‹ La lumière électrique, son histoire, sa production et son emploi dans l'éclairage public ou privé, les phares, les théatres, l'industrie, les travaux publics, les opérations militaires et maritimesChapitre 59 sur 183 · LKS DÉBUTS DU PLATINE · texte numérisé non relu

LKS DÉBUTS DU PLATINE

C'est par l'incandescence pure, à l'abri de l'air, que les recherches ont commencé, et elles remontent fort loin. On connaît, en effet, depuis bien longtemps l'expérience qui consiste

128 niSTOIHE DE L'INCANDESCENCE.

à faire rougir un fil de plalioe on y lançant un courant électrique, et on savait aussi varier à volonté toutoa les rondilions de Texpériencp, car il suflisuil, pour augmenter l'intenailé de la lumij>re, de diminuer le diamètre du fil métallique ou de le faire d'un autre métal conduisant moins Lien l'électricité'.

Ce principe fut appliqué dès 1841, il y a quarante ans déjà, par un Anglais de Chcltenham nommé Frédéric de Moloyns, qui employait un fil de pliitine pour ses essais. Huit tins plus tard, en 1847. un antre Anglais, nommé Pétrie, remplaçait le platine pur l'iridium, soit pur, soit allié à d'autres métaux, et faisait breveter ft Londres sa méthode de préparation des lils iridiés destinés à l'éclairage électrique.

Ces premières tentatives passèrent presque innpei-çues , et" c'est à peine si on s'en souvenait neuf ans après, en 1858, quand M. de Changy publia son procédé d'éclairage pai- un fil de platine incandeseent roulé en spirale, analogue h celui que M. Ellison employait encore, il y a bien peu de temps, dans la première période de ses expériences. M. Jobard, directeur du musée industriel de Bruxelles, ne citait pas de précédent en annonçant, le 27 février 1858, k l'Académie des sciences de Paris, que M- de Chnngy venait de résoudre le problème de la divisibilité de la lumière électrique. Car c'était là le but qu'on avait visé de tout temps avec d'autant plus d'ardeur qu'on n'entrevoyait même pas de solution dans la voie où on travaillait.

L'invention de M. de Changy fit grand bruit tout d'abord; mais ce bruit s'éteignit bientôt, en présence des inconvénients indéniables qui rendaient le système presque impossible dans la pratique. Le principal de ces inconvénients, c'est la facilité du platine à fondre si on dépasse la température à laquelle il fournit une belle lumière blanche. Or, il suffisait, pour pitiduire cet échaulTemont inlempeslif. d'une variation un peu sensible dans l'intensité du courant électrique , ot on était très loin alors de pouvoir régler, d'une manière même approxinialivc, la force des courants employés.

LAMPE A CHARBON DE STARH. m

La lampe à fil de plalîne était donc condiimnûe h rester dans i températures relalivemenl basses pour ne pas ristiuer dt! fomlre tout à coup ot disparaître. Or, à ces températures bassAs lo platine donne naturel icmcnt uno lumît-re tr&s colorée en laune ou même en rouge, et surtout trop peu éclairante pour besoins do la pratique mémo la moins exigeante. Un fil rougi ne peut pas s'appeler une lampe, et toutes les cuisiniërea lui préféreraient bien vite la plus pauvre des chandelles longuettes de seize à la livre.

LES DÉRl'TS DU CHARBON

Il fallait donc chercher une substance moins fusible <]ue les métaux, afin de pouvoir élever sa température sans crainte. On n'en manquait point; mais lu plupart no se laissaient pas réduire en fils minces, et presque toutes s'empressaient de brûler. ce qui était pis encore que de fondre. En produisant l'incandesceneo dans le ^ide un pouvait éviter le péril do la combustion. Sur cette donnée, difficile il est \Tai à réaliser à cette époque, le charbon fixa l'atteution des inventeurs presque en même temps que le platine, car le premier brevet de cet ordre fut pris en 1845 par un Américain nommé Kiug, quatre ans après les premiers essais d'incandescence de platine tentés par l'.\nglais Frédéric de Moleyns.

L'origine de la lampe à incandescence de charbon est même entourée d'un mystère tragique. Il y a lieu de croire que le véritable inventeur est un philosophe do Cincinnati, nommé J.-W, Slarr et dont les ouvrages sont oubhés aujourd'hui, mérme en Amérique.

