149.
les moindres traces d’iode en formant de l’iodure bleu d’amidon. La teinte de l’iodure, au lieu de rester jaune, devient verte plus ou moins foncée, par suite du mélange des deux couleurs jaunes et bleues. On peut même obtenir ainsi un papier sensitif dont l’iodure de plomb est la matière impressionnable.
Combinaisons île cuivre. — Une plaque de cuivre exposée à la vapeur d’iode, comme la 'plaque daguerrienne, se recouvre d’une couche d’iodure faiblement impressionnable, et les cristaux blancs de proto-chlorure de cuivre noircissent à la lumière; ainsi, plusieurs composés de ce métal doivent être rangés parmi les matières altérables sous l’influence des rayons lumineux.
J’ai employé le moyen suivant pour obtenir du proto-chlorure de cuivre impressionnable, sur lequel j’ai pu étudier l’action du spectre, comme on le verra dans le chapitre suivant. Voici ce que j’extrais des notes du cahier d’expériences d’octobre 1847. « En exposant une plaque « de cuivre à la vapeur d’acide chlorhydrique, elle prend une légère « teinte, comme si on la couvrait d’un voile blanchâtre. Dans cet état, elle « est couverte de proto-chlorure de cuivre, et à la lumière elle passe ra- « pidement au noir...... Les plaques de cuivre exposées aux vapeurs de
brome et d’iode changent également de couleur, et même j’ai observé qu’une lame de cuivre chauffée et couverte d’oxyde, lorsqu’elle devient jaunâtre, est assez sensible à la lumière; quand une lame ainsi oxydée est exposée à la vapeur d’acide chlorhydrique , elle devient même très-impressionnable.
MM. Garnier et Salmon (1) se sont occupés de l’action exercée par la lumière sur l’iodure de cuivre préparé par les plaques de cuivre et la vapeur d’iode. M. B. Renault (2) a obtenu des couches de chlorure, bromure, iodure et fluorure de cuivre impressionnables à la lumière en plongeant des lames de cuivre dans des liquides pouvant leur céder du chlore, du brome, de l’iode ou du fluor. D’après les différences de solubilité des sels insolés et non insolés, il a pu conserver des impressions faites sur ces surfaces sensibles.
Composés de mercure. — Les oxydes de mercure sont altérés par la lumière, le bioxyde comme le protoxyde; ils perdent probablement de l’oxygène. D’après Davy (3), l’oxyde de mercure obtenu* par
(1) Corn nies rendus de VAcad. — Bullet. de la Société de ph., t. 13, i». 9-7.
(2) Bulletin de la Sociélé de photographie, t. 10, p. 317 et 347.
(3) Davy, Philosoph. chimique, ouvrage déjà cité , t. 1, p. 335.
EFFETS CFIIM1QUES.
une solution de potasse et le calomel (protochlorure) exposé au spectre change de couleur, et devient rouge dans les rayons rouges en absorbant de l’oxygène ; les rayons violets, au contraire, décolorent l’oxyde rouge de mercure humide. La première réaction est due à la décomposition du protoxyde en bioxyde et en mercure, qui se fait avec la plus grande facilité et qui a lieu tout aussi bien à la chaleur de l’eau bouillante que sous l’influence de la lumière (1). L’expérience peut se faire aisément en plaçant le protoxyde dans un tube comme celui de la figure 44 page 48 et en l’exposant à la lumière; on voit -alors que dans le vide comme dans l’air sa teinte noire devient plus claire et passe au jaune par places. Si l’on trempe une feuille de papier successivement dans des solutions de proto-azotate de mercure et de potasse, on forme un dépôt de protoxyde de mercure, qui se décolore un peu à la lumière, mais tout en restant grisâtre.
Quant à l’oxyde de mercure exposé sous l’eau à la lumière solaire, il prend à sa surface une teinte noire; il se dégage, à ce qu’il paraît, des bulles de gaz oxygène (2).
Le protochlorure de mercure s’altère aussi, quoique faiblement; quant au proto-iodure, il est rapidement impressionnable. Une feuille de papier lavée simplement avec une dissolution d’azotate de mercure donne aussi une coloration à la lumière et une réduction métallique.
