HISTOIRE DE L'INCANDESCENCE
plus gros se désagrégeait plus ou moins vite par une action qui n'était pas la combustion, car elle se produisait même sans oxygène. Le crayon s^amincissait graduellement en son milieu et finissait par se casser; il fallait donc le remplacer, et cette substitution était devenue le principal problème posé aux inventeurs de lampes à incandescence.
Nous venoDS Ai^ voir diins lo cliapiire jirécédcnt Ica diflicultùs iiu milieu (U'squclles se débatUiient les lampes à incandesceuce ilepuis 1874. Lb Tilnmf^QL de charbon so rompait toujours très vile vrrs son milieu et, malgré les eflbrts des inventeurs, on ne trouvait pus d« moyen pour l'en empêcher.
M, Kmile Roynier était, en 1877, un de ceux qui cherchaient la sointion. Après avoir essayé de divers moyens, il fut conduit â penser que si le crayon touchait par son extrémité un charbon massif, l'usure n'aurait plus lieu au milieu de la partie incandescente, mais au point de contact, de contact imparfait où la température devrait être la plus élevée.
L'expérience justifia cette vue théorique. Le bénéfice était double, car une autre difficulté du problème, celle du vide à l'intérieur de la lumpe, se trouvait résolue, — ou plutôt écartée, — en même temps que celle de la consci'vation dos charbons, I>f;s que l'usure du crayon se faisait graduellement k partir de son extrémité, il devenait inutile de ralentir cette combustion par l'emploi d'un vase clos; il n'y avait plus qu'à pousser le clinrbon h mesure de son usure, comme on pousse les bougies dans les lanternes des voitures.
Bien plus, la' combustion lente du charbon incandescent au contact de l'air était une circonstance favorable, puisqu'elle élevait la température et par suite augmentait l'intensité lumineuse, n fallait donc la conserver comme un accessoire utile.
LlM:A[SDli;Si:ENCE A 1,'AIB LIBRE.
LA LAMPE ItEVMEB
Le syslème de l'incandeacynci; à l'air libre était conçu. Il fallait maÎDletianl lu réaliser irtino mariifere pratique. M. KiuiU^ Hcynicr s'en occupa aussilùl.
Eli novembre et décembre 1877, il commenijail l'exécution de son premier appareil dans les ateliers de M. Breguet; le 19 février 1878, il demandait un brevet et, le 13 mai, il exposait son sys- Ifeme dans une note adressée à l'Ae^idémie dos sciences do Paris, où il eu résumait ainsi le principe (Gg. 65) :
Si une mince baguette de cîu'bonc, G, pressée latéralement par un contact élastique /et poussée suivant son axe sur un contact fixe B, est
Fig. fis. Principe , ,' , , , ,
Je rmcaniJefl- traversée, entre ces deux contacts, par un cenie & l'air h- courant assez énergique, elle devient incandes- . cente dans cette partie, ij. el hnlilo en a'atninrissanl vers l'cxtrémilé. A mesure que l'usure du bout se produit, la baguette, continuellement poussée, progresse eu glissant contre le contact élastique, de manière à buter sans cesse sur le contact lixe. La chaleur développée par le courant dans la baguette est grandement accrue par la combustion du carbone. Le 17 mai, M. l'Jmile Reynîer faisait fonctionner, devant la Société de physique do Paris, quatre lampes alimentées par lo courant de 36 éléments Bunsen, el une lampe isolée avec lo courant d'une etite machine Gramme. Quelques jours aprës, à la fin du mois, M. Ti-ouvé fabriquait à son tour une lampe du mémo système avec des dispositifs un peu diirérenls.
M. Reynier reconnut bien vite que le charbon lixe immobile ser\'ant de hutoir à la baguette incandescente, présentait des
LA LAMl'K HKYMEil, 13U
ÎDConvéaients do plusieurs genres. La ci-ndre s'y amassait et enlnivail la production de la lumière. Pour s'en débarrasser, il fit mouvoir le butoir cl lui donna la fonue d'un disque tournant autour de son axe, forme analogue & celle ijuavail employée dès 1845. pour l'are voltaïque, un Anglais iiomnn' Thomas Wrighl, Au début, M. Rcynicr se servit, pour faire tourner le disque de charbon . d'un mi^canisme actionné par le poîda du porte-charbon supérieur (Ëg. 66). Mais il ne tarda pas k simplifier son appareil d'une manière très ingénieuse, en faisant produire la rotation du disque par la descente mémo de lu baguette. Voii^i quelle fut la forme défmitive de la lampe :
La baguette do charbon est poussée vers le bas par son poids et celui du porte-charbon, guidé par des galets.
- Cette baguette vient appuyer sur un disque de charbon, un peu en avant de la verticale du centre du disque. La descente du crayon, résultant de son usure, fait donc tourner le disque sans aucun mécanisme. La baguette est maintenue à une petite distance par un manchon, et en dessous vient s'appuyer un autre contact do charbon amenant le courant, ce qui détermine lu li
Par une disposition très simple, la baguette sur le disque se transmet et produit une action automatique de frein sur le porte-charbon moteur; il en résulte que son poids est retenu efficacement, tant que le crayon a toute sa longueur et appuie sur le disijue, et que ce poids est au contraire dégagé quaud le soutien inféricijr vient â man<{ucr par suite de l'usure de la pointe.
igueur incandescente, i pression exercée par la
lio l.'ll^CA^'Dli;scE^cE a i.'aih lirhe.
Comme le fait voir l'imago agrandie et projetée sur un écraa de la partie éclairante de cette lampe (lig. 67], la température la plus élevée est au poiut de contact inférieur ; le charbon, aminci par la combustion lente dans l'air, s'aiguise donc davantage vers le bas, ce qui facilite encore la taille et le mouvement dn crayon.
Enfin, pour cmpècluT l'incandescence de remonter trop haut
Fig. 87. Il
lampB RpjDÎer.
sur ce crayon et de disperser ainsi lo foyer lumineux, on le fait toucher à'une certaine distance par un autre crayon beaucoup plus gros, qui amène le courant. La partie incandescente varie ainsi de 4 à 8 millimètres, suivant la quantité de lumière qu'on veut obtenir et qui peut aller do cinq k vingt becs carcels, pourvu, bien entendu, qu'on emploie un courant suffisant.