Comme tous les vrais philosophes, J.-W. Slarr était pauvre. Mais il fit la connaissance du grand philanthmpe Pcabody, le fondateur de plusieurs grandes institutions scieulifiques des Iital»-Uiiis, et dont le nom est aussi célèbre de cecùté del'Atlan-

LL'U. tLtCt. u

NCÂNDKSCËNCËT tique que dans lo Nouveau Monde, ppabody so monlru généreux comme d'ordintiire et lui donnii tout l'argent (lu'il fiUlail pour aller soumeltro ses procédés aux grands savants do l'An- J gleterre. A cetlo époque. la jeune Amérique se montrait encore 1 fille soumise et modeste sur le terrain des sciences et ne se ci-oyait 1 pas, comme aujourd'hui, le droit de consacrer toute seule lesf grandes découvertes.

J.-W. SlaiT s'embarqua donc pour le vieux monde, emitt»r'| nant avec tuî comme agent un homme plus habitué aux affoireftl et pourvu d'une moindre dose de naïveté philosophique, aBlkl de ne pas se laisser dauber pur les enfants de la perSdâ | Albion; cet homme d'affaires était. King.

AussilAL arrivé en Angleterre. .i.-W. Slarr s'occupa de pré^l parer une ilémonslration publique. Il inslulla un grand candé-l labre k 26 lumières pour symboliser les 26 États unis de l'Amè^l rique du Nord, qui ont bien augmenté depuis. Le grand phjrsiQi^J Faraday assista aux expériences, les admira beaucoup, etltsil promit le succès.

Ces expéiienccs terminées, Starr et King ae remharquferenl pour les États-Unis, sans doute afin de rapporter k Peabody It'l consécration de la science européenne et lui demander là moyens pécuniaires de nSahser l'invention en grand et de ] faire entrer dans le domaine industriel. Mais le lendemain difc| leur embarquement, Starr fut trouvé mort dans son lit, ot c ne sut jamais exactement par quel procédé il avait disparu 4)1 ce monde.

King avait pris un brevet en son nom. Il y déclare que 1 charbon de cornue produit de meilleurs résultats que les autres, et signale la nécessité de le placer dans un vase clos vidé d'aîr^ pour éviter sa combustion. King remarquait aussi qu'on pouvait! ptttcer sur un même circuit plusieurs appareils de ce genreil comme l'avait fait sans doute Slarr dans son expérience dovant-l Faraday, et que ce circuit pouvait recevoir son électricité soit \ d'une pile, soit d'une machine magnéto-électrique, doot les types alors connus étaient, il est vrai, assez peu puissants.

GHEENER ET STAITE. — LODYGl;I^E. 133

Un an après rAméricain Kiiig, ou 1846, ileux Anglais, Greener et Stuitc, ijuî avaient peut-être eu connaissance des expériences de J.-W. Starr à Londres, prirent aussi un brevet pour une lampe à charbon incandescent analogue à celle de King. Ils y BJoutiiient cependant un procédé nouveau : l'emploi de Teau régale pour débarrasser le charbon doses impuretés, ut donner ainsi plus do régularité à la lumière eu même temps qu'une plus grande solidité au fil.

Malgré un début qui semblait promettre beaucoup, toute l'afl'aire tomba dans l'oubli pour une trentaine d'années. Il est probable que Peabody ne voulut point continuer k King les faveurs qu'il réservait k Starr, et que King ne trouva point d'autres bailleurs du fonds pour lancer une affaire en somme tri's basardeuse à cette époque, m^me pour des yonx américains. Kiog réduit à l'impuissance, l'idée devait bientôt disparaître devant d'autres préoccupations , car le public cesse vite de penser & une affaire qui ne réussit pas du premier coup, quand il n'y a pas dans le même sens un courant gi^néral d'npinîon.

C'est en Russie, vers 1873, que la lumière par incandescence du charbon sortit enfin de l'oubli où elle sommeillait depuis vingl-aept ans. Un physicien russe. M, Lodyguine, inventa une lampe fondée sur ce principe et qui lui valut un des grands prix de l'Académie des sciences do Saint-Pétersbourg.

En exposant les travaux de M, Lodyguiue, M. Wild, membre de l'Académie, chargé du rapport, El très bien ressortir tous les avantages que présentait le charbon sur le platine pour la production de la lumitre par incandescence.

Le charbon possède à température égale un pouvoir rayonnant beaucoup plus gi'and que le platine; la capacité calorifique du charbon est beaucoup moindre; de telle soile que la

m IIISTOIKE DK LINCANDKSCK-NCE.

même (luanlilé de chaleur élève le crayon du charbon h mie température plus élevée qu'il ue ferait d'un fil de platine. En outre, la résistance i^Iecti-îque du charbon est environ SSO fois celle du platine, do sorte que lo crayon de charbon peut être beiiucoup plus gros, tout en atteignant la même tenipératur<> que le métal. Enfin le charbon est infusibir, el sa tcmpérutuiv peut s'aciîroUre librement sans dangfcr de fusion.