On a cité la décomposition qui s’opère entre une dissolution d’oxalate d’ammoniaque et de bichlorure de mercure quand le mélange est exposé à la lumière; il y a formation de sel ammoniac, précipitation de protochlorure de mercure (calomel) et dégagement d’acide carbonique. M. Poitevin a reconnu que le mélange de ce même sel de mercure avec l’alloxanline donne au soleil du protochlorure de mercure avec dégagement de gaz (3).
Dans le cours d’expériences faites avec M. Fremy, nous avons observé que l’on avait une action très-nette et très-tranchée, sans dégagement de gaz, en mélangeant une dissolution d’acide oxalique avec une dissolution de bichlorure de mercure. A l’obscurité, ou sous l’influence de la chaleur, les deux liquides ne se troublent pas, et il n’y a pas réaction entre les corps; mais à la lumière solaire, comme à la lumière diffuse, le mélange se trouble aussitôt et un précipité blanc se forme. Ce précipité
(1) Berzelius, Traité de chimie, trad. franç., 2e édition, t. 2, p. 4<j7.
(2) Ibid., t. 3, p. 111.
(3) Poitevin, Traité de l’impression photogr. sans sels d'argent, p. 134.
est du protochlorure de mercure parfaitement pur. Les proportions qui ont le mieux réussi sont les suivantes : pour 400 gr. d’eau, 6 gr. 5 de bichlorure de mercure et 42 gr. 5 d’acide oxalique. Les deux nombres G, 5 et 12,5 sont sensiblement proportionnels aux équivalents des substances, et ces proportions permettent leur solution complète dans les 100 gr. d’eau à la température ordinaire. Dans le quatrième chapitre de ce livre il sera question de l’emploi de cette substance pour étudier l’intensité des rayons actifs.
Cette réaction indique que sous l’influence de la lumière le bichlorure de mercure est partiellement réduit ; le protochlorure formé étant insoluble se précipite aussitôt. Quant à l’équivalent de chlore mis en liberté, il se porte sur un équivalent d’hydrogène de l’eau pour former de l’acide chlorhydrique, et l’oxygène correspondant en reagissant sur l’acide oxalique donne de l’acide carbonique, qui reste dans la liqueur et se dégage peu à peu.
Cette action de la lumière sur certaines combinaisons permet de concevoir comment M. Hunt (4) a obtenu des précipités différents en mélangeant à des solutions d’argent ou de mercure, insolées ou non insolées, des sels capables de produire des précipitations; dans le cas des dissolutions insolées, une partie des combinaisons ont dû passer à un état d’oxydation moindre. M. J. Herscbella également montré quelle était l’action de la lumière sur le proto-azotate de mercure isolé ou mélangé à différents sels (2).
Sels de fer. — Les sels de peroxyde de fer tendent à passer à l’état de sels de protoxyde et à perdre un équivalent d’oxygène quand ils sont soumis à l’action de la lumière; on peut citer le cyanoferrite , l’oxalate de peroxyde de fer, etc., surtout quand ils sont en présence de corps pouvant s’oxyder et leur enlever un de leurs éléments constituants. Lorsque ces corps sont isolés, ils sont décomposés, mais en faibles proportions, et les réactifs capables de déceler la présence des sels de protoxyde donnent alors des indications sur les effets produits.
Les dissolutions de perchlorure de fer dans l’alcool et l’éther se décolorent à la lumière (3); la dissolution alcoolique laisse précipiter de l’oxyde de fer, et le sel dissous passe à l’état de protocholure si
(1) Biblioth. univ. de Genève , nouvelle série, t. 59, p. 373 (i845).
(2) Philosopliical trans., 2e partie (1842), p. 1 S 1 .
(3) Berzelius, Traité de chimie, 2e édit, française, t. 3, p. 529.
