GAUTHIER- VI LLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER,
Quai des Au^ustins, 55.
(,Tous droits réservés.)
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
La Lumière de M. Tyndall ne ressemble à aucun des Traités qu’il m’a été donné d’étudier et d’analyser, en si grand nombre, dans mon Répertoire d’ Optique moderne et plus tard.
Ce n’est pas un Traité élémentaire, car il comprend les phénomènes les plus délicats, ceux même que nos programmes du baccalauréat écartent de l’enseignement classique; et ce n’est pas non plus un Traité d’Optique supérieure, puisqu’il est la rédaction de Leçons faites devant un auditoire d’hommes et de femmes du monde.
Ce n’est pas un Traité d'Optique physique, car il donne la raison mécanique de chaque phénomène, et ce n’est pas un Traité d’Optique mathématique, car le calcul n’y joue aucun rôle.
Ce n’est pas un Traité d’Optique expérimentale, car le raisonnement domine tout, car l’analyse et la synthèse y prennent une part considérable; et ce n’est pas un Traité d’Optique rationnelle, car il se résume tout entier dans la production des phénomènes sur la plus large échelle qu’on puisse imaginer, en les rendant visibles à un immense auditoire.
Qu’est-il donc et comment le caractériserons-nous? En disant qu’il est tout à la fois, dans son unité merveilleuse, élémentaire et supérieur, physique et mathématique, expérimental et rationnel ; qu’il constitue un mode d’enseignement sui generis , analytique et synthétique à la fois, vraiment nouveau et admirable en soi.
Singulière dans le fond, la Lumière est non moins singulière dans la forme. Au premier aspect, et parce qu’elle est en réalité la rédaction de Leçons improvisées, cette forme semble laisser beau-
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coup à désirer : on la dirait imparfaite; mais, à mesure qu’on se l’assimile, la Lumière étonne et ravit par sa vérité, sa précision, sa netteté, et l’on est forcé de reconnaître qu’elle est en son genre un modèle incomparable de perfection.
Ce qui la spécifie et lui donne une supériorité incontestable, c’est son mode d’exposition, d’une transparence en quelque sorte infinie. Elle donne la vision intuitive des faits et plus encore de la raison des faits ou du mécanisme des phénomènes. Je croyais savoir l’Optique, que j’ai étudiée et rédigée sous toutes ses formes depuis trente ans; mais je suis forcé de reconnaître que je la sais incomparablement mieux depuis que j’ai traduit la Lumière. J^es petites formules de M. Tyndall pénètrent beaucoup mieux au cœur des phénomènes que les plus savantes équations des Traités d’Optique mathématique.
Comme chefs-d’œuvre du genre je citerai la troisième Leçon, sur la polarité et la polarisation rectiligne, et la quatrième, sur la polarisation chromatique et les interférences. Jamais enseignement n’avait fait sur mon esprit un effet aussi extraordinaire. Nonseulement je voyais les phénomènes, mais je m’identifiais avec eux ; ils n’étaient plus que des modifications de mon intelligence, ma propre pensée. La sensation que j’éprouvais alors était vraiment délicieuse. La vue intuitive des phénomènes, de leurs causes, de leur mécanisme est en effet le triomphe suprême de l’enseignement. Et voilà surtout à quel point de vue je recommande la Lumière de M. Tyndall comme le seul livre qui, à ma connaissance, initie pleinement aux mystères de l’Optique. Je voudrais le voir dans les mains de tous les amis de la Science. Elle n’est pas aussi profonde, aussi savante, aussi encyclopédique que la Chaleur ; mais elle va bien plus directement au but et l’atteint plus complètement. J’ai fait d’ailleurs tout ce que j’ai pu pour que, sans avoir une couleur trop anglaise, ma traduction rendît parfaitement le texte original.
Me sera-t-il permis de faire remarquer que, dans son exposé de l’analyse spectrale, M. Tyndall fait la part vraiment trop belle à M. Kirchhoff? S’il est vrai que le célèbre physicien de Heidelberg
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a fait, le premier, la chimie solaire, il n’est pas vrai au même degré qu’il ait fait le premier, par l’analyse spectrale, la chimie des sub stances terrestres. M. Tyndall parle bien de quelques précurseurs de M. Kirchhoff, mais il oublie les principaux, M. Plücker par exemple, qui apprit à MM. Kirchhoff et Bunsen à analyser par le prisme la lumière des flammes qu’ils s’efforçaient péniblement de résoudre dans ses principes constituants à l’aide de verres colorés ou absorbants. Le Mémoire de M. Kirchhoff a été lu à l’Académie de Berlin, le 27 octobre 1859; et neuf ans auparavant, comme sir William Thomson, le collègue et glorieux émule de M. Tyndall, a bien voulu le rappeler dans son discours inaugural de l’Association Britannique (Edimbourg, septembre 1871), je disais {Répertoire d’ Optique moderne , publié en janvier 1860, t. III, p. 243) : « M. Foucault a publié une Note curieuse sur les spectres produits par les corps qui brûlent entre les deux pointes de charbon fixées aux pôles d’une forte pile. Nous avons répété ces belles expériences avec M. Soleil; nous pouvons même dire que nous leur avons donné un plus grand éclat, en projetant ces spectres sur un écran, sans leur rien faire perdre de leur splendeur. Dans la combustion de l’argent et du cuivre, il y a une raie verte qui surpasse en intensité les rayons les plus illuminés du spectre solaire. Le spectre du cuivre était facilement reconnu par ses raies vertes, celui du zinc par ses merveilleuses raies violettes. Dans la flamme du laiton, composé de cuivre et de zinc, on admirait les raies vertes du cuivre et les raies violettes du zinc ; le maillechort a présenté des apparences beaucoup plus splendides : l’œil ne se lassait pas de contempler toutes les raies lumineuses des métaux qui entrent dans la composition de cet alliage multiple. Avec un peu d’expérience on arrive A FAIRE, PAR L’OBSERVATION DES RAIES, L’ANALYSE SINON
quantitative, du moins qualitative des combinaisons les plus complexes de métaux très-dissemblables. »
Dans mon compte rendu d’une matinée scientifique donnée par M. Soleil et moi dans les salons de M. Emile de Girardin, en 1849, j’avais décrit ces mêmes expériences et affirmé plus nettement que