La lampe de M. Lodyguine était formée de petites aiguilles taillées dans des prismes de charbon de cornue, et fixées entre deux pinces isolées qui les mettaient en rapport avec les deux branches du circuit, à peu près comme cela se fait dans la bougie Jablochkoir. Pour les empêcher de brûler, on les renfermail en principe dans des récipients vides d'air; mais, comme l'enlèvement de l'air à l'aide d'une .pompe pneumatique est une opération assez coûteuse pour les emplois industriels dans les conditions où elle se faisait alors, un se contenta le plus souvent do laisser l'appareil plein d'air, en ayant soin de le clore herméliqnemenl afin d'empêcher l'oxygène de se renouveler npri/.-i avoir disparu.

Il pouvait donc se prodnire une certaine comliustion avec t'oxygëne emprisonné, et c'était sans doute une des causes pour lesquelles les aiguilles de charbon se rompaient trts fréquemment. Ces ruptures entraînaient de longues interruptions, car il n'était pas facile de remplacer les charbons brisés, llpai'ait qu'on pouvait obtenir une lumière assez satisfaisante de quatre lampes de ce genre, placées sur un seul circuit électrique alimenté par une des fortes machines à courants alternatifs de la Compagnie l'Alhance.

M. KoslolT, de Saint-Pétersbourg, chargé d'importer et dn répandre en France la lampe Lodyguine, la perfectionna sur certains points, par exem{de en employant un métal nouveau ■ pour les supports métalliques retenant les fils de charbon, supports qui fondaient très souvent dans le type primitif. M. Koiiu en 1873, elM, Bouiigiiineen1876, inventèrent d'autres lampe»

ItOULKlUIM;.

fondées sur les mémcH piiadpcs, avec des dîsposilifs dilTéronts ol d'un meilleur usag;6, La figure 64 isuffîra pour iloiiiier une idée de ces appareils.

Hais toutes ces lampes russes, dont plusieurs, H est vrai.

qui ne a"on*ro que du dedana au dehors. Elle eat munie d'un ajutage pour recevoir le conduit de U pompe â air. quand on Tait la vide du» la cloche B.

îl

rj

a Globe evu« li as puttiB aupirirurf, el roiaiiu sur aant aur One bagae en cBuuirhouc.

D Tige verticale, iioWa èlectriquorneal, et munie h aa partie aapérieare d'ua petit plateau hariiuatal G. O, plateau porte cinq pelitei catitéa pour nMVÛr lea bouii de caivra du poris-charhona.

C Tige coinpii>«>! d'un tube Blé lur le iode, ri d'une baguette de cuivre fendue >ur une partie de an loDgueur, de fai;oD qu'où peut, avec un le|f«r •(Tort, la faire fonlûaer dana le tube. Cette faaguaUe est munie vera le haut d'un plateau ho-

lei Meca du bat août munia da petit» tigea de euivre d'égale longueur, par leiquellea lia »p- Ht puienl >ur Je plateau inférieur: l«> bloc* du haut AIl aoDt «gaiement munia de tigei qui paœnt It )^^ fravere les troua du plateau «operieDr; cuiaiiie eiJB

allea août de longueur inégale, la charnière 1 ~ '

„-,ppui,qu..urua«uld-eMreeu,. ^..^^^ I Cbanièr* articulée aur le haut de la tige C. Klle ^^

Lin

cl s

indescenoe Kann

»i)ge>*:

bJocI et J dilemiine le patiage du courant. il Tige de cuivr4 aur Inquollo la charnière appuie lorsque toua les chnrbona sont bi

On inatollB lea cinq oharboni entre lea plateaux, et on abaisae la charnière repaie aur la lige la plui bogue : ou viase la globe et on fait la vide. La courai ■Ion lancA dana la lampe : le petit charbon E rougit, blanchit et devient luiuineiut COBaume peu k peu. la tige ae rompt et la lumière dliparnlt. Auisitilt la oharni lomba lUr uue aulra Ir^e el l'éclairage ae rétablit preaque inilantanénient av

furent inventées à Paris, avalent un défaut commun et tout k fait CApîlal : le rrayon de charbou placé entre dcu\ morceaux

Page 1