l’action lumineuse est suffisamment prolongée (1). Lorsque ce sel mélangé avec des combinaisons organiques, comme l’acide oxalique ou l’acide tartrique, se trouve exposé aux rayons solaires, le passage du fer au minimum de chloruration est accompagné d’effets que l’on doit signaler :
Si l’on mélange une dissolution de perchlorure de fer avec une dissolution d’acide oxalique dans une éprouvette que l’on renverse sur un bain de même nature, à l’obscurité on n’obtient aucun effet; mais sous l’influence des rayons solaires il se produit aussitôt un dégagement abondant de gaz acide carbonique, dû à la décomposition de l’acide oxalique ; on peut comprendre la réaction en remarquant que l’on a dans le mélange Cl1 Fe -t- Ho -h C203, et qu’il vient Cl Fe + Cl H -}- 2 Co\ Mais il est possible qu’avant l’action solaire il se produise du peroxalate de fer, par le fait du mélange et que l’action lumineuse se porte sur ce composé; car M. Draper (2), qui a observé cette réaction, conseille l’emploi d’une dissolution de ce dernier sel, donnant lieu sous l’action de la lumière solaire ou diffuse à un dégagement d’acide carbonique et à une précipitation d’un sous-sel ferrugineux. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet quand il sera question des réactions à l’aide desquelles on peut évaluer la quantité d’action chimique produite par une source lumineuse déterminée.
M. Draper a reconnu la difficulté d’estimer la quantité d’acide carbonique dégagée lors de la réaction de la lumière sur le peroxalate de fer, car une partie de ce gaz reste toujours dissous dans le liquide; il a remarqué que cette dissolution de peroxalate de fer mélangée à du chlorure d’or ne donne aucune précipitation, mais qu’aussilôt que l’action de la lumière a lieu l’or se précipite, par suite de la formation du sel de fer au minimum.
M. Poitevin (3) a observé la réaction curieuse qui a lieu entre le perchlorure de fer et l’acide tartrique : Si l’on fait une dissolution de 12 à 20 parties de perchlorure de fer dans 100 parties d’eau, et de 6 à 10 parties d’acide tartrique dans la même quantité de liquide, en mêlant les deux dissolutions, on a un liquide qui peut se conserver sans altération dans l’obscurité. Etendu sur une feuille de papier ou sur du verre
(1) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. 9, p. 145.
(2) Philosoph. mag., sept. 1857. — Jliblioth. unie, de Genève. — Archives des sciences physiq., t. 36, p. 258 (1857).
(3) Ann. de chim. et de physique, 3e série, t. 62, p. 192. — Poitevin, Traité de l’impression photographique sans sels d'argent , Paris (1862), page 173.
à l’abri de la lumière, il donne lieu, après l’évaporation, à une couche sèche. Mais si la lumière vient à frapper cette surface, auss tôt les parties qui ont été éclairées deviennent hygroscopiques, et sont aptes h retenir des poussières ou d’autres matières ténues : cet effet provient de la. production du protochlorure de fer déliquescent. On verra plus tard que M. Poitevin a utilisé cette propriété pour le tirage des épreuves photographiques positives avec des matières pulvérulentes quelconques, charbon, sanguine, etc. ; il a montré qu’en formant ces images sur papier, on peut en les plongeant dans des dissolutions métalliques qui sont réduites par les sels de ferau minimum, faire apparaître des images. Tel est l’effet des sels d’or qui sont réduits par le prolochlorure de fer. L’acide gallique, qui forme de l’encre avec les sels de peroxyde, peut colorer la partie non insolée et laisser intactela partie insolée; quant au cyanoferritedepotassium, ou cyanure rouge, il donneà la partie insolée une coloration bleue.
M. Chevreul (1) a reconnu que le cyanure de fer (bleu de Prusse) est décoloré dans le vide et devient blanc sous l’influence de la lumière, et qu’en présence de l’oxygène il reprend sa coloration. Mais ce phénomène ne se produit pas de telle sorte qu’il se reforme le même composé que celui qui a été altéré par la lumière; en effet, dans le vide le. bleu de Prusse perd du cyanogène ou de l’acide cyanhydrique , et il ne reprend ensuite que de l’oxygène, en sorte qu’après des expositions multipliées et répétées à la lumière du soleil dans le vide et dans l’air, on réduirait probablement le bleu de Prusse à n’être plus que du peroxyde dé fer, mais il faudrait pour cela beaucoup de temps.
M. J. Herschcll (2; a montré que le ferrocyanure rouge de potassium, c’est-à-dire le cyanoferrite est impressionnable à la lumière ; il y a formation d’un sel de protoxyde. Si on en imprègne un papier que l’on recouvre ensuite de perchlorure de fer et qu’on l’expose à la lumière, il se forme une teinte bleue, due à la production du cyanure de fer (bleu de Prusse). Cette réaction est facile à expliquer en raison de la réduction des deux sels. Mais il se produit ensuite un effet curieux : si l’action des rayons solaires est suffisamment intense, la trace bleue disparaît et le papier devient blanc , pour se colorer de nouveau en bleu à l’obscurité. Cet effet provient de ce que le cyanure bleu de fer se désoxyde à son tour par l’ac-
(1) Recherches chimiques sur la teinture. — Mém. de VAcad. des sciences, 1. 16 (1838), t. 19, p. 491 (1835), et t. 23, p. 1 (1853).
