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COULEURS DES LAMES MINCES

teau à tlié ordinaire 5 au-dessous de la surface de l’eau plonge la pointe d’une pipette 5 011 fait tomber un rayon de lumière sur l’eau, et on le fait réfléchir sur l’écran ; on verse de l’essence de térébenthine dans la pipette, elle descend, sort de la pointe en gouttes fines qui montent successivement à la surface : au moment où chaque goutte arrive à la surface, et s’y étend subitement en couche mince, des couleurs éclatantes illuminent immédiatement l’écran. Ces couleurs changent à mesure que l’épaisseur de la couche diminue par l’évaporation. Elles sont, en outre, disposées en zones circulaires, par suite de la diminution graduelle d’épaisseur du centre à la circonférence.

Une couche mince quelconque produira ces couleurs. La couche d’air entre deux plaques de verre pressées l’une contre l’autre exhibe, comme Hooke le fit remarquer le premier, de riches franges de couleurs. Vous avez maintenant sous les yeux un bel exemple de ces franges. La couche d’air n’est pas même nécessaire; il suffit de la rupture de la continuité. Frappez avec une hache la glace noire et transparente, noire parce qu elle est pure et de très-grande profondeur , sous la moraine d’un glacier , vous produirez promptement, dans l’intérieur, des fentes où l’air ne pénètre pas et d’où vous verrez étinceler, quelquefois comme le feu, les couleurs des lames minces. Mais, comme nous l’avons déjà dit, la bulle de savon est devenue le point de départ de la plus intéressante des histoires. Avec un de ces liquides glycériques, employés par l’éminent physicien aveugle, M. Plateau, dans ses recherches sur la cohésion des couches liquides, nous obtenons, en air calme, des bulles de 3o à 4o centimètres de diamètre. Vous pouvez regarder soit la bulle elle-même, soit sa projection sur l’écran, vous verrez se montrer, dans les deux cas, de riches couleurs disposées

par zones. Rendons le faisceau parallèle et projetons-le sur les flancs, sur le fond, sur le sommet de la bulle, nous voyons apparaître sur l’écran de splendides éventails de couleurs qui tournent à mesure que le faisceau fait le tour de la bulle. Par cette expérience, les mouvements intérieurs de la couche sont aussi mis en évidence d’une manière frappante.

On n’élabore pas en un instant de grandes théories. Les faits qui les réclament sont mis d’abord en évidence par des esprits observateurs. A la période d’observation succède ensuite la période d’examen approfondi, et de tentative d’explication. L’esprit humain est ainsi préparé graduellement à l’illumination théorique finale. Les couleurs des lames minces, par exemple, fixèrent l’attention du célèbre Robert Boyle. Dans so n Histoire expérimentale des couleurs, il combat l’école qui affirme que la couleur est une qualité pénêtrative qui atteint la partie la plus intérieure de l’objet, et lui oppose des faits. « Pour vous donner un premier exemple, dit-il, je n’ai qu’à vous rappeler ce que je vous ai appris, presque au début de cet essai, relativement au bleu, au rouge et au jaune, que l’on peut produire sur un morceau d’acier trempé; car, quoique ces couleurs soient très-vives, si vous brisez l’acier qu’elles ornent, vous constaterez qu’elles sont toutes superficielles. » Il décrit ensuite, dans une phraséologie qui prouve l’amour avec lequel il écrivait son livre, la belle expérience qui suit : « Nous prenons une certaine quantité de plomb très-pur et trèsnet, nous le fondons sur un feu vif, et nous le versons immédiatement dans un vase très-propre, de forme et de matière convenable (nous nous servons d’un vase de fer que la grande et soudaine chaleur ne puisse pas altérer ) ; on enlève avec soin et vivement l’écume qui flotte ; on aperçoit

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