( 2) Philosoph. transanct. (1842), 2e partie, p. 181.
lion de la lumière, puis de ce que le nouveau sel reprend sa coloration bleue à l’obscurité en reprenant de l’oxygène.
M. J. Herschell a reconnu également que les sels de fer tels que l’ammonio-citrate et l’ammonio-tartrate éprouvent à la lumière des actions du même genre que le cyanure, et que déposés sur des papiers ils peuvent donner plus ou moins rapidement des impressions colorées. Quand une feuille de papier enduite d’ammonio-citrate de fer est partiellement insolée, puis plongée dans une dissolution d’or ou d’argent, l’or ou l’argent se trouvent réduits sur les parties insolées et donnent des impressions d’une grande netteté. Si la feuille insolée est plongée dans une dissolution de cyano-ferrite de potassium, elle devient bleue par la réduction du sel comme précédemment avec le bichlorure de fer. Du reste, on peut varier beaucoup les effets de couleur obtenus à l’aide des papiers préparés au moyen des composés ferrugineux et d’après les principes précédents.
M. Draper (1) a observé que lorsqu’une feuille de papier, après avoir été placée sur une solution de bleu de Prusse dans l’oxalate d’ammoniaque, est exposée à l’action de la lumière sous.un clicbé photographique, on voit les portions qui en subissent l’influence acquérir une légère coloration bleue. Si la feuille est ensuite lavée avec de l’eau, puis immergée dans de l’acide chlorhydrique étendu, cette impression faible devient extrêmement intense. Une fois l’excès d’acide enlevé, par des lavages et le papier desséché, l’image obtenue disparaît promptement sous l’action de la lumière , pour reparaître à l’obscurité.
Sels d'uranium. — Les sels d’uranium donnent des effets du même genre que les composés de mercure et de fer. L’azotate d’urane, qui est un azotate de peroxyde, passe à l’état de sel de protoxyde sous l’influence lumineuse, et peut donner lieu aux mômes effets que les sels précédents. Ainsi l’azotate d’urane dissous dans l’alcool conserve sa couleur jaune à l’obscurité, mais laisse déposer du protoxyde d’urane vert sous l’influence des rayons solaires.
Une feuille de papier recouverte d’une couche de ce même sel, puis desséchée, exposée à la lumière, donne une impression faible; mais plongée alors dans une dissolution d’un sel d’or, d’argent ou dans du cyano-ferrite de potassium, elle indique par un dépôt d’or, d’argent, ou de cyanure de fer, la désoxydation opérée par la lumière.
Composés de chrome. — L’acide chromique réagit comme oxydant sur
(1) Bulletin delà Société de photographie, t. 7, p, 269.
EFFETS DE EA LUMIÈRE
un grand nombre de substances sous l’influence de la lumière , il cède une partie de son oxygène, et passe à un état d’oxydation moindre. Cet etlet a été observé par M. Ponton (1), et j’ai indiqué quelques-unes des réactions que l’on peut obtenir avec cette matière (2). Cet acide dissous dans l’alcool puis soumis à l’action des rayons solaires donne lieu à une précipitation d’oxyde hydraté de chrome'; en agissant sur l’amidon, le sucre, la gomme et d’autres matières organiques, il produit des effets analogues.
Habituellement, au lieu d’acide chromique, on emploie les bichromates de potasse ou d’ammoniaque, qui agissent par leur excès d’acide et passentà l’état de chromâtes neutres. Ainsi une feuille de papier enduite de bichromate de potasse, quand elle est sèche, se colore rapidement en brun à la lumière en vertu de la réaction indiquée plus haut.
C’est sur cette propriété de l’acide chromique agissant sur la gomme ou l’albumine que repose le procédé de lithophotographie découvert par M. Poitevin, et sur l’insolubilité communiquée à la gélatine’par le même composé que M. Talbot a basé un procédé de gravure photographique dont il sera question dans le livre lit de ce volume.
On pourrait encore citer beaucoup d’autres exemples de l’action chimique produite par la lumière, et on verrait qu’en général l’effet qui a lieu sur les sels métalliques est une réduction partielle ou totale avec ou sans l’influence de substances organiques. D’autres composés peuvent également subir une action analogue; ainsi des substances organiques, même hors de la présence de l’oxygène, peuvent être décomposées, comme on l’observe avec le curcuma, qui, d’après ce que l’on a vu page 38, peut se décolorer dans le vide à la lumière; l’acide azotique, sous l’influence des rayons solaires, se décompose en oxygène et en acide nitreux, et j’ai observé qu’une feuille de papier enduite d’une légère couche d’eau fortement acidulée par l’acide sulfurique se colore un peu à la lumière, ce qui tendrait à montrer qu’il se manifeste une réaction entre la matière organique et une partie de l’oxygène de l’acide sulfurique. Mais les exemples précédents suffisent pour montrer quel est le mode d’action de l’agent lumineux et combien sont nombreuses les circonstances dans lesquelles on observe son influence (3).
(1) Bibliotli. univ. de Genève, nouv. série, t. 23, p. 414.
(2) Comptes rendus de l’Acad. des sciences , t. 10, p. 409 (1840).
(3) On peut consulter à ce sujet un ouvrage de M. Landgrebe intitulé : Veber die chemischen und physiologisclien Wirkungen der lichles; Marbourg, 1834.
§ 4. Effets chimiques continués après l’influence lumineuse.
Rayons continuateurs.
Certains effets chimiques dus à l’action de la lumière une fois commencés peuvent être continués dans l’obscurité, soit sans aucune action extérieure, soit par l’emploi de certains réactifs ou par l’influence de la chaleur ou de la lumière.
Seebeek a observé que si l’on enduit un papier à l’aide d’une dissolution de chlorure d’or, une fois desséché il ne change pas de couleur à l’obscurité; mais si après une exposition assez courte aux rayons solaires, alors que la partie insolée ne montre qu’une coloration à peine sensible, on le rentre dans l’obscurité, la réduction de l’or a lieu et le papier passe par différentes phases qu’il aurait prises sous l’influence lumineuse. J’ai pu constater ce résultat en employant du chlorure d’or neutre , et M. J. Herschell, dans le mémoire cité plus haut, a observé des effets analogues avec diverses préparations de sels d’or. Parmi les sels métalliques impressionnables, ce sont du reste les composés d’or qui montrent peut-être le plus nettement les effets de ce genre.
On a des exemples d’autres effets chimiques qui une fois commencés se continuent d’eux-mêmes à l’obscurité; tels sont, d’après M. Régnault (1), les résultats de l’action du chlore sur l’éther chlorhydrique et sur l’alcool. Suivant M. Draper (2), l’eau chlorée exposée pendant quelque temps à la lumière, puis rentrée dans l’obscurité, continuerait à laisser dégager du gaz oxygène; mais il faudrait s’assurer que ce dernier gaz ne proviendrait pas de la réaction chimique opérée sous l’influence de la lumière et n’aurait pas éprouvé un simple retard de dégagement.
Les différentes méthodes photographiques sont fondées sur des effets très-remarquables, qui doivent se ranger dans la même classe de phénomènes : la réaction découverte parDaguerre, et qui forme la base de sa magnifique invention, consiste, en ce qu’une plaque d’argent recouverte d’iodure par son exposition à la vapeur d’iode, et exposée pendant un temps suffisant au foyer d’une chambre noire, n’offre pas l’image de celle-ci d’une manière appréciable, mais elle la possède à l’état latent; en effet, si la lame est exposée à la vapeur du mercure, l’image apparaît par suite de la fixation du mercure sur les parties frappées par
(1) Ann. dechini. et de physique, 2e série, t. 71, p. 355 (1839).
(2) Philos, mot/., nov. 1845. —Biblioth. univ. de Genève, t. 59, p. 365.
EFFETS DF LA LUM1ÈR
la lumière. La manière la plus simple d’expliquer ce phénomène consiste à admettre que dans les parties insolées, alors que l’effet n’est pas possible à distinguer par la vision, l’iodure est changé en sous-iodure, et que sous l’action du mercure il y a décomposition du sous-iodure en iodure et en argent métallique; l'argent s’amalgame avec le mercure et produit les blancs de l’image. Un lavage ultérieur dans l’hyposulfite de soude enlève tout l’iodure d’argent qui restait sur la lame.
Le temps nécessaire pour impressionner la lame d’argent iodurée est excessivement court, et sous l’action de la lumière solaire c’est par fractions de seconde qu’il faut compter pour ne pas dépasser ce temps; bien plus, quand la lame recouverte d’iodure est exposée pendant peu de temps à la vapeur de brome, on peut rendre la surface GO fois plus sensible encore. Il n’y a pas de matière chimiquement impressionnable d’une sensibilité plus grande que la lame d’argent iodurée puis bromurée. D’après cette explication, des traces d’argent que l’œil ne peut distinguer suffisent pour déterminer la fixation du mercure dans les parties qui ont été insolées.
La lumière seule peut produire le même effet que la vapeur du mercure, et certains rayons qui n’auraient pas exercé d’action dans des conditions ordinaires peuvent continuer une action commencée par d’autres. J’ai été conduit à ces résultats curieux (1) en étudiant l’action du spectre solaire sur les matières impressionnables et en observant que l’iodure d’argent préparé sur les plaques métalliques, ainsi que le chlorure, l’iodure et le bromure de meme métal obtenus sur papier avec excès d’azotate d’argent, substances qui ne sont sensibles que depuis le bleu jusqu’au delà du violet prismatique quand elles ont été préparées à l’obscurité, deviennent impressionnables depuis le bleu jusqu’au rouge quand elles ont reçu préalablement un commencement d’action , c’està-dire lorsqu’elles se trouvent dans des conditions telles qu’exposées à la vapeur de mercure, ou à l’influence des sels réducteurs, elles auraient fait apparaître une image. Au lieu d’opérer avec le spectre solaire, on peut employer des écrans de verre coloré; on observe alors qu’un verre jaune ou rouge tamise la lumière de façon à ce que les rayons transmis
peuvent continuer l’action commencée sur les composés d’argent cités
(1) Comptes rendus de l’Acad. des sciences, t. il, p. 702 (1840). — Mêm. des savants étrangers, t. 8, p. 373. — Ann. de Chimie et de physique, 3e série, t. 9, p. 257 (1843). — Voir aussi le rappott de M. Biot à l’Académie des sciences sur ce travail, Comptes rendus de V Academie, t. 12, p. loi.
plus haut, mais ne peuvent la commencer eux-mêmes. De là la dénomination île rayons continuateurs , que j’avais donnée à ces rayons peu réfrangibles, et de rayons excitateurs appliquée aux rayons les plus réfrangibles ; mais ces dénominations ne sont pas nécessaires, car il n’y a de différence entre eux que la réfrangibilité ou la longueur d’onde ; ainsi au delà d’une certaine longueur d’onde des rayons incidents les effets chimiques sont commencés et continués ; pour une longueur d’onde moindre, la continuation seule a lieu.
Cette continuation des phénomènes chimiques par l’action de la lumière est très-remarquable; elle est telle que sous les verres jaunes une image commencée sur une plaque daguerrienne, et qui est encore latente, vient d’elle-même sous l’action des rayons solaires qui ont traversé cet écran coloré, et la réduction de l’argent métallique dans les parties insolées donne du blanc comme l’aurait fait la vapeur du mercure, en sorte qu’à l’aide de la lumière seule on peut obtenir une image de la chambre noire. M. Gaudin, qui, sur mes indications (1), a employé les verres colorés à la reproduction des images daguerriennes en avait obtenu de forts bons résultats.
Peu de temps après la publication de ces récherches, M. Majocchi (2) a annoncé qu’au moyen de la chaleur il pouvait continuer des effets chimiques commencés sur des papiers de bromure d’argent sous l’action de la lumière. La chaleur produirait donc , dans certaines limites, des effets semblables à ceux que la lumière ainsi que certains réactifs chimiques peuvent manifester. On a dit que la chaleur pouvait donner lieu à la production d’images en plaçant en contact, dans l’obscurité, des papiers sensibles et des gravures dont on avait élevé la température (3); mais, dans cette circonstance, l’action réductrice des matières qui se trouvent en présence des sels métalliques, action qui est activée par l’élévation de température, semble pouvoir expliquer les effets observés.
Deux ans environ après la publication de la découverte de Daguerre, M. Talbot (4) fit connaître une réaction chimique conduisant au même résultat que l’action de la vapeur de mercure et celle des rayons les moins réfrangibles; elle forme la base des procédés photographiques sur papier aujourd’hui en usage. Voici en quoi elle consiste : lors-
(1) Comptes rendus de V Acad., t. 12, p. 802 et 1000.
(2) Ann. de physique, chim. et math, de Florence, sept. 1841
(3) Bulletin de la Société phot., tome 5, p. 177 (1859).
(4) Comptes rendus de l’Acad. des sciences, t. 12, p. 1055 (1841).
qu’une feuille de papier est recouverte d’un sel d’argent sensible à la lumière , comme l’iodure d’argent obtenu par double précipitation avec excès d’azotate (1), en la plaçant au foyer de la chambre noire elle ne donnerait une image qu’au bout d’un temps plus ou moins long. Mais si au bout de quelques instants on vient à la déplacer et à l’examiner dans l’obscurité en s’éclairant d’une lumière rouge ou jaune, on ne trouve aucune trace de l’image; en la plongeant alors dans une dissolution d’acide gallique et en échauffant le liquide, on voit peu à peu apparaître l’image, comme si le temps d’exposition à la chambre noire eût été beaucoup plus prolongé. Les parties insolées deviennent noires, c’est-à-dire qu’il se produit, comme on sait, une image négative.
On obtient le même résultat en substituant au papier une lame de verre recouverte de gélatine, d’albumine ou de collodion sur laquelle on a déposé soit une couche simple d’azotate d’argent, soit de chlorure, bromure ou iodure avec excès d’azotate; on peut alors plonger cette lame partiellement insolée dans une dissolution réductrice d’acide pyrogallique, de protosulfate de fer, de prolochlorure d’étain, substances qui agissent dans le même sens que l’acide gallique, quoiqu’on donnant des teintes différentes à l’argent déposé sur les parties insolées de l’image.
Dans cette circonstance, le dépôt d’argent dans le bain réducteur ne paraît pas en rapport avec l’action chimique commencée sur le sel d’argent, et semble beaucoup plus considérable que celle qui correspondrait à la partie influencée de la surface impressionnable; et même, d’après les observations de M. Davanne (2), quand le bain réducteur renferme un sel soluble d’argent, d’azotate d’argent par exemple, la réduction de l’argent fait Fixer sur les parties insolées beaucoup plus d’argent que la couche sensible n’en renfermait avant son impression. Dans une expérience, une lame de verre collodionnée qui ne renfermait que 25 milligr. d’argent à l’état d’iodure , en a donné 1(30 millig. , c’est-à-dire 6 fois plus après son exposition à la lumière et son immersion dans l’acide gallique. Il semble donc que la surface impressionnée sur laquelle toute trace de décomposition chimique est inappréciable pour l’œil, contient cependant de très-faibles quantités d'a.r-
(1) Voir pour l’influence (le l’excès d’azotate ce qui a été dit plus haut page 63 et le livre lit relatif à la photographie.
(2) Bulletin de la Société photographique, t. 3, p. 131.
gent, qui dans le bain réducleur fixent le métal provenant de la réduction du sel dissous. La surface impressionnée, ou du moins les faibles quantités de sous-sel d’argent qui s’y trouvent, joueraient donc un rôle analogue, par rapport au mélange du sel réducteur et de la dissolution d’argent, que les parcelles d’éponge de platine par rapport aux matières dont elles déterminent les combinaisons et les décompositions. On explique même ainsi comment une image photographique faible de ton peut être renforcée en la plongeant à différentes reprises dans des bains contenant des sels réducteurs mélangés de sels d’argent. On se borne, quant à présent, à ces indications, ce sujet devant être développé plus loin dans un des chapitres du livre III, relatif à la photographie.
Des effets du même genre peuvent se produire avec d’autres sels métalliques : ainsi, j’ai remarqué qu’une feuille de papier recouverte de chlorure d’or etpartiellement impressionnée, étant plongée rapidement dans une solution étendue d’acide oxalique dont la température est
de 40 où 50°, puis lavée dans l’eau, prend une coloration violette, due à
la réduction de l’or dans les parties qui avaient commencé à se colorer sous l’influençe de la